Nelly Blogue
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Même si je suis hébergé sur son site, je ne suis pas Sombreval.

Nelly Achlaw
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Nelly est UN parisien qui vit seul et travaille beaucoup. Dans "Nelly Blogue", il parle de ce qu'il aime : cinéma, liturgie, livres, musique - et de ce qu'il n'aime pas.

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La chair est triste, hélas...

iiiiiiiiiiiiiii!!!!!!!!!!!!  21/02/2008

"”Paradoxe”. Le mot éclate dès l'entame du précieux avant-propos que signe Julien Hervier à son édition très attendue des Journaux de guerre (deux tomes, 944 et 1452 pages, 45 et 55 euros) d'Ernst Jünger qui paraissent aujourd'hui dans la collection de La Pléiade.' (Pierre Assouline, dans son blog)

Deo gratias! Il était temps, quand on sait les textes dispensables sortis dans la Pléiade, que ce maître des lettres y parût. Vite, la suite!


le 21/02/2008 à 03:02 | Permalien | Commentaires (0)


La chair est triste, hélas...

L'irremplaçable Julien Gracq est mort  23/12/2007

Hélas!


le 23/12/2007 à 10:48 | Permalien | Commentaires (7)


La chair est triste, hélas...

Pour s'éviter la lecture du dernier Harry Potter  26/10/2007

Selon « rires et chansons » (quel éclectisme dans les sources sur ce blog !), le septième Harry Potter commencerait en montrant Harry en train d'écrire une lettre à ses parents. Elle commencerait ainsi : « ma petite maman adorée, mon petit papa chéri. Je vais mourir ! »

Les lecteurs de ce blog savent qu'il n'en est rien, car ils se souviennent que tout ce qu'il faut rentenir de « Harry Potter et les reliques de la mort » se trouvent dans ce billet :

http://www.sombreval.com/nelly/Harry-Potter-7-resume-minute-SPOILERS-_a498.html




le 26/10/2007 à 23:42 | Permalien | Commentaires (0)


La chair est triste, hélas...

Pierre Jourde : l'oeuvre du propriétaire  11/10/2007

La fonction "rechercher" de ce blog cherche, certes, mais ne trouve pas grand chose et je ne puis pas m'assurer d'avoir déjà posté ça ou pas.



Encore une pochade de Pierre Jourde ! Nous avions rendu compte des « carnets d'un voyageur zoulou dans les banlieues en feu » récemment, et cela nous vaut un petit surcroit de trafic sur cet humble blog. « L'œuvre du Propriétaire », elle, ne parle ni de zoulous ni de banlieue et n'aura donc que peu de chances d'intéresser quiconque. Pourtant, bien que cantonnée par son propos au style de la farce d'universitaire, « l'œuvre du Propriétaire » n'exhibe pas cette inégalité, cet abandon momentané à la facilité qui affectaient les « carnets ».
Publié en 2006 chez l'Archange Minotaure, « L'œuvre du Propriétaire » se présente comme l'édition critique des œuvres complètes du « Propriétaire », assurément le plus grand écrivain du siècle dernier. Comme il aurait pu le dire, « Le Propriétaire » était « un écrivain d'une sensibilité infinie, quoiqu'incomprise du vulgaire ». (Il aurait pu, mais je m'auto-cite, ici). La première influence sur ce recueil, si je ne m'abuse, est celle du Georges Perec de « cantatrix sopranica L », de son étude de la « réaction yellante » des divas milanaises, de son hommage au Professeur Burp et de son étude de la platitude de la Beauce. Peut-être aussi a-t-il lu la sémiologie délirante de Umberto Eco dans un des textes de « pastiches et postiches » sur les trois chouettes sur une commode.

Pierre Jourde pastiche néanmoins au gré de sa fantaisie plusieurs autres genres et auteurs avec une prédilection pour les énormités lâchées par des critiques universitaires pince-sans-rire. Une ou deux citations de Julia Kroutcheva m'ont arraché un rire en plein RER. Le premier vulgarisateur du « Propriétaire » et de ses manuscrits sur escalope de veau, Anselme Filoselle, dit assez ce qu'il doit à Tintin (Ramon Zarate est mentionné plus loin). Les notes hénaurmes prolifèrent en bas de page. Dans « Fred et Léon », le morceau de résistance du recueil, Jourde reprend l'argument d'un « Bouvard et Pécuchet », évoque la poule et l'œuf avant de plonger dans la description surréaliste d'une maison construite sur des caves construites sur des caves plus anciennes, elles-mêmes construites sur d'autres caves, etc.
Le passage où Le Propriétaire s'est pris au jeu d'écrire aussi longtemps que possible un poème par minute, et de boire un demi entre chaque poème, est un des plus remarquables puisqu'il donne lieu à une dizaine de pastiches où l'on retrouve tous les tics de la poésie contemporaine, de l'anti-transcendance de Bonnefoy aux pierres qui parlent de Guillevic, et j'en oublie probablement bien d'autres, tout occupés de « présence », de « parole fugitive », de « vrai lieu », etc. C'est la dinde au whisky qui se fait éditer dans la collection "poésie".

Le recueil se termine par un passage « érotique » qui commence avec la même pauvreté d'expression qu'un roman de Marc Levy ou qu'un résumé de Dynastie par Télé-Loisirs, et qui bascule sans crier gare dans la pornographie la plus noire, sans cesser de conserver ce style anémié de roman de gare.

Bref, ce n'est pas toujours très fin mais c'est fun.


le 11/10/2007 à 06:59 | Permalien | Commentaires (0)


La chair est triste, hélas...

Seton, tome 2  11/10/2007

Manga-minute : Seton, tome 2, par Jiro Taniguchi

Le lynx : j'ai faim
Les petits du lynx : miaou miaou (traduction du langage lynx : « j'ai faim »)
Seton : on a tous faim ici
(Seton tue le lynx)
Seton : la nature est belle mais cruelle


le 11/10/2007 à 06:47 | Permalien | Commentaires (2)


La chair est triste, hélas...

Aimez-vous Buffon?  01/10/2007

« La diversité de couleurs que montrent fréquemment ces aiguillons, a dû contribuer encore à ce rapprochement ; et comme on a pu en faire un presque semblable entre les cartilagineux que nous examinons, et les vers que l'on a nommés oursins, on doit considérer la famille des diodons comme formant un des principaux liens qui réunissent et attachent ensemble la classe des quadrupèdes à mamelles, celle des poissons, et celle des vers.
Ce genre remarquable ne renferme qu'un petit nombre d'espèces : mais le plus grand nombre des naturalistes en ont mal saisi les caractères distinctifs ; et comme d'ailleurs elles sont presque toutes très-variables dans plusieurs points de leur conformation extérieure, une grande confusion a régné dans la détermination de ces espèces, dont on a très-souvent trop étendu ou resserré le nombre ; et le même désordre s'est trouvé dans l'application que plusieurs auteurs ont faite aux espèces qu'ils avoient admises, des noms donnés aux diodons, ou des descriptions de ces animaux déja publiées. »

Vous n'aviez jamais lu de Buffon jusqu'alors ? Voilà qui est fait désormais. Quel style, Seigneur !


le 01/10/2007 à 20:29 | Permalien | Commentaires (0)


La chair est triste, hélas...

Du pays perdu et de l'anonymat (1)  11/07/2007

Pierre Jourde est revenu sous les projecteurs récemment à l'occasion du début du procès qui l'oppose à quelques personnes l'ayant molesté, il y a quelques années, dans le village dont il est originaire. L'affaire avait fait du bruit en son temps : l'auteur décrivait en effet, dans « Pays Perdu », un bout de campagne du Cantal – la sienne – avec un mélange très réussi de fascination et de répulsion. L'arrivée au village, les routes sinueuses qu'il faut emprunter, les autres passages sur la crasse, les façons de mourir et les ravages de l'alcool constituent des morceaux de bravoure remarquables. On dirait, dans l'écriture précise propre à l'auteur, tout les détails que Ramuz n'aurait pas osé faire figurer dans ses romans.

On sent à la fois, comme je le disais, la lucidité sur la condition paysanne en montagne, la crasse, la misère, les haines recuites, la mesquinerie ; mais aussi une fascination par les niveaux où l'on peut tomber ; mais enfin une certaine fierté, malgré tout, d'être issu d'un pareil monde, un sentiment persistant de sa gloire dissimulée sous les tas de fumier. Malgré l'ignominie de surface, et elle est réelle, dit Pierre Jourde dans « Pays Perdu », il y a de la grandeur dans cet endroit ; c'est de là que je viens et je l'aime quand même un peu.

Une grandeur qui manqua un beau jour à quelques habitants de Lussaud (Cantal), c'est de comprendre tout ce mélange de sentiments qui composaient « Pays Perdu » et qui en faisaient un grand et bon livre. Si j'en crois le compte rendu d'audience que je lis dans mon canard préféré, certains villageois se reconnurent, confondirent des expressions telles que « pays de merde » et (ce qui avait été réellement écrit) « pays de la merde », décidèrent que, somme toute, le livre était offensant, coincèrent Jourde et famille dans leur voiture, la caillassèrent un peu, ce qui manqua de priver le pays d'un de ses bons écrivains.

Pour avoir séjourné de très nombreuses fois dans un autre arrière-pays où nous avons quelques points de chute, il me semble que le bilan que porte Pierre Jourde sur la paysannerie en montagne et l'amabilité des gens est encore optimiste.

Mais là n'est pas la question. Des esprits chagrins diront toujours qu'il n'avait qu'à pas, que c'est bien fait, qu'on ne dit pas du mal des gens dans leur dos, etc. C'est passer à côté du problème. Un roman n'est pas un propos de table. Il n'en a pas la gratuité ; c'est une chose nécessaire pour un écrivain quelque chose qui doit « sortir » coûte que coûte. On écrit un roman pour dire une vérité, pas pour meubler l'espace. Jourde n'avait pas de comptes à régler : il a au contraire évité de nommer quoi que ce soit pour ne pas faire de tort à ses modèles. Ce sont ces derniers qui se sont reconnus ; eux seuls pouvaient. « Jourde » n'est pas un pseudonyme ; la famille Jourde, de ce que j'en ai compris, est la seule à s'être enrichie dans ce village au point de pouvoir le quitter : comment un nom pareil serait-il passé inaperçu ? Je suppose qu'un villageois connecté aura googlé le nom de la famille ; ou alors un cousin de la ville se sera fait entremetteur : « regarde donc ce qu'il raconte sur nous ». Peu importe, au demeurant.

(à suivre)


le 11/07/2007 à 06:46 | Permalien | Commentaires (3)


La chair est triste, hélas...

F. Beigbeder : windows on the world (fin)  02/07/2007

La sym-pathie

Pourquoi donc du pathétique ? La première réponse est à trouver dans l'américanophilie de l'auteur, que je comprends d'autant mieux que je la partage. Contrairement à quelques beaux esprits parisiens, ou à des linguistes outre-Atlantique, l'auteur n'éprouve pas le besoin de donner des leçons, de dire « vous l'avez bien cherché », ou de faire l'examen de conscience et la confession de l'Amérique, à sa place et sans mandat. Il accuse le coup, tout simplement, comme si des parents s'étaient trouvés dans une des tours ; tout simplement, le peuple américain, et les new-yorkais tout particulièrement, est plus aimé par l'auteur. La douleur est plus forte et ne peut alors que transparaître dans le style habituel.

L'auteur aime New York. Cela se lit déjà lorsqu'en plein soliloque au sommet de la Tour Montparnasse, dont le bistro ringard s'oppose à la classe feutrée du W on the W, il décide de sauter dans le Concorde dans l'espoir d'avoir un accident, ou sinon de finir le roman à New York. Une fois arrivé, il se précipite, tout heureux de vivre, dans quelques endroits glamour de la Grosse Pomme. Et après tout, il reste d'autres restaurants en altitude ; le Rainbow Room, le resto au sommet du Marriott Marquis, et j'en passe.

La « sympathie » au sens étymologique joue à plein ; l'auteur souffre avec ses personnages ; et ce lecteur s'émeut avec l'auteur, car nous avons quelques points en commun. FB est américanophile ; moi aussi. Il est nouillorquophile, moi aussi, et comment ! Il connaît le cimetière du Montparnasse, moi aussi (mes dévotions, là-bas, furent pour Baudelaire, Beckett mais aussi Maurice Leblanc qui captiva ma jeunesse). Il part pour New York en Concorde, moi aussi (enfin, presque, j'avais mon billet réservé pour août 2003, et Air France l'a cloué au sol en mai). Il va voir « ground zero » et n'éprouve pas de sentiment, ou si peu : moi aussi, et à quelques semaines de distance (j'y étais en août 2003). Il se retrouve à la chapelle St Paul, non loin, et éprouve pour la première fois une émotion intense : pareil. Je l'avais même consigné dans mon journal. Il boit des cosmos dans des endroits branchés : moi aussi. J'aime Sex and the City : il mentionne Carrie Bradshaw. Il ne mentionne pas le 11 Madison, le 8 ½, le Union Square Café, Nobu, ou le top du top, Jean-Georges, car il est plus boîte et moi plus restaurant ; mais je suis sûr qu'il connaît et qu'il aime. (Cf sa chronique dans Lire où il déplore la fermeture du Plaza. Las ! Je n'aurai eu le temps d'y manger que quelques huîtres Rockefeller l'hiver 2004).

Autant de choses qui renforceront le côté agréable de cette lecture.


Au-delà : l'enfer climatisé moderne ; le deuil de la jeunesse et des 70s

Au-delà du drame personnel des protagonistes, de la mort inutile et injuste, c'est un deuil beaucoup plus vaste que l'auteur tente de transmettre, celui de son enfance et des années 70 qui en furent le décor. Périodiquement, donc, Frédéric Beigbeder tissera sa narration avec quelques épisodes de son enfance ; plus généralement, il sera tenté de tirer le bilan de la vie que mènent ceux de sa génération, celle de la vie née dans les années 70. C'est une vie un peu vide et vaine ; et nine-eleven fait soudain prendre conscience qu'elle peut se conclure par une mort également vide et vaine. Au contraire des « romanciers de l'absurde » célèbres dans les années 50, l'engagement politique ou humaniste n'est même plus là pour servir d'exutoire ou de défouloir. C'en est trop pour l'auteur, qui prend donc un ton plus grave, contrebalancé par la légèreté naturelle de son style. Tout cela ne devient donc pas lourd ni pontifiant.


Dans le premier tome de « reflexion sur la théologie des saints » (Pierre Téqui, 2001), le Père Molinié, au milieu de paroles de feu sur la sainteté et la rencontre avec Dieu, émet l'hypothèse que l'enfer ne serait peut être pas seulement soufre et flammes, mais plutôt un endroit où tous les désirs matériels seraient apaisés. Les damnés auraient tout ce qu'ils veulent : l'écran plasma, le sac à main Fendi, la chaîne B&O, tout, sauf l'amour ou l' « opacité ». Patrick Bateman, le héros d'American Psycho, est de ceux-là : tout lui réussit, il est insolemment riche, il est arrivé ; il se suffit, il n'a plus besoin de rien. Malgré cela, il est transparent ; on ne cesse de le prendre pour un autre, on regarde à travers lui comme il regarde à travers les autres ; son peu d'énergie consiste à maintenir son niveau social, ou à acquérir la petite chose insignifiante en plus qu'il pense devoir gagner (ses entrées dans un grand restaurant). Il a beau commettre les pires crimes (en vrai ou fantasmés), il reste transparent, et n'en éprouve aucun soulagement, aucune rémission. Le film de Mary Haron met très bien cela en évidence et rejoint (sans le vouloir ?) de la bonne vieille théologie solide : les damnés sont seuls, ils portent leur enfer avec eux et rien ne peut apaiser leur souffrance. Celle de Bateman est pire, car jamais le romancier ou le cinéaste ne laissent penser qu'il existe autre chose que des damnés ; c'est le tragique de l'existence contemporaine (parisienne, CSP+) : tous en enfer ; et l'enfer est climatisé. L'enfer, c'est l'absence des autres.

« Windows on the world » se déroule dans ce monde, ou dans un monde similaire, mais pousse le bouchon un peu plus loin. Les personnages qui vivent dans cet enfer feutré vont brutalement basculer dans un véritable enfer de feu, de sang et de larmes. On peut pousser l'analogie théologique si l'on veut, au risque de singer les prédications du 19ème siècle sur les fins dernières : le sujet du roman, ou l'un des sujets, c'est le passage dans l'éternité. La vie des protagonistes (un père de famille et ses deux enfants ; une serveuse ; deux traders fort superficiels) s'est déroulée jusque-là sans heurts, de façon assez médiocre en général… et puis c'est la fin. Etendu aux dimensions d'un roman, voici l'instant où la vie bascule. Le moment approche où leur propre livre va être refermé ; on ne pourra désormais plus rien y changer.

Que l'on m'entende bien : « Windows on the world » n'est pas un livre théologique. Nous verrions bien son auteur se convertir et prendre l'habit dominicain, mais pas avant la cinquantaine. Il photographie pourtant, en théologien instinctif, l'instant ou les choses deviennent irrémédiables, et zoome sur différents points du cliché. Naturellement, les remords, les « si seulement » apparaissent vite ; mais ils sont inutiles. Il n'y avait pas de rémission à la vie moyenne, à l'enfer que Bateman portait en lui ; et désormais on sait que tout effort pour y échapper, tout sursaut est condamné. Le voile climatisé est levé ; la réalité de l'existence moderne apparaît soudain, et tout cela n'est pas beau du tout.

Au-delà donc du deuil de personnes, d'une ville, d'un peuple, d'une génération, d'une époque, « Windows on the World » peint, à travers l'effroyable fin de quelques personnes, l'effroyable quotidien des vivants. Son auteur-narrateur apparaît comme un Qohélet de la pop culture qui aime encore son siècle ; un peu moins que l'année d'avant toutefois. Ce n'est pas son moindre mérite, en effet, que de ne perdre ni sa lucidité ni son esprit tout en tentant de divertir. Comme plusieurs de ses autres livres, peut être même plus qu'eux, « windows on the world » est un livre grave sous un voile de légèreté.


le 02/07/2007 à 22:40 | Permalien | Commentaires (2)


La chair est triste, hélas...

Télérama l'intrépide  29/06/2007

Lu sur actubd.com : interview de la directrice de la rédaction de télérama.

ActuBD : (…) Vous êtes plutôt attachés à une bande dessinée d'auteur.

La directrice : (…) Comme pour le cinéma ! On préfère publier Tardi que la fin des aventures de XIII, bien entendu. On défend une certaine BD que l'on trouve la plus artistique, la plus créative, la plus singulière possible. (…)

Chapeau, la prise de risque ! Un auteur inconnu comme Tardi, qui a publié son premier bouquin il y a seulement six mois, qui aborde des sujets aussi peu consensuels que le polar dans les milieux popu de Paname, c'est vraiment de l'audace ! Que va-t-il suivre ? Un jeune talent promouvant le métissage des cultures (Hugo Pratt) ? Une réflexion profonde sur la place de l'Autre dans la société américaine (les tuniques bleues) ? Une biopic d'Edith Piaf par Uderzo? En tout cas, c'est sûr, Pierre La Police n'y a pas sa place.

Pendant qu'on y est, deux coups de gueule.

1°) Tardi, encore : qui osera dire que son « étrangleur » est de bien piètre facture ? On s'ennuie, ça papote et les explications finales sont rassemblées dans une série de bulles copieuses que même Jacobs n'aurait pas tenté.

2°) Trondheim : « Ile Bourbon, 1730 », ou comment la quantité ne fait pas la qualité. A vrai dire, on s'en fout un peu de toutes ces histoires d'esclaves, et l'incessant rappel de leur condition, récurrent au milieu d'un synopsis peu consistant, ennuie vite. On a connu mieux de la part de cet auteur qu'on sait talentueux.

Dernière chose enfin, j'ai lu pour la première fois « Fable de Venise » de Hugo Pratt et je me suis pris la qualité exceptionnelle de cette œuvre en pleine figure. Mon dieu que c'est bon ! Mais que c'est bon ! Quel chef d'œuvre !


le 29/06/2007 à 23:04 | Permalien | Commentaires (0)


La chair est triste, hélas...

F. Beigbeder : windows on the world  22/06/2007

Windows on the world
Frédéric Beigbeder
(prix interallié 2003)



La narration, le contrepoint entre les tours

Le roman est divisé en minutes. Pendant une minute sur deux, vous lisez ce qui se passe au sommet du World Trade Center, dans le restaurant panoramique Windows on the World, le 11 septembre 2001 entre 8h30 et 10h30 ; pendant l'autre minute, vous lisez, en contrepoint, les pensées de l'auteur, assis au sommet de la tour Montparnasse. Il y a d'inévitables passages philosophiques (« pourquoi eux et pas moi ») mais qui ont la grâce de ne pas durer longtemps.

Le héros côté américain s'appelle Carthew Yorston ; c'est un texan accompagné de ses deux fils, en vacances à New York. Exceptionnellement, les deux fils sèchent l'école et tous trois vont petit-déjeuner dans un des plus beaux restaurants panoramiques du monde. Carthew a une vie sentimentale qui fut agitée ; un divorce, une maîtresse. Face à la responsabilité d'élever des enfants, il a fui. Le reste de l'histoire n'est pas une surprise ; un avion rentre dans la tour ; il y a une heure et demi où tout flambe sans que jamais les secours arrivent, et puis c'est la fin, tout le monde meurt. Le livre n'est pas pour autant un livre-catastrophe ; l'auteur rappelle périodiquement que tout crame, puis revient à son sujet de prédilection : le drame interne dans les têtes des protagonistes.

Il y a divers caractères ; aucun n'est vraiment méchant. Presque tous sont plutôt médiocres, englués dans une routine quotidienne qu'une catastrophe parvient à peine à secouer. Les deux traders se disent des mots d'amour sans s'écouter, sur le même ton qu'ils commentent la vie des marchés. Il y a l'homme, en complet griffé, et la fille, en tailleur de marque. Ces marques sont pratiquement leurs noms de famille ; leur dernier acte sur terre, une minute ou deux avant la catastrophe, est de faire l'amour le plus intensément possible. Cela veut dire pour eux, le plus bestialement ; ils s'échangent les obscénités les plus crues, sans peut-être les mettre en pratique, et sans s'écouter réellement (un beau chapitre trash bien gros et bien drôle). Leur intensité n'est qu'une reproduction des films pornos qu'ils ont emmagasiné toute leur vie. Il y a un ou deux protagonistes qui se comportent en héros, dans la modeste mesure de leurs moyens ; c'est tout.


Le pathétique


Pour un trentenaire désabusé dans mon genre, les livres de Frédéric Beigbeder sont d'une lecture plaisante. Ils se lisent aisément, parlent d'une vie que je connais et ne se prennent guère au sérieux. Mieux, ils font référence à des choses vues, lues ou entendues ; bref, je me sens facilement chez moi en les lisant. Même « voyage dans le coma », qui raconte une chose aussi peu Nelly-esque que la nuit d'inauguration des Chiottes (une boîte hype de la Madeleine), me rappelle un roman de Bret Easton Ellis et un film appréciés, American Psycho. « Patrick Bateman », le personnage principal du roman et du film, est en effet l'un des invités à l'inauguration des Chiottes. Et j'ai beau avoir parfois quelques scrupules, je trouve Patrick Bateman marrant ; ses disjonctages sont sa manière pascalienne à lui de tromper l'ennui, le mal de vivre, et une vie vide, meublée par des objets sans âme et aucun contact humain réel.

Mais Frédéric Beigbeeder n'est pas Bret Easton Ellis, il n'est pas un narrateur froid et cynique pendant longtemps. Il lui faut parler un peu de lui, faire un mot d'esprit. La nouveauté, c'est que le ton détaché, ironique et lucide de « 99 francs » ou de « voyage dans le coma » a ménagé un peu de place à une authentique émotion ; elle reflète indirectement l'impact que nine-eleven a eu sur la mentalité de nos semblables. Il y a là des innocents qui meurent ; jusque dans leur vulgarité, leur insignifiance ou leur générosité, ils sont touchants. L'auteur ne tombe d'ailleurs pas dans le voyeurisme. Il pourrait raconter maints détails affreux, il en glisse un ou deux au passage mais pas plus. Pour le reste, il concentre son attention sur une poignée de personnes et la manière dont elles vivent leurs derniers instants. C'est une nouveauté : les personnages de Beigbeder, volontairement stéréotypés, prennent du relief ; ce que l'on perd en humour est gagné en pathétique.

(à suivre : la sympathie, l'enfer et le message du livre)


le 22/06/2007 à 22:44 | Permalien | Commentaires (0)