Nelly Blogue
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Nelly Achlaw
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Nelly est UN parisien qui vit seul et travaille beaucoup. Dans "Nelly Blogue", il parle de ce qu'il aime : cinéma, liturgie, livres, musique - et de ce qu'il n'aime pas.

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Cinéma

L'armée des ombres  12/04/2007

Deux films policiers ce WE, l'un vu du côté des victimes de la répression (l'armée des ombres, de Melville), l'autre vu du côté de la police (la vie des autres, de Florian von Imprononçable). Deux réussites.

Dans le premier, il s'agit de résistance, ou plutôt de résistants, et du prix qu'il faut payer lorsqu'on se veut patriote dans un pays occupé, c'est-à-dire lorsque le patriotisme est mis à l'épreuve. Nous avons tellement été gavés de films légers sur l'occupation, de septième compagnie, de super-résistant, de valeureux français cachant des petits bébés phoques juifs dans leur cave…que nous en avons oublié que l'époque n'était pas seulement une collection d'actes de valeur menés par des personnes isolées. Elle était une époque de bourrage de crâne, et surtout celle d'un régime policier au service de l'étranger.

Cette dépersonnalisation du pays est mise en évidence dès le premier plan du film, des soldats allemands défilant sur les Champs Elysées déserts. La France est aliénée, comme en témoignent les rues, les places constamment désertes (celles de Lyon, de Paris, de Marseille), de même que les couleurs gris-bleu de la pellicule heureusement restaurée. La France est aliénée aussi en ceci qu'on ne sait plus à qui se fier. Melville rend presque palpable cette suspicion : est-ce un ami ? un ennemi ? que pense-t-il vraiment ? que va-t-il m'arriver ? Le premier sujet du film me semble donc être cette dépersonnalisation des gens et des choses qu'a connu l'Occupation. Avouons-le, c'est autre chose que Monsieur Batignole.

Le second sujet du film, c'est effectivement le prix de la résistance, aux deux sens du terme. Le prix, la valeur du mouvement, est uniquement celle de ceux qui la constituent, et que l'on n'aurait pas cru trouver en un tel rôle. Le chef du réseau qui a enrôlé Lino Ventura est un épistémologue : qu'a-t-il à y gagner ? Melville montre ainsi que c'est le choix, libre, des hommes qui font la résistance qui donne toute la valeur à ce mouvement, au-delà des déterminations sociales ou politiques. Un Luc Jardie (le chef du réseau) s'oppose en cela aux prisonniers que rencontre Lino Ventura dans l'offlag au début du film : des innocents rouspéteurs (ceux qui subissent), deux jeunes, un communiste et un catholique, qualifiés d' « enfants perdus ». Il y a de l'existentialisme dans cette position de responsabilisation radicale : ceux qui ne sont pas responsable n'ont pas de rôle réel dans les faits que Melville raconte.

Et pourtant, ces héros ne sont pas sans faiblesses. La peur, en particulier, est leur maîtresse à tous. (Lino Ventura se jure, dans un moment crucial, qu'il ne courra pas… peine perdue) Et pour cause : les morts, la torture, sont monnaie courante. Au rebours de peindre un allemand vociférant, marchant au pas de l'oie, Melville les représente comme des soldats tranquilles et ne nous montre des scènes de torture que le résultat. L'impression sur les spectateurs est d'autant plus forte, tout comme ces scènes mémorables où les héros doivent tuer pour survivre. Les préparatifs et le meurtre d'un jeune traitre, notamment, constituent un passage impressionnant des débuts du film.

Bref, enfin quelque chose de profond sur la Résistance ! Il y avait certes la « bataille du rail », plus romantique d'autant que je m'en souvienne. « l'armée des ombres » est un chef d'œuvre que les quelques invraisemblances (l'évasion du champ de tir) n'écornent qu'à peine. 5/5

(sur "la vie des autres", voir billet suivant)


le 12/04/2007 à 08:02 | Permalien | Commentaires (0)