Cinéma
300 : un Signe de Piste écrit par Leconte de Lisle et illustré par Arno Breker 26/03/2007
Les Spartiates, c'étaient pas des pédés. Les femmes spartiates non plus, tiens. Le reste du monde, en revanche… y'a un doute…
Notamment les Perses. On se souvient peut-être du regretté Bruno Carette, dans une pub contre les sectes qui font bzzz et les sectes qui font krkrkrkrkr, qui disait textuellement : « Khomeiny il a un p'tit zizi. Khomeiny il a un p'tit zizi. TOUT PITI PITI PITI PITI ». Mais je m'égare.
Dans « 300 » aux images aussi travaillées et belles qu'on l'attendait, Léonidas, qui était roi de Sparte avant que d'être fabricant de chocolats, défait des millions de Perses aux Thermopyles , à la tête de 300 de ses hommes. Mais quels hommes ! comme aurait pu le dire Jack Lang. Vêtus en tout et pour tout de slips en cuir, de jambières de métal et d'une cape rouge peu fonctionnelle, ces 300 mannequins bodybuildés représentent la fine fleur de l'élite guerrière de Sparte, élevée à la scoute (nuit à la belle étoile, sanglier étranglé à mains nues etc.)
Et cette escouade va défaire et tuer avec un entrain qu'on n'avait plus vu depuis la Chanson de Roland, et un premier degré à front de taureau trop outré pour être honnête, l'envahisseur basané et efféminé. Tout ça pour la défense de la race blanche.
Voilà notre première raison de recommander ce film : il va faire hur-ler, si ce n'est déjà fait, toute la critique cinématographique. L'occident viril qui met la pâtée au levantin « à l'âme plus noire que sa peau », ça ne va pas être très glop pour Libé, les Inrocks et les autres. Mais c'est beau comme un Signe de Piste inédit.
Seconde raison : la narration est efficace, les images, jolies, tout ça. Mais elle est aussi tellement bourrin, la narration, avec ses personnages de bersekr lacédémoniens, que le sourire n'a presque pas quitté mon visage de toute la séance. Tous les clichés du film de guerre y passent ou presque, les combats, les émissaires mal traités, l'augure qu'on consulte avant de partir à la guerre, le traître de service (oui, il y a un Ganelon), Pénélope qui attend le retour de son mari, la mort du camarade dans les tranchées, le sacrifice, etc. L'art de « 300 », c'est de s'apuyer sur les clichés et les tics du genre pour atteindre par moments à une véritable poésie.
Certes, cela aurait été mieux s'il n'y avait pas eu de femme du tout. L'oracle est une pétasse vaporeuse qui n'apporte rien ; quant à la scène chastement filmée où Léonidas en met une dernière à sa reine avant de partir… eh bien, désormais, on sait d'où viennent les bruitages des chansons d'Enya.
Troisième raison : il y a quand même un peu d'humour… très noir, entre le bossu qui serait prêt à tout pour porter un uniforme (mais le badge de première classe, cela se mérite, petit scarabée), la pile de cadavres haute de dix mètres en plan de fond alors que Léonidas déclare que ce n'étaient que les préliminaires, et la gueule, la gueule omniprésente qui font de ce film un chef d'œuvre mytho. Un émissaire trop sûr de lui vient-il en appeler à la raison des lacédémoniens après les avoir menacés, voici que Léonidas lui rappelle que la raison n'a pas cours dans sa ville : « This is SPAAAAARTAAAAAA ! », rugit-il en le précipitant dans une citerne (sans fond, après tout on est chez Frank Miller). Ceux qui ont apprécié Mickey Rourke sur la chaise électrique dans Sin City (« c'est tout ce que vous savez faire, bande de tarlouzes ? ») adoreront les 300.
Quatrième raison : on dirait Arno Breker chez Leconte de Lisle – et vous ne verrez probablement plus cela de votre vivant. La barbarie de certaines scènes renforce leur côté poétique, ainsi du corps d'un guerrier spartiate qui vient de se faire décapiter : il reste debout et s'effondre lentement, telle une statue grecque ruinée par le temps. La dernière scène où l'on voit Léonidas et ses compagnons restera aussi gravée dans les mémoires de ceux qui la verront.
Dernière raison, pour certains de mes lecteurs seulement : considérez les Spartiates comme les Village People de l'époque. A vrai dire, ce film dégouline littéralement d'homo-érotisme, comme on aura pu s'en rendre compte en lisant les lignes qui précèdent. Fallait-il ajouter alors une scène où un des 300 lance un javelot, pour que son mentor lui dise « fine thrust ! », ce qui peut se traduire aussi bien par « bel élan » que « beau jet » que « belle poussée » et qui a des connotations immédiatement compréhensibles en anglais ? Certains diront que oui.
Qu'ajouter encore? La portée philosophique des 300 n'est certes pas très étendue… mais le divertissement vaut le détour. Trop bourrin pour être bête, il réservera aux amateurs de films d'actions des souvenirs durables sans un seul temps mort ou presque.
4/5
Notamment les Perses. On se souvient peut-être du regretté Bruno Carette, dans une pub contre les sectes qui font bzzz et les sectes qui font krkrkrkrkr, qui disait textuellement : « Khomeiny il a un p'tit zizi. Khomeiny il a un p'tit zizi. TOUT PITI PITI PITI PITI ». Mais je m'égare.
Dans « 300 » aux images aussi travaillées et belles qu'on l'attendait, Léonidas, qui était roi de Sparte avant que d'être fabricant de chocolats, défait des millions de Perses aux Thermopyles , à la tête de 300 de ses hommes. Mais quels hommes ! comme aurait pu le dire Jack Lang. Vêtus en tout et pour tout de slips en cuir, de jambières de métal et d'une cape rouge peu fonctionnelle, ces 300 mannequins bodybuildés représentent la fine fleur de l'élite guerrière de Sparte, élevée à la scoute (nuit à la belle étoile, sanglier étranglé à mains nues etc.)
Et cette escouade va défaire et tuer avec un entrain qu'on n'avait plus vu depuis la Chanson de Roland, et un premier degré à front de taureau trop outré pour être honnête, l'envahisseur basané et efféminé. Tout ça pour la défense de la race blanche.
Voilà notre première raison de recommander ce film : il va faire hur-ler, si ce n'est déjà fait, toute la critique cinématographique. L'occident viril qui met la pâtée au levantin « à l'âme plus noire que sa peau », ça ne va pas être très glop pour Libé, les Inrocks et les autres. Mais c'est beau comme un Signe de Piste inédit.
Seconde raison : la narration est efficace, les images, jolies, tout ça. Mais elle est aussi tellement bourrin, la narration, avec ses personnages de bersekr lacédémoniens, que le sourire n'a presque pas quitté mon visage de toute la séance. Tous les clichés du film de guerre y passent ou presque, les combats, les émissaires mal traités, l'augure qu'on consulte avant de partir à la guerre, le traître de service (oui, il y a un Ganelon), Pénélope qui attend le retour de son mari, la mort du camarade dans les tranchées, le sacrifice, etc. L'art de « 300 », c'est de s'apuyer sur les clichés et les tics du genre pour atteindre par moments à une véritable poésie.
Certes, cela aurait été mieux s'il n'y avait pas eu de femme du tout. L'oracle est une pétasse vaporeuse qui n'apporte rien ; quant à la scène chastement filmée où Léonidas en met une dernière à sa reine avant de partir… eh bien, désormais, on sait d'où viennent les bruitages des chansons d'Enya.
Troisième raison : il y a quand même un peu d'humour… très noir, entre le bossu qui serait prêt à tout pour porter un uniforme (mais le badge de première classe, cela se mérite, petit scarabée), la pile de cadavres haute de dix mètres en plan de fond alors que Léonidas déclare que ce n'étaient que les préliminaires, et la gueule, la gueule omniprésente qui font de ce film un chef d'œuvre mytho. Un émissaire trop sûr de lui vient-il en appeler à la raison des lacédémoniens après les avoir menacés, voici que Léonidas lui rappelle que la raison n'a pas cours dans sa ville : « This is SPAAAAARTAAAAAA ! », rugit-il en le précipitant dans une citerne (sans fond, après tout on est chez Frank Miller). Ceux qui ont apprécié Mickey Rourke sur la chaise électrique dans Sin City (« c'est tout ce que vous savez faire, bande de tarlouzes ? ») adoreront les 300.
Quatrième raison : on dirait Arno Breker chez Leconte de Lisle – et vous ne verrez probablement plus cela de votre vivant. La barbarie de certaines scènes renforce leur côté poétique, ainsi du corps d'un guerrier spartiate qui vient de se faire décapiter : il reste debout et s'effondre lentement, telle une statue grecque ruinée par le temps. La dernière scène où l'on voit Léonidas et ses compagnons restera aussi gravée dans les mémoires de ceux qui la verront.
Dernière raison, pour certains de mes lecteurs seulement : considérez les Spartiates comme les Village People de l'époque. A vrai dire, ce film dégouline littéralement d'homo-érotisme, comme on aura pu s'en rendre compte en lisant les lignes qui précèdent. Fallait-il ajouter alors une scène où un des 300 lance un javelot, pour que son mentor lui dise « fine thrust ! », ce qui peut se traduire aussi bien par « bel élan » que « beau jet » que « belle poussée » et qui a des connotations immédiatement compréhensibles en anglais ? Certains diront que oui.
Qu'ajouter encore? La portée philosophique des 300 n'est certes pas très étendue… mais le divertissement vaut le détour. Trop bourrin pour être bête, il réservera aux amateurs de films d'actions des souvenirs durables sans un seul temps mort ou presque.
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