Foutre et hormones
Over there 31/07/2006
Toujours en avance sur son temps, Nelly Blogue vous propose une tranche de foutre et d'hormones inédite encore en France, puisque le DVD la contenant ne paraîtra qu'à la fin du mois. Je veux parler de la série annulée « Over There » qui décrit, au long des treize épisodes de sa survie, le quotidien des soldats américains en Irak en 2003 ou 4, et aussi la vie de ceux qu'ils ont laissé sur place. « Over There », « là-bas », peut donc avoir un double sens.
Nelly, qui a le DVD zone 1, a regardé pour l'instant les trois premiers épisodes qui lui font penser à « Black Hawk Down », chef d'œuvre récent du film de guerre. Et Dieu sait que j'aime les films de guerre. Pour « over there », la guerre n'est pas un moyen d'accomplissement (Montherlant), elle n'est pas un merdier (Platoon), elle n'est pas la mission assumée par une petite élite au service du monde libre (Band of Brothers), elle n'est pas l'enfer (Spielberg), elle n'est pas une ménagerie de dingues (Jarhead), elle n'est pas le broyeur de personnalité qui fait de vous un tueur (Kubrick). Elle est un peu de tout cela mais elle est aussi le moment où le monde devient fou. Pas forcément meurtrier mais surtout fou ; elle est le moment où les circonstances sont si exceptionnelles que plus rien n'est normal et que l'étrange devient la règle.
La caméra suit les évolutions d'un peloton de soldats et présente, épisode après épisode, des situations typiques (pris sous le feu, siège d'une mosquée, vie de camp, barrage routier, interrogation d'un terroriste…). Les personnages sont variés comme il sied au genre : il y a le texan à sang chaud (l'un des officiers dit « don't let the crazy texan shoot me »), l'intellectuel, les femmes, les noirs, le sous-off pragmatique, etc.
Le sujet, on s'en doute, n'est pas patriotique ; le ton non plus. Il n'est pas pour autant critique : les auteurs semblent penser que le réalisme des situations suffit aux spectateurs pour se faire une idée. Il en était de même de Black Hawk Down : le film, successivement, demandait ce que les US avaient à s'ingérer en Somalie, puis exaltait le professionalisme et le courage des GI, puis déplorait le gaspillage de vies (surtout américaines). Ici, on montre des soldats un peu surpris de faire la guerre, se débrouillant du mieux qu'ils peuvent tout en agissant parfois en tueurs : lors du barrage routier, la manière d'arrêter les voitures qui n'obéissent pas aux injonctions ressemble plus à une exécution qu'autre chose. Mais ce n'est pas une série politique pour autant : les gens qui ont décidé la guerre et envoyé des troupes ne sont jamais mentionnés pour l'instant.
La grande qualité de « over there », c'est l'écriture, qui sait adapter des situations courantes au contexte irakien et, occasionnellement, faire jaillir l'un ou l'autre personnage. Il en est ainsi du « sergeant scream », à qui un officier demande d'où il tient son nom. Il répond en hurlant : « I don't ! know ! sir ! ». Et l'officier reprend : « that's a good name for a sergeant ». Le sergent Scream est si pragmatique qu'il peut choquer les nouvelles recrues, plus enclines à rêver d'actions héroïques que lui, qui ne veut que les garder en vie. Il prophétise que l'un d'eux, avant une semaine, sera blessé ou mort… ce qui arrive à la fin de premier épisode où un camion, parti chercher de la bière, saute sur une mine.
Le texan à sang chaud saute avec. Le passage emprunte au cinéma chinois ; la caméra fait trois fois le même zoom brutal vers son corps, à terre, en train de hurler. Il est difficile de ne pas éprouver quelque chose à ce moment. Le texan devient ainsi la partie du peloton qui se retrouve rapatrié.
Cet autre personnage en relief donne une démonstration littérale de foutre et d'hormones dès les premières secondes de la série. En guise de cadeau de départ, il honore sa femme dans toutes les pièces de la maison en faisant semblant de cocher une liste invisible. On le voit, enjoué, transporter son épouse d'une pièce dans l'autre sans lâcher prise. Il porte un t-shirt de l'armée sur lequel est écrit : « Army : be all you can be ». Il est militaire pour pouvoir se payer la fac après ; mais sa simplicité lui fait épouser la vie militaire, intégralement. Il n'a pas d'arrière-pensée ; on l'entend dire « I love the army ». C'est tout le contraire de Jarhead et de « welcome to the Suck ».
Pauvre texan, il va bien morfler dans les épisodes qui suivent. C'est un peu facile, certes, mais son côté attachant est l'une des authentiques réussites de la série. Dans le troisième épisode, il veut se passer de morphine pour combattre sa douleur. Scène un peu téléphonée mais quoi, il suscite l'empathie quand même.
« Over There » n'est donc pas révolutionnaire, ni même, à mon sens, engagée. Elle n'en reste pas moins une série de très bonne qualité, qui vaut avant tout par ses scénarios et ses personnages, et qui mérite plus qu'un coup d'œil.
Nelly, qui a le DVD zone 1, a regardé pour l'instant les trois premiers épisodes qui lui font penser à « Black Hawk Down », chef d'œuvre récent du film de guerre. Et Dieu sait que j'aime les films de guerre. Pour « over there », la guerre n'est pas un moyen d'accomplissement (Montherlant), elle n'est pas un merdier (Platoon), elle n'est pas la mission assumée par une petite élite au service du monde libre (Band of Brothers), elle n'est pas l'enfer (Spielberg), elle n'est pas une ménagerie de dingues (Jarhead), elle n'est pas le broyeur de personnalité qui fait de vous un tueur (Kubrick). Elle est un peu de tout cela mais elle est aussi le moment où le monde devient fou. Pas forcément meurtrier mais surtout fou ; elle est le moment où les circonstances sont si exceptionnelles que plus rien n'est normal et que l'étrange devient la règle.
La caméra suit les évolutions d'un peloton de soldats et présente, épisode après épisode, des situations typiques (pris sous le feu, siège d'une mosquée, vie de camp, barrage routier, interrogation d'un terroriste…). Les personnages sont variés comme il sied au genre : il y a le texan à sang chaud (l'un des officiers dit « don't let the crazy texan shoot me »), l'intellectuel, les femmes, les noirs, le sous-off pragmatique, etc.
Le sujet, on s'en doute, n'est pas patriotique ; le ton non plus. Il n'est pas pour autant critique : les auteurs semblent penser que le réalisme des situations suffit aux spectateurs pour se faire une idée. Il en était de même de Black Hawk Down : le film, successivement, demandait ce que les US avaient à s'ingérer en Somalie, puis exaltait le professionalisme et le courage des GI, puis déplorait le gaspillage de vies (surtout américaines). Ici, on montre des soldats un peu surpris de faire la guerre, se débrouillant du mieux qu'ils peuvent tout en agissant parfois en tueurs : lors du barrage routier, la manière d'arrêter les voitures qui n'obéissent pas aux injonctions ressemble plus à une exécution qu'autre chose. Mais ce n'est pas une série politique pour autant : les gens qui ont décidé la guerre et envoyé des troupes ne sont jamais mentionnés pour l'instant.
La grande qualité de « over there », c'est l'écriture, qui sait adapter des situations courantes au contexte irakien et, occasionnellement, faire jaillir l'un ou l'autre personnage. Il en est ainsi du « sergeant scream », à qui un officier demande d'où il tient son nom. Il répond en hurlant : « I don't ! know ! sir ! ». Et l'officier reprend : « that's a good name for a sergeant ». Le sergent Scream est si pragmatique qu'il peut choquer les nouvelles recrues, plus enclines à rêver d'actions héroïques que lui, qui ne veut que les garder en vie. Il prophétise que l'un d'eux, avant une semaine, sera blessé ou mort… ce qui arrive à la fin de premier épisode où un camion, parti chercher de la bière, saute sur une mine.
Le texan à sang chaud saute avec. Le passage emprunte au cinéma chinois ; la caméra fait trois fois le même zoom brutal vers son corps, à terre, en train de hurler. Il est difficile de ne pas éprouver quelque chose à ce moment. Le texan devient ainsi la partie du peloton qui se retrouve rapatrié.
Cet autre personnage en relief donne une démonstration littérale de foutre et d'hormones dès les premières secondes de la série. En guise de cadeau de départ, il honore sa femme dans toutes les pièces de la maison en faisant semblant de cocher une liste invisible. On le voit, enjoué, transporter son épouse d'une pièce dans l'autre sans lâcher prise. Il porte un t-shirt de l'armée sur lequel est écrit : « Army : be all you can be ». Il est militaire pour pouvoir se payer la fac après ; mais sa simplicité lui fait épouser la vie militaire, intégralement. Il n'a pas d'arrière-pensée ; on l'entend dire « I love the army ». C'est tout le contraire de Jarhead et de « welcome to the Suck ».
Pauvre texan, il va bien morfler dans les épisodes qui suivent. C'est un peu facile, certes, mais son côté attachant est l'une des authentiques réussites de la série. Dans le troisième épisode, il veut se passer de morphine pour combattre sa douleur. Scène un peu téléphonée mais quoi, il suscite l'empathie quand même.
« Over There » n'est donc pas révolutionnaire, ni même, à mon sens, engagée. Elle n'en reste pas moins une série de très bonne qualité, qui vaut avant tout par ses scénarios et ses personnages, et qui mérite plus qu'un coup d'œil.
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z_igou@yahoo.com
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