Via Crucis - Chemin de Croix



La semaine sainte approche. J’ai donc préparé un chemin de Croix, composé des traditionnelles quatorze stations par lesquelles nous commémorons la Passion du Christ. Certaines méditations sont extraites du Chemin de Croix prononcé au Colisée par Benoît XVI quelques semaines avant son accession au souverain pontificat. D’autres sont tirées du magnifique Via Crucis de Frank-Duquesne, puissante et profonde méditation sur le mystère de la Croix. Son commentaire de la douzième station est proposé en intégralité (au format PDF). Les catholiques trouveront matière, grâce à ce texte, à approfondir leur intelligence du symbolisme, source d’intuitions fécondes pour l’exégèse des textes scripturaires. Comme le note avec justesse Jean Borella, les faits relatés dans les Evangiles relèvent d’une histoire, non point ordinaire, mais sainte, «où tout est archétypique en tant même qu’historique, où tout est surnaturel, du commencement à la fin. Il serait temps que théologiens et exégètes cessent de courber peureusement l’échine devant les diktats d’un rationalisme scientiste et matérialiste à bout de souffle». Les images utilisées sont celles du Chemin de Croix de 2005 accessible sur le site du Vatican.
J’espère que ces textes vous inciteront à faire pendant la semaine sainte un chemin de croix : «faire», soit accomplir soi-même. C'est-à-dire, comme l’écrit Frank-Duquesne, « ni "réciter" ; ni davantage, "assister". Mais réaliser, mettre en œuvre, faire – au sens propre, fort, obvie – en re-présentant, en rendant présent, derechef actuel, mais réellement, en effectuant en nous et par nous, les membres, en répercutant dans la vie du Corps entier, le douloureux acheminement vers la Mort rédemptrice, la via dolorosa du Christ total, de Celui que les Pères appellent plenarius Christus »

I - JÉSUS EST CONDAMNÉ À MORT

Via Crucis - Chemin de Croix
De l’Évangile selon saint Matthieu 27, 22-23.26

Pilate reprit : «Que ferais-je donc de Jésus, celui qu’on appelle le Messie ?»
Ils répondirent tous : «Qu’on le crucifie !»
Il poursuivit : «Quel mal a-t-il donc fait ?» Ils criaient encore plus fort : «Qu’on le crucifie !».
Il leur relâcha donc Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et le leur livra pour qu’il soit crucifié.


Pilate n'est plus que poussière depuis dix-neuf siècles, mais je ne puis m'empêcher de voir en lui, ce terrible jour-là, une pauvre bête traquée, acculée à l'hallali décisif. Relisez les récits évangéliques : il a voulu sauver Jésus, cela me paraît hors de doute. Pour politicien qu'il fût, ce fils de la Louve a pourtant trouvé dans son cœur de puissantes émotions : tendresse, pitié, admiration, fraternité – alors quasiment inconcevables ! Ses fonctions judiciaires ne pouvaient manquer, à la longue, de lui conférer une tendance à l'impartialité, un pli d'objective sérénité, le mépris de la foule sanguinaire et cruelle par lâcheté, la clairvoyance à l'égard des épurateurs en quête de boucs émissaires. Romain, donc hautain, mais épris de la norme, il portait en son sang l'instinctif amour de la justice et de la loi, le respect d'un ordre fondé sur la loyauté – qu'on songe aux figures de Decius, de Regulus, de Scipion, de Caton, à l'horreur de la «foi punique» – l'impavide résistance aux intrigues ourdies dans les ténèbres. Il devra plus tard sa disgrâce à la fin de non-recevoir abrupte et inflexible qu'il opposera aux sales manigances des roitelets indigènes, flatteurs de Tibère. Se rendre complice d'une basse attaque contre un Innocent incapable de Se défendre, son honneur le lui interdisait. Son sobriquet même – Pilatus : l'homme droit et raide comme une lance – vaut toute une analyse psychologique.
Toutes ces forces, qui tendaient au bien, toutes ces richesses de l'«âme naturellement chrétienne», sa femme les met en branle. Et rien ne nous suggère mieux la probable noblesse native du Procurateur que le message de sa compagne : elle croyait donc en lui, elle le jugeait capable d'aimer la vérité, de la défendre... Sa conscience, enfin, assourdie peut-être par l'exercice d'un pouvoir presque absolu, s'était réveillée. Et Jésus, par sa majesté longanime et patiente, par le muet reproche d'un regard sans colère ni crainte, par ses quelques paroles étonnantes sollicitait en lui, ressuscitait pour ainsi dire cet amour de la beauté morale qui ne meurt jamais entièrement dans le pire des hommes. Comme il a été proche de la délivrance, ce Pilate ! On voit, dans l'Évangile, se préciser le moment où le flot de ses velléités charitables atteint la marée haute. C'est alors que, s'il avait arraché ses chaînes, s'il avait résolument tenté de les broyer, il se serait aperçu que ce n'étaient que des fils... Il pouvait, en cet instant même, partir pour ce voyage qui mène à la gloire immortelle, à l'éternité de la vie. À travers le candide récit des évangélistes, l'âme attentive perçoit quasiment l'effrayant soupir, l'ahan de cet esprit dès ici-bas emprisonné, avide de liberté. Un seul mot l'eût affranchi, mais il ne l'a pas proféré ; à l'instant même, le reflux commença. A la minute exacte où Dieu requérait un acte d'honneur et de justice, l'acceptation d'un seul risque, Pilate hésita. Il était, dès lors, condamné à la déchéance, au désastre, à la perdition. Tôt ou tard, toute vie aboutit au croisement décisif. Telle est la perspective qui s'ouvre devant tous les Pilate : chacun de nous, par toute sa vie, d'ailleurs, salue le Christ comme Roi ou Le crucifie comme Maudit (Via Crucis, Albert Frank-Duquesne).

II - JÉSUS EST CHARGÉ DE LA CROIX

Via Crucis - Chemin de Croix
De l’Évangile selon saint Matthieu 27, 27-31

Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans le prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la garde. Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau rouge. Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête ; ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s’agenouillaient en lui disant : «Salut, roi des Juifs!». Et, crachant sur lui, ils prirent le roseau, et ils le frappaient à la tête. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier.

Jésus, condamné comme prétendu roi, tu es raillé, mais dans la dérision apparaît cruellement la vérité. Combien de fois les insignes du pouvoir portés par les puissants de ce monde ne sont-ils pas une insulte à la vérité, à la justice et à la dignité de l’homme! Combien de fois leurs cérémonies et leurs grands discours ne sont en vérité rien d’autre que de pompeux mensonges, une caricature de la tâche qui est la leur: se mettre au service du bien ! Jésus, celui dont on se moque et qui porte la couronne de la souffrance, est pour cela précisément le vrai roi. Son sceptre est justice (cf. Ps 45, 7). Le prix de la justice est souffrance en ce monde : lui, le vrai roi, ne règne pas par la violence, mais par l’amour dont il souffre pour nous et avec nous. Il porte la croix sur lui, notre croix, le poids de l’homme, le poids du monde. C’est ainsi qu’il nous précède et qu’il nous montre comment trouver le chemin de la vraie vie (Benoît XVI).

III - JÉSUS TOMBE POUR LA PREMIÈRE FOIS

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Du livre du prophète Isaïe 53, 4-6

Pourtant, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était châtié, frappé par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos fautes qu’il a été transpercé, c’est par nos péchés qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous obtient la paix est tombé sur lui, et c’est par ses blessures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.

Pourquoi, précisément, trois chutes ? Pour réparer et compenser nos innombrables refus, nos adorations à rebours, nos agenouillements devant les idoles, s'agirait-il, pour le Sauveur, de prosterner notre nature commune, successivement, devant chacune des Trois Personnes ? Nos lévites, prostrés à même l'humus originel avant l'Ordination, se doutent-ils qu'en réduisant leur chair immobile à cette passivité, ils renouvellent à la fois le face-contre-terre de Gethsémani et les chutes adoratrices, les métanies sacerdotales de l'Homme-Dieu ? C'est ce que rappelle encore, le Vendredi-Saint, l'allongement sur les dalles du chœur, du Prêtre et de ses deux ministres : Pierre, Jacques et Jean ne se sont étendus, près du «pressoir», que pour s'abandonner, par tristesse et carence d'espoir, à la torpeur ; mais les officiants du Vendredi-Saint se prosternent, eux, pour «veiller et prier» (Via Crucis, Frank-Duquesne).

IV - JÉSUS RENCONTRE SA MÈRE

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De l’Évangile selon saint Luc. 2, 34-35.51

Syméon les bénit, puis il dit à Marie, sa mère: «Vois, ton fils qui est là provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. – Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée. – Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d’un grand nombre.
Sa mère gardait dans son coeur tous ces événements».


Nomen, omen : la destinée de Marie est toute inscrite dans son Nom béni. Alors que les diverses Marie des Évangiles ont le leur orthographié Maria dans les manuscrits grecs, seule la Sainte Vierge s'y trouve appelée Mariam, avec le M final. C'est la forme hébraïque de ce nom ; les Septante ont Miriam. Et les exégètes de métier nous apprennent que double est, dès lors, le sens de Marie : c'est tantôt, comme pour la sœur de Moïse, la Dame, la Souveraine, Domina ou Exaltata ; tantôt, comme pour la belle-mère de Ruth après son veuvage, Mara, Celle qui est comblée d'amertume.
Pour peu qu'on lise l'Ecriture inspirée comme ce rural fouillait son champ pour y découvrir un trésor, on tombe parfois sur de bien significatifs rapprochements. Aussi, dans l'Exode, à peine Miriam, sœur de Moïse, a-t-elle chanté son hymne à la gloire de Yahweh, que, deux versets plus loin, les juifs arrivent à Marah, en terre d'amertume : l'épreuve suit aussitôt la jubilation. Victoire ! voici l'oasis !... Mais impossible de s'y désaltérer, tant les eaux supposées potables y sont amères. Elles seules peuvent sauver ce peuple à la gorge desséchée, mais impossible d'y tremper ses lèvres. Comme pour la destinée du genre humain, les plus indispensables sources sont irrémédiablement souillées... – Que boirons-nous ? grondent les juifs. Alors Moïse, sur l'ordre de Yahweh, lance dans l'amertume des eaux un tronc d'arbre, «et, du coup, l'eau devint douce». Cette épreuve de la souillure purifiée, de l'amertume tournée en suavité, qui se passe à Marah, Dieu même nous révèle qu'elle a valu au peuple élu son droit et son statut. C'est ainsi que l'Éternel, «guérisseur d'Israël», soumet son peuple à la tentation par excellence, à l'épreuve initiatrice : les pèlerins mouraient de soif ; mais les ondes naturelles, loin d'étancher cette soif, l'attisaient, parce qu'elles écœuraient tout en promettant la fraîcheur. Ainsi de l’«eau vive» promise, après les prophètes, par le Sauveur Lui-même... Cette onde vivifiante et salvatrice – en plein désert ! – elle n'est donc qu'un leurre, elle torture au lieu de rafraîchir, et laisse plus que jamais sur sa soif. Mais «le bois» lui rend sa douceur et pureté primitive. Or, pour désigner ce bois mystérieux, sacramentel, les Septante usent du mot xulon, «bois», le même qui sert au prince des Apôtres pour nommer la Croix : «Il a Lui-même porté nos péchés en son corps sur le bois» . Ainsi, dans l'Ancien Testament, Miriam s'associe à Marah, le même texte nous montre à la fois la Souveraine et l'Amertume ; et le bois de la Croix, jeté au sein de l'onde souillée pour le salut du peuple, la change en suavité vivifiante et salvifique (Albert frank-Duquesne, Via Crucis).

V- SIMON DE CYRÈNE PORTE LA CROIX DE JÉSUS

Via Crucis - Chemin de Croix
De l’Évangile selon saint Matthieu 27,32 ; 16,24

En sortant, ils trouvèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène, et ils le réquisitionnèrent pour porter la croix.
Alors Jésus dit à ses disciples: «Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive».


De l’Évangile selon saint Luc, 23,26

Comme ils emmenaient Jésus, ils mirent la main sur un certain Simon de Cyrène qui revenait des champs, ils le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus

De l'Epître de saint Paul aux Galates, 6,4

Portez les fardeaux les uns des autres et accomplissez ainsi la loi du Christ

On sortait de Jérusalem, lorsqu'au témoignage de Marc, il devint impossible à Jésus de marcher encore. C'est alors qu'on réquisitionne ce Juif émigré à Cyrène, en pèlerinage à Jérusalem, et qui rentrait des champs à la minute. Sans doute, les Juifs l'avaient reconnu pour un disciple du maudit . Simon se souvint-il alors des paroles du Maître : "Si l'on te réquisitionne pour une course de mille pas, fais-en deux mille" ! Hilarem datorem Deus diligit : "Dieu aime qui donne allègrement"... toute l'Écriture juive est pleine de textes analogues à ce verset paulinien. Or, la loi romaine prévoyait le port de la croix par un tiers. Que ses deux branches fussent assemblées en furca, comme un V, ou que la poutre verticale (staticulum) fût portée séparément de l'horizontale (antenna), l'adjoint du condamné, portant suspendu au cou le titulum blanc, marchait toujours DEVANT l'homme à crucifier. Or, l'Évangile nous montre Simon suivant Jésus, marchant DERRIÈRE le condamné. Ici encore se réalise l'involontaire symbolisme, l'accomplissement inconscient (chez les bourreaux) des prophéties : "Si quelqu'un veut Me suivre, qu'il prenne sa croix et marche derrière Moi !" (Frank-Duquesne, Via Crucis)

VI - VÉRONIQUE ESSUIE LE VISAGE DE JÉSUS

Via Crucis - Chemin de Croix
Du livre du prophète Isaïe 53, 2-3

Il n’était ni beau ni brillant pour attirer nos regards, son extérieur n’avait rien pour nous plaire. Il était méprisé, abandonné de tous, homme de douleurs, familier de la souffrance, semblable aux lépreux dont on se détourne; et nous l’avons méprisé, compté pour rien.

Du livre des Psaumes 26 [27], 8-9

Mon coeur m’a redit ta parole: «Cherchez ma face». C’est ta face, Seigneur, que je cherche: ne me cache pas ta face. N’écarte pas ton serviteur avec colère, tu restes mon secours. Ne me laisse pas, ne m’abandonne pas, Dieu, mon salut!

Ce n'est pas sans raison que l'épisode de Véronique fait immédiatement suite à celui du Cyrénéen. Vivant symbole de la grâce, Simon le Staurophore «supplée aux lacunes, déficiences, faiblesses et défaillances de la nature humaine» en Jésus-Christ (formule propre des Ordinations dans l'Orthodoxie byzantino-slave). Il secourt, répare, pallie, vient en aide aux carences d'une chair infirme. Véronique, elle, fait plus : elle «fortifie» le Sauveur, Le libère – comme l'Ange «apparu du ciel» à Gethsémani – de cette sueur d'angoisse que l'homme connaît depuis la Chute, des «douleurs puerpérales» qu'Eve a transmises à toute sa postérité, de sorte que le Rédempteur n'a pu «mettre au monde ses fils que dans les affres génitrices» ; car l'Église est l'Eve nouvelle, et le Christ ne fait avec elle qu'un seul «principe» de vie surnaturelle.
Simon de Cyrène secourt la chair défaillante et souffrante du Messie ; il suit le Maître en portant sa Croix, ahane, s'échine et s'évertue : c'est la Marthe de la Passion. Véronique, qui en est la Marie, Lui montre tout simplement un visage amical, un regard d'amour ; elle Le réconforte ainsi, stimule sa vitalité, adoucit sa désolation et, parmi les atroces épreuves, les douleurs et déchirements, Lui fait signe de la part du Réconforteur, Lui permet d'Ejus consolatione gaudere (de trouver sa joie dans la concolation. Collecte de la Pentecôte). Mais, comme à «nourrir» le Christ, on reçoit de Lui plus nutritif encore, Véronique, qui n'offre au Condamné que sa face, sa parole muette et tout entière réfugiée dans son regard, dans sa contemplation, reçoit en retour le précieux don de l'Effigie : Jésus contemple l'âme fidèle (Frank-Duquesne, Via Crucis).

VII - JÉSUS TOMBE POUR LA DEUXIÈME FOIS

Via Crucis - Chemin de Croix
Du livre des Lamentations 3, 1-2.9.16

Je suis l’homme qui a connu la misère, sous la verge de sa fureur. C’est moi qu’il a conduit et fait marcher dans les ténèbres et sans lumière. Il a barré mes chemins avec des pierres de taille, obstrué mes sentiers.
Il a brisé mes dents avec du gravier, il m’a nourri de cendre.


La tradition de la triple chute de Jésus et du poids de la croix rappelle la chute d’Adam – le fait que nous soyons des êtres humains déchus – et le mystère de la participation de Jésus à notre chute. Au cours de l’histoire, la chute de l’homme prend des formes toujours nouvelles. Dans sa première Lettre, saint Jean parle d’une triple chute de l’homme: les désirs de la chair, les désirs des yeux et l’orgueil de la richesse. C’est ainsi que, sur l’arrière-fond des vices de son temps, avec tous ses excès et toutes ses perversions, il interprète la chute de l’homme et de l’humanité. Cependant nous pouvons penser aussi, dans l’histoire plus récente, que les chrétiens, en se détournant de la foi, ont abandonné le Seigneur : les grandes idéologies, comme la banalisation de l’homme qui ne croit plus à rien et qui se laisse simplement aller, ont construit un nouveau paganisme, un paganisme plus mauvais, qui, en voulant mettre définitivement Dieu à part, a fini par se débarrasser de l’homme. L’homme gît ainsi dans la cendre. Le Seigneur porte ce poids, il tombe et il tombe pour pouvoir venir jusqu’à nous; il nous regarde afin que notre coeur se réveille; il tombe pour nous relever (Benoît XVI).

VIII- JÉSUS RENCONTRE LES FEMMES DE JÉRUSALEM QUI PLEURENT SUR LUI

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De l’Évangile selon saint Luc 23,28-31

Il se retourna et leur dit : «Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Voici venir des jours où l’on dira : "Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !" Alors on dira aux montagnes : "Tombez sur nous", et aux collines : "Cachez-nous". Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ?»

« Ne pleurez pas sur Moi, filles de Jérusalem ; car, à l'heure où culmine mon service, où s'achève mon sacrifice, indicible est ma joie. Jamais l'allégresse céleste ne M'a dilaté le cœur comme en cette heure où J'y renonce pour l'honneur et la gloire du Père, pour le salut de mes frères. Si les Anges chantèrent à Bethléem, c'est pour manifester à ma place – car je n'étais alors qu'un bébé vagissant – la joie qui fut mienne de M'incarner, de M'humilier, de Me vider de Moi-même. A chaque instant de cette vie terrestre, vouée au Père par le Fils dans l'Esprit, chaque fois que J'ai fait rire les enfants, essuyé les larmes des affligés, guéri les malades, libéré les pécheurs, à chaque pas donc qui Me rapprochait de cette heure suprême, j'ai connu les délices de l'Esprit, la béatitude céleste et l'allégresse simplement humaine de voir, par Moi, le Père triomphal, manifesté, glorifié. Et maintenant, filles de Jérusalem, si vous êtes capables de comprendre une religion qui soit autre chose qu'un superficiel sentimentalisme, cette joie de servir et de Me sacrifier, de porter la Loi de mon Père dans mon cœur, je la parachève en route vers le Calvaire : cessez de vous lamenter sur Moi ! » (Frank-Duquesne : Joie de Jésus-Christ)

IX - JÉSUS TOMBE POUR LA TROISIÈME FOIS

Via Crucis - Chemin de Croix
Du livre des Lamentations. 3,27-32

Il est bon pour l’homme de porter le joug dès sa jeunesse, que solitaire et silencieux, il s’asseye quand le Seigneur l’impose sur lui, qu’il mette sa bouche dans la poussière : peut-être y a-t-il de l’espoir ! Qu’il tende la joue à qui le frappe, qu’il se rassasie d’opprobres ! Car le Seigneur ne rejette pas les humains pour toujours : s’il a affligé, il prend pitié selon sa grande bonté.

Que peut nous dire la troisième chute de Jésus sous le poids de la croix ? Peut-être nous fait-elle penser plus généralement à la chute de l’homme, au fait que beaucoup s’éloignent du Christ, dans une dérive vers un sécularisme sans Dieu. Mais ne devons-nous pas penser également à ce que le Christ doit souffrir dans son Église elle-même ? Combien de fois abusons-nous du Saint-Sacrement de sa présence, dans quel coeur vide et mauvais entre-t-il souvent ! Combien de fois ne célébrons-nous que nous-mêmes, et ne prenons-nous même pas conscience de sa présence ! Combien de fois sa Parole est-elle déformée et galvaudée ! Quel manque de foi dans de très nombreuses théories, combien de paroles creuses ! Que de souillures dans l’Église, et particulièrement parmi ceux qui, dans le sacerdoce, devraient lui appartenir totalement ! Combien d’orgueil et d’autosuffisance ! Que de manques d’attention au sacrement de la réconciliation, où le Christ nous attend pour nous relever de nos chutes ! Tout cela est présent dans sa passion. La trahison des disciples, la réception indigne de son Corps et de son Sang sont certainement les plus grandes souffrances du Rédempteur, celles qui lui transpercent le coeur (Benoît XVI).

X - JÉSUS EST DÉPOUILLÉ DE SES VÊTEMENTS

Via Crucis - Chemin de Croix
De l’Évangile selon saint Matthieu 27,33.36

Arrivés à l’endroit appelé Golgotha, c’est-à-dire : Lieu-du-Crâne, ou Calvaire, ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ; il en goûta, mais ne voulut pas boire. Après l’avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ; et ils restaient là, assis, à le garder.

Adam, «nu sans honte» (Gen, 2:25), exerce son activité spécifique, qui est de connaître et d'adorer Dieu, sans «vêtements». La nudité de son être essentiel était glorieuse : c'est d'intuition qu'il Le «voyait», au delà de toutes les «formes» créées. Après la Chute, Yahweh cache sa misère, comme sa honte, sous ces «habits de peau» que les Targoumîm appellent des «ornements sacerdotaux» ; puisque, d'après la Tradition rabbinique, Dieu voulut, sitôt l'Homme déchu, préparer son retour en gloire, en lui révélant l'efficace du sacrifice et la dignité du pontificat .
Puis Jésus-Christ paraît, nu à son tour. Adam avait passé de la nudité primitive, d'une vie dans le Simple et l'Absolu, d'une symbiose intégrale avec l'Ineffable, à la complexité des revêtements et des symboles : il faut sacrifier, c'est-à-dire rendre sacré, ce qui a été profané. Le Christ, Lui, la route qu'Il parcourt ici-bas inverse l'itinéraire d'Adam : l'Ascension d’Isaïe et d'autres témoins des primitives croyances chrétiennes nous Le montrent Se revêtant d'abord de toutes les apparences et «ressemblances» dont l'ensemble constitue ce monde de la manifestation ; mais c'est pour S'en dépouiller ensuite, en tant qu'Homme, en vue d'une métamorphose, d'une Transfiguration définitive, d'un passage au delà de toutes les formes, de toutes les limitations, du relatif et du souillé ... Ce Passage, toutefois, cette Pâque – Pésach – a lieu par l'étroit défilé d'une Mort totale, d'une mort à tout ce qui n'est pas Dieu et sa Gloire. Mis à nu, physiquement réduit à ce Corps incomparablement plus précieux que ses revêtements (Matt, 6:25), Il ose sacrifier aussi, vouer à la destruction transfiguratrice, tout ce qui dépasse, en sa nature humaine, le Corps, et «ne S'inquiète plus pour sa vie» (ibid.) : Il est prêt pour la Crucifixion. (Albert Frank-Duquesne, Via Crucis)

XI - JÉSUS EST CLOUÉ SUR LA CROIX

Via Crucis - Chemin de Croix
De l’Évangile selon saint Matthieu 27,37-42

Au-dessus de sa tête on inscrivit le motif de sa condamnation : «Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs.» En même temps, on crucifie avec lui deux bandits, l’un à droite et l’autre à gauche. Les passants l’injuriaient en hochant la tête : «Toi qui détruis le Temple et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es le Fils de Dieu, et descends de la croix !»
De même, les chefs des prêtres se moquaient de lui avec les scribes et les anciens, en disant : «Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! C’est le roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui !»


«J'ai prié Notre-Seigneur de m'ouvrir les yeux ; j'ai voulu voir sa Croix ; je l'ai vue ; vous ne pouvez pas savoir ce que c'est... Le drame du Calvaire, dites-vous... Mais il crève les yeux, il n'y a rien d'autre...Tenez ! moi qui vous parle, Sabiroux, j'ai entendu - oui - jusque dans la chaire de la cathédrale... des choses... je ne peux pas dire... Ils parlent de la mort de Dieu comme d'un vieux conte... Ils l'embellissent... Ils en rajoutent... Où vont-ils chercher tout ça ? Le Drame du Calvaire ! Prenez bien garde Sabiroux...» (Sous le soleil de Satan, Bernanos)

Jésus est cloué sur la croix. Le linceul de Turin nous permet de nous faire une idée de l’incroyable cruauté de ce procédé. Jésus ne boit pas le breuvage anesthésiant qu’on lui offre : consciemment, il prend sur lui toute la souffrance de la crucifixion. Tout son corps est tourmenté ; ainsi les paroles du Psaume se vérifient : «Et moi, je suis un ver, pas un homme, raillé par les gens, rejeté par le peuple» (Ps 21 [22], 7). «Il était méprisé ... semblable au lépreux dont on se détourne ... Pourtant c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé» (Is 53, 3s). Arrêtons-nous devant cette image de douleur, devant le Fils de Dieu souffrant. Regardons vers lui dans les moments où nous sommes présomptueux et portés à la jouissance, pour apprendre à respecter les limites et à voir la superficialité de tous les biens purement matériels. Regardons vers lui dans les moments de calamité et d’angoisse, pour reconnaître que c’est alors que nous sommes proches de Dieu. Devant le Seigneur condamné, qui ne veut pas se servir de son pouvoir pour descendre de la croix, mais qui supporte plutôt la souffrance de la croix jusqu’au bout, peut affleurer encore une autre pensée. Ignace d’Antioche, lui-même enchaîné à cause de sa foi dans le Seigneur, fait l’éloge des chrétiens de Smyrne pour leur foi inébranlable: ils étaient comme cloués par la chair et le sang à la croix du Seigneur Jésus Christ. Laissons-nous clouer à lui, en ne cédant à aucune tentation de nous éloigner et de nous laisser aller aux railleries qui voudraient nous inciter à le faire (Benoît XVI).

XII - JÉSUS MEURT SUR LA CROIX

Via Crucis - Chemin de Croix
De l’Évangile selon saint Matthieu 27, 45-50.54

A partir de midi, l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à trois heures. Vers trois heures, Jésus cria d’une voix forte : «Eli, Eli, lama sabactani ?», ce qui veut dire : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?» Quelques-uns de ceux qui étaient là disaient en l’entendant : «Le voilà qui appelle le prophète Élie !» Aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il trempa dans une boisson vinaigrée; il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire. Les autres lui dirent : «Attends! nous verrons bien si Élie va venir le sauver.» Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit.
A la vue du tremblement de terre et de tous ces événements, le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent saisi d’une grande frayeur et dirent : «Vraiment, celui-ci était le Fils de Dieu !»


De l’Évangile selon saint Jean, 19, 28-30

Après cela, Jésus sachant que tout était maintenant consommé, afin que l'Écriture s'accomplît, dit: «J'ai soif». Il y avait là un vase plein de vinaigre; les soldats en remplirent une éponge, et l'ayant fixée au bout d'une tige d'hysope, ils l'approchèrent de sa bouche. Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit: «Tout est consommé», et baissant la tête il rendit l'esprit.

Si des Pères ont pu voir dans «Eli, Eli», au moins une réminiscence du Psaume 21, pourquoi «J’ai soif» ne serait-il pas, dans l'âme de l'Adorateur parfait, un souvenir du Psaume 41 : «J'ai soif du Dieu vivant; quand M'en irai-Je d'ici, quand paraîtrai-Je devant la Face de Dieu ? Comme le cerf brâme après les sources d'eau, ainsi mon âme soupire après Toi, dans une terre aride, desséchée, sans eau», cet ex-Eden devenu Désert qu'est notre nature assumée par Lui […] Ce qui frappe dans cette interminable agonie sur la Croix, c'est qu'effectivement les bourreaux «ne savent pas ce qu'ils font», déjà parce qu'ils ne comprennent rien aux paroles du Sauveur. Le malentendu est constant : s'Il appelle son Père, «écoutez-Le : voici qu'Il invoque Elie!» S'Il «brâme comme le cerf en quête d'une source vive», si notre sèche et dure humanité, assumée par Lui, se crevasse et lézarde comme un sol desséché ; s'Il a soif de l'Amour superessentiel, on se précipite – à la rigueur par «humanitarisme» bonhomme, mais l'humanitarisme a toujours préféré les pierres muées en pains à la Parole de Dieu – et, dare-dare, on Lui présente de la «piquette»... Or, Jésus accepte cette incompréhension comme une suprême épreuve. Il a soif de Dieu, on Lui donne de la posca, et, du coup, Il S'écrie : «Tout est parfait !» (Jean, 19:30). Quand donc Il eût accepté ce vin aigrelet, Il dit : «Parfait !» Le «coup de pied de l'âne», dans la vie du Rédempteur, c'est cette tragique ânerie des soldats, cette calinotade : «Ils ne savent vraiment ni ce qu'ils font, ni ce que Je leur dis !» C'est comme l'autre abruti : «La vérité ?... Qu'est-ce que c'est que ça ?» Si le Verbe est l'éternelle empreinte incréée de Dieu, l'homme est son empreinte temporelle et créée, mais promise à l'éternité, admise à participer à la nature incréée. Et voyez cet ilote ivre ! Voyez où le mène cette «science du bien et du mal» qu'il a payée si cher, où aboutissent sa politique, son économie, sa philosophie et ses arts ! Jésus-Christ est mort à cause de tout cela aussi, «pour» tout cela aussi...(Albert Frank-Duquesne, Via Crucis)

Lire : Douxième Station

XIII - JÉSUS EST DESCENDU DE SA CROIX

Via Crucis - Chemin de Croix
De l’Évangile selon saint Matthieu 27, 54-55

Le centurion et ceux qui, avec lui gardaient Jésus, furent saisis d’une grande frayeur et dirent : «Vraiment, celui-ci était le Fils de Dieu !» Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient à distance : elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir.

De l’Évangile selon saint Jean, 19,30-34

Or, comme c'était la Préparation, de peur que les corps ne restassent sur la croix pendant le sabbat, car le jour de ce sabbat était très solennel, les Juifs demandèrent à Pilate qu'on rompît les jambes aux crucifiés et qu'on les détachât. Les soldats vinrent donc, et ils rompirent les jambes du premier, puis de l'autre qui avait été crucifié avec lui. Mais quand ils vinrent à Jésus, le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes. Mais un des soldats lui transperça le côté avec sa lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau.

Jésus est mort, son coeur a été transpercé par la lance du soldat et il en sortit aussitôt du sang et de l’eau: image mystérieuse du fleuve des sacrements du Baptême et de l’Eucharistie, par lesquels, à cause du coeur transpercé du Seigneur, l’Église renaît sans cesse. On ne lui a pas brisé les jambes, comme aux deux autres crucifiés; ainsi, il se manifeste comme l’agneau pascal véritable, dont aucun os ne doit être brisé (cf. Ex 12,46). Et maintenant qu’il a tout supporté, malgré tout le trouble qui agite les coeurs, malgré le pouvoir de la haine et des lâchetés, voici qu’il n’est pas demeuré seul. Il y a les fidèles. Auprès de la croix, il y avait aussi Marie, sa Mère, Marie soeur de sa Mère, Marie de Magdala et le disciple qu’il aimait. Et voici qu’arrive un homme riche, Joseph d’Arimathie: ce riche trouve le moyen de passer par le trou d’une aiguille, parce que Dieu lui en donne la grâce. Il ensevelit Jésus dans son tombeau neuf, dans un jardin : à l’endroit où Jésus est enseveli, le cimetière se transforme en un jardin, le jardin d’où Adam avait été chassé lorsqu’il s’était détaché de la plénitude de la vie, lorsqu’il s’était détaché de son Créateur. Le tombeau dans le jardin nous apprend que le pouvoir de la mort arrive à son terme. Voici que s’approche aussi un membre du Sanhédrin, Nicodème; celui à qui Jésus avait annoncé le mystère de la renaissance par l’eau et l’Esprit. Même au sein du Sanhédrin, qui avait décidé sa mort, il y a quelqu’un qui croit, quelqu’un qui connaît et qui reconnaît Jésus après sa mort. Au-delà de l’heure du grand deuil, des ténèbres épaisses et du désespoir, demeure cependant, mystérieusement, la lumière de l’espérance. Le Dieu caché est cependant le Dieu vivant et proche. Le Seigneur mort reste cependant le Seigneur et notre Sauveur, même dans la nuit de la mort. L’Église de Jésus Christ, sa nouvelle famille, commence à se former (Benoît XVI)

XIV - JÉSUS EST MIS AU TOMBEAU

Via Crucis - Chemin de Croix
De l'l’Évangile selon saint Jean, 19,37-40

Après cela, Joseph d'Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate d'enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Il vint donc, et prit le corps de Jésus.
Nicodème, qui était venu la première fois trouver Jésus de nuit, vint aussi, apportant un mélange de myrrhe et d'aloès, d'environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, et l'enveloppèrent dans des linges, avec les aromates, selon la manière d'ensevelir en usage chez les Juifs.


De l’Évangile selon saint Matthieu 27,59-61

Prenant le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul neuf, et il le déposa dans le tombeau qu’il venait de se faire tailler dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. Cependant Marie Madeleine et l’autre Marie étaient là, assises en face du tombeau.

La mort du Sauveur a été réelle, complète, totale : Il est "devenu mort", Il a "passé par l'état de mort" (Apoc, 1:18), et, d'après les modes de supputation chronométrique alors en vigueur chez les Juifs, l'est resté "trois jours". Durant ce temps, loin de "retourner" au ciel, auprès de son Père (Jean, 20:17), Il a voulu, dans son infinie condescendance, subir toutes les déchéances, limitations et impuissances qui caractérisent l'état de mort. Le Symbole des Apôtres, du moins dans sa forme définitive, formule la même idée jusqu'en sa double conséquence pour le corps et pour l'âme du Rédempteur : a été enterré, est descendu aux enfers [...] Mais cette mort n'a ni voilé, ni paralysé ses facultés spirituelles. Au contraire : elle L'a "vivifié quant à l'esprit", en son esprit (1 Pierre, 3:18) – car les facultés proprement spirituelles gagnent en intensité à secouer la camisole de la chair (2 Cor, 5:4) – pour L'habiliter à l'œuvre d'omnipotence miséricordieuse qu'Il devait accomplir au Schéôl. Dépouillé de son organisme physique, mais encore revêtu de son âme humaine, "Il est allé, en tant qu'esprit prêcher (la Bonne Nouvelle) aux esprits en prison" (1 Pierre, 3:19). (Frank-Duquesne, Via Crucis)


28/02/2008
Sombreval





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