Nelly Blogue
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Même si je suis hébergé sur son site, je ne suis pas Sombreval.

Nelly Achlaw
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Nelly est UN parisien qui vit seul et travaille beaucoup. Dans "Nelly Blogue", il parle de ce qu'il aime : cinéma, liturgie, livres, musique - et de ce qu'il n'aime pas.

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Fleurs du mal

L'impuissance et le remords  16/08/2006

L'art est une des voies les plus sûres vers l'idéal, nous le savons déjà. Mais lorsque l'inspiration, la Muse, font défaut, le poète ne peut rien faire et l'angoisse s'installe.

Il y a tout d'abord la peur de la faiblesse de la Muse (« la muse malade »)

Ma pauvre muse, hélas! qu'as-tu donc ce matin ?
Tes yeux creux sont peuplés de visions nocturnes,
Et je vois tour à tour réfléchis sur ton teint
La folie et l'horreur, froides et taciturnes.


… mais aussi la peur de sa compromission (« la muse vénale »)

II te faut, pour gagner ton pain de chaque soir,
Comme un enfant de chœur, jouer de l'encensoir,
Chanter des Te Deum auxquels tu ne crois guère



« le mauvais moine » : l'artiste qui gaspille son talent

Mon âme est un tombeau que, mauvais cénobite,
Depuis l'éternité je parcours et j'habite ;
Rien n'embellit les murs de ce cloître odieux.

O moine fainéant ! quand saurai-je donc faire
Du spectacle vivant de ma triste misère
Le travail de mes mains et l'amour de mes yeux?


L'impuissance, la constatation des limites de la créature, est d'abord un sujet d'observation (comme dans « chatiment de l'orgueil ») avant que d'être le moteur et la nourriture du remords. Baudelaire a un sens très prononcé de l'irréparable, de ce qui ne peut plus être défait, et des regrets qu'on y associe.

Le « chatîment de l'orgueil » montre ce qui arrive à l'homme qui oublie qu'il est une créature, qu'il est essentiellement limité.

En ces temps merveilleux où la Théologie
Fleurit avec le plus de sève et d'énergie,
On raconte qu'un jour un docteur des plus grands,
(…)
S'écria, transporté d'un orgueil satanique :
"Jésus, petit Jésus ! je t'ai poussé bien haut !
Mais, si j'avais voulu t'attaquer au défaut
De l'armure, ta honte égalerait ta gloire,
Et tu ne serais plus qu'un foetus dérisoire !"

Immédiatement sa raison s'en alla.
L'éclat de ce soleil d'un crêpe se voila ;
Tout le chaos roula dans cette intelligence,
(…)
Le silence et la nuit s'installèrent en lui,
Comme dans un caveau dont la clef est perdue.
Dès lors il fut semblable aux bêtes de la rue,
Et, quand il s'en allait sans rien voir, à travers
Les champs, sans distinguer les étés des hivers,
Sale, inutile et laid comme une chose usée,
Il faisait des enfants la joie et la risée.


Le remords baudelairien quant à lui n'est pas la simple humeur maussade d'un moment. Il est profond, inextinguible. Nous avons déjà mentionné « et le vers rongera ta peau comme un remords ». Voici quelques autres exemples.

« l'irréparable » (ne pas confondre avec « l'irrémédiable »)

Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords,
Qui vit, s'agite et se tortille
Et se nourrit de nous comme le ver des morts,
Comme du chêne la chenille ?
Pouvons-nous étouffer l'implacable Remords ?

(…)

Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?
Peut-on déchirer des ténèbres
Plus denses que la poix, sans matin et sans soir,
Sans astres, sans éclairs funèbres ?
Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?

L'Espérance qui brille aux carreaux de l'Auberge
Est soufflée, est morte à jamais !


(prochainement : la victoire du spleen)


le 16/08/2006 à 01:03 | Permalien | Commentaires (1)