"Les Prêtres" ou Alizée ?



"Les Prêtres" ou Alizée ?
J’ai lu sur un site que l’album médiocre de reprises interprété par deux prêtres et un séminariste occupe le sommet du hit des ventes depuis deux semaines. La direction artistique a été confiée à Mgr Di Falco, beaucoup plus préoccupé de promouvoir la mauvaise variété française que de défendre les initiatives visant à restaurer la musique religieuse dans nos paroisses. Il s’agit de l’adaptation d’un concept anglo-saxon, version franchouillarde donc ratée. Le public visé ? Le public gogo nostalgique des années 80 et des yéyés (whaououu), qui lit Zemmour, qui pense donc à sa suite que les jeunes sont nuls, que le niveau du bac dégringole d’années en années, que les étudiants n’ont pas le niveau, ce public qui ignore que Johnny, le «mythe français», sorti des limites de notre frontière, n’atteint même pas la renommée d’un chansonnier de cabaret hongrois.

Je lis dans les commentaires du classement de la semaine des posts plus haineux les uns que les autres sur la belle chanteuse française Alizée, qui vend très peu de disques malgré les qualités indéniables de son album, Une enfant du siècle, qui correspond à son évolution personnelle (eh oui, on évolue, c’est dingue ça). Le disque est exigeant mais a gardé une coloration populaire. Elle a su à l'évidence s'entourer de bons musiciens et arrangeurs. Les titres sont variés, avec des réussites : «Grand Central», «Limelight», «Les Collines», «Factory Girl», et des chansonnettes charmantes : «Eden, Eden», qui combine pastiche et mélodie printanière. Il faudrait en tout cas m'expliquer en quoi ce disque est moins agréable à écouter que celui d'un Christophe Maé, dont le timbre de voix agaçant suffit à me faire couper le son. Je ne parle même pas du rappeur de base, de Yannick Noah, ou de la énième variation sur le même thème clubbing d'un David Guetta. Sa musique, pour les radios, ne fait sans doute pas assez «kiffer sa race», et, pour les lecteurs de Télérama, elle manque de cette identité 100% bobo qui les fait s'extasier devant Benjamin Biolay.

Comment expliquer les réactions lues sur certains sites ? «Fiasco», «bide», «la claque dans la gueule», «casse-toi», «has-been», «t’es rien, de toute façon t’as jamais rien été», «retourne à ton look lolita-salope» et autres joliesses qui en disent long sur la mentalité française. La France, laminée par la mondialisation, est devenue le déversoir de toute la production mondiale, dans tous les domaines, et donc bien sûr dans le domaine de la musique et du livre. Il n’est pas un obscur polar finlandais qui ne soit aujourd’hui traduit et publié en livre de poche. Les mentalités deviennent haineuses car les frustrations charriées au fil des années ont besoin de trouver des exutoires.

Donc, à lire les commentaires, on constate que beaucoup se réjouissent de l’échec du disque d’Alizée, une des rares chanteuses françaises dont la musique s’est un peu exportée ces dernières années, échec signifiant, comme certains le disent, la fin de sa carrière à 25 ans. Que c’est jubilatoire en effet ! Ce qui laissera la voie ouverte à des artistes d’une vulgarité sans nom comme Lady Gaga. Ou alors on inventera un autre produit commercial qu’on jettera aussitôt consommé. Il y a un large vivier de consommateurs dans le public de pré et de futurs retraités. Les concerts rassemblant les anciennes vedettes des sixties et des eighties font le plein. Qu’est ce qu’on en a à foutre du nouveau style d’une chanteuse cataloguée comme chanteuse de midinettes, donc «has-been» quoi qu’elle fasse ! On se rassurera en écoutant les «Prêtres», qui massacreront la liturgie comme ils massacrent aujourd’hui la musique.

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Une enfant du siècle sur Amazon

05/05/2010
Sombreval



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