Nelly Blogue
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Même si je suis hébergé sur son site, je ne suis pas Sombreval.

Nelly Achlaw
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Nelly est UN parisien qui vit seul et travaille beaucoup. Dans "Nelly Blogue", il parle de ce qu'il aime : cinéma, liturgie, livres, musique - et de ce qu'il n'aime pas.

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Une vie de tradi

Ils n'avaient plus la peste, sauf aux Scouts d'Europe (2)  13/10/2007

Dans la réalité, les St Georges étaient quelque chose comme les villiéristes du scoutisme : nostalgiques du passé mais très légalistes. Il ne faisait aucun doute que toute la hiérarchie adhérait à Vatican II (« bien compris »), était ultramontaine. Le point d'ancrage spirituel, c'était Solesmes. Solesmes, pas Morgon ou Bellaigue.

Ceci dit, tout ce petit monde ne crachait pas sur le missel de 62 ; et la plupart des unités en buvaient des litres. Toutes les unités ? Non, car à Marseille, nos messes étaient francophones. Plusieurs de nos garçons étaient en pensionnat chez les lefevristes ; mais on ne récriminait pas dans les rangs. Pourquoi cet équilibre ? Parce que la messe était plus importante que « le combat pour la messe », et parce qu'on ne vivait pas dans le soupçon. Egalement parce que nous n'avions que des aumôniers francophones et pas des moindres : nous eûmes des petits gris à profusion, des dominicains du couvent de la rue Ste Victoire (le maître des novices de l'époque), le futur Mgr Rivière. Le cardinal Panafieu vint dire la messe dans nos murs ; son cérémoniaire, le P. Ottonello, fit un tour chez nous plusieurs semaines (je n'y fus pas étranger). Les relations étaient également très bonnes avec feu le cardinal Coffy. Pour faire simple, Monsieur Odin connaissait tout le clergé, n'était pas d'accord avec tout le monde mais gardait des bonnes relations avec la plupart. Et il adorait raconter des histoires où l'un ou l'autre, sur son lit de mort, lui avouait : « c'est vous qui aviez raison ».

Bref, ce n'était pas vraiment la guerre avec l'épiscopat et le clergé, et pourtant nous étions sur du terreau traditionaliste. Mais le venin tradi ne prenait pas. Il y avait eu une guerre, pourtant, dans le passé, avec les Scouts d'Europe. Une scission, même. Ce que j'en avais compris, c'est que notre groupe était à l'origine FSE, mais que les cadres et professions libérales qui s'y trouvaient nous regardaient de haut. Le cerveau bourgeois (eux) et le muscle populo (nous) se séparèrent ; et le muscle rejoignit les St Georges.

S'il y avait un mot qui justifierait cette espèce de régime dérogatoire dont nous bénéficiions dans le scoutisme marseillais, ce serait « bon esprit ». Nous ne cherchions pas noise, ni à faire la leçon, cela était su et on nous fichait la paix. Quant aux aumôniers, nous en aurions eu des latinophones que nous aurions eu la messe en latin – mais nous ne les attirions pas en tant que groupe. Dans le mouvement St Georges, nous étions un peu atypiques car plus fidèles à la ligne du parti que les autres unités. Et dans notre vie de jeune clan, ce qui me plut le plus fut le sérieux avec lequel la vie spirituelle était traitée. Nous ne pensions pas à Solesmes qu'au moment des journées nationales.

Après une année de félicité où je me surpris à rendre service, à faire des heures d'oraison, du rappel, de l'escalade et où je renouvelai ma promesse au pied du Mont Alverne, en Ombrie, il me fallut quitter Marseille pour Donaldville.

Cette année-là, les St Georges fusionnèrent avec les SUF, pour des questions de conformité à la réglementation jeunesse et sports. Les St Georges étaient trop petits pour rester « indépendants », pour faire simple. L'ammarrage aux SUF fut considéré avec une pointe d'appréhension de notre côté. M. Odin sembla trouver – encore qu'il gardait ce genre d'opinion pour soi – qu'il y avait des bons dirigeants aux SUF, et des moins bons aussi. Disons que le courant passa plus ou moins intensément selon les personnes.

Il se disait alors que les SUF étaient une auberge espagnole, où l'on trouvait ce que l'on y apportait. La hiérarchie était légère, on devait donc nous laisser tranquilles, bref, les St Georges dans les SUF n'allaient pas se faire dépersonnaliser. Nous observâmes avec un peu d'amusement l'exubérance des rassemblements nationaux. M. Odin trouva que les SUF apportaient de « la joie de vivre » aux St Georges et s'en trouva fort aise. Il est vrai que nos veillées d'avant étaient un peu compassées. Somme toute, sous des dehors modernes, les SUF nous semblaient sérieux. Ce qui ne nous empêchait pas de garder un vieil insigne St Georges sur nos chemises, et de sympathiser comme des conspirateurs avec les autres garçons à poil ras qui l'arboraient eux aussi.

(à suivre)


le 13/10/2007 à 08:47 | Permalien | Commentaires (3)