Nelly Blogue
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Nelly Achlaw
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Nelly est UN parisien qui vit seul et travaille beaucoup. Dans "Nelly Blogue", il parle de ce qu'il aime : cinéma, liturgie, livres, musique - et de ce qu'il n'aime pas.

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Fleurs du mal

La victoire du spleen  25/10/2007

Suite de la série entamée en mai 2006

A la fin de « spleen et idéal », c'est le spleen qui gagne. Les incursions dans l'idéal, même les plus radieuses, n'étaient jamais sans une faille plus ou moins apparente. L'une des plus manifestes était l'inaccessibilité de la beauté, que l'on peut d'autant plus contempler qu'on la possède moins (« je suis belle, mortels, comme un rêve de pierre »). L'insatisfaction était donc vouée à réapparaître tôt ou tard. Autant le début de la partie multiplie les poèmes traitant de l'absolu (« élévation » tout particulièrement), puis de l'amour, de la contemplation du monde ; autant la fin de « spleen et idéal » s'enfonce dans la dépression.

La victoire du spleen était annoncée par un poème tel que « l'ennemi » : « ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage / traversé ça et là par de brillants soleils ». De même « de profundis clamavi », qui décrit le paysage mental du poète : « un soleil sans chaleur plane au-dessus six mois / et les six autres mois la nuit couvre la terre ».

L'imagerie du spleen est celle du mauvais temps : le pays est innondé, stérile, encombré de flaques immenses où l'on peut se noyer. Il pleut, il fait froid ; c'est tout le contraire des îles dont le souvenir est chéri dans des poèmes tels que « la vie antérieure ». Dans ce paysage pluvieux, qui annonce certains passages de Verlaine (« il pleut dans mon cœur comme il pleut sur la ville »), le poète s'ennuie, est livré à la dépression. On peut au demeurant s'étonner qu'il n'en soit que victime, que la cruauté à laquelle devrait le livrer l'ennui soit si bénigne somme toute. Lautréamont n'aura plus cette pudeur. De même que Baudelaire reste un classique dans la forme, de même il ne dit pas « tout » et ne raconte aucun des « échafauds » promis dans le poème liminaire.

« le mort joyeux » est encore une bravade, qui présente assez rhétoriquement la mort comme un bien : « o vers ! noirs compagnons sans oreilles et sans yeux / voyez venir à vous un mort libre et joyeux ». Le cycle final du spleen commence réellement, à mon avis, à « la cloche fêlée ». S'ensuit une douzaine de poèmes où on ne rigole franchement plus. L'irréparable semble avoir atteint, enfin, le poète lui-même.

Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis
Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits,
II arrive souvent que sa voix affaiblie

Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie
Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts,
Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts.


prochainement : les quatre "spleen"


le 25/10/2007 à 07:52 | Permalien | Commentaires (2)