Une vie de tradi
Le complot maçonnique 20/05/2006
A l'initiative de Zabou, je viens de me rendre compte qu'en un an et demi de sarcasme et de mauvaise foi, ce blog n'a jamais parlé de « la rose de notre-dame », qui est pourtant une cible toute désignée, l'une de celles qui porte autour du cou un panneau qui dit « ne me tirez pas dessus SVP ». Comment résister à la tentation ?
J'ai écrit ces lignes il y a pratiquement un an, sans trop les relire. Il est possible que des redites apparaissent au cours des épisodes. Peu importe ! Le lecteur de blog ne tient pas une comptabilité précise de ce qui est dit, pas dit, etc.
Nous abordons ici l'un des sujets centraux du tradiland : l'anti-maçonnisme, qui était d'ailleurs beaucoup plus intense que l'anti-sémitisme. La variante d'anti-maçonnisme que l'on verra ici est de type symboliste : « politique d'abord » n'a jamais vraiment été pris au sérieux chez nous. « La rose de notre-dame » fera son apparition dans ces billets en temps opportun. Il faut d'abord planter le décor.
Le complot maçonnique
Il ne reste plus grand-chose des quatre « états confédérés » contre lesquels tonnait Maurras. Se battre contre le protestantisme est un peu ridicule. Se battre contre les juifs conduit rapidement à des cris d'orfraie. Le marxisme n'est plus ce qu'il était en 1930. Il ne reste donc que la franc-maçonnerie contre laquelle tonner.
Dans le tradiland moderne, la franc-maçonnerie bénéficie d'une aura incontestable. C'est une espèce d'empire du mal, aussi dangereux et menaçant qu'il est mal connu. Bref, c'est un adversaire à la mesure du preux tradi. Le franc-maçon lui semble une espèce de démon, initié à des choses infernales qu'il ne peut dévoiler sous peine de terribles souffrances. Il veut par tous les moyens travailler à la dépravation de la société, au relativisme religieux. Pire (voyez comme il est dangereux), il cache ses menées sous une apparence de respectabilité.
Son organisation est prodigieusement efficace : capable de faire pleuvoir dans la minute (le tradi connaît le copain d'un cousin de la concierge qui l'a vu faire ça, vraiment), le franc-maçon s'insère dans une organisation mondiale capable de lancer des offensives idéologiques de façon simultanée, aux quatre coins de la planète. Le divorce, c'est eux ; la séparation de l'Eglise et de l'Etat, c'est eux ; la pilule, c'est eux ; l'avortement, c'est eux ; bientôt l'euthanasie (les tradis de mon époque n'avaient pas vu venir le mariage homosexuel), l'eugénisme, le naziiiiiiisme. Car le tradi, en combattant le franc-maçon, combat le nazisme, c'est bien connu.
Le seul rempart contre les loges, c'est l'Eglise. La preuve, c'est l'inimitié persistante entre eux deux.
Bon, cela c'est la vulgate anti-maçonnique du tradi de base. Le tradi qui a des lettres n'aura aucun problème à trouver dans sa librairie tradi de quoi approfondir le sujet. Un de ces livres, par exemple, tente une synthèse de différents mythes pour prouver que l'histoire de Hiram et des « fils de la veuve » n'est qu'une version d'un mythe originel qui postule que Dieu est mauvais et que le démon a libéré l'humanité du joug de ce dernier.
En allant un peu plus loin, il est facile de postuler l'existence d'une tradition primordiale remontant à Adam, concurrencée par une tradition démoniaque qui se maquille sous les apparences de toutes les autres traditions religieuses de la planète. Partant de là, on peut trouver des sens insoupçonnés à tous les textes maçonniques qui peuvent exister ; et on verse assez rapidement dans le combat des anges au-dessus des têtes des hommes, et la chasse aux gnostiques. On ne vous l'avait pas encore dit : les francs-maçons sont aussi des gnostiques. Tout pour plaire, je vous dis.
La franc-maçonnerie, selon la vulgate tradi, mène un combat mondial et coordonné pour détruire l'Eglise. La fin des états pontificaux, c'est sa faute. La suppression des religions d'état (lorsque c'était le catholicisme), c'est sa faute. La viande le vendredi dans les cantines, c'est sa faute. La destitution de Pinochet, c'est sa faute. Et je ne dis rien des choses terribles que l'on prépare : l'avortement n'est en fait qu'une gigantesque messe noire. Bientôt, tous les humains auront un code barre tatoué sur la main, qui n'est autre que la « marque de la bête » dont parle l'Apocalypse. D'ailleurs, ajoute la brochure qui récapitule cela, « l'ordinateur central est déjà prêt à Bruxelles ». Vous rigolez, mais c'était au début des années 90 qu'on gambergeait comme ça. Le code-barre fait désormais partie des légendes à la X-files ; il est plus vieux que vous ne le pensez.
(à suivre)
J'ai écrit ces lignes il y a pratiquement un an, sans trop les relire. Il est possible que des redites apparaissent au cours des épisodes. Peu importe ! Le lecteur de blog ne tient pas une comptabilité précise de ce qui est dit, pas dit, etc.
Nous abordons ici l'un des sujets centraux du tradiland : l'anti-maçonnisme, qui était d'ailleurs beaucoup plus intense que l'anti-sémitisme. La variante d'anti-maçonnisme que l'on verra ici est de type symboliste : « politique d'abord » n'a jamais vraiment été pris au sérieux chez nous. « La rose de notre-dame » fera son apparition dans ces billets en temps opportun. Il faut d'abord planter le décor.
Le complot maçonnique
Il ne reste plus grand-chose des quatre « états confédérés » contre lesquels tonnait Maurras. Se battre contre le protestantisme est un peu ridicule. Se battre contre les juifs conduit rapidement à des cris d'orfraie. Le marxisme n'est plus ce qu'il était en 1930. Il ne reste donc que la franc-maçonnerie contre laquelle tonner.
Dans le tradiland moderne, la franc-maçonnerie bénéficie d'une aura incontestable. C'est une espèce d'empire du mal, aussi dangereux et menaçant qu'il est mal connu. Bref, c'est un adversaire à la mesure du preux tradi. Le franc-maçon lui semble une espèce de démon, initié à des choses infernales qu'il ne peut dévoiler sous peine de terribles souffrances. Il veut par tous les moyens travailler à la dépravation de la société, au relativisme religieux. Pire (voyez comme il est dangereux), il cache ses menées sous une apparence de respectabilité.
Son organisation est prodigieusement efficace : capable de faire pleuvoir dans la minute (le tradi connaît le copain d'un cousin de la concierge qui l'a vu faire ça, vraiment), le franc-maçon s'insère dans une organisation mondiale capable de lancer des offensives idéologiques de façon simultanée, aux quatre coins de la planète. Le divorce, c'est eux ; la séparation de l'Eglise et de l'Etat, c'est eux ; la pilule, c'est eux ; l'avortement, c'est eux ; bientôt l'euthanasie (les tradis de mon époque n'avaient pas vu venir le mariage homosexuel), l'eugénisme, le naziiiiiiisme. Car le tradi, en combattant le franc-maçon, combat le nazisme, c'est bien connu.
Le seul rempart contre les loges, c'est l'Eglise. La preuve, c'est l'inimitié persistante entre eux deux.
Bon, cela c'est la vulgate anti-maçonnique du tradi de base. Le tradi qui a des lettres n'aura aucun problème à trouver dans sa librairie tradi de quoi approfondir le sujet. Un de ces livres, par exemple, tente une synthèse de différents mythes pour prouver que l'histoire de Hiram et des « fils de la veuve » n'est qu'une version d'un mythe originel qui postule que Dieu est mauvais et que le démon a libéré l'humanité du joug de ce dernier.
En allant un peu plus loin, il est facile de postuler l'existence d'une tradition primordiale remontant à Adam, concurrencée par une tradition démoniaque qui se maquille sous les apparences de toutes les autres traditions religieuses de la planète. Partant de là, on peut trouver des sens insoupçonnés à tous les textes maçonniques qui peuvent exister ; et on verse assez rapidement dans le combat des anges au-dessus des têtes des hommes, et la chasse aux gnostiques. On ne vous l'avait pas encore dit : les francs-maçons sont aussi des gnostiques. Tout pour plaire, je vous dis.
La franc-maçonnerie, selon la vulgate tradi, mène un combat mondial et coordonné pour détruire l'Eglise. La fin des états pontificaux, c'est sa faute. La suppression des religions d'état (lorsque c'était le catholicisme), c'est sa faute. La viande le vendredi dans les cantines, c'est sa faute. La destitution de Pinochet, c'est sa faute. Et je ne dis rien des choses terribles que l'on prépare : l'avortement n'est en fait qu'une gigantesque messe noire. Bientôt, tous les humains auront un code barre tatoué sur la main, qui n'est autre que la « marque de la bête » dont parle l'Apocalypse. D'ailleurs, ajoute la brochure qui récapitule cela, « l'ordinateur central est déjà prêt à Bruxelles ». Vous rigolez, mais c'était au début des années 90 qu'on gambergeait comme ça. Le code-barre fait désormais partie des légendes à la X-files ; il est plus vieux que vous ne le pensez.
(à suivre)
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z_igou@yahoo.com
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