Fleurs du mal
Le vin 30/11/2007
« Le vin », « Fleurs du mal » et « révolte » sont les trois réponses, les trois ivresses différentes et les trois illusions par lesquelles l'homme baudelairien trompe son ennui.
L'ivresse est universelle. Après un premier poème de présentation (« l'âme du vin »), cete section décline les effets de la boisson sur différents caractères : le chiffonier, l'assassin, le solitaire, les amants. Les objets de l'ivresse ne sont pas les gens heureux : pauvre, solitaire, assassin, tous ont eu quelque chose de la vie qui les fait souffrir plus que la moyenne. Seul l'amour est capable de transfigurer l'ivresse, d'avoir une ivresse de qualité.
« l'âme du vin » nous présente le discours trompeur de la bouteille. L'âme du vin, c'est le mensonge.
Entends-tu retentir les refrains des dimanches
Et l'espoir qui gazouille en mon sein palpitant ?
Les coudes sur la table et retroussant tes manches,
Tu me glorifieras et tu seras content ;
J'allumerai les yeux de ta femme ravie ;
A ton fils je rendrai sa force et ses couleurs
Et serai pour ce frêle athlète de la vie
L'huile qui raffermit les muscles des lutteurs.
Les effets qui suivent le prouvent admirablement. « Le vin des chiffoniers » est le portrait d'un poivrot, « vomissement confus de l'énorme Paris ». A l'extérieur, c'est un ivrogne :
Au cœur d'un vieux faubourg, labyrinthe fangeux
Où l'humanité grouille en ferments orageux,
On voit un chiffonnier qui vient, hochant la tête,
Butant, et se cognant aux murs comme un poète,
Et, sans prendre souci des mouchards, ses sujets,
Epanche tout son cœur en glorieux projets.
Il prête des serments, dicte des lois sublimes,
Terrasse les méchants, relève les victimes, (…)
A l'intérieur, il apporte un fragile et temporaire réconfort très semblable à l'oubli et au néant :
Pour noyer la rancœur et bercer l'indolence
De tous ces vieux maudits qui meurent en silence,
Dieu, touché de remords, avait fait le sommeil ;
L'Homme ajouta le Vin, fils sacré du Soleil !
« Le vin de l'assassin » le présente comme un pousse-au-crime :
Ma femme est morte, je suis libre !
Je puis donc boire tout mon soûl.
Lorsque je rentrais sans un sou,
Ses cris me déchiraient la fibre.
« Le vin du solitaire ». Le vin, là, est ce qui permet de supporter l'intolérable solitude.
Tout cela ne vaut pas, ô bouteille profonde,
Les baumes pénétrants que ta panse féconde
Garde au cœur altéré du poète pieux ;
Au contraire de tous les personnages précédents, repliés sur eux-mêmes, leur addiction, leur crime, leur besoin d'oubli, « le vin des amants » nous montre en quelle rare occasion l'ivresse peut être l'occasion d'une sublimation, d'un dernier élan vers l'idéal.
Aujourd'hui l'espace est splendide !
Sans mors, sans éperons, sans bride,
Partons à cheval sur le vin
Pour un ciel féerique et divin !
Comme deux anges que torture
Une implacable calenture,
Dans le bleu cristal du matin
Suivons le mirage lointain !
Mollement balancés sur l'aile
Du tourbillon intelligent,
Dans un délire parallèle,
Ma sœur, côte à côte nageant,
Nous fuirons sans repos ni trêves
Vers le paradis de mes rêves !
Mais tout cela n'est ultimement que mirage et rêves : toute ivresse retombe. Il faut alors trouver autre chose.
(prochainement : fleurs du mal)
L'ivresse est universelle. Après un premier poème de présentation (« l'âme du vin »), cete section décline les effets de la boisson sur différents caractères : le chiffonier, l'assassin, le solitaire, les amants. Les objets de l'ivresse ne sont pas les gens heureux : pauvre, solitaire, assassin, tous ont eu quelque chose de la vie qui les fait souffrir plus que la moyenne. Seul l'amour est capable de transfigurer l'ivresse, d'avoir une ivresse de qualité.
« l'âme du vin » nous présente le discours trompeur de la bouteille. L'âme du vin, c'est le mensonge.
Entends-tu retentir les refrains des dimanches
Et l'espoir qui gazouille en mon sein palpitant ?
Les coudes sur la table et retroussant tes manches,
Tu me glorifieras et tu seras content ;
J'allumerai les yeux de ta femme ravie ;
A ton fils je rendrai sa force et ses couleurs
Et serai pour ce frêle athlète de la vie
L'huile qui raffermit les muscles des lutteurs.
Les effets qui suivent le prouvent admirablement. « Le vin des chiffoniers » est le portrait d'un poivrot, « vomissement confus de l'énorme Paris ». A l'extérieur, c'est un ivrogne :
Au cœur d'un vieux faubourg, labyrinthe fangeux
Où l'humanité grouille en ferments orageux,
On voit un chiffonnier qui vient, hochant la tête,
Butant, et se cognant aux murs comme un poète,
Et, sans prendre souci des mouchards, ses sujets,
Epanche tout son cœur en glorieux projets.
Il prête des serments, dicte des lois sublimes,
Terrasse les méchants, relève les victimes, (…)
A l'intérieur, il apporte un fragile et temporaire réconfort très semblable à l'oubli et au néant :
Pour noyer la rancœur et bercer l'indolence
De tous ces vieux maudits qui meurent en silence,
Dieu, touché de remords, avait fait le sommeil ;
L'Homme ajouta le Vin, fils sacré du Soleil !
« Le vin de l'assassin » le présente comme un pousse-au-crime :
Ma femme est morte, je suis libre !
Je puis donc boire tout mon soûl.
Lorsque je rentrais sans un sou,
Ses cris me déchiraient la fibre.
« Le vin du solitaire ». Le vin, là, est ce qui permet de supporter l'intolérable solitude.
Tout cela ne vaut pas, ô bouteille profonde,
Les baumes pénétrants que ta panse féconde
Garde au cœur altéré du poète pieux ;
Au contraire de tous les personnages précédents, repliés sur eux-mêmes, leur addiction, leur crime, leur besoin d'oubli, « le vin des amants » nous montre en quelle rare occasion l'ivresse peut être l'occasion d'une sublimation, d'un dernier élan vers l'idéal.
Aujourd'hui l'espace est splendide !
Sans mors, sans éperons, sans bride,
Partons à cheval sur le vin
Pour un ciel féerique et divin !
Comme deux anges que torture
Une implacable calenture,
Dans le bleu cristal du matin
Suivons le mirage lointain !
Mollement balancés sur l'aile
Du tourbillon intelligent,
Dans un délire parallèle,
Ma sœur, côte à côte nageant,
Nous fuirons sans repos ni trêves
Vers le paradis de mes rêves !
Mais tout cela n'est ultimement que mirage et rêves : toute ivresse retombe. Il faut alors trouver autre chose.
(prochainement : fleurs du mal)
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