Méditation sur le Sanctus (Maurice Zundel)



Méditation sur le Sanctus (Maurice Zundel)
« Le Christianisme, tel qu'il est en son essence et tel qu'il vit dans la Liturgie, a su concilier ces deux aspects du Divin : l'être et l'amour, et unir dans sa piété le sens de la transcendance ineffable de Dieu avec le sens de la plus tendre dilection. C'est pourquoi il a pu joindre ensemble le Sanctus du Prophète et le Benedictus de l'Evangile : Isaïe foudroyé par la gloire du Seigneur et pensant mourir sous le coup de sa vision, et les petits enfants escortant avec des palmes le Sauveur sur son ânon. Sans rien renier de la sublimité du Prophète, il la transfigure par la confiance libre et joyeuse de l'Enfance. Dieu reste l'Océan infini de l'Etre. Mais Il est tout autant l'Océan infini de l'Amour. Et dans Ses abîmes de Lumière un coeur bat éternellement. Et c'est un coeur de Mère. Tout ce qu'il y a de tendresse dans le cœur des mères vient de cette source divine. Quelle est donc la tendresse de la Source !
Dieu est plus mère que toutes les mères, infiniment. Dieu est Mère, infiniment : autant qu'Il est Père, infiniment. Et peut-être est-ce là la signification la plus profonde du culte de la Vierge dans l'Eglise de Son Fils : non pas tant d'honorer la Mère du Sauveur pour la sainteté éminente dont elle est revêtue, et pour la part maternelle qui lui est échue dans l'économie de la Rédemption, encore que sa personne nous soit si intimement chère et son influence si tendrement secourable- mais, plus encore, puisque tout dans la créature, même la plus sublime, est ordonné à Dieu comme à sa fin, de manifester en Elle, comme en un vivant sacrement, la tendresse maternelle de Dieu. Devant la vision de splendeur qu'environne la clameur des Séraphins :
Saint, Saint, Saint est le Seigneur : le Dieu des armées. Le ciel et la terre sont pleins de votre gloire, l'âme chrétienne demeure sans effroi, et se jetant dans ces abîmes elle fait monter vers Dieu, par le coeur de la Vierge, ce cri où l'enfant met tout ce qu'il a et tout ce qu'il est :
Maman !
[...]

Nous avons une famille, nous avons une demeure dont l'amour est la clef. En Dieu, tout au moins, aussi déshérités que nous puissions être, nous avons en tout temps, si notre coeur est ouvert, notre chez-nous.
Mais ce « chez-nous», c'est nous en Lui : à condition toutefois que ce soit d'abord Lui en nous. Il faudra, en effet, que Ses richesses se transfusent en nous pour que nous devenions capables de vivre Sa vie. Il faudra que nous soyons en quelque sorte portés au degré de spiritualité et d'intériorité de Celle-ci, pour qu'Elle jaillisse en nous comme l'expression suprême de notre vie. Cela n'ira point sans une transformation tellement profonde qu'elle nous apparaîtra comme une mort. Les limites de notre horizon familier reculant à l'infini, nous aurons l'impression d'être exilés pour toujours de notre patrie.
Notre éducation divine est à ce prix : nous devons être dévêtus de nous pour être revêtus de Lui, par une sorte de trans-substantiation morale qui fasse du Moi divin le nôtre. Cela ne peut s'accomplir sans un consentement de tout notre esprit, de toute notre âme, de tout notre coeur et de toutes nos forces. Le «Quam oblationem» implore la grâce de dire ce oui avec la plénitude que la Vierge mit dans le Sien au jour de Son Annonciation, quand lui fut offerte la maternité qui devait saigner jusqu'au Stabat (...)

Maurice Zundel, Le Poème de la Sainte Liturgie

A lire également, les premières pages du Poème diffusées par Bertrand Décaillet (qui, je le note au passage, a d'excellentes lectures), sur le Forum Catholique : Cliquez ici

18/02/2005
Sombreval

Tags : Liturgie, Zundel




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