Une vie de tradi
Da Vaquié code (suite sur la Rose de Notre-Dame, 5ème mouvement…) 08/01/2007
Note pour les lecteurs qui n'apprennent pas par cœur tout ce blog : les épisodes précédents se trouvent ici et leur relecture est conseillée.
(1) http://www.sombreval.com/nelly/Le-complot-maconnique_a308.html
(2) http://www.sombreval.com/nelly/La-guerre-des-symboles_a310.html
(3) http://www.sombreval.com/nelly/La-menace-occulte_a315.html
(4) http://www.sombreval.com/nelly/La-rose-de-Notre-Dame_a319.html
Il y eut mieux encore. Igor me transmit trois pavés photocopiés de Jean Vaquié, intitulés « l'école de l'ésotérisme chrétien ». C'était le brouillon d'un numéro des « cahiers Barruel » parus il y avait quelques mois, décrivant la pénétration des idées gnostiques dans l'Eglise. Idées tout d'abord formalisées et propagées par René Guénon et ses émules dans l'Europe (Schuon, Abellio étaient cités), puis christianisés par un certain abbé Stéphane, relayés par Jean Borella. Vaquié instruisait le dossier de quelques personnes plus ou moins suspectes en balançant des copies d'articles. Les accusés étaient soit tradis, soit ésotéristes, soit, la plupart du temps, entre les deux. On y trouvait Yves Chiron, Jean Borella (bête noire d'honneur), des royalistes mystiques (Montaigu), des amateurs de symbolisme (Jean Hani). Il n'était pas très difficile de trouver d'autres textes de Vaquié incriminant d'autres personnes, parmi lesquelles… Brandon Brandon en personne ! Le lecteur attentif se souviendra qu'il n'était autre que le chef de la section de l'AF à Donaldville. (Il est décidément temps que je fasse un petit dictionnaire des noms propres… au cas où il y aurait encore un lecteur qui n'aurait pas deviné qui est qui).
J'entre à ce moment dans la période la plus « tradi » de mes aventures, celle où je deviens presque paranoïaque. Qui est réellement un ami ? Qui est un ennemi déguisé ? Brandon Brandon, royaliste fervent, traditionaliste, avec au moins un de ses enfants dans une chartreuse au-dessus de tout soupçon, cela faisait désordre. Son appartenance à la franc-maçonnerie était sue, ou tenue pour acquise par toute la paroisse. Lui-même s'en tenait à la seule attitude raisonnable : il semblait se ficher éperdument de ce qui se disait sur lui. Il avait un titre à cela : il était universitaire, brillant et cultivé ; alors que ses détracteurs et les murmures étaient intellectuellement très ordinaires. Un ou deux se remarquaient par leur qualité d'héritiers, ce qui leur permettait d'avoir à leur botte le clergé de St Estèphe ; mais clairement, le QI n'était pas dans le camp des tradis. Le plus intellectuel du lot était un assureur ; un autre faisait du recrutement dans une grande SSII, c'était tout. Comme on dit en Franche Comté, le loup alla à Rome, y perdit de son poil et rien de ses coutumes. Certains loups avaient perdu un peu de poil.
Les rumeurs sur Brandon furent entretenues par la parution simultanée d'un recueil d'entretiens sur la tradition. Le journaliste qui les avait compilés faisait mine de croire que « tradition catholique » (l'encens, les dorures, Mgr Lefebvre) et « tradition ésotérique » (René Guénon) ne faisaient qu'une. Certains interviewés ne tombaient pas dans le piège ; ils côtoyaient des allumés dont beaucoup étaient stigmatisés par Vaquié ; l'un d'eux expliquait comment la Vierge, à Medjugorje, avait sauvé le monde à l'aide d'un mouchoir taché de sang. Autrement dit, Brandon était en mauvaise compagnie ; mais il réussissait à se sortir peu compromis de l'entretien, non sans avoir égratigné à juste titre ses censeurs : « je n'ai rien contre les inquisiteurs, disait-il, mais je voudrais au moins qu'ils fussent qualifiés ».
Pour Igor, tout cela se résumait plus simplement : « ILS sont partout ». Et aussitôt après, il ajoutait qu'il y en avait bien peu, dans les milieux de Donaldville, qui n'en étaient pas. Igor, paradoxalement, était très favorable à une alliance avec les franc-maçons, du moment qu'ils étaient tradis. On n'a pas besoin, disait-il, d'être d'accord sur tout. Cela me choquait : si vraiment ils étaient le diable, il ne fallait pas manger avec eux, même avec une longue cuiller.
Igor faisait fiévreusement la chasse aux franc-maçons pour savoir qui en était ; au contraire de beaucoup d'autres, il se contentait ensuite de garder les informations pour soi. Je tentai à plusieurs reprises de lui tirer les vers du nez ; je pensais qu'il en savait long sur le financement des partis politiques locaux, (un gros procès s'instruisait à ce moment-là), sur les goûts, les appartenances et le vrai visage de nombre de personnes ; mais il ne voulut jamais rien dire.
(prochain épisode : Igor balance des noms)
(1) http://www.sombreval.com/nelly/Le-complot-maconnique_a308.html
(2) http://www.sombreval.com/nelly/La-guerre-des-symboles_a310.html
(3) http://www.sombreval.com/nelly/La-menace-occulte_a315.html
(4) http://www.sombreval.com/nelly/La-rose-de-Notre-Dame_a319.html
Il y eut mieux encore. Igor me transmit trois pavés photocopiés de Jean Vaquié, intitulés « l'école de l'ésotérisme chrétien ». C'était le brouillon d'un numéro des « cahiers Barruel » parus il y avait quelques mois, décrivant la pénétration des idées gnostiques dans l'Eglise. Idées tout d'abord formalisées et propagées par René Guénon et ses émules dans l'Europe (Schuon, Abellio étaient cités), puis christianisés par un certain abbé Stéphane, relayés par Jean Borella. Vaquié instruisait le dossier de quelques personnes plus ou moins suspectes en balançant des copies d'articles. Les accusés étaient soit tradis, soit ésotéristes, soit, la plupart du temps, entre les deux. On y trouvait Yves Chiron, Jean Borella (bête noire d'honneur), des royalistes mystiques (Montaigu), des amateurs de symbolisme (Jean Hani). Il n'était pas très difficile de trouver d'autres textes de Vaquié incriminant d'autres personnes, parmi lesquelles… Brandon Brandon en personne ! Le lecteur attentif se souviendra qu'il n'était autre que le chef de la section de l'AF à Donaldville. (Il est décidément temps que je fasse un petit dictionnaire des noms propres… au cas où il y aurait encore un lecteur qui n'aurait pas deviné qui est qui).
J'entre à ce moment dans la période la plus « tradi » de mes aventures, celle où je deviens presque paranoïaque. Qui est réellement un ami ? Qui est un ennemi déguisé ? Brandon Brandon, royaliste fervent, traditionaliste, avec au moins un de ses enfants dans une chartreuse au-dessus de tout soupçon, cela faisait désordre. Son appartenance à la franc-maçonnerie était sue, ou tenue pour acquise par toute la paroisse. Lui-même s'en tenait à la seule attitude raisonnable : il semblait se ficher éperdument de ce qui se disait sur lui. Il avait un titre à cela : il était universitaire, brillant et cultivé ; alors que ses détracteurs et les murmures étaient intellectuellement très ordinaires. Un ou deux se remarquaient par leur qualité d'héritiers, ce qui leur permettait d'avoir à leur botte le clergé de St Estèphe ; mais clairement, le QI n'était pas dans le camp des tradis. Le plus intellectuel du lot était un assureur ; un autre faisait du recrutement dans une grande SSII, c'était tout. Comme on dit en Franche Comté, le loup alla à Rome, y perdit de son poil et rien de ses coutumes. Certains loups avaient perdu un peu de poil.
Les rumeurs sur Brandon furent entretenues par la parution simultanée d'un recueil d'entretiens sur la tradition. Le journaliste qui les avait compilés faisait mine de croire que « tradition catholique » (l'encens, les dorures, Mgr Lefebvre) et « tradition ésotérique » (René Guénon) ne faisaient qu'une. Certains interviewés ne tombaient pas dans le piège ; ils côtoyaient des allumés dont beaucoup étaient stigmatisés par Vaquié ; l'un d'eux expliquait comment la Vierge, à Medjugorje, avait sauvé le monde à l'aide d'un mouchoir taché de sang. Autrement dit, Brandon était en mauvaise compagnie ; mais il réussissait à se sortir peu compromis de l'entretien, non sans avoir égratigné à juste titre ses censeurs : « je n'ai rien contre les inquisiteurs, disait-il, mais je voudrais au moins qu'ils fussent qualifiés ».
Pour Igor, tout cela se résumait plus simplement : « ILS sont partout ». Et aussitôt après, il ajoutait qu'il y en avait bien peu, dans les milieux de Donaldville, qui n'en étaient pas. Igor, paradoxalement, était très favorable à une alliance avec les franc-maçons, du moment qu'ils étaient tradis. On n'a pas besoin, disait-il, d'être d'accord sur tout. Cela me choquait : si vraiment ils étaient le diable, il ne fallait pas manger avec eux, même avec une longue cuiller.
Igor faisait fiévreusement la chasse aux franc-maçons pour savoir qui en était ; au contraire de beaucoup d'autres, il se contentait ensuite de garder les informations pour soi. Je tentai à plusieurs reprises de lui tirer les vers du nez ; je pensais qu'il en savait long sur le financement des partis politiques locaux, (un gros procès s'instruisait à ce moment-là), sur les goûts, les appartenances et le vrai visage de nombre de personnes ; mais il ne voulut jamais rien dire.
(prochain épisode : Igor balance des noms)
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z_igou@yahoo.com
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