Nelly Blogue
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Même si je suis hébergé sur son site, je ne suis pas Sombreval.

Nelly Achlaw
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Nelly est UN parisien qui vit seul et travaille beaucoup. Dans "Nelly Blogue", il parle de ce qu'il aime : cinéma, liturgie, livres, musique - et de ce qu'il n'aime pas.

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La chair est triste, hélas...

F. Beigbeder : windows on the world  22/06/2007

Windows on the world
Frédéric Beigbeder
(prix interallié 2003)



La narration, le contrepoint entre les tours

Le roman est divisé en minutes. Pendant une minute sur deux, vous lisez ce qui se passe au sommet du World Trade Center, dans le restaurant panoramique Windows on the World, le 11 septembre 2001 entre 8h30 et 10h30 ; pendant l'autre minute, vous lisez, en contrepoint, les pensées de l'auteur, assis au sommet de la tour Montparnasse. Il y a d'inévitables passages philosophiques (« pourquoi eux et pas moi ») mais qui ont la grâce de ne pas durer longtemps.

Le héros côté américain s'appelle Carthew Yorston ; c'est un texan accompagné de ses deux fils, en vacances à New York. Exceptionnellement, les deux fils sèchent l'école et tous trois vont petit-déjeuner dans un des plus beaux restaurants panoramiques du monde. Carthew a une vie sentimentale qui fut agitée ; un divorce, une maîtresse. Face à la responsabilité d'élever des enfants, il a fui. Le reste de l'histoire n'est pas une surprise ; un avion rentre dans la tour ; il y a une heure et demi où tout flambe sans que jamais les secours arrivent, et puis c'est la fin, tout le monde meurt. Le livre n'est pas pour autant un livre-catastrophe ; l'auteur rappelle périodiquement que tout crame, puis revient à son sujet de prédilection : le drame interne dans les têtes des protagonistes.

Il y a divers caractères ; aucun n'est vraiment méchant. Presque tous sont plutôt médiocres, englués dans une routine quotidienne qu'une catastrophe parvient à peine à secouer. Les deux traders se disent des mots d'amour sans s'écouter, sur le même ton qu'ils commentent la vie des marchés. Il y a l'homme, en complet griffé, et la fille, en tailleur de marque. Ces marques sont pratiquement leurs noms de famille ; leur dernier acte sur terre, une minute ou deux avant la catastrophe, est de faire l'amour le plus intensément possible. Cela veut dire pour eux, le plus bestialement ; ils s'échangent les obscénités les plus crues, sans peut-être les mettre en pratique, et sans s'écouter réellement (un beau chapitre trash bien gros et bien drôle). Leur intensité n'est qu'une reproduction des films pornos qu'ils ont emmagasiné toute leur vie. Il y a un ou deux protagonistes qui se comportent en héros, dans la modeste mesure de leurs moyens ; c'est tout.


Le pathétique


Pour un trentenaire désabusé dans mon genre, les livres de Frédéric Beigbeder sont d'une lecture plaisante. Ils se lisent aisément, parlent d'une vie que je connais et ne se prennent guère au sérieux. Mieux, ils font référence à des choses vues, lues ou entendues ; bref, je me sens facilement chez moi en les lisant. Même « voyage dans le coma », qui raconte une chose aussi peu Nelly-esque que la nuit d'inauguration des Chiottes (une boîte hype de la Madeleine), me rappelle un roman de Bret Easton Ellis et un film appréciés, American Psycho. « Patrick Bateman », le personnage principal du roman et du film, est en effet l'un des invités à l'inauguration des Chiottes. Et j'ai beau avoir parfois quelques scrupules, je trouve Patrick Bateman marrant ; ses disjonctages sont sa manière pascalienne à lui de tromper l'ennui, le mal de vivre, et une vie vide, meublée par des objets sans âme et aucun contact humain réel.

Mais Frédéric Beigbeeder n'est pas Bret Easton Ellis, il n'est pas un narrateur froid et cynique pendant longtemps. Il lui faut parler un peu de lui, faire un mot d'esprit. La nouveauté, c'est que le ton détaché, ironique et lucide de « 99 francs » ou de « voyage dans le coma » a ménagé un peu de place à une authentique émotion ; elle reflète indirectement l'impact que nine-eleven a eu sur la mentalité de nos semblables. Il y a là des innocents qui meurent ; jusque dans leur vulgarité, leur insignifiance ou leur générosité, ils sont touchants. L'auteur ne tombe d'ailleurs pas dans le voyeurisme. Il pourrait raconter maints détails affreux, il en glisse un ou deux au passage mais pas plus. Pour le reste, il concentre son attention sur une poignée de personnes et la manière dont elles vivent leurs derniers instants. C'est une nouveauté : les personnages de Beigbeder, volontairement stéréotypés, prennent du relief ; ce que l'on perd en humour est gagné en pathétique.

(à suivre : la sympathie, l'enfer et le message du livre)


le 22/06/2007 à 22:44 | Permalien | Commentaires (0)