Christianisme et esprit d'enfance



Christianisme et esprit d'enfance
Si un musée avait la bonne idée d'organiser une exposition sur ce thème cher à Bernanos, j'aime à penser que le tableau que je vais vous présenter occuperait une place privilégiée. On le doit à Mikhaïl Nesterov (1862-1942), peintre russe, considéré parfois comme mystique, qui figure dans le catalogue de l'exposition qui se tient en ce moment à la National Gallery. Ses paysages sont souvent pénétrés d'une dimension spirituelle. Quant à ses pieuses et tendres images, elles procurent un véritable enchantement, tel ce Saint Serge de Radonezh (1899), apparition bienveillante, transfiguratrice, qui illumine la nature tout autour de lui. L'artiste parvient même à nous communiquer la quiétude de l'ours endormi à ses pieds.
Isaac le Syrien disait que les fauves et les animaux sauvages perdent toute agressivité près de l'homme spirituel et pacifié ; ils sont pleins d'amitié pour lui, sentant en lui comme le parfum du paradis. Il va aussi vers les serpents les plus dangereux, «et dès que sa main touche leurs corps, s'effacent la force et la violence de leur cruauté meurtrière. Il les prend dans ses mains comme des sauterelles...» (15ème discours)
En évangélisant chacune des régions de notre être, nous participons à la régénération du monde, à la transfiguration universelle. Cette idée a été souvent développée par le prêtre et théologien suisse Maurice Zundel (1897-1985) : «L'homme a un rôle cosmique écrit-il dans La liberté de la foi, il est appelé à donner son âme à l'univers qui est, de quelque manière, son corps». Je vous renvoie aussi à ce sermon : «Dans ce résumé du récit de la Résurrection, attribué à Saint Marc, bien qu'il soit l'appendice de son Evangile, il y a une parole qui est assez unique: « Allez dans le monde entier proclamer la Bonne Nouvelle à toute la Création ». C'est le seul évangéliste, sauf erreur, qui formule la consigne de Jésus sous cette forme (Mc 16.14): «Evangéliser non seulement les hommes, mais évangéliser toute la Création!» ce qui implique les animaux, les végétaux, les minéraux, ce qui implique les astres, ce qui implique toute l'Histoire et finalement tout l'univers.
Ce tout petit mot correspond à celui de saint Paul aux romains (Rm8.21-22) : «Toute la Création gémit dans les douleurs de l'enfantement», toute la Création attend, soumise à la vanité, malgré elle, comme elle l'est en effet, et «attend la révélation de la gloire des enfants de Dieu». Il y a certainement une correspondance entre la vision de saint Paul et la consigne que rapporte ici la finale de Saint Marc : toute la Création qui a été enténébrée par nos refus d'amour, toute la création doit être purifiée, libérée, et va recevoir l'Evangile et elle est aussi appelée à vivre en Dieu.» Source

La galerie Nesterov (pour découvrir le Saint Serge en grand format)

08/08/2004
Sombreval





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