Nelly Blogue
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Même si je suis hébergé sur son site, je ne suis pas Sombreval.

Nelly Achlaw
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Nelly est UN parisien qui vit seul et travaille beaucoup. Dans "Nelly Blogue", il parle de ce qu'il aime : cinéma, liturgie, livres, musique - et de ce qu'il n'aime pas.

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Fleurs du mal

Les quatre « spleen »  26/10/2007

Puisque Zabou s'apprête à comprendre enfin Baudelaire ;-))) il me semble opportun de poursuivre une série jamais achevée.

Amis lecteurs, voici le moment de ressortir l'adjectif « spleenétique » de sa naphtaline. « L'idéal » était le titre d'un poème un peu faiblard, à mon avis. « Spleen » est le titre de quatre poèmes, rangés à la suite, et de toute première qualité. L'idéal s'est souvent exprimé par les objets auquel il est relié : une chose, une femme, un objet, une anecdote. Ici, le poète se borne à décrire un état d'esprit. Visiblement, il veut y prendre tout son temps.

La première expression du spleen, c'est le temps cafardeux, miroir de l'humeur maussade et morbide.

Pluviôse, irrité contre la ville entière,
De son urne à grands flots verse un froid ténébreux
Aux pâles habitants du voisin cimetière
Et la mortalité sur les faubourgs brumeux.


C'est un temps de pluie, que les mots rendent funèbre : nous sommes dans les faubourgs, peut être un dimanche après midi. Tout est mort : le foid est « ténébreux », un cimetière se tient non loin et la seule occupation mentionée des habitants du faubourg, c'est la « mortalité ». La vieillesse règne : « l'âme d'un vieux poète erre dans la gouttière / avec la triste voix d'un fantôme frileux. » On devine que le poète est dans un appartement sans lustre ni confort, usé. Il est pauvre. « Le bourdon se lamente et la buche enfumée / accompagne en fausset la pendule enrhumée ». Il est seul, désillusionné et l'amour ne recèle plus pour lui aucune consolation. C'est dit par le biais d'un jeu de cartes où « le beau valet de cœur et la dame de pique / causent sinistrement de leurs amours défunts ». La femme, en fin de compte, n'a été que l'occasion de souffrances vis-à-vis d'un homme éternellement naïf ; tout ce qui reste, qui symbolise ces « amours décomposées », c'est « un jeu de cartes plein de sales parfums ».

Le second spleen décrit le poète, vieux, considérant ses souvenirs : c'est un assemblage de débris inanimés, dont nombre de tracasseries. La vie valait-elle la peine d'être vécue ? Désormais elle se déroule, sans heurts et sans émotions, dans un ennui prolongé. L'enfer, ce serait l'immortalité. On peut retrouver le même thème, repris par J.L. Borges dans la première nouvelle de l'Aleph.

« spleen (2) »

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.

Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C'est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
– Je suis un cimetière abhorré de la lune,
(…)
Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L'ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l'immortalité.

Le troisième « spleen » se concentre sur l'ennui. Le poète n'a plus goût à rien et mène une vie qui lui paraît interminable. Encore jeune, il a l'impression d'avoir vécu très longtemps – « écho du poème précédent -. Les courtisanes, la chasse, les comiques, l'argent, plus rien de tout cela ne marche :

Je suis comme le roi d'un pays pluvieux,
Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très vieux,
Qui, de ses précepteurs méprisant les courbettes,
S'ennuie avec ses chiens comme avec d'autres bêtes.
Rien ne peut l'égayer, (…)
Son lit fleurdelisé se transforme en tombeau,
Et les dames d'atour, pour qui tout prince est beau,
Ne savent plus trouver d'impudique toilette
Pour tirer un souris de ce jeune squelette.

Le savant qui lui fait de l'or n'a jamais pu
De son être extirper l'élément corrompu,
Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent,
Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent,
II n'a su réchauffer ce cadavre hébété
Où coule au lieu de sang l'eau verte du Léthé.

Voilà cette fois l'ennui qui se met à rêver d'échafauds et de divertissements cruels : ayant tout essayé, on en vient aux « bains de sang », privilège des puissants car ils étaient les seuls à pouvoir sacrifier le nombre nécessaire de vies pour une telle chose. Malgré tout cela, magré même la magie, le poète est un mort-vivant, un « jeune squelette », un « cadavre hébété » dans les veines duquel coule l'eau des fleuves infernaux. La description de sa condition pouvait sembler anodine au début du poème ; elle est graduellement plus sinistre au fur et à mesure que la fin s'approche.

prochainement : "spleen 4". J'ai gardé le meilleur pour la fin. Mon texte à l'oral du bac de français! Ouais!


le 26/10/2007 à 23:43 | Permalien | Commentaires (0)