Université et plagiat



Je songe à créer une nouvelle collection pour les Éditions de Sombreval. Une collection intitulée : «Réussir dans la vie». J’ai déjà deux titres en tête :
Comment piquer le travail d’autrui et Les stratagème pour ne jamais citer ses sources.
Les affaires de plagiat qui ont secoué ces dernières années le monde universitaire pourraient fournir la matière de ces ouvrages pédagogiques. Tel normalien de la Sorbonne, déjà évoqué ici-même, a dirigé une thèse de complaisance plagiée du début à la fin (voir ce lien). Je remarque que la docteure a été sanctionnée alors que son directeur de thèse est sorti de cette affaire blanc comme neige. Un autre normalien a été condamné, professeur aussi à la Sorbonne, il y a quelques mois.
Je pourrais aussi évoquer ma propre expérience. En juin 2006, j'ai soutenu à la Sorbonne ma thèse sur la réversibilité. Pierre Glaudes, lui aussi normalien, faisait partie du jury. En mai 2010, ce dernier a participé à un colloque international sur le thème suivant : «Les Antimodernes et la polémique». Son intervention portait sur «une idée antimoderne : la réversibilité». Les interventions ont été rassemblées dans un recueil publié par les Editions Classiques Garnier, sous le titre : La Polémique contre la modernité - Antimodernes et réactionnaires (2011). Le texte de Pierre Glaudes y est publié in extenso. Ma thèse sur le sujet n’est ni citée ni mentionnée dans cet article, pas même dans les notes. Dans une note conclusive, Pierre Glaudes apporte cette précision qui m'a laissé stupéfait : «Cette communication est redevable au travail de recherche préliminaire effectué sous ma direction par Louise D pour le mémoire de master 2 qu’elle a consacré à cette question. Ce mémoire a été soutenu en Sorbonne en juin 2010». Fait assez rare : un professeur éminent d’université se réclame des travaux d’une jeune étudiante de Master 2 et ne dit pas un mot sur une thèse de doctorat portant sur un sujet auquel, comme il l’écrit dans son rapport de soutenance, «personne ne s’était encore consacré».
Selon les chartes universitaires, toute reprise d’idée, toute reformulation d’un texte d’autrui sans indication de référence est assimilable à du plagiat. J'ai relevé dans cet article de nombreux emprunts non référencés à mon travail (voir les commentaires).
Que ce texte soit ou non un plagiat, à la limite je m’en moque. La manie de rechercher des ressemblances dans les textes des autres confine souvent au ridicule. Tous les écrivains ont d’une manière ou d’une autre plagié, emprunté des éléments de leur univers, des thèmes, des phrases et même des passages entiers à d’autres auteurs. Mais dans ce cas précis, ce qui est vraiment gênant (pour ne pas dire scandaleux), c’est la volonté manifeste et assumée de passer au-dessus d’une thèse qui a obtenu la plus haute mention universitaire, et surtout d’en récupérer le contenu. Je rappelle que personne ne m’a soufflé ce sujet. Un prof ne m’a pas dit un jour : «Voilà, ce sujet n’a jamais été traité, que diriez-vous d’en faire une thèse ?» J’ai commencé ma thèse au tout début de l’an 2000 et je l’ai achevée en 2006 (soutenance en juillet 2006). Et je l’ai financée moi-même puisqu’il est impossible de donner des cours en étant «simple» doctorant (avec le doctorat non plus d’ailleurs…)
Donc cet universitaire prétend s’appuyer sur un mémoire introuvable pour éviter toute référence à mon travail. Il a peut-être emprunté ce procédé à un de ses très proches collègues de Paris IV, André Guyaux. On pourrait d'ailleurs les surnommer les Dupond et Dupont de La Sorbonne. Dans un article excellent de la Quinzaine littéraire, Jean-Jacques Lefèvre a mis en évidence les savants stratagèmes utilisés par l’éditeur de la nouvelle édition des œuvres de Rimbaud pour ne pas avoir à citer les travaux de ses concurrents gênants. Il souligne «le véritable exploit de cette édition, qui est la partialité hors du commun et la mauvaise foi sans borne de son auteur, mises en œuvre ici afin de cacher ce qu’il doit à ceux qu’il n’a pas en sympathie». Plus loin il ajoute : «C’est avec quelque gêne que l’on constate, page après page, cette sorte de règlement de compte oblique, sous forme d’un mélange de reprises non indiquées et de purs escamotages, qui apparaît d’autant plus évident que M. Guyaux se trouve très souvent contraint d’utiliser les conclusions de M. Murphy, tout en passant son nom sous silence le plus souvent possible. Son procédé est de ne présenter ce rival dans l’édition rimbaldienne que comme un plaisant amateur qui trouve parfois, à force de fureter, d’infimes détails. Ainsi, lorsqu’il se trouve dans l’obligation de mentionner un volume de fac-similés des pièces du recueil Demeny, M. Guyaux préfère renvoyer son lecteur à une édition de… Kyoto (!) afin de ne pas avoir à citer l’édition Champion dont M. Murphy a été le maître d’œuvre » (Source)

Je note que Pierre Glaudes va plus loin puisque ma thèse n'est mentionnée dans aucun de ses travaux sur Maistre, Bloy, Barbey d'Aurevilly depuis 2007, même dans les bibliographies (pas même une demi ligne). Je note également que dans la nouvelle édition de Mon coeur mis à nu André Guyaux s'est encore une fois illustré par sa partialité. Dans une note sur la réversibilité, il fait référence à l'article de Pierre Glaudes, publié dans l'ouvrage Classique Garnier, et non à ma thèse : voir la note 67

21/06/2017
Sombreval

Tags : Université





1.Posté par Jean-François le 25/06/2017 23:09
Excusez-moi, mais votre "thèse" ne prouve rien, et notamment pas que vous auriez inspiré un universitaire. Cependant, rien ne vous empêche de travailler le sujet. Cordialement

2.Posté par Nicolas Mulot le 26/06/2017 11:57
Puisque vous voulez des détails....J’ai relevé dans le texte de Pierre Glaudes des emprunts manifestes et non référencés à des idées développées dans ma thèse.
Pierre Glaudes examine par exemple plusieurs notions qui sous-tendent la doctrine de la réversibilité, telle que l’a conçue Joseph de Maistre. «La première de ces notions est celle de satisfaction» écrit-il. Il fait référence à saint Anselme de Cantorbéry et à sa doctrine du Cur Deus homo. Je suis étonné de cette référence car je n’ai pas trouvé de mention à saint Anselme dans son édition critique des Œuvres de Joseph de Maistre, publié dans la collection «Bouquins» (2007). Pierre Glaudes affirme qu’il est redevable à Louise D de son travail de recherche. Mais ne doit-on pas plutôt supposer que ces rapprochements lui ont été inspirés par la lecture de la ma thèse ? Saint Anselme est cité à plusieurs reprises dans mon étude (p.14, p.34, p.36, p.48). Pierre Glaudes analyse aussi la notion de «substitution pénale», «deuxième notion, écrit-il, par rapport à laquelle il faut situer l’idée de réversibilité» (p.29). Cette notion a fait l’objet d’une étude approfondie dans ma thèse (p.36, p.42-43, p.173 et suivantes). Idem pour les notions de «solidarité», «troisième notion qu’on trouve à l’arrière-plan conceptuel de la réversibilité», selon les mots de M. Glaudes (p.34), et celle d’«hérédité biologique» (p. 35). Ces notions sont traitées avec précision dans ma thèse, toujours en référence à la réversibilité (p. 114, p. 121 et suivantes, p.158-164, p.173). J’ai consulté attentivement le «Dictionnaire Joseph de Maistre» qui figure à la fin du volume des Œuvres. Je n’ai pas trouvé de références à ces notions fondamentales. Je ne les ai pas trouvées non plus dans la notice «Réversibilité» de ce Dictionnaire, présenté comme «une petite encyclopédie de la pensée maistrienne».
Je tiens ici à rappeler que, selon les chartes universitaires, toute reprise d’idée, toute reformulation d’un texte d’autrui sans indication de référence est assimilable à du plagiat. Ce rappel me semble d’autant plus nécessaire qu’une thèse de Louise D est en cours de préparation, dirigée par M. Glaudes et intitulée : «L'héritage théologique de Joseph de Maistre dans les œuvres fictionnelles de Jules Barbey d'Aurevilly, Léon Bloy et Georges Bernanos - Le mal et la réversabilité» (source : Thèse.fr. Une coquille subsiste dans le titre. Il faut bien lire réversibilité). Les œuvres (essais et fictions) de ces trois écrivains sont analysées dans plusieurs chapitres de ma thèse. Le choix de ce sujet induit un risque évident de reprises et de redites. Je ne suis évidemment pas «propriétaire» du sujet mais le contenu d’une thèse, déjà soutenue, et même son titre peuvent, selon le guichet d’assistance de l’ABES, «bénéficier d’une protection (droit d’auteur, éventuellement droit de la concurrence déloyale et de parasitisme)». Par ailleurs, selon la même source, «l'intérêt scientifique ou l'originalité d'un sujet déposé doit relever du dialogue entre le doctorant et son directeur de thèse qui doit veiller à ne pas proposer ou agréer un sujet déjà signalé».

3.Posté par Nicolas Mulot le 26/06/2017 13:25
En outre, si vous aviez construit de vos mains une maison et, qu’à peine achevée, des intrus venaient vous en déloger, quelle serait votre réaction ?
La réversibilité est un sujet très spécifique, jamais traité avant moi. Je lui ai consacré une thèse de 400 pages. Il est normal qu’elle soit citée, au moins dans les bibliographies. C’est le b.a.-ba du travail universitaire : citer ses sources et les ouvrages de référence. Je rappelle que Pierre Glaudes faisait partie de mon jury de thèse. Si vous ne voyez pas le problème, changez de lunettes…
Si vous faites une recherche sur Google, par exemple «Réversibilité Léon Bloy», «Réversibilité Joseph de Maistre», vous tombez directement en haut de page sur une page de Paris IV qui présente ma thèse et une page de mon site internet (… internet ça existe aussi). Pierre Glaudes voudrait que ce sujet ne soit plus associé à mon nom. Pour l'instant, ça me paraît compliqué....

http://www.paris-sorbonne.fr/article/la-reversibilite-le-grand-mystere

4.Posté par Jean-François le 19/07/2017 14:43
Mais vous avez censuré mon intervention. Dans ces conditions, vous êtes bien à votre aise pour répondre aux points qui vous donnent évidemment raison, tout en ignorant les objections réelles que je soulève.

5.Posté par Nicolas Mulot le 19/07/2017 17:12
Votre dernière intervention de deux lignes est tellement risible que j'ai jugé inutile de poursuivre plus avant la conversation avec vous. J'ai appris à me méfier des trolls. Vous insinuez que ma thèse ne correspond pas à ce que peuvent attendre ces « grands » universitaires. Je vous cite : « Je n'ai non plus aucun doute sur la qualité de vos travaux. Mais s'ils n'ont pas été cités c'est soit qu'elle n'est pas celle qu'ils attendent, soit que les sujets divergent » !!!
Je n’ai qu’une réponse à apporter à votre objection. Ma thèse a obtenu la mention très honorable et les félicitations du jury, à l’unanimité. Pour info : «La mention très honorable avec félicitations du jury, la mention la plus prestigieuse, est accordée après un vote à bulletin secret du jury lors de la délibération. Pour être accordées, tous les membres doivent voter en faveur des félicitations. Cette mention est très rarement accordée» (source Wikipedia).

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