Nelly Blogue
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Même si je suis hébergé sur son site, je ne suis pas Sombreval.

Nelly Achlaw
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Nelly est UN parisien qui vit seul et travaille beaucoup. Dans "Nelly Blogue", il parle de ce qu'il aime : cinéma, liturgie, livres, musique - et de ce qu'il n'aime pas.

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Mahomet : avis éclairé  07/02/2006

Lisez, lisez, amis lecteurs, sur ce blog que je découvre après l'avoir longtemps remarqué dans les blogrolls des uns et des autres, un avis éclairé et éduqué sur l'inti-caricature-fada de ces derniers jours. Je fais des coupes sombres dans le texte pour des raisons de longueur au risque d'altérer un chouïa le sens.

http://www.philippebilger.com/blog/2006/02/larme_de_la_rel.html

« l faut bien accepter que les religions elles-mêmes soient passées au crible du scepticisme moderne et soumises à la dérision contemporaine. Je reconnais que j'aurais pu plus aisément soutenir cette thèse (…) si je n'avais pas senti longtemps que l'offensive anti-religieuse ne s'attachait qu'au catholicisme et au pape(…) sans doute (…) du fait que la hiérarchie catholique, par sa tolérance revendiquée, ne faisait peur à personne et même appelait l'attaque (…). Les temps heureusement ont changé et le catholicisme se rebiffe !

Il est normal que les religions se servent des règles de l'Etat de droit pour défendre leur honneur, (…) La loi est précisément l'outil qui permet la conciliation entre le principe nécessaire de la liberté d'expression pleinement entendue et les éventuelles souffrances causées à telle partie de la société. La loi est une arme de pacification et de restauration.

Les protestations dans le monde arabe, à la suite de la publication de douze caricatures du prophète Mahomet, dépassent, et de très loin, les polémiques habituelles. (…) ces caricatures, si elles peuvent apparaître blessantes, sont sans commune mesure avec l'indignation internationale que les tenants de cette religion propagent. Pour des raisons à l'évidence politiques.

Ce n'est plus le droit qui est une arme même si d'aucuns, tardivement, songent à l'utiliser. La religion, elle, est devenue l'arme suprême et c'est parce que ce combat nous entraîne bien au-delà du débat classique sur la liberté d'expression qu'il convient, pour les démocraties, de présenter un front uni et une solidarité sans faille. Ce qui se cache derrière ces fureurs apparemment religieuses, c'est une volonté politique de détruire ce qui donne sens et légitimité à nos sociétés. J'ai l'impression qu'à intervalles réguliers, on cherche à tester nos forces, notre capacité de résistance et la qualité de notre adhésion à nos propres valeurs. Sans cesse, on cherche à voir jusqu'où on peut aller trop loin. Si la démocratie recule dans cette lutte capitale, si elle affaiblit son discours par une compréhension qui altérera la vigueur de sa position, elle perdra. Il y en a assez de ces démocraties, ce régime le plus exemplaire qui soit, qui s'excusent d'être ce qu'elles sont.

Une démocratie a le devoir de se battre. Elle a le droit de se défendre. Elle peut le faire sans se renier. Les démocrates n'ont pas vocation à être des moutons. Dans l'arme de la religion, il faut voir l'arme. »


J'applaudis des deux mains à cette position, mieux et plus posément exposé que je ne saurais le faire. Mon agacement a été grand, ces derniers jours, de voir le déchaînement invraisemblable de violence que ces caricatures ont suscité. Des ambassades brûlées, avec la complicité des états, pour quelques dessins !

Etait-ce, comme je le pensais tout d'abord, de l'arriération mentale ? Non, pas majoritairement ; il est devenu de plus en plus manifeste que les foules étaient manipulées : réaction synchronisées, réactions les plus violentes très loin des pays concernés. Au Danemark, manifestations calmes, à ce qu'on m'en dit. En France, pas plus de voitures qui brûlent que d'habitude, pas de banlieues en feu (une preuve de plus, à mon sens, que l'intégration des populations immigrées n'est pas si désastreuse que ça, en tout cas pas si uniformément inexistante).
Face à cela, allions-nous présenter des excuses pour des fautes que nous n'avions pas commises. Allions-nous laisser ces grands amis des droits de l'homme que sont les états syrien ou iranien nous dicter ce qu'il est permis de dire ou de ne pas dire ? Allions-nous, comme les Etats-Unis ou le Royaume Uni, mettre la queue entre les jambes, et compromettre nos principes par calcul politique à court terme ?

Dieu merci non puisque, je l'ai vu, l'Union Européenne a, presque trop tard, lancé un appel au calme. Ces derniers jours, on a cru les gouvernements occientaux frappés de stupeur, paralysés. Voilà une chose – encore une – qu'ils n'avaient pas vu venir. Il serait heureux qu'ils recouvrent leur capacité à dire cinq lettres aux arrogants qui prétendent faire la loi en Europe et abroger les valeurs qui font notre qualité.

Pour Donissan, en réponse à un de ses commentaires : la liberté, pour quoi faire ? pour s'assurer, tout simplement, qu'on n'est pas en train de nous museler, qu'une autorité arbitraire et illégitime n'est pas en train de décider à notre place et sans en avoir le titre ce qui est bien et ce qui n'est pas bien.

Les journaux à la « Charlie », que je déteste cordialement, sont comme nos vaccins ou les tests d'intrusion sur un système informatique. Leur existence même est dérangeante : un vaccin est un agent pathogène, une intrusion est illégitime ; mais tous deux permettent d'immuniser, qui le corps social, qui un système informatique. Tant que Charlie (et quelques autres) existent et publient, nous sommes assurés que la liberté d'expression existe encore largement et qu'une puissance sournoise ne s'empare pas de nos consciences (pas de toutes, du moins).
On doit pouvoir théoriquement tout dire dans une société, parce que ne pas pouvoir tout dire est pire encore que pouvoir tout dire. Et que « ne pas pouvoir tout dire » suppose que quelqu'un ou quelque chose nous limite dans notre expression. Et que la légitimité de cette limite est souvent frelatée ou au mieux indécidable. Je ne pense pas seulement à un état mais au « politiquement correct », aux groupes de pression, aux situations où l'on ne finit par ne plus pouvoir dire que ce qui ne blesse personne. Est-ce ce Disneyland obligatoire, ce pays des Bisounours et des télétubbies, dans lequel nous souhaitons vivre ?

Et puis parce que les gens ont naturellement envie de parler, voilà tout !


le 07/02/2006 à 21:05 | Permalien | Commentaires (5)