Fleurs du mal
Idéal : l'artiste, médium privilégié 22/05/2006
Les médiums de l'art, les artistes, ont droit à une révérence toute particulière, est c'est une véritable critique en rimes que l'on peut lire dans « les phares » :
Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse…
Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures (…)
Watteau, ce carnaval où bien des cœurs illustres (…)
Goya, cauchemar plein de choses inconnues (…)
Ces artistes sont les « phares » qui éclairent l'humanité par le langage inarticulé de l'art, qui permet mieux qu'autre chose de s'approcher de Dieu :
C'est pour les cœurs mortels un divin opium (…)
C'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
Que nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge
Et vient mourir au bord de votre éternité !
Le lecteur attentif aura bien sûr reconnu dans tous ces thèmes des échos platoniciens très marqués : l'indépendance et la réalité du monde des idées, son déchiffrement réservé à quelques-uns. L'homme qui n'est pas philosophe ne sait pas qu'il est dans la caverne. Un autre thème platonicien est celui de la réminiscence.
Chez Platon, l'homme qui définit, qui maîtrise un concept, ne le découvre pas : il s'en ressouvient car il l'avait déjà contemplé avant sa naissance, dans le monde des idées.
Baudelaire se ressouvient quant à lui d'existences antérieures, de vies presque enfouies, en bien comme en mal, d'ailleurs (« j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans »).
La réminiscence d'une vie de félicité prend souvent l'aspect d'instants langoureux passés dans les îles (Baudelaire avait fait le voyage de la Réunion dans sa jeunesse). Ce n'est plus Platon mais Epicure qui semble parler.
J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques (…)
C'est là que j'ai vécu, dans les voluptés calmes
Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves (…) dont l'unique soin était d'approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir.
Souvenir de moments réels ou fantasmés, peu importe : cet idéal-là est passé et l'on sent poindre la menace du spleen, même en pleine félicité. Le ver ne peut qu'agrandir son trou et déboucher sur un poème tel que l'un des « spleen » : « je suis comme le roi d'un pays pluvieux ».
Pour le poète, le bonheur est un état de repos, environné de beauté, un repos contemplatif. Tous les termes employés rappellent la splendeur du paysage et l'inaction du poète. Dans les poèmes de l'amour on retrouvera pareillement une dilection spéciale pour les amantes « reposantes ».
On peut voir au demeurant dans certains poèmes amoureux, de l'amour « reposé », des prolongations de l'idéal que peut faire connaître l'art. Baudelaire pose souvent un regard de peintre sur des paysages qui rappellent d'une manière ou d'une autre la femme aimée et réussit des poèmes qui dépassent le parnasse en ce sens qu'ils sont plus qu'un exercice esthétique.
(prochainement : l'amour dionysiaque)
Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse…
Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures (…)
Watteau, ce carnaval où bien des cœurs illustres (…)
Goya, cauchemar plein de choses inconnues (…)
Ces artistes sont les « phares » qui éclairent l'humanité par le langage inarticulé de l'art, qui permet mieux qu'autre chose de s'approcher de Dieu :
C'est pour les cœurs mortels un divin opium (…)
C'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
Que nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge
Et vient mourir au bord de votre éternité !
Le lecteur attentif aura bien sûr reconnu dans tous ces thèmes des échos platoniciens très marqués : l'indépendance et la réalité du monde des idées, son déchiffrement réservé à quelques-uns. L'homme qui n'est pas philosophe ne sait pas qu'il est dans la caverne. Un autre thème platonicien est celui de la réminiscence.
Chez Platon, l'homme qui définit, qui maîtrise un concept, ne le découvre pas : il s'en ressouvient car il l'avait déjà contemplé avant sa naissance, dans le monde des idées.
Baudelaire se ressouvient quant à lui d'existences antérieures, de vies presque enfouies, en bien comme en mal, d'ailleurs (« j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans »).
La réminiscence d'une vie de félicité prend souvent l'aspect d'instants langoureux passés dans les îles (Baudelaire avait fait le voyage de la Réunion dans sa jeunesse). Ce n'est plus Platon mais Epicure qui semble parler.
J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques (…)
C'est là que j'ai vécu, dans les voluptés calmes
Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves (…) dont l'unique soin était d'approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir.
Souvenir de moments réels ou fantasmés, peu importe : cet idéal-là est passé et l'on sent poindre la menace du spleen, même en pleine félicité. Le ver ne peut qu'agrandir son trou et déboucher sur un poème tel que l'un des « spleen » : « je suis comme le roi d'un pays pluvieux ».
Pour le poète, le bonheur est un état de repos, environné de beauté, un repos contemplatif. Tous les termes employés rappellent la splendeur du paysage et l'inaction du poète. Dans les poèmes de l'amour on retrouvera pareillement une dilection spéciale pour les amantes « reposantes ».
On peut voir au demeurant dans certains poèmes amoureux, de l'amour « reposé », des prolongations de l'idéal que peut faire connaître l'art. Baudelaire pose souvent un regard de peintre sur des paysages qui rappellent d'une manière ou d'une autre la femme aimée et réussit des poèmes qui dépassent le parnasse en ce sens qu'ils sont plus qu'un exercice esthétique.
(prochainement : l'amour dionysiaque)
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z_igou@yahoo.com
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