Nelly Blogue
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Nelly Achlaw
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Nelly est UN parisien qui vit seul et travaille beaucoup. Dans "Nelly Blogue", il parle de ce qu'il aime : cinéma, liturgie, livres, musique - et de ce qu'il n'aime pas.

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La chair est triste, hélas...

Du pays perdu et de l'anonymat (1)  11/07/2007

Pierre Jourde est revenu sous les projecteurs récemment à l'occasion du début du procès qui l'oppose à quelques personnes l'ayant molesté, il y a quelques années, dans le village dont il est originaire. L'affaire avait fait du bruit en son temps : l'auteur décrivait en effet, dans « Pays Perdu », un bout de campagne du Cantal – la sienne – avec un mélange très réussi de fascination et de répulsion. L'arrivée au village, les routes sinueuses qu'il faut emprunter, les autres passages sur la crasse, les façons de mourir et les ravages de l'alcool constituent des morceaux de bravoure remarquables. On dirait, dans l'écriture précise propre à l'auteur, tout les détails que Ramuz n'aurait pas osé faire figurer dans ses romans.

On sent à la fois, comme je le disais, la lucidité sur la condition paysanne en montagne, la crasse, la misère, les haines recuites, la mesquinerie ; mais aussi une fascination par les niveaux où l'on peut tomber ; mais enfin une certaine fierté, malgré tout, d'être issu d'un pareil monde, un sentiment persistant de sa gloire dissimulée sous les tas de fumier. Malgré l'ignominie de surface, et elle est réelle, dit Pierre Jourde dans « Pays Perdu », il y a de la grandeur dans cet endroit ; c'est de là que je viens et je l'aime quand même un peu.

Une grandeur qui manqua un beau jour à quelques habitants de Lussaud (Cantal), c'est de comprendre tout ce mélange de sentiments qui composaient « Pays Perdu » et qui en faisaient un grand et bon livre. Si j'en crois le compte rendu d'audience que je lis dans mon canard préféré, certains villageois se reconnurent, confondirent des expressions telles que « pays de merde » et (ce qui avait été réellement écrit) « pays de la merde », décidèrent que, somme toute, le livre était offensant, coincèrent Jourde et famille dans leur voiture, la caillassèrent un peu, ce qui manqua de priver le pays d'un de ses bons écrivains.

Pour avoir séjourné de très nombreuses fois dans un autre arrière-pays où nous avons quelques points de chute, il me semble que le bilan que porte Pierre Jourde sur la paysannerie en montagne et l'amabilité des gens est encore optimiste.

Mais là n'est pas la question. Des esprits chagrins diront toujours qu'il n'avait qu'à pas, que c'est bien fait, qu'on ne dit pas du mal des gens dans leur dos, etc. C'est passer à côté du problème. Un roman n'est pas un propos de table. Il n'en a pas la gratuité ; c'est une chose nécessaire pour un écrivain quelque chose qui doit « sortir » coûte que coûte. On écrit un roman pour dire une vérité, pas pour meubler l'espace. Jourde n'avait pas de comptes à régler : il a au contraire évité de nommer quoi que ce soit pour ne pas faire de tort à ses modèles. Ce sont ces derniers qui se sont reconnus ; eux seuls pouvaient. « Jourde » n'est pas un pseudonyme ; la famille Jourde, de ce que j'en ai compris, est la seule à s'être enrichie dans ce village au point de pouvoir le quitter : comment un nom pareil serait-il passé inaperçu ? Je suppose qu'un villageois connecté aura googlé le nom de la famille ; ou alors un cousin de la ville se sera fait entremetteur : « regarde donc ce qu'il raconte sur nous ». Peu importe, au demeurant.

(à suivre)


le 11/07/2007 à 06:46 | Permalien | Commentaires (3)