La chair est triste, hélas...
Deux expositions 10/01/2007
Activité culturelle presque intense ce WE, puisque je me rends à l'exposition Hergé qui se tient à Beaubourg. Après la demi-heure de queue coutumière, je peux accéder à des éléments fort intéressants : planches originales, « bleus » de mise en couleur, illustrations des années 20 et 30 (malgré cela, Hergé ne semble pas avoir fait autant de pub que Jacobs à la même époque), séries dérivées oubliables (Flup, Nénesse, Poussette et Cochonnet !) ou mémorables (le début de Jo, Zette… avec le vol de Jocko en ballon météo vaut son pesant d'or). Parmi les pièces dignes d'attention, il faut noter la première planche de « Tintin au pays des soviets » (flectamus genua, fratres !) et le premier des derniers crayonnés de l'Alph-Art, celui où la Castafiore se transforme en perroquet géant. Il y a aussi l'intégralité des planches originales du « Lotus Bleu », version en noir et blanc, celles du « Trésor de Rackham le Rouge » où Haddock revit les péripéties de son ancêtre corsaire, de nombreuses couvertures du Petit Vingtième, etc. Bref, de quoi passer au moins deux bonnes heures en s'extasiant sur l'acèse du coup de patte Hergéen.
Ensuite, direction la BNF pour aller rendre visite à un artiste un peu plus maudit que Hergé, Antonin Artaud, sur lequel les récents disques de John Zorn ont attiré mon attention. Je n'ai pas pu m'empêcher de trouver quelques points communs entre Artaud et moi : nous sommes tous les deux marseillais, il est né un 4 septembre, je suis né un 5 ; et nous avons eu tous les deux des idées similaires sur le théâtre. Sauf que moi, excusez du peu, c'était (je crois) dans une préface du « Bracelet de Vermeil » que j'avais adapté tout seul à la scène, dans l'ignorance de l'adaptation similaire de Dalens. Je l'avais certainement flanqué d'une préface, afin d'être bien sûr que les lecteurs (oui, au pluriel) me comprendraient. Je ne sais plus ce que j'y racontais ; je me souviens juste qu'un lecteur, l'un des seuls qui ait eu la charité de me lire sans couteau sous la gorge, commençait une de ses lettres par : « si tu dis que le théâtre est une cérémonie sacrée – et je suis entièrement d'accord ». Je ne me souviens plus de la fin de la phrase ; elle n'était probablement pas aussi bienveillante que le début. Une de mes théories était que le théâtre n'était jamais aussi bon que quand il n'y avait pas de spectateurs. J'ai changé d'avis depuis.
Mais trêve de modestie. L'exposition Artaud rassemble des autoportraits, des portraits, de ses étranges dessins surréalistes (dont les « hits » : le théâtre de la cruauté, la maladresse sexuelle de Dieu), quelques « sorts », des extraits de films (dont « la coquille et le clergyman »), des cahiers de Rodez et d'Ivry en pagaille, beaucoup de lettres, autour d'une galerie centrale qui retrace sa douloureuse vie. Naturellement, on n'a pas le temps de tout lire. Mais c'est assez pour se plonger dans l'univers étrange de cet artiste, à la fois poète, dramaturge, essayiste, dessinateur, cinéaste qui semble avoir passé sa vie à souffrir de la double postulation – et à souffrir tout court, au demeurant. Je tiens ses dessins pour l'égal des œuvres des plus grands surréalistes, Dali et Ernst notamment.
Il peut être intéressant, pour se familiariser avec le personnage, de lire le bon ouvrage qui lui est consacré dans la collection « Découvertes Gallimard » par Evelyne Grossmann. Les 26 volumes des œuvres complètes viendront plus tard. Je note avec intérêt que Paulhan s'est révélé pour Artaud un soutien de tous les instants, et que ce dernier a eu une liaison platonique avec Colette Thomas, la femme d'Henri, si je ne m'abuse.
Ah, Henri Thomas ! Encore un auteur qui mériterait d'être plus lu. Mais je digresse. Artaud pour 7 euros, en somme, cela vaut le coup. Ouvert même le dimanche.
Ensuite, direction la BNF pour aller rendre visite à un artiste un peu plus maudit que Hergé, Antonin Artaud, sur lequel les récents disques de John Zorn ont attiré mon attention. Je n'ai pas pu m'empêcher de trouver quelques points communs entre Artaud et moi : nous sommes tous les deux marseillais, il est né un 4 septembre, je suis né un 5 ; et nous avons eu tous les deux des idées similaires sur le théâtre. Sauf que moi, excusez du peu, c'était (je crois) dans une préface du « Bracelet de Vermeil » que j'avais adapté tout seul à la scène, dans l'ignorance de l'adaptation similaire de Dalens. Je l'avais certainement flanqué d'une préface, afin d'être bien sûr que les lecteurs (oui, au pluriel) me comprendraient. Je ne sais plus ce que j'y racontais ; je me souviens juste qu'un lecteur, l'un des seuls qui ait eu la charité de me lire sans couteau sous la gorge, commençait une de ses lettres par : « si tu dis que le théâtre est une cérémonie sacrée – et je suis entièrement d'accord ». Je ne me souviens plus de la fin de la phrase ; elle n'était probablement pas aussi bienveillante que le début. Une de mes théories était que le théâtre n'était jamais aussi bon que quand il n'y avait pas de spectateurs. J'ai changé d'avis depuis.
Mais trêve de modestie. L'exposition Artaud rassemble des autoportraits, des portraits, de ses étranges dessins surréalistes (dont les « hits » : le théâtre de la cruauté, la maladresse sexuelle de Dieu), quelques « sorts », des extraits de films (dont « la coquille et le clergyman »), des cahiers de Rodez et d'Ivry en pagaille, beaucoup de lettres, autour d'une galerie centrale qui retrace sa douloureuse vie. Naturellement, on n'a pas le temps de tout lire. Mais c'est assez pour se plonger dans l'univers étrange de cet artiste, à la fois poète, dramaturge, essayiste, dessinateur, cinéaste qui semble avoir passé sa vie à souffrir de la double postulation – et à souffrir tout court, au demeurant. Je tiens ses dessins pour l'égal des œuvres des plus grands surréalistes, Dali et Ernst notamment.
Il peut être intéressant, pour se familiariser avec le personnage, de lire le bon ouvrage qui lui est consacré dans la collection « Découvertes Gallimard » par Evelyne Grossmann. Les 26 volumes des œuvres complètes viendront plus tard. Je note avec intérêt que Paulhan s'est révélé pour Artaud un soutien de tous les instants, et que ce dernier a eu une liaison platonique avec Colette Thomas, la femme d'Henri, si je ne m'abuse.
Ah, Henri Thomas ! Encore un auteur qui mériterait d'être plus lu. Mais je digresse. Artaud pour 7 euros, en somme, cela vaut le coup. Ouvert même le dimanche.
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z_igou@yahoo.com
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