Est secretum, Valeriane
Coffrets 15/02/2008
Prochainement, afin de ponctionner votre monnaie gagnée à la sueur de votre front, le dernier-né d'une famille de coffrets mastodontesques comprenant des CD par dizaines voire centaines verra le jour « dans les bacs des disquaires », s'il en existe encore.
C'est Hans Werner Henze Johannes Brahms qui en fera les frais 60 CD d'un seul coup, pour quelques dizaines d'euros. Le compositeur aurait fêté son cent soixante quinzième anniversaire cette année, s'il n'était pas décédé il y a quelques temps déjà.
Alors, certes, tout Brahms pour trois cent balles environ, on ne va pas se plaindre, c'est la culture à la portée des masses. Qui n'achèteront pas, bien entendu, sauf pour faire un cadeau. En fin de compte, en mettant à part les mélomanes ayant le privilège d'insomnies chroniques, qui aura le temps d'écouter tout cela ? Les coffrets Bach, Mozart, Beethoven ne sont pas encore épuisés. On produit, c'est certes bien ; les interprétations, de ce qu'on m'en dit, se tiennent correctement ; rien à redire.
Néanmoins, je suis un peu nostalgique de « mon » époque, celle qui a vu la naissance du CD et mon adolescence. De, mettons, 1988 (décollage du marché et achat d'un lecteur de « disque laser » par mon père) à 1993 (départ pour Donaldville et semi-indépendance financière), j'ai du confronter ma soif inextinguible de musique avec l'étroitesse des moyens que j'y pouvais consacrer. Un CD, c'était 150 balles de l'époque, le « prix vert » ou les collections économiques étaient balbutiantes et ma fabuleuse discothèque… ben, elle n'existait pas. La tentation s'appelait en ces jours « Compact », une revue critique cent fois meilleure que celles qui ont survécu, qui argumentait ses recensions, dues à quelques plumes bien trempées, celles de Jean Gallois notamment. Une revue qui notait la qualité technique des CD, qui n'attribuait sa distinction suprême qu'avec parcimonie, et qui, surtout, surtout, ne consacrait aucune page à recenser les spectacles parisiens ou l'esprit creux et parisianiste des éditorialistes de « Diapason », dont on se demande chaque mois qui ils aiment, qui ils n'aiment pas, et pourquoi.
Je dois à « Compact » la découverte de Pink Floyd, de Frank Zappa, des « Gurrelieder » par Ozawa, de tout Mahler (dans leur engouement exagéré pour les interprétations d'Eliahu Inbal), de Led Zep et de quelques autres. C'est donc les conseils de « Compact » que je suivais lorsque j'avais réuni la somme pour me payer un CD. Je cite dans le désordre quels furent mes premiers
- la symphonie alpestre de Strauss par Haitink chez Philips
- les Gurrelieder, bien sûr (Ozawa, Philips)
- le Chant de la Terre, de Mahler (Inbal, Denon). Même Inbal ne peut pas abîmer « der Abschied »)
- la symphonie « du Nouveau Monde » de Dvorjacques, par Ch. Von Dohnanyi
- Daphnis et Cholé, de Ravel, par Dutoit (Decca)
- Les Planètes, de Holst, par Solti (Decca)
- Le concerto pour violon et orchestre de Berg (Perlman, DG)
- La sonate pour piano D958 de Schubert (Pollini, DG)
- Peer Gynt (en version intégrale ! par Neeme Järvi, DG)
- La symphonie fantastique de Berlioz par Herbert von Kubitus
- L'oiseau de feu de Stravinsky, par Ricardo Muti (EMI)
- L'œuvre d'orgue de Jehan Alain (par sa sœur, Erato)
- Tristan und Isolde de Wagner (par Carlos Kleiber, DG)
A cette époque-là, rareté et cherté des CD aidant, j'écoutais en boucle chacun de mes disques. Je connaissais ainsi bien mieux que maintenant, qui est le temps de l'abondance, les œuvres qui s'alignaient sur mes étiques rayonnages. Je peux reconnaître, disons dans les cinq secondes, n'importe quel extrait de ces disques. En puis-je faire autant avec le récent Sémélé de Marin Marais (Hervé Niquet, Glossa), ou avec l'une de mes cinq intégrales d'orgues de Bach (Alain, Isoir, Rogg, Vernet, Duruflé et madame) ou mes innombrables Goldberg ?
En fait, oui pour Bach. Je l'ai tant écouté que c'est possible. Mais, disons, pour les symphonies de Sibelius ? Pour les quatuors à cordes de Debussy ? Pour du Palestrina ? Pas sûr.
Les intégrales-mammouth permettent en théorie que de la musique rare voie le jour. En pratique, j'ai peur que la musique rare s'y trouve surtout stockée, et pas écoutée. Mes premiers CD ,n'étaient certes pas de la musique rare… mais si tous les CD publiés actuellement pouvaient être écoutés comme j'ai écouté ceux-là, ce serait vraiment bien.
C'est Hans Werner Henze Johannes Brahms qui en fera les frais 60 CD d'un seul coup, pour quelques dizaines d'euros. Le compositeur aurait fêté son cent soixante quinzième anniversaire cette année, s'il n'était pas décédé il y a quelques temps déjà.
Alors, certes, tout Brahms pour trois cent balles environ, on ne va pas se plaindre, c'est la culture à la portée des masses. Qui n'achèteront pas, bien entendu, sauf pour faire un cadeau. En fin de compte, en mettant à part les mélomanes ayant le privilège d'insomnies chroniques, qui aura le temps d'écouter tout cela ? Les coffrets Bach, Mozart, Beethoven ne sont pas encore épuisés. On produit, c'est certes bien ; les interprétations, de ce qu'on m'en dit, se tiennent correctement ; rien à redire.
Néanmoins, je suis un peu nostalgique de « mon » époque, celle qui a vu la naissance du CD et mon adolescence. De, mettons, 1988 (décollage du marché et achat d'un lecteur de « disque laser » par mon père) à 1993 (départ pour Donaldville et semi-indépendance financière), j'ai du confronter ma soif inextinguible de musique avec l'étroitesse des moyens que j'y pouvais consacrer. Un CD, c'était 150 balles de l'époque, le « prix vert » ou les collections économiques étaient balbutiantes et ma fabuleuse discothèque… ben, elle n'existait pas. La tentation s'appelait en ces jours « Compact », une revue critique cent fois meilleure que celles qui ont survécu, qui argumentait ses recensions, dues à quelques plumes bien trempées, celles de Jean Gallois notamment. Une revue qui notait la qualité technique des CD, qui n'attribuait sa distinction suprême qu'avec parcimonie, et qui, surtout, surtout, ne consacrait aucune page à recenser les spectacles parisiens ou l'esprit creux et parisianiste des éditorialistes de « Diapason », dont on se demande chaque mois qui ils aiment, qui ils n'aiment pas, et pourquoi.
Je dois à « Compact » la découverte de Pink Floyd, de Frank Zappa, des « Gurrelieder » par Ozawa, de tout Mahler (dans leur engouement exagéré pour les interprétations d'Eliahu Inbal), de Led Zep et de quelques autres. C'est donc les conseils de « Compact » que je suivais lorsque j'avais réuni la somme pour me payer un CD. Je cite dans le désordre quels furent mes premiers
- la symphonie alpestre de Strauss par Haitink chez Philips
- les Gurrelieder, bien sûr (Ozawa, Philips)
- le Chant de la Terre, de Mahler (Inbal, Denon). Même Inbal ne peut pas abîmer « der Abschied »)
- la symphonie « du Nouveau Monde » de Dvorjacques, par Ch. Von Dohnanyi
- Daphnis et Cholé, de Ravel, par Dutoit (Decca)
- Les Planètes, de Holst, par Solti (Decca)
- Le concerto pour violon et orchestre de Berg (Perlman, DG)
- La sonate pour piano D958 de Schubert (Pollini, DG)
- Peer Gynt (en version intégrale ! par Neeme Järvi, DG)
- La symphonie fantastique de Berlioz par Herbert von Kubitus
- L'oiseau de feu de Stravinsky, par Ricardo Muti (EMI)
- L'œuvre d'orgue de Jehan Alain (par sa sœur, Erato)
- Tristan und Isolde de Wagner (par Carlos Kleiber, DG)
A cette époque-là, rareté et cherté des CD aidant, j'écoutais en boucle chacun de mes disques. Je connaissais ainsi bien mieux que maintenant, qui est le temps de l'abondance, les œuvres qui s'alignaient sur mes étiques rayonnages. Je peux reconnaître, disons dans les cinq secondes, n'importe quel extrait de ces disques. En puis-je faire autant avec le récent Sémélé de Marin Marais (Hervé Niquet, Glossa), ou avec l'une de mes cinq intégrales d'orgues de Bach (Alain, Isoir, Rogg, Vernet, Duruflé et madame) ou mes innombrables Goldberg ?
En fait, oui pour Bach. Je l'ai tant écouté que c'est possible. Mais, disons, pour les symphonies de Sibelius ? Pour les quatuors à cordes de Debussy ? Pour du Palestrina ? Pas sûr.
Les intégrales-mammouth permettent en théorie que de la musique rare voie le jour. En pratique, j'ai peur que la musique rare s'y trouve surtout stockée, et pas écoutée. Mes premiers CD ,n'étaient certes pas de la musique rare… mais si tous les CD publiés actuellement pouvaient être écoutés comme j'ai écouté ceux-là, ce serait vraiment bien.
Droits de reproduction et de diffusion réservés © Nelly Achlaw
z_igou@yahoo.com
z_igou@yahoo.com



