Nelly Blogue
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Nelly Achlaw
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Nelly est UN parisien qui vit seul et travaille beaucoup. Dans "Nelly Blogue", il parle de ce qu'il aime : cinéma, liturgie, livres, musique - et de ce qu'il n'aime pas.

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Cinéma

La vie des autres  12/04/2007

L'autre film, c'est « la vie des autres », judicieusement ressorti en salles à la faveur de quelques prix. Des officiers de la Stasi tentent de piéger un auteur de théâtre trop poli pour être honnête. Le début est extraordinaire : un officier de la Stasi commente, pour les agents du renseignement qu'il forme, l'enregistrement d'un interrogatoire qu'il a mené. Toute la mécanique parfaitement huilée de l'espionnage intérieur est exposée avec maestria : pas un mot plus haut que l'autre, tout noté, tout archivé, rien n'est laissé au hasard, pas même "l'échantillon pour les chiens". Les élèves, les spectateurs penchent à croire à l'innocence de l'interrogé… jusqu'à ce qu'il se révèle coupable. La police politique, en plus d'être méthodique, semble infaillible, tout comme l'ancien ministre de la sécurité. Ce sont là des gens qui flairent, infailliblement. Ils sont tout-puissants et savent avant les gens qu'ils observent les actions que ceux-ci vont poser.

Leur flair va donc s'exercer sur un dramaturge pressenti peu fidèle au parti malgré une façade d'orthodoxie sans faille (hilarante pièce de théâtre en abyme, dans le plus détestable style brechtien, où de vaillantes ouvrières en gris, héroïnes du prolétariat, ont des petites peines et des petites joies mises en scène comme dans un patronage catholique). L'officier du début pose ses micros, s'installe au grenier, chausse son casque et écoute. Le film devient un jeu où tout le monde tient tout le monde par la barbichette et l'on se demande qui tombera et jusqu'où s'étendront les remous de la catastrophe pressentie.

Peu à peu, sans doute par empathie encore que la chose n'est jamais véritablement suggérée, le policier omettra de noter les détails les plus compromettants au point que le dramaturge pourra publier clandestinement, dans le Spiegel, un article prouvant que le taux de suicides en RDA est le plus élevé d'Europe. Il ira même jusqu'à cacher des preuves de la culpabilité du dramaturge – et c'est bien là ce qui nous gêne, car la porte du film est dès lors ouverte au mélange des genres.

Las ! Ce mélange fait beaucoup de tort au propos du réalisateur. L'irruption d'un romanesque invraisemblable, s'il n'abime pas irrémédiablement « la vie des autres », le transforme subitement en film à suspense et émousse considérablement la charge politique qui avait été, jusqu'à ce moment, magistralement dirigée, tout en économie, droit vers son but.

Pourquoi diable Florian von, après avoir engagé son film dans la description d'un système quasiment contemporain de surveillance, de manipulation et de destruction de la liberté des individus, en Europe, à deux pas de chez nous, pourquoi, après avoir tout mis en place pour en montrer les conséquences terrifiantes, éprouve-t-il le besoin de désamorcer cela, de faire du meilleur enquêteur de la Stasi une espèce d'ange gardien en gris ? Certes, il y aura une victime un peu téléphonée. Il y aura aussi une fin dont on aurait pu se dispenser pour ramener la longueur du film dans des proportions raisonnables : l'officier est sanctionné, puis le mur tombe, puis le dramaturge connaît le succès en RFA, puis il fouille les archives à la recherche de son passé, puis il découvre que l'officier l'a aidé secrètement, puis il dédicace son nouveau bouquin à cet officier inconnu, puis l'officier, qui depuis est devenu livreur de journaux, l'achète, voit la dédicace et dit « c'est pour moi ». Franchement, qu'est-ce que c'est que ce mélo châtré ? qu'est-ce que c'est que cette irruption malfaisante et dispensable de la toute petite histoire dans la grande ? Il ne manquait plus que l'officier en question se mette à écrire des poèmes, en hommageà sa victime!

Pour comprendre à côté de quoi on est passé, on pourra lire, par exemple, « roman policier » de Imre Kertesz – et je suis sûr que mes lecteurs auront d'autres références à me proposer.

« La vie des autres » est un très bon film, ce qui fait regretter d'autant plus qu'il ne soit que cela alors qu'il promettait d'être un chef d'œuvre. 4/5… seulement.


le 12/04/2007 à 08:05 | Permalien | Commentaires (0)