Nelly Blogue
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Même si je suis hébergé sur son site, je ne suis pas Sombreval.

Nelly Achlaw
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Nelly est UN parisien qui vit seul et travaille beaucoup. Dans "Nelly Blogue", il parle de ce qu'il aime : cinéma, liturgie, livres, musique - et de ce qu'il n'aime pas.

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Fleurs du mal

La perspective de la mort  03/08/2006

Cela (voir mon billet "l'amour vache"), c'est encore gentil. Mais Baudelaire semble prendre plaisir à faire peur à ses amantes. Il leur aurait infligé des films d'horreur le samedi soir si cela avait existé. Voici « une charogne ». C'est l'un des poèmes les plus célèbres du recueil, à l'esthétique baroque ; le poète y fait assaut de galanterie autour d'un sujet qui n'est rien moins que galant.

Rappelez-vous l'objet que vous vîmes, mon âme
Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux.


(Le poète insiste bien sur les détails dégoûtants)

Le ventre en l'air, comme une femme lubrique
Brûlante, et suant les poisons
Ouvrait, d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons (…)

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride
D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.


(Et maintenant que nous sommes en condition, la morale de l'histoire)

Et pourtant vous serez semblable à cette ordure
A cette horrible infection
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! Telle vous serez, ô la reine des grâces
Après les derniers sacrements
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses
Moisir parmi les ossements.

Alors , ô ma beauté, dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposées !


C'est beau, pourtant!

Je ne sais pas si Baudelaire avait beaucoup de succès en draguant avec ce genre de méthode. Les mots d'adoration de l'aimée (« étoile de mes yeux, soleil de ma nature ») est intimement mélangée avec ce qu'il y a de plus ignoble dans la nature. Le poète annonce avec enthousiasme à son amante qu'elle sera un jour comme cette charogne ; ce n'est qu'une question de temps. Les « derniers sacrements » n'y feront rien ; et la description est autrement plus saisissante que les kilomètres de vers « rongés » que Hugo emploie dans « le ver ».

Le poète n'est pas affligé outre mesure : gnostique, il sait que l'essence de ses amours survivra à la matière, sera libéré. Il s'en console facilement mais n'a pas un mot de consolation pour son aimée, qui ne doit pas partager aussi intensément sa foi : amour vache, donc, non dépourvu d'humour noir. On sent presque le cabotin qui fait son numéro.

« Chant d'automne », de même, commence comme de l'Apollinaire :

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.


(Mais le tableau parisien fait vite place à des images de mort)

Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon cœur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé (…)

Il me semble, bercé par ce choc monotone
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part
Pour qui ? C'était hier l'été, voici l'automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.


(prochainement : la cruauté)


le 03/08/2006 à 18:24 | Permalien | Commentaires (1)