Plus c'est gros...
Les deux côtés du présentoir à BD 08/01/2007
De passage dans mon magasin de BD préféré hier, je n'ai pu m'empêcher de soupirer un bon coup. Certes, il y a le dernier Comès. En voilà un qui n'a pas changé de style et qui ferait voyager mon imagination dans les seventies si seulement j'avais été assez vieux pour les avoir connues. Comès dessine bien la neige mais donne toujours à ses personnages des lèvres absurdement sinueuses. Pour le reste, il y a un peu de philosophie bas de gamme (la guerre, c'est mal) – mais a-t-on jamais vu de la philo haut de gamme dans une bande dessinée ? Enfin quoi, c'est le premier depuis Eva, je crois, 1985, donc, et ce « dix de der » n'est pas mauvais même s'il est parfois facile.
Tout n'est pas à ce niveau, malheureusement. Sur le présentoir voisin, il y a deux côtés. Le premier est consacré aux BD paysannes. Depuis que Larcenet a du succès, ça n'arrête pas. Mes compatriotes parisiens ont toujours voulu avoir ce côté campagne, vous savez, « le côté village » du quinzième et de la rue du Commerce, etc. Alors Larcenet, pensez ! L'étape suivante, c'est d'accrocher une houe au-dessus de sa cheminée en marbre.
Et de l'autre côté du présentoir, nous avons un genre qui fait florès, qui fait ses 50% de part de marché et dont les couvertures sont immanquablement dans des tons rouges, avec des personnages en costumes : la BD esotéro-érotico-anticatho. Depuis que Didier Convard, qui dessinait bien, pourtant, s'est mis en tête qu'il était meilleur scénariste, voire scénariste spécialisé dans tout ce qui est maçonnico-templier à la sauce grand public, mon présentoir fourmille effectivement de pentacles, de loges secrètes, de kabbalismes, de grand-maîtres divers et variés dont les habits font des plis, bref, de ce que Trédaniel ou Dervy ont de pire à offrir. Franchement, l'ésotérisme ne méritait pas cette vulgaire vulgarisation.
Je lis par exemple, dans le dernier tome de « la loge noire », les tribulations certainement palpitantes d'homosexuels au Vatican, un filon romanesque inépuisable s'il en est un. Cela nous vaut des répliques en or du genre « non seulement vous êtes blasphémateurs, mais en plus vous êtes sodomites ! » Le beurre et l'argent du beurre, en somme. Il y a des scénaristes de BD qui n'ont pas encore l'admirable retenue des écrivains devant la médiocrité de ce qu'ils écrivent et l'autocensure mériterait de s'y exercer de façon… large et généreuse.
Variante : le secret archéologique découvert qui implique des choses terribles pour la foi chrétienne. Du genre : la preuve irréfutable que Jésus n'est pas Dieu. En général, des templiers fossiles s'activent un bon coup, ça complote, on cherche à étouffer l'affaire et des cardinaux encapuchonnés (pour que leur visage reste dans l'ombre) font des choses fort peu catholiques. Il est d'ailleurs très rare, sur le présentoir rouge, que les catholiques fassent des choses catholiques.
Variante 2 : la même mais en Palestine au premier siècle. Oh mon Dieu, Jésus était marié. Oh mon Dieu, les apôtres ont tué des gens au jardin des oliviers, etc.
Et puis nous avons la variante 3, esotéro-érotico, ou érotico tout court. Leurs auteurs ont fait cette stupéfiante découverte que l'amour et la mort ont partie liée, et nous glissent un peu de cul (toujours vu de dos, le cul) et beaucoup de mort qui tue, de préférence macabre. Par exemple, une bonne scène d'exécution, la recette miracle pour rentrer dans ses fonds.
Pour ceux-là, faites comme moi : feuilletez depuis la fin. Si vous tombez sur une guillotine (le hit indémodable de la mort qui tue, genre macabre) avant la page 30, pas la peine d'acheter. Regardez vite jusqu'à la page 20 si on ne voit pas une paire de fesses, puis reposez l'album, qui vient de gagner le Grand Prix de Conformisme sort-porno-morbide.
Tout ceci est tellement vrai que j'ai découvert l'autre jour une série dont le héros est un bourreau, à Rome en 1830. Oui, « le maitre rouge » réussit à nous faire passer sa complaisance pour de la retenue. Voyez comme nous sommes sobres : on ne coupe qu'une tête par volume. Et au lieu de tout cela, on nous parle de la vie sentimentale du bourreau, un homme comme les autres après tout. C'est vrai, ça, on n'en parle pas assez. (cf le premier Austin Powers et ses répliques sur les hommes de main). En ces temps où la pendaison, les SS et le côté obscur sont à la mode, cela devrait vendre.
Cela m'amuse un peu car « le maître rouge » m'évoque le récit que Mgr Gaume fait de son voyage dans la Rome de Pie IX. Les basses œuvres le travaillant visiblement, il donne dans le premier tome de son ouvrage un récit d'exécution dans un bagne (les scénaristes actuels n'ont pas encore l'imagination au niveau de ce qu'il décrit) ET un récit similaire à Rome, en s'extasiant sur les élans de charité chrétienne que cet événement suscitait, car on priait pour que le condamné se repente, demande pardon, et c'était presque la liesse, l'œil humide, lorsque c'était le cas. Ah, le bel exemple !
Finalement, c'était un précurseur de Georges Bataille, Mgr Gaume. Savez-vous, au fait, que Victor Hugo l'égratigne au passage dans « la légende des siècles », tout comme il mentionne négativement Nisard, oui, le Jean-Napoléon-Désiré Nisard qu'Eric Chevillard a si talentueusement démoli à l'automne. Que c'est bon, la culture !
Tout n'est pas à ce niveau, malheureusement. Sur le présentoir voisin, il y a deux côtés. Le premier est consacré aux BD paysannes. Depuis que Larcenet a du succès, ça n'arrête pas. Mes compatriotes parisiens ont toujours voulu avoir ce côté campagne, vous savez, « le côté village » du quinzième et de la rue du Commerce, etc. Alors Larcenet, pensez ! L'étape suivante, c'est d'accrocher une houe au-dessus de sa cheminée en marbre.
Et de l'autre côté du présentoir, nous avons un genre qui fait florès, qui fait ses 50% de part de marché et dont les couvertures sont immanquablement dans des tons rouges, avec des personnages en costumes : la BD esotéro-érotico-anticatho. Depuis que Didier Convard, qui dessinait bien, pourtant, s'est mis en tête qu'il était meilleur scénariste, voire scénariste spécialisé dans tout ce qui est maçonnico-templier à la sauce grand public, mon présentoir fourmille effectivement de pentacles, de loges secrètes, de kabbalismes, de grand-maîtres divers et variés dont les habits font des plis, bref, de ce que Trédaniel ou Dervy ont de pire à offrir. Franchement, l'ésotérisme ne méritait pas cette vulgaire vulgarisation.
Je lis par exemple, dans le dernier tome de « la loge noire », les tribulations certainement palpitantes d'homosexuels au Vatican, un filon romanesque inépuisable s'il en est un. Cela nous vaut des répliques en or du genre « non seulement vous êtes blasphémateurs, mais en plus vous êtes sodomites ! » Le beurre et l'argent du beurre, en somme. Il y a des scénaristes de BD qui n'ont pas encore l'admirable retenue des écrivains devant la médiocrité de ce qu'ils écrivent et l'autocensure mériterait de s'y exercer de façon… large et généreuse.
Variante : le secret archéologique découvert qui implique des choses terribles pour la foi chrétienne. Du genre : la preuve irréfutable que Jésus n'est pas Dieu. En général, des templiers fossiles s'activent un bon coup, ça complote, on cherche à étouffer l'affaire et des cardinaux encapuchonnés (pour que leur visage reste dans l'ombre) font des choses fort peu catholiques. Il est d'ailleurs très rare, sur le présentoir rouge, que les catholiques fassent des choses catholiques.
Variante 2 : la même mais en Palestine au premier siècle. Oh mon Dieu, Jésus était marié. Oh mon Dieu, les apôtres ont tué des gens au jardin des oliviers, etc.
Et puis nous avons la variante 3, esotéro-érotico, ou érotico tout court. Leurs auteurs ont fait cette stupéfiante découverte que l'amour et la mort ont partie liée, et nous glissent un peu de cul (toujours vu de dos, le cul) et beaucoup de mort qui tue, de préférence macabre. Par exemple, une bonne scène d'exécution, la recette miracle pour rentrer dans ses fonds.
Pour ceux-là, faites comme moi : feuilletez depuis la fin. Si vous tombez sur une guillotine (le hit indémodable de la mort qui tue, genre macabre) avant la page 30, pas la peine d'acheter. Regardez vite jusqu'à la page 20 si on ne voit pas une paire de fesses, puis reposez l'album, qui vient de gagner le Grand Prix de Conformisme sort-porno-morbide.
Tout ceci est tellement vrai que j'ai découvert l'autre jour une série dont le héros est un bourreau, à Rome en 1830. Oui, « le maitre rouge » réussit à nous faire passer sa complaisance pour de la retenue. Voyez comme nous sommes sobres : on ne coupe qu'une tête par volume. Et au lieu de tout cela, on nous parle de la vie sentimentale du bourreau, un homme comme les autres après tout. C'est vrai, ça, on n'en parle pas assez. (cf le premier Austin Powers et ses répliques sur les hommes de main). En ces temps où la pendaison, les SS et le côté obscur sont à la mode, cela devrait vendre.
Cela m'amuse un peu car « le maître rouge » m'évoque le récit que Mgr Gaume fait de son voyage dans la Rome de Pie IX. Les basses œuvres le travaillant visiblement, il donne dans le premier tome de son ouvrage un récit d'exécution dans un bagne (les scénaristes actuels n'ont pas encore l'imagination au niveau de ce qu'il décrit) ET un récit similaire à Rome, en s'extasiant sur les élans de charité chrétienne que cet événement suscitait, car on priait pour que le condamné se repente, demande pardon, et c'était presque la liesse, l'œil humide, lorsque c'était le cas. Ah, le bel exemple !
Finalement, c'était un précurseur de Georges Bataille, Mgr Gaume. Savez-vous, au fait, que Victor Hugo l'égratigne au passage dans « la légende des siècles », tout comme il mentionne négativement Nisard, oui, le Jean-Napoléon-Désiré Nisard qu'Eric Chevillard a si talentueusement démoli à l'automne. Que c'est bon, la culture !
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