Nelly Blogue
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Même si je suis hébergé sur son site, je ne suis pas Sombreval.

Nelly Achlaw
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Nelly est UN parisien qui vit seul et travaille beaucoup. Dans "Nelly Blogue", il parle de ce qu'il aime : cinéma, liturgie, livres, musique - et de ce qu'il n'aime pas.

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Foutre et hormones

Orages d'acier  27/02/2008

Orages d'acier
« orages d'acier », récemment publié dans la Pléiade, présente un aspect d'Ernst Jünger moins connu et plus surprenant que le rôle de sage et d'entomologiste qui était le sien , disons, les soixante dernières années avant sa mort, celles qui nous ont valu « soixante-dix s'efface », « approches, drogues et ivresses », « sous le signe de Halley », « le problème d'Aladin » et auxquelles on peut même rattacher ce chef d'œuvre de la littérature du siècle dernier qu'est « sur les falaises de marbre ».

Cet aspect, c'est celui du roman de guerre. C'est sûr, « orages d'acier » (« in Stahlgewitter »), c'est pas un roman de pédé. « Foutre et hormones », comme disait l'autre.

L'essentiel du roman est une narration des différents moments de la vie guerrière de Jünger. Il commence avec son départ pour le front, et s'achève sur la réception par son auteur de la médaille « pour le mérite », une des plus hautes distinctions militaires prussiennes. Il y aurait un petit côté routinier, « been there, done that », comme disent les Anglais, si Jünger ne choisissait pas soigneusement ce qu'il dit, et ce qu'il tait. Il trace ainsi un portrait en creux de l'homo bellator germanicus qui est, par certains aspects, fascinant.

Premier aspect : le désintéressement, l'abnégation. Jünger ne met pas en scène le choix qui l'a conduit à s'engager volontairement. Il n'en parle pas. Il part à la guerre, c'est tout. Il fait son devoir, avec ce trait aristocratique de ne jamais, jamais, mentionner qu'il fait son devoir. Il se fait blesser, il se soigne, il récupère, et il revient au front. Quatorze fois. Parfois, il se paye de belles frousses, mais il ne s'attarde pas dessus. Et à la fin, il a une belle médaille, fin de l'histoire.

C'est le combattant modèle. Il attend que tout homme fasse comme lui et multiplie la mention des soldats tombés sous ses yeux. Cette accumulation nous rappelle que la guerre n'est pas seulement un spectacle ou un « choc de titans » (Jünger confie néanmoins l'attrait esthétique qu'il a pu éprouver à suivre de loin une bataille) mais un enfer sur terre où la mort fauche impitoyablement et aveuglément. Tous ses morts ont des noms, et une province d'origine, et l'auteur s'en veut, occasionnellement, de ne pas se souvenir du nom d'un camarade tombé. C'est au point que la mention d'un soldat par son nom laisse souvent présager que ce dernier sera mort la phrase d'après. Il y a aussi des images saisissantes tel ce moment où, à l'occasion d'une averse, la tranchée s'éboule et déverse en son fond terre et cadavres. La guerre, ça tue. Au contraire, les vivants restent souvent anonymes.

S'il y a abnégation, engagement de tout l'être sans contrepartie dans la guerre, Jünger n'est pas tendre avec ceux qui ne veulent pas se battre. Il attend autant d'eux que de soi. On le voit à l'occasion mettre en joue des télégraphistes, ou les faire amener en première ligne à coups de crosse. Il n'est pas non plus amène avec les moins exposés que soi et expulse, manu militari, quelques soldats qui avaient occupé son logement à l'arrière et le réservaient pour quelque noble de passage. Le combattant du front a la priorité et tous les droits.

Egalement un certain détachement vis-à-vis de l'enjeu vital de la guerre. On est ennemis, on s'attaque, on se tue, on se tire dessus. En revanche, on ne tire pas sur les brancardiers, ou les blessés qu'on évacue, ou les prisonniers ; toutes choses qualifiées de « bassesses ». Mais parfois, les bassesses se produisent (il y a des scènes analogues dans « band of brothers » : quelqu'un qui vous a tiré dessus, qui a tué vos camarades, puis qui se rend, n'a pas forcément la vie sauve) ; Jünger constate mais ne commente pas. Il n'approuve certainement pas l'usage de gaz, mais ne le condamne pas lorsqu'il vient de son camp. Les bouteilles qu'on décharge d'un camion, à un moment, ne sont certes pas du butane !

Autre aspect du guerrier prussien, l'estime de l'adversaire, le goût secret, même, pour les situations d'infériorité légère. La compagnie de Jünger est la plupart du temps en face d'un régiment anglais, puis, vers la fin, de troupes du Commonwealth, africains du sud et néo-zélandais notamment. Rarement, de français. L'allemand, en d'autres mots, est seul sur une terre française, défendue par le reste du monde (sauf ses habitants…). Seul contre tous ! Il ne manque pas de souligner l'infériorité numérique de ses troupes, la valeur des adversaires – et les bonnes relations entretenues avec les civils français, en arrière des lignes. Lorsqu'il comprend que la défaite est probable, il cherche à tenir jusqu'au bout. Ce que l'on appelle un caractère chevaleresque.

Le guerrier prussien idéal que peint Jünger est également adoré de ses hommes qui, très rarement, le lui font savoir. Trop souvent, ce serait de l'auto-satisfaction et ce n'est pas bien. Il entretient des liens de camaraderie avec ses hommes, exhorte les timides et laisse faire avec une estime et une admiration secrètes les fous furieux et les trompe-la-mort. Même s'il n'est pas de leur classe sociale, ou de leur province, il aime à faire corps avec ses hommes et exalte volontiers les moments d'action collective, ou ces temps d'attente avant un assaut, qualifiés de « liturgie » où, au petit matin, tous les hommes en groupe, prêts à mourir, courbent ensemble la tête à chaque obus qui explose, en attendant que l'artillerie se taise. C'est le « gloria patri » à chaque bombe, avec un « stahlhelm » à la place du capuchon de la coule ! Il entretient aussi des liens intenses avec son frère, qui se bat à quelques kilomètres de lui, et est blessé, à un moment. La place de la femme, inutile de le dire, est à peu près nulle.

Le guerrier prussien, enfin, est allemand, c'est-à-dire qu'il est défini par son sang. Le sang, ce point commun entre tous ceux qui se battent de côté de Jünger, est bien plus important que les différences. Souabes, Badois, Bavarois, ouvriers, paysans, nobles… ne sont que des variations de l'être allemand, qui ne s'opposent pas autant qu'ils le qualifient, plutôt. Et l'être allemand accompli, c'est celui qui verse son sang pour la patrie, ce qui transcende toutes les différences possibles. Il n'y a pas de discours de haine envers les ennemis, pas de question posée sur la justesse de la guerre, rien qui puisse faire penser aux « on les aura ! » où à la haine du « boche » telle qu'elle se diffuse à la même époque en France. Rien chez Jünger de ce qu'on peut trouver dans « l'éclat d'obus » d'un Maurice Leblanc, par exemple. Il y a juste la guerre, contexte d'un accomplissement, et le fait que l' « homo germanicus » ait la chance d'atteindre, par ce moyen, à la perfection (le sacrifice pour la patrie), éclipse toutes les autres questions.

Au travers des scènes de combat, c'est donc une espèce d'anthropologie que dévoile Jünger. De ces convulsions d'acier, un nouveau monde est en train de naître, Jünger en est certain. Et l'homme parfait pour ce nouveau monde, c'est le guerrier. Non que les autres hommes soient médiocres ; la haine est un sentiment absent d' « orages d'acier » ; mais le guerrier leur est supérieur, sans conteste possible. Il est comme l'évêque vis-à-vis du laïc, il a un « caractère » que le laïc n'a pas, une marque sur l'âme car il a mis sa vie en jeu pour la patrie.

On comprend que, dans l'Allemagne des années 20, meurtrie par le « diktat » de Versailles, vaincue alors que ses armées se sont maintenues hors du territoire durant toute la guerre, un tel livre ait rencontré un franc succès. Il parlait aux allemands de la grandeur de leurs soldats au combat (en postulant que tous étaient un peu comme Jünger), mettait devant leurs yeux ce que les combats avaient eu d'honorable. Bref, il leur remontait le moral et leur tendait un miroir qui renvoyait une image agréable, voire flatteuse.

Il est évidemment facile de lire tout cela à la lumière de ce qui s'est produit ensuite, et de voir dans le surhomme de Jünger une préfiguration de la brute blonde nazie. C'est oublier que si Jünger, comme Platon, plaçait les guerriers au-dessus du reste du peuple, il placera par la suite le philosophe au-dessus du guerrier. Il faut lire dans « la paix » l'envol de ce philosophe-là, c'est majestueux. Le lieutenant Jünger, guerrier parfait, n'est donc pas tant une préfiguration de la brute blonde nazie que le dernier flamboiement de l'aristocrate prussien.

On a du mal à se détacher de « orages d'acier » avant que de l'avoir fini. On aurait presque envie, en le lisant, d'aller faire le coup de feu avec son auteur. (Comme après avoir vu « la chute du faucon noir, hé hé hé). Où ne suivrait-on pas un chef aimé ? Lorsque le chef se double d'un écrivain capable, à travers un récit des opérations, de faire sentir et comprendre tout cela, c'est que l'on a affaire à un chef d'œuvre. Pour son auteur, ce ne sera pas le dernier.


le 27/02/2008 à 22:05 | Permalien | Commentaires (3)


Foutre et hormones

Foutre et hormones (2)  28/08/2006

Suite du précédent : il y a le foutre sympa (cf billet 1), et le foutre pas sympa (vide infra)

Là où ça commence à gêner, c'est lorsque le culte du gant blanc devient totalitaire. Le jeune mytho sympa, généralement rigolo, aimant l'humour et pourvu d'un caractère marqué et aimable se transforme alors en doctrinaire. Il extériorise sa garde-robe et l'assortit de leçons de morale ce qui, pour un gamin, est insupportable. Il tourne au vinaigre, juge le monde et la normalité à l'aune de ce qu'il vient d'embrasser. En fait, il extériorise tout. Il faut que ça se voie, il faut que ça se sache, il faut que ça s'entende, il faut que le monde soit persuadé que c'est la meilleure façon de vivre, la plus supérieure. Il faut que le monde sache aussi que ça se vit en meute. Le gant blanc, ses accessoires et la triste mentalité qui les accompagne alors se porte partout, sous la douche, au lycée, dans les réunions de famille, en dormant, et surtout en faisant des besognes salissantes. (Pour les réunions de famille, regardez « american history X » qui donne une bonne illustration des dégâts de la mentalité poussée à son bout).

Je peux citer, dans le même mouvement scout au demeurant, cet autre exemple qui cirait ses rangers dans le hall de la gare, qui s'habillait en militaire. (rencontré dans un camp-école de chefs SUF). Ou celui-là qui crut bon, au cours d'un dîner de mariage, de me faire la leçon du haut de ses vingt ans sur la malice de l'égoïsme et mon caractère de salaud. J'avais commis le péché de confort et celui de charité bien ordonnée. Il commençait ses phrases de condamnation par « à l'armée on m'a appris que » et… oui, c'était un polytechnicien. (voilà qui me vaudra des commentaires didactiques, je n'en doute pas).


Hélas, ceux qui l'ouvrent la plus, ceux qui font les arrogants, la leçon, le cours magistral de doctrine, ce sont les plus nombreux, les plus bruyants. Il n'est besoin que de fréquenter des lieux tradis sur internet pour voir cela : point de charité dans les empoignades mais au contraire nombre de figures de style imposées (les phrases qui commencent par « relisez… »). On dirait que le foutre et les hormones, version sympathique, ont disparu et qu'il ne reste plus que les autres, qui voudraient faire croire qu'ils en ont une paire en s'érigeant en censeur.

Je ne pense pas qu'aux scouts, d'ailleurs. Une partie du trafic de ce blog me vient d'un forum de discussion de France 2 où mon nom a été cité et me vaut, un an après, des visites soutenues. On peut y lire, comme dans certains commentaires, la réaction corporatiste disproportionnée qu'a provoquée ma raillerie de l'impénétrable jargon des cornichons, brutions et autres. On dirait que certains ne supportent pas qu'on puisse suggérer que tout n'est pas parfait dans leur allure.

Dans ce cas bien précis, je trouve que le foutre et les hormones sont utilisés de façon dévoyée et j'espère qu'il s'en trouve une majorité, dans la vraie vie, pour rire de tout cela et rester de bonne humeur. Malheureusement ce ne sont pas les plus diserts ici.


le 28/08/2006 à 20:16 | Permalien | Commentaires (11)


Foutre et hormones

Foutre et hormones (1)  22/08/2006

Depuis que l'expression « pleins de foutre et d'hormones » a été écrite en bas de mon blog, je me suis dit, et mon bras cassé m'a rendu la méditation propice, qu'il fallait abaisser un peu le niveau du langage ici, nomdudjuuu ! En conséquence de quoi je m'autoriserai désormais des expressions telles que « mes couilles sur ton nez » (tout le monde n'a pas eu ce privilège) et d'autres à l'avenant.

Bon, redevenons sérieux. J'aime bien le foutre et les hormones. Cela peut surprendre. Pourtant, lorsque mon jeune moi fréquentait il y a bien longtemps les bas-fonds tradilandais d'une province oubliée, déjà pourvu de son sérieux inébranlable et un peu peine-à-jouir (moi, pas les bas-fonds), il voyait bien que les jeunes tradilandais qu'il côtoyait étaient un peu limite limite. Je ne parle pas des roycos de l'AF nerveux du lacrymogène, non, mais des paroissiens tradis de mon âge. Beaucoup, on s'en doute, étaient des scouts manqués, d'anciens scouts, des scouts en civil, des scouts sans tablier (ahem). Ils aimaient et avaient besoin de se défouler, aussi bien ceux de Donaldville que ceux de la Métropole-toute-proche… même les pas tradis, d'ailleurs. Contrairement à d'autres étudiants cathos plus sages et plus rangés, je n'ai eu aucune malveillance pour toutes ces manifestations remuantes et un peu mytho. Allez, disons-le : je m'y suis adonné. (« oui, mais c'était pour ma consommation personnelle »).

Je peux ainsi évoquer à Donaldville, à la Métropole-toute-proche, à une Métropole-plus-lointaine, dans une Ville-bombardée et ailleurs de nombreux jeunes peu ou pas tradis mais « péchus », « mythos » et généralement les deux. Un tel, en pensionnat à la fraternité St Pie X, racontait à nos week ends ce qu'il y endurait. Il aimait ça sans y adhérer, et il aimait aussi faire sa petite impression en racontant sa semaine. Il voulait s'engager dans la légion et gardait un insigne de béret dans son portefeuille, et des autocollants « legio patria nostra » un peu partout. Il était fou de son uniforme qu'il entretenait soigneusement, routier refusant le pantalon, il avait même cousu des étoiles au-dessus de sa poche, comme les équipes de football lorsqu'elles gagnent une coupe du monde. Il en avait cinq… cela représentait, parait-il, ses années d'ancienneté scoute. Il avouait modestement : « quand j'ai vu que cette tradition se perdait, j'ai arrêté d'en coudre ». C'est lui qui m'a appris à lacer mes rangers ; j'ai en retour essayé d'acclimater le chèche chez lui, sans succès. Cela lui donnait l'allure trop peu nette.

On peut penser, pour qui connaît un peu Nelly, que ce gars aurait du me sortir par les naseaux. Eh bien non ! Car une fois les portes du domaine franchies, il était un adolescent indistinct des autres. Il gardait le folklore pour les endroits où l'on comprenait le folklore et n'éprouvait pas l'envie de faire le militantisme du gant blanc à plus de cent mètres du mât des couleurs. Il allait à la messe en français toutes les fois qu'il le pouvait. Il ne se prenait pas tellement au sérieux, sinon dans sa vocation de légionnaire, mais aurait-il été crédible s'il avait pris cela à la légère ?
J'étais bien conscient du côté ridicule de tout ce déploiement folklorique, mais là où c'est une convention, il ne fallait pas se gêner. J'avais donc une attitude très bienveillante, plus que la moyenne (le reste de la maîtrise ne voyait pas forcément cela aussi agréablement).

Donc le foutre et les hormones, oui. Il y a une place pour cela, il y a un âge pour cela, il y a des manières pour cela, et il y a même une esthétique… donc cela ne peut pas être totalement mauvais.

(la prochaine fois : là où ça gêne)


le 22/08/2006 à 18:40 | Permalien | Commentaires (0)


Foutre et hormones

Livres militaires (2)  07/08/2006

En termes d'histoire militaire, il y a deux choses en France qui fascinent les anglais, et cette fascination se retrouve dans les livres exposés chez Foyles cet après-midi là : l'épopée napoléonienne et la légion étrangère. C'est donc sans surprise que j'ai vu, à côté de l'opus de Simon Murray, un autre de Tony Sloane, « the naked soldier ». Même format, même argument : le jeune qui s'engage, qui voit du pays puis qui se souvient.

Le livre n'est pas de la même qualité que son précécesseur. Mal relu, d'un style plus plat. Tony Sloane, au début du livre, n'est pas un bourgeois qui achève son éducation mais un journalier vagabond qui ne sait plus quoi faire, sans famille ou presque : c'est la légion ou la cloche : ce sera la légion.

Les traits connus de la vie des premières années ressortent : tabassages et beuveries. Sloane est plus introspectif, peut être plus franc : après quelques années, il méprise tout ce qui n'est pas la légion (y compris le reste de l'armée), il n'a que deux buts : boire et baiser. Et se battre. On craint à un moment pour sa santé mentale. Le lecteur qui aime les détails croustillants sera donc servi, particulièrement le chapitre dans un hopital militaire, avec son infirmière-de-la-mort obligatoire.
Tony Sloane est posté à Djibouti, dont il retient trois choses : le soleil, les putes et leur maladies, et enfin la nourriture infecte, traitée de chien ou de chameau pourri selon le cas. En dehors de quelques passages introspectifs, qui semblent plaqués sur le discours à des moments opportuns, le reste du texte est un peu trop « been there, done that » : Sloane se déplace, fait des choses, grimpe à la corde, gagne des badges, s'exerce mais ne combat jamais véritablement : la sauce manque un peu de liant. Chose amusante, il mentionne le livre de Murray comme l'un des facteurs qui l'ont poussé vers la légion, mais reste en deça de son modèle.
Après ses cinq ans, Sloane s'engagera dans l'armée anglaise, puis deviendra consultant en sécurité, ce qu'il est actuellement. De son aveu, les séquelles mentales mettront du temps en s'en aller. On aurait aimé que les portraits, les personnalités, soient un peu plus développées, approfondies. Simon Murray avait une guerre à raconter, Sloane n'a eu que de l'entraînement : il aurait pu meubler avec autre chose.


le 07/08/2006 à 08:32 | Permalien | Commentaires (0)


Foutre et hormones

Livres militaires (1)  03/08/2006

(début de réponse à une question de Tardivel)

Samedi après-midi, à Londres. Il pleut ; je suis dans le dédale de Foyles, sur Charing Cross Road, la librairie la plus intéressante que je connaisse – dans le monde. Il n'y a pas d'équivalent à New York ni bien sûr à Paris.

A la fin des années 80, Foyles était un dédale poussiéreux dans lequel on ne pouvait se repérer qu'avec l'aide d'une des divinités ancillaires chargées des rayons, les seules à pouvoir vous trouver ce que vous cherchiez. Car tout ce que vous cherchiez était là ; eux seuls savaient où. En 1989, mon premier achat là-bas était pour « How to be an alien » de George Mikes. C'était la version locale des « carnets du Major Thompson ». Les extraits placés dans mon manuel d'anglais m'avaient amusé : je voulais maintenant « the works ». Le vendeur, interpellé dans un anglais cassé, m'avait dit : « mais c'est un très vieux livre, ça ! Attendez, je crois qu'il nous en reste un. » Il farfouilla un rayon précis, et en tira un livre minuscule à dos orange. Printed 1974, le prix était de l'époque. J'ai depuis le plus grand respect pour les vendeurs de Foyles, et je ne manque pas de faire un petit pèlerinage là bas à chaque fois que je le peux.

La réputation de la librairie – aussi poussiéreuse que bien fournie – a été ternie vers 2000 par une réorganisation drastique. Un client peut désormais s'y retrouver seul. Comme son concurrent d'en face, Borders, Foyles s'est converti à la mode du « bookstore » américain et a ouvert un café, soigneusement caché au premier étage. On y a mis là la nourriture, les CD, les toilettes, bref, tout ce qui fait du bruit et qui n'est pas très british. Malgré cette concession évidente au goût du jour, le reste du magasin est encore fourni de manière exceptionnelle.

Il y a quelques années, fin 2002 ou 2003, alors que j'avais quelques heures à tuer avant un concert de « carols » à St Martin des Champs, j'avais trouvé un livre amusant pour le train du retour : « légionnaire » par Simon Murray. Je n'avais pas de goût particulier alors pour l'histoire militaire ; peut-être était-ce le résumé en couverture qui m'avait attiré ? Ou plus probablement l'histoire, celle d'un jeune anglais qui s'engageait par désoeuvrement, pour voir le monde. Les expériences inédites pour « entrer dans la vie » semblent plus répandues de l'autre côté du channel qu'ici : une éducation libérale se termine en beauté par une période de déracinement où l'on fait quelque chose d'extrême ou d'inhabituel. Dans le cas de Simon Murray, cinq ans dans la légion étrangère en pleine guerre d'Algérie.

Le livre était captivant et laissait l'image d'une vie « à la dure » avec un esprit de corps très fort, ponctuée par des beuveries et des tabassages également homériques – des tabassages de légionnaires entre eux, s'entend, pas de prisonniers.

(prochainement : Tony Sloane, légionnaire aussi)


le 03/08/2006 à 18:28 | Permalien | Commentaires (0)


Foutre et hormones

Over there  31/07/2006

Toujours en avance sur son temps, Nelly Blogue vous propose une tranche de foutre et d'hormones inédite encore en France, puisque le DVD la contenant ne paraîtra qu'à la fin du mois. Je veux parler de la série annulée « Over There » qui décrit, au long des treize épisodes de sa survie, le quotidien des soldats américains en Irak en 2003 ou 4, et aussi la vie de ceux qu'ils ont laissé sur place. « Over There », « là-bas », peut donc avoir un double sens.

Nelly, qui a le DVD zone 1, a regardé pour l'instant les trois premiers épisodes qui lui font penser à « Black Hawk Down », chef d'œuvre récent du film de guerre. Et Dieu sait que j'aime les films de guerre. Pour « over there », la guerre n'est pas un moyen d'accomplissement (Montherlant), elle n'est pas un merdier (Platoon), elle n'est pas la mission assumée par une petite élite au service du monde libre (Band of Brothers), elle n'est pas l'enfer (Spielberg), elle n'est pas une ménagerie de dingues (Jarhead), elle n'est pas le broyeur de personnalité qui fait de vous un tueur (Kubrick). Elle est un peu de tout cela mais elle est aussi le moment où le monde devient fou. Pas forcément meurtrier mais surtout fou ; elle est le moment où les circonstances sont si exceptionnelles que plus rien n'est normal et que l'étrange devient la règle.

La caméra suit les évolutions d'un peloton de soldats et présente, épisode après épisode, des situations typiques (pris sous le feu, siège d'une mosquée, vie de camp, barrage routier, interrogation d'un terroriste…). Les personnages sont variés comme il sied au genre : il y a le texan à sang chaud (l'un des officiers dit « don't let the crazy texan shoot me »), l'intellectuel, les femmes, les noirs, le sous-off pragmatique, etc.

Le sujet, on s'en doute, n'est pas patriotique ; le ton non plus. Il n'est pas pour autant critique : les auteurs semblent penser que le réalisme des situations suffit aux spectateurs pour se faire une idée. Il en était de même de Black Hawk Down : le film, successivement, demandait ce que les US avaient à s'ingérer en Somalie, puis exaltait le professionalisme et le courage des GI, puis déplorait le gaspillage de vies (surtout américaines). Ici, on montre des soldats un peu surpris de faire la guerre, se débrouillant du mieux qu'ils peuvent tout en agissant parfois en tueurs : lors du barrage routier, la manière d'arrêter les voitures qui n'obéissent pas aux injonctions ressemble plus à une exécution qu'autre chose. Mais ce n'est pas une série politique pour autant : les gens qui ont décidé la guerre et envoyé des troupes ne sont jamais mentionnés pour l'instant.

La grande qualité de « over there », c'est l'écriture, qui sait adapter des situations courantes au contexte irakien et, occasionnellement, faire jaillir l'un ou l'autre personnage. Il en est ainsi du « sergeant scream », à qui un officier demande d'où il tient son nom. Il répond en hurlant : « I don't ! know ! sir ! ». Et l'officier reprend : « that's a good name for a sergeant ». Le sergent Scream est si pragmatique qu'il peut choquer les nouvelles recrues, plus enclines à rêver d'actions héroïques que lui, qui ne veut que les garder en vie. Il prophétise que l'un d'eux, avant une semaine, sera blessé ou mort… ce qui arrive à la fin de premier épisode où un camion, parti chercher de la bière, saute sur une mine.
Le texan à sang chaud saute avec. Le passage emprunte au cinéma chinois ; la caméra fait trois fois le même zoom brutal vers son corps, à terre, en train de hurler. Il est difficile de ne pas éprouver quelque chose à ce moment. Le texan devient ainsi la partie du peloton qui se retrouve rapatrié.

Cet autre personnage en relief donne une démonstration littérale de foutre et d'hormones dès les premières secondes de la série. En guise de cadeau de départ, il honore sa femme dans toutes les pièces de la maison en faisant semblant de cocher une liste invisible. On le voit, enjoué, transporter son épouse d'une pièce dans l'autre sans lâcher prise. Il porte un t-shirt de l'armée sur lequel est écrit : « Army : be all you can be ». Il est militaire pour pouvoir se payer la fac après ; mais sa simplicité lui fait épouser la vie militaire, intégralement. Il n'a pas d'arrière-pensée ; on l'entend dire « I love the army ». C'est tout le contraire de Jarhead et de « welcome to the Suck ».
Pauvre texan, il va bien morfler dans les épisodes qui suivent. C'est un peu facile, certes, mais son côté attachant est l'une des authentiques réussites de la série. Dans le troisième épisode, il veut se passer de morphine pour combattre sa douleur. Scène un peu téléphonée mais quoi, il suscite l'empathie quand même.

« Over There » n'est donc pas révolutionnaire, ni même, à mon sens, engagée. Elle n'en reste pas moins une série de très bonne qualité, qui vaut avant tout par ses scénarios et ses personnages, et qui mérite plus qu'un coup d'œil.


le 31/07/2006 à 19:20 | Permalien | Commentaires (4)