Une vie de tradi
Mon maître (3) 15/12/2005
Les amateurs de sous-officiers, dont je ne fais notoirement pas partie (cf. quelques commentaires bien sentis à mon encontre, ça et là dans le blog), seront soulagés que je commente peu la pleine « page trois » du Monde récemment consacré à l'affaire Poncet et consorts, qui a montré toute l'étendue de l'art dont certains sous-officiers étaient capables en Côte d'Ivoire. « on a obéi aux ordres », comme d'habitude.
Reconnaissons-le, je ne pleure pas le disparu qui était, aux dires de l'armée, un meurtrier, violeur et coupeur de routes. Ou, selon ses partisans, un glandu armé et un peu activiste, c'est-à-dire la même chose. Mais je n'accepte pas que la justice soit rendue par ceux par qui elle ne devrait pas l'être. Parfois elle est insuffisante, parfois elle semble excessive (la récente exécution de ce chef de gang « converti » à la non-violence, et qui a croupi dans les geoles américaines près de vingt ans). S'il n'y a plus la justice, il ne reste que la vengeance : ce n'est pas un progrès.
Que voulez-vous, je viens de finir de lire « la question » de Henri Alleg, je dois être un peu chatouilleux sur le sujet.
Bien ! revenons au dénigrement systématique de tradiland et des tradis.
Mon maître (3)
Comme tout tradi, Igor avait eu une jeunesse tradi un peu turbulente ; probablement quelques chapelets ou des coups de poings devant les cinémas jouant « la dernière tentation du Christ ». A cette époque, Mgr Lefebvre n'était pas excommunié, la « Cause » offrait donc une belle unité de façade ; la fraternité St Pie X était le principal, voire le seul pourvoyeur de messes en latin. Igor avait fait ses classes tradi avec l'abbé Laffargue, qui, d'un jeune fou, avait fait un jeune réfléchi. L'abbé avait dit un jour à Igor que l'agitation politique, le militantisme, tout cela, c'était bien, mais qu'il fallait se former et devenir sérieux. Igor eut pour tâche de lire Ste Thérèse de l'Enfant Jésus, peut-être même St François de Sales après coup. Il disait en avoir été transformé.
Il en avait gardé la Cause, mais voulait faire quelque chose d'utile et de profond pour elle, et plus seulement des coups d'éclat sans lendemain. La fréquentation de Jean Vaquié, sans doute à la même époque, doubla cela d'un côté « combat contre-révolutionnaire ». Les écrits des saints avaient montré à Igor que seul Dieu vaut la peine qu'on se dévoue pour lui, ou à cause de lui. Les gloses de Jean Vaquié, en identifiant la Révolution personnifiée au démon, lui montrèrent que le combat contre-révolutionnaire était une forme élevée d'hommage à Dieu .
Et par « révolution », nous savons que Vaquié et ceux dont il s'inspirait, les pires réactionnaires de la deuxième partie du XIXème siècle, entendaient à peu près tout ce qui était plus récent que la Renaissance, et pratiquement tout ce qui était plus ancien.
Igor pratiquait donc une pensée intégralement et passionnément réactionnaire ; et n'en était satisfait que lorsqu'il la vivait dans la bonne humeur. Par une certaine candeur, il cachait très peu ses idées, aussi effrayantes qu'elles pussent être parfois ; il comprenait peu qu'on pût être autrement que pour la Cause, chrétien ou pas. Professionnellement, il sortait d'un conflit pour en aborder un autre ; il vivait dans la guerre perpétuelle.
Reconnaissons-le, je ne pleure pas le disparu qui était, aux dires de l'armée, un meurtrier, violeur et coupeur de routes. Ou, selon ses partisans, un glandu armé et un peu activiste, c'est-à-dire la même chose. Mais je n'accepte pas que la justice soit rendue par ceux par qui elle ne devrait pas l'être. Parfois elle est insuffisante, parfois elle semble excessive (la récente exécution de ce chef de gang « converti » à la non-violence, et qui a croupi dans les geoles américaines près de vingt ans). S'il n'y a plus la justice, il ne reste que la vengeance : ce n'est pas un progrès.
Que voulez-vous, je viens de finir de lire « la question » de Henri Alleg, je dois être un peu chatouilleux sur le sujet.
Bien ! revenons au dénigrement systématique de tradiland et des tradis.
Mon maître (3)
Comme tout tradi, Igor avait eu une jeunesse tradi un peu turbulente ; probablement quelques chapelets ou des coups de poings devant les cinémas jouant « la dernière tentation du Christ ». A cette époque, Mgr Lefebvre n'était pas excommunié, la « Cause » offrait donc une belle unité de façade ; la fraternité St Pie X était le principal, voire le seul pourvoyeur de messes en latin. Igor avait fait ses classes tradi avec l'abbé Laffargue, qui, d'un jeune fou, avait fait un jeune réfléchi. L'abbé avait dit un jour à Igor que l'agitation politique, le militantisme, tout cela, c'était bien, mais qu'il fallait se former et devenir sérieux. Igor eut pour tâche de lire Ste Thérèse de l'Enfant Jésus, peut-être même St François de Sales après coup. Il disait en avoir été transformé.
Il en avait gardé la Cause, mais voulait faire quelque chose d'utile et de profond pour elle, et plus seulement des coups d'éclat sans lendemain. La fréquentation de Jean Vaquié, sans doute à la même époque, doubla cela d'un côté « combat contre-révolutionnaire ». Les écrits des saints avaient montré à Igor que seul Dieu vaut la peine qu'on se dévoue pour lui, ou à cause de lui. Les gloses de Jean Vaquié, en identifiant la Révolution personnifiée au démon, lui montrèrent que le combat contre-révolutionnaire était une forme élevée d'hommage à Dieu .
Et par « révolution », nous savons que Vaquié et ceux dont il s'inspirait, les pires réactionnaires de la deuxième partie du XIXème siècle, entendaient à peu près tout ce qui était plus récent que la Renaissance, et pratiquement tout ce qui était plus ancien.
Igor pratiquait donc une pensée intégralement et passionnément réactionnaire ; et n'en était satisfait que lorsqu'il la vivait dans la bonne humeur. Par une certaine candeur, il cachait très peu ses idées, aussi effrayantes qu'elles pussent être parfois ; il comprenait peu qu'on pût être autrement que pour la Cause, chrétien ou pas. Professionnellement, il sortait d'un conflit pour en aborder un autre ; il vivait dans la guerre perpétuelle.
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z_igou@yahoo.com
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