Cinéma
Marie-Antoinette, la reine qui ne veut pas grandir. 30/05/2006
Film très attendu, et pour cause. Le peuple cinéphile normal : « on veut savoir si ELLE a donné une digne suite à Virgin Suicides et Lost In Translation ». Le tradi : « j'exige que ce film montre quelle personne parfaite était Marie Antoinette et quelle impiété irréparable a été commise envers elle. » C'est raté pour les deux.
Marie Antoinette est peinte comme une adolescente « nature », spontanée mais pas sotte, qui quitte Vienne (hélas trop peu montré) pour la cour de Versailles, rigide et d'un autre âge (pas question de dormir avec son bouledogue ici !). Effets de comique à répétition du lever du roi et du petit déjeuner. Elle ne rentre pas dans le carcan et, pendant que son royal mari chasse et serrurise – et ne la touche pas - , elle s'ennuie et fait la teuf, elle a une passade avec Fersen, bref, elle se distrait comme elle veut.
La révolution éclate à la fin ; boulangère, elle doit partir à Paris avec le boulanger et le petit mitron. Le reste est de l'histoire et n'est donc pas montré. Le film est donc clairement le récit des dernières années d'enfance de M.A., jusqu'au moment où la bulle éclate et où elle pose les pieds sur terre. Même Fersen, elle l'aime comme une enfant, plus parce qu'il est mignon et fantasmable que pour le personnage réel. La foule en furie est saluée par une profonde révérence : elle ne sait faire que ça et ne voit qu'à moitié le danger. L'effet est si incongru que les émeutiers se taisent tous devant la grâce du geste.
Les décors et les costumes sont superbes et les amateurs de liturgie pourront mater quelques chapes des plus belles. L'histoire, elle, est celle d'une personne et d'un état d'esprit. Il ne faut pas y chercher, pas du tout, l'exactitude historique (que feraient sinon ces Converse dans la séance d'essayage de chaussures ?). Le décor est vrai, mais ce sont des variations sur le thème, autant que les publicités pour « chaussé aux moines » reflètent la vie bénédictine. Musique inventive. Utiliser les premières notes de l'album « Disintegration » de Cure pour le couronnement, il fallait le faire !
Marie-Antoinette, en enfant gâtée, apprécie le luxe, les plaisirs et dépense sans compter car elle ne comprend pas que l'argent est limité. La grâce du film est telle qu'elle fait passer les moutons de Trianon pour quelque chose de gracieux alors que c'est, à proprement parler, le sommet de la cucuterie du 18ème siècle. On comprend là que ce n'est qu'une autre distraction pour la reine, qui rêve de vivre dans la nature, loin des ragots, des fards et des regards sans cesse posés sur elle.
Louis XVI est représenté comme le Ross de Friends qui aurait pris du valium. C'est un faible, à qui l'ambiance de Versailles a ôté sa colonne vertébrale et qui n'est plus qu'un double fantomatique du roi qu'on attend qu'il soit.
Quelques seconds rôles assez bons ; l'aimable Choiseul, la Du Barry (une garce !), etc. Et, à mon avis, quelques longueurs. Marie-Antoinette fait trop, vraiment trop longtemps la fête à l'écran. Tous les endroits disposent d'ailleurs des mêmes coupes de champagne et du même plan de coupe qu'on remplit, comme pour montrer la monotonie de la royale vie. Y a-t-il ici pour autant la profondeur de « virgin suicides » ? Non. Elle est trop rentrée, trop étouffée par Versailles pour qu'on l'aperçoive vraiment. On plaint la reine cinq minutes mais elle ne laisse pas l'impression durable des sœurs Lisbon.
Sucré et rose comme un macaron de Ladurée. 3/5.
Marie Antoinette est peinte comme une adolescente « nature », spontanée mais pas sotte, qui quitte Vienne (hélas trop peu montré) pour la cour de Versailles, rigide et d'un autre âge (pas question de dormir avec son bouledogue ici !). Effets de comique à répétition du lever du roi et du petit déjeuner. Elle ne rentre pas dans le carcan et, pendant que son royal mari chasse et serrurise – et ne la touche pas - , elle s'ennuie et fait la teuf, elle a une passade avec Fersen, bref, elle se distrait comme elle veut.
La révolution éclate à la fin ; boulangère, elle doit partir à Paris avec le boulanger et le petit mitron. Le reste est de l'histoire et n'est donc pas montré. Le film est donc clairement le récit des dernières années d'enfance de M.A., jusqu'au moment où la bulle éclate et où elle pose les pieds sur terre. Même Fersen, elle l'aime comme une enfant, plus parce qu'il est mignon et fantasmable que pour le personnage réel. La foule en furie est saluée par une profonde révérence : elle ne sait faire que ça et ne voit qu'à moitié le danger. L'effet est si incongru que les émeutiers se taisent tous devant la grâce du geste.
Les décors et les costumes sont superbes et les amateurs de liturgie pourront mater quelques chapes des plus belles. L'histoire, elle, est celle d'une personne et d'un état d'esprit. Il ne faut pas y chercher, pas du tout, l'exactitude historique (que feraient sinon ces Converse dans la séance d'essayage de chaussures ?). Le décor est vrai, mais ce sont des variations sur le thème, autant que les publicités pour « chaussé aux moines » reflètent la vie bénédictine. Musique inventive. Utiliser les premières notes de l'album « Disintegration » de Cure pour le couronnement, il fallait le faire !
Marie-Antoinette, en enfant gâtée, apprécie le luxe, les plaisirs et dépense sans compter car elle ne comprend pas que l'argent est limité. La grâce du film est telle qu'elle fait passer les moutons de Trianon pour quelque chose de gracieux alors que c'est, à proprement parler, le sommet de la cucuterie du 18ème siècle. On comprend là que ce n'est qu'une autre distraction pour la reine, qui rêve de vivre dans la nature, loin des ragots, des fards et des regards sans cesse posés sur elle.
Louis XVI est représenté comme le Ross de Friends qui aurait pris du valium. C'est un faible, à qui l'ambiance de Versailles a ôté sa colonne vertébrale et qui n'est plus qu'un double fantomatique du roi qu'on attend qu'il soit.
Quelques seconds rôles assez bons ; l'aimable Choiseul, la Du Barry (une garce !), etc. Et, à mon avis, quelques longueurs. Marie-Antoinette fait trop, vraiment trop longtemps la fête à l'écran. Tous les endroits disposent d'ailleurs des mêmes coupes de champagne et du même plan de coupe qu'on remplit, comme pour montrer la monotonie de la royale vie. Y a-t-il ici pour autant la profondeur de « virgin suicides » ? Non. Elle est trop rentrée, trop étouffée par Versailles pour qu'on l'aperçoive vraiment. On plaint la reine cinq minutes mais elle ne laisse pas l'impression durable des sœurs Lisbon.
Sucré et rose comme un macaron de Ladurée. 3/5.
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z_igou@yahoo.com
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