Réédition de "Satan" en espagnol



Réédition de "Satan" en espagnol
L’étourdissant essai de Frank-Duquesne, Réflexions sur Satan en marge de la tradition judéo-chrétienne est l’objet d’une réédition très soignée et professionnelle en langue espagnole. La traduction a été complètement revue et corrigée par rapport à la précédente édition. L’ouvrage, intitulé Satan, est précédé d’une étude préliminaire très dense du P. Carlos A. Baliña. Il est disponible gratuitement dans tous les formats numériques : voir la page dédiée.
Vortice est une maison d'édition argentine. Elle a déjà réédité plusieurs ouvrages d’auteurs catholiques de premier ordre, Lewis, Chesterton, Louis Bouyer etc…, dont certains sont mis gracieusement à disposition du plus grand nombre.
Je reproduis ci-dessous ma présentation de l’essai de Frank-Duquesne, disponible dans ma bibliothèque numérique. Une telle réédition est nécessaire car il n’existe pas de thème plus actuel. Comme le rappelait Cioran dans son dernier entretien, «le diable est le grand agent de l’histoire. On n’a pas besoin de faire des représentations naïves du diable. Il suffit qu’on en saisisse l’idée et ensuite on comprend l’histoire universelle».

Présentation

Ce texte d’Albert Frank-Duquesne (1896-1955) est paru initialement en 1948 dans un numéro des Études Carmélitaines, dirigées depuis 1930 par le Père Bruno de Jésus-Marie. Ce volume consacré à Satan regroupe des contributions de haut niveau, émanant d’intellectuels chrétiens, de critiques éminents ainsi que des représentants les plus brillants de la psychologie française. Citons Louis Massignon, Albert Béguin, Joseph de Tonquédec, Jacques Madaule, Françoise Dolto. L’étude d’Albert Frank-Duquesne, la plus longue du recueil, se distingue par son originalité, sa densité théologique et par sa richesse d’information. L’écrivain catholique, qui a appris à lire la bible dès son plus jeune âge en hébreu (son père était un rabbin converti au catholicisme), a tout au long de sa vie pèlerine accumulé un savoir immense dont il s’est fait un instrument destiné à servir la cause de Dieu. Comme le notait Paul Claudel, «chaque émission de sa pensée – une pensée singulièrement lucide, puissante et originale – suscite en elle un monde entier de références». L’érudition accourt de partout et donne à la pensée la capacité de frayer des voies nouvelles, hors des chemins convenus, de revivifier des concepts, des thèmes théologiques, des dogmes qui semblaient voués à la pétrification. Les réflexions de Frank-Duquesne sur Satan sont nourries par sa connaissance approfondie de l’Écriture, de la littérature rabbinique, de la liturgie, de la patristique, du symbolisme et de l’ésotérisme. Il fallait sans doute toute cette matière pour appréhender cette réalité infiniment mystérieuse qu’est le monde des esprits, celui des anges protecteurs et bienfaiteurs, serviteurs de la Beauté et régents du monde physique, mais aussi des anges déchus, leurs rivaux et usurpateurs. L’auteur reprend et développe certaines conceptions traditionnelles relatives à la révolte satanique ; plusieurs textes néo-testamentaires nous instruisent des mobiles qui ont poussé les anges rebelles dans leur entreprise désastreuse : l’envie, l’égoïsme, la défaillance de la foi, le mépris de l’Incarnation. Frank-Duquesne brosse un portrait psychopathologique saisissant de leur prince, Satan, l’ennemi du genre humain, le serpent de la Genèse et l’instigateur de cet «éon mauvais» où nous sommes plongés depuis la Chute. Il s’interroge également, à la suite de nombreux pères de l’Église et théologiens médiévaux, sur l’hypothèse de la corporéité des anges, en conflit avec celle de leur spiritualité pure. Il consacre plusieurs pages étonnantes à cette «guerre dans le ciel» évoquée dans l’Apocalypse, celle qui opposa saint Michel et les anges fidèles au Très-Haut à Satan et ses séides. L’originalité de ses vues sur cette guerre céleste doit beaucoup à la science qu’il a acquise dans le domaine de la métapsychie. L’écrivain n’exclut rien de ce qui est susceptible d’éclairer le donné révélé. Sa théologie est vivante et concrète. Lorsqu’il aborde le problème du mal, Frank-Duquesne peut déployer toute sa verve, car pour lui le mal a d’abord un visage, celui de notre ennemi, le Réprouvé qui a introduit dans l’histoire ce qui aurait dû rester à l’état de «non-être», d’hypothèse odieuse, de «larve». Ce mal qui se déchaîne à mesure qu’il prend consistance en nous, l’écrivain nous en montre le caractère sordide, toujours fangeux. Se défaire de toute complicité à son égard, tel est le devoir le plus pressant du chrétien.
Il se trouvera sans doute des lecteurs sourcilleux qui, déconcertés par ce texte, son originalité, son ton si personnel, auront tôt fait d’en suspecter l’orthodoxie. Quelques mauvais scrupules les empêcheront d’en savourer toute la substance, la puissance de vie. Comme le soulignait le frère Jean-Dominique dans un texte d’hommage, si la pensée de Frank-Duquesne nous apparaît si originale c'est parce que d'abord «elle n'a cherché qu'à être originelle, c'est-à-dire postée, établie, autant qu'il est permis à l'infirmité humaine, dans cette Origine qui est aussi le Terme» …Originalité, force, inspiration... Ces trois traits se manifestent aussi dans son style, d’une grande fermeté, à la fois ample et précis, style vivant et personnel, réfractant cette Parole de Dieu qui s’était comme amalgamée à sa propre substance. Par sa puissance verbale, Albert Frank-Duquesne a insufflé à ces «réflexions» une intensité rarement atteinte dans la littérature chrétienne.

20/10/2015
Sombreval





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