Nelly Blogue
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Même si je suis hébergé sur son site, je ne suis pas Sombreval.

Nelly Achlaw
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Nelly est UN parisien qui vit seul et travaille beaucoup. Dans "Nelly Blogue", il parle de ce qu'il aime : cinéma, liturgie, livres, musique - et de ce qu'il n'aime pas.

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Fleurs du mal

La fin de « spleen et idéal »  19/11/2007

Après la tableau saisissant de l'état aigü de taedium vitae dans lequel se trouve le poète, quelques poèmes décrivent, de manière moins allégorique, ce qui fait désormais le quotidien de ses jours. C'est le lieu d'une inversion généralisée des valeurs ; ce qui était aimé est aujourd'hui détesté.

« Obsession »

Grands bois, vous m'effrayez comme des cathédrales ;
Vous hurlez comme l'orgue ;


Inversion des valeurs : la cathédrale, demeure éminente de Dieu, est devenue effrayante ; les orgues hurlent.

Je te hais, Océan ! tes bonds et tes tumultes,
Mon esprit les retrouve en lui ;


Ce n'est plus de la joie dans l'esprit mais un mouvement désordonné. L'esprit du poète a perdu le sens, la « ratio » du mouvement.

Comme tu me plairais, ô nuit ! sans ces étoiles
Dont la lumière parle un langage connu !
Car je cherche le vide, et le noir, et le nu !


Même la nuit, image de la mort, est décevante : il y a les étoiles, reste de beauté détestée. Le poète veut le néant, et non une pâle imitation d'icelui.


« Le goût du néant » prolonge cette idée.

Le Printemps adorable a perdu son odeur !

Et le Temps m'engloutit minute par minute,
Comme la neige immense un corps pris de roideur ;
(…)
Avalanche, veux-tu m'emporter dans ta chute ?


Plonger dans le néant, en effet, semble au-delà des forces de poète, trop lâche pour mettre faim à ses jours, mu peut être par l'inextinguible envie de crier sa détresse.

Le désir du néant peut se doubler d'une envie de souffrir. C'est le propos de « l'héautontimoroumenos », qui veut dire « bourreau de soi même » (en grec, pas en chinois).

C'est au début de l'agressivité pure :

Je te frapperai sans colère
Et sans haine, comme un boucher,
Comme Moïse le rocher !
Et je ferai de ta paupière,

Pour abreuver mon Saharah,
Jaillir les eaux de la souffrance.


Le poète comprend petit à petit la folie de sa position et abandonne sa déclaration pour décrire, mi-horrifié mi-fasciné, sa propre condition éminement inconfortable. Mais que peut-il faire pour se soulager ?

Je suis la plaie et le couteau !
Je suis le soufflet et la joue !
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau !

Je suis de mon cœur le vampire,
– Un de ces grands abandonnés
Au rire éternel condamnés,
Et qui ne peuvent plus sourire !


L'amour libertin profite d'un châtiment tout particulier, décrit dans « horreur sympathique ». Le libertin semble plus lucide que la moyenne, il a compris précocement l'inanité de la vie.

De ce ciel bizarre et livide,
Tourmenté comme ton destin,
Quels pensers dans ton âme vide
Descendent ? réponds, libertin.

– Insatiablement avide
De l'obscur et de l'incertain,
Je ne geindrai pas comme Ovide
Chassé du paradis latin.

Cieux déchirés comme des grèves
En vous se mire mon orgueil ;
Vos vastes nuages en deuil

Sont les corbillards de mes rêves,
Et vos lueurs sont le reflet
De l'Enfer où mon cœur se plaît.



Les trente derniers vers de « spleen et idéal », ajoutés en 1861, semblent enfin trouver une solution au problème existentiel de l'homme : la mort, tant souhaitée, jamais réellement obtenue, finira par arriver avec le temps. C'est la métaphore de « l'horloge ». Si vous avez connu ce poème par le truchement de Mylène Farmer, too bad.

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : "Souviens-toi !


(admirez le rythme : l'apostrophe en 2 syllabes, tout le reste en 3, comme un tic-tac d'horloge)

Chaque seconde nous rapproche de la mort, chaque seconde c'est-à-dire tout le temps, trois mille six cent fois par heure. L'horloge est un vampire tueur dont les aiguilles conscientes se plantent dans notre cœur (« les vibrantes douleurs dans ton cœur plein d'effroi / se planteront bientôt comme dans une cible »)

Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi ! prodigue ! Esto memor !

(…)

(On rimerait bien cela avec « nevermore » !)

Au bout de l'inexorable avance du temps, l'homme verra que sa vie a été gaspillée et qu'elle n'a été que lâchetée : la Vertu aura été ignorée, le repentir le repoussera, les bonnes intentions ne seront restées que des intentions. Il est trop tard.

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c'est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !"


prochainement : "tableaux parisiens"


le 19/11/2007 à 21:37 | Permalien | Commentaires (2)