L'Attaque des hommes-singes (Le Projet Fedorov, épisode 8)



Go, Go, Go… Placé à la tête de l’unité d’intervention, Nicolas S, la lentille nanotech fixée sur la rétine, organise le déploiement de son équipe. Son œil bionique lui permet de maîtriser tous les paramètres d’intervention, quel que soit son angle de vision. Le bâtiment de l’entreprise qui occupe une vaste surface est structuré autour du centre de recherche en nanosciences. Phase 1 : neutralisation en mode furtif des gardes extérieurs. Phase 2 : explosion de la porte. Vigiles, gardes affluent ; les jeunes Chevaliers du Concile essuient des tirs nourris à l’arme automatique. Phase 3 : Abrités derrière leur bouclier blindé, ils lancent des grenades fumigènes. Les gardes tirent à l’aveugle mais, faute de repères, pris d’hésitation, ils cessent un moment de tirer. La tension est à son comble. C’est le moment que Nicolas S choisit pour passer à la phase 4. C’est le moment qu’il choisit pour lancer les hommes-singes. Non pas les bombes-singes (1) que certains armuriers fabriquent encore en hommage au vieux wargame Call of Duty, et à l’efficacité diabolique. C’est pire que ça. Des hommes qui ont voulu se transformer en singes, des hommes-cobayes qui ont été transformés en singes. Des singes-hurleurs qui vont se jeter sur leurs proies pour les neutraliser. L’arme devient inutile. Ils sont l’arme. Dociles aux ordres, capables d’agir en parfaite coordination, agiles et rapides, doués d’une vision en 3D, ils s’enfoncent dans le brouillard de fumigènes. Sidération…Cris…hurlements… Ils ne laissent aucune chance aux vigiles et autres gardes surarmés. Glacés d’effroi, ceux-ci restent prostrés sur le sol. Le sang n’a pas été versé, à aucun moment.

A cet instant précis, Nicolas S comprend que sa Confrérie vient de passer un cap, qu’elle devient proprement redoutable. Il passe en revue son équipe. Voilà les hommes-singes, issus de la technobiologie la plus avancée et qu’ils ont su mettre à leur service. C’est là plus que «se faire des amis du Mammon d’iniquité» pour parler comme l’Évangile ; c’est en faire des serviteurs de l’Œuvre Commune, des serviteurs de Dieu. Voilà Antoine G qui a appris auprès d’un ermite orthodoxe à contenir la fureur des bêtes meurtrières. Xavier A qui le complète le mieux est connu pour maîtriser la technique dite des «hommes-léopards» appartenant à la tribu des Aniotas en Afrique, technique qui le rend apte à téléguider des bêtes sauvages et à les tourner contre des ennemis. Mais ils ont acquis d’autres dons encore : don de télépathie, capacité de contrôler et diriger la matrix magique de l’imagination (2), qui prolongent et même dépassent toutes leurs techniques martiales. Bertrand D lui est un pilote hors-pair. L’Espace 2 est devenu comme un prolongement de lui-même. D’autres encore les rejoindront lors de prochaines missions. Mais ce qui les réunit avant tout, c’est la foi. La foi, au sens médiéval et chevaleresque, et qui fait d’eux les féaux, les hommes-liges, les compagnons de combat du divin Roi. Une question traverse alors l’esprit de Nicolas S : si Jésus refuse le concours guerrier de «douze légions d’anges», n’est-ce pas justement parce qu’Il entend continuer la véritable lutte à la tête des «douze tribus d’hommes fidèles» appelés en dernière instance à «juger les Anges eux-mêmes» ? (3)

Absorbé par cette pensée, il s’avance avec ses amis vers le sas d’accès au centre de recherche. Au début du 21e siècle, les start-ups sur les nanotechnologies ne cessaient de se développer grâce à l’afflux de crédits provenant aussi bien des Etats que des multinationales. Elles devaient devenir le cœur de la prochaine révolution industrielle. Lorsque l’Homme a commencé à se répandre dans le Cosmos, elles étaient parvenues au faîte de leur développement. Les Armées, les Agences spatiales utilisaient l’implant de nanos dans le cerveau à des fins de perfectionnement. Beaucoup de tâches restaient encore inaccessibles aux robots, devenus en cette nouvelle ère les auxiliaires de l’humain….

… Bertrand D, en quelques minutes, parvient à débloquer la porte-sas fermant l’accès au centre de recherche. Ils entrent, laissant les hommes-singes à l’arrière pour garder les vigiles. Ils parcourent lentement le couloir central. Tous les ingénieurs, médecins, infirmières, paniqués, effrayés par les détonations et par l'irruption de ces inconnus, ont cessé leurs activités et se sont regroupés dans les salles de confinement, l’animalerie, les chambres d’hospitalisation ou le bloc opératoire futuriste. Ils passent devant une chambre. Des infirmières, tapies dans un coin, sanglotent, croyant à l’intrusion de fanatiques islamistes. Nicolas S et Bertrand D se dirigent vers le bloc opératoire. Trois hommes en blouse blanche se tiennent debout, près du fauteuil ambulatoire sur lequel est allongé un homme, endormi. Sans doute un de ces patients qui a donné son «consentement éclairé», pense en souriant Nicolas S. Les médecins dévisagent nos deux héros avec mépris et d’un œil scrutateur pour essayer de découvrir leurs motivations. Avant d’entrer tous deux dans le bloc, Bertrand D prend par l’épaule son ami et lui murmure ces quelques mots :

« N’oublie surtout pas Nicolas… N’oublie surtout pas ce texte de saint Paul dont nous avons souvent parlé : ce qui compte, ce n’est pas tellement de connaître Dieu, mais d’en être soi-même connu ».

Nicolas S garde un instant le silence, hoche la tête et pénètre dans la salle opératoire..


(1) Les effets de la bombe-singe dans la vidéo ci-dessous (à 40e seconde, ehehe)
(2) Voir ma thèse sur la Réversibilité, p. 195 et suivantes.
(3) Le lecteur pourra se reporter à ces passages de la Bible : 1Cor, 6:2-3; Apoc, 7:4-8




18/03/2015
Sombreval

Tags : Fedorov




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