La chair est triste, hélas...
Pierre Jourde : l'oeuvre du propriétaire 11/10/2007
La fonction "rechercher" de ce blog cherche, certes, mais ne trouve pas grand chose et je ne puis pas m'assurer d'avoir déjà posté ça ou pas.
Encore une pochade de Pierre Jourde ! Nous avions rendu compte des « carnets d'un voyageur zoulou dans les banlieues en feu » récemment, et cela nous vaut un petit surcroit de trafic sur cet humble blog. « L'œuvre du Propriétaire », elle, ne parle ni de zoulous ni de banlieue et n'aura donc que peu de chances d'intéresser quiconque. Pourtant, bien que cantonnée par son propos au style de la farce d'universitaire, « l'œuvre du Propriétaire » n'exhibe pas cette inégalité, cet abandon momentané à la facilité qui affectaient les « carnets ».
Publié en 2006 chez l'Archange Minotaure, « L'œuvre du Propriétaire » se présente comme l'édition critique des œuvres complètes du « Propriétaire », assurément le plus grand écrivain du siècle dernier. Comme il aurait pu le dire, « Le Propriétaire » était « un écrivain d'une sensibilité infinie, quoiqu'incomprise du vulgaire ». (Il aurait pu, mais je m'auto-cite, ici). La première influence sur ce recueil, si je ne m'abuse, est celle du Georges Perec de « cantatrix sopranica L », de son étude de la « réaction yellante » des divas milanaises, de son hommage au Professeur Burp et de son étude de la platitude de la Beauce. Peut-être aussi a-t-il lu la sémiologie délirante de Umberto Eco dans un des textes de « pastiches et postiches » sur les trois chouettes sur une commode.
Pierre Jourde pastiche néanmoins au gré de sa fantaisie plusieurs autres genres et auteurs avec une prédilection pour les énormités lâchées par des critiques universitaires pince-sans-rire. Une ou deux citations de Julia Kroutcheva m'ont arraché un rire en plein RER. Le premier vulgarisateur du « Propriétaire » et de ses manuscrits sur escalope de veau, Anselme Filoselle, dit assez ce qu'il doit à Tintin (Ramon Zarate est mentionné plus loin). Les notes hénaurmes prolifèrent en bas de page. Dans « Fred et Léon », le morceau de résistance du recueil, Jourde reprend l'argument d'un « Bouvard et Pécuchet », évoque la poule et l'œuf avant de plonger dans la description surréaliste d'une maison construite sur des caves construites sur des caves plus anciennes, elles-mêmes construites sur d'autres caves, etc.
Le passage où Le Propriétaire s'est pris au jeu d'écrire aussi longtemps que possible un poème par minute, et de boire un demi entre chaque poème, est un des plus remarquables puisqu'il donne lieu à une dizaine de pastiches où l'on retrouve tous les tics de la poésie contemporaine, de l'anti-transcendance de Bonnefoy aux pierres qui parlent de Guillevic, et j'en oublie probablement bien d'autres, tout occupés de « présence », de « parole fugitive », de « vrai lieu », etc. C'est la dinde au whisky qui se fait éditer dans la collection "poésie".
Le recueil se termine par un passage « érotique » qui commence avec la même pauvreté d'expression qu'un roman de Marc Levy ou qu'un résumé de Dynastie par Télé-Loisirs, et qui bascule sans crier gare dans la pornographie la plus noire, sans cesser de conserver ce style anémié de roman de gare.
Bref, ce n'est pas toujours très fin mais c'est fun.
Encore une pochade de Pierre Jourde ! Nous avions rendu compte des « carnets d'un voyageur zoulou dans les banlieues en feu » récemment, et cela nous vaut un petit surcroit de trafic sur cet humble blog. « L'œuvre du Propriétaire », elle, ne parle ni de zoulous ni de banlieue et n'aura donc que peu de chances d'intéresser quiconque. Pourtant, bien que cantonnée par son propos au style de la farce d'universitaire, « l'œuvre du Propriétaire » n'exhibe pas cette inégalité, cet abandon momentané à la facilité qui affectaient les « carnets ».
Publié en 2006 chez l'Archange Minotaure, « L'œuvre du Propriétaire » se présente comme l'édition critique des œuvres complètes du « Propriétaire », assurément le plus grand écrivain du siècle dernier. Comme il aurait pu le dire, « Le Propriétaire » était « un écrivain d'une sensibilité infinie, quoiqu'incomprise du vulgaire ». (Il aurait pu, mais je m'auto-cite, ici). La première influence sur ce recueil, si je ne m'abuse, est celle du Georges Perec de « cantatrix sopranica L », de son étude de la « réaction yellante » des divas milanaises, de son hommage au Professeur Burp et de son étude de la platitude de la Beauce. Peut-être aussi a-t-il lu la sémiologie délirante de Umberto Eco dans un des textes de « pastiches et postiches » sur les trois chouettes sur une commode.
Pierre Jourde pastiche néanmoins au gré de sa fantaisie plusieurs autres genres et auteurs avec une prédilection pour les énormités lâchées par des critiques universitaires pince-sans-rire. Une ou deux citations de Julia Kroutcheva m'ont arraché un rire en plein RER. Le premier vulgarisateur du « Propriétaire » et de ses manuscrits sur escalope de veau, Anselme Filoselle, dit assez ce qu'il doit à Tintin (Ramon Zarate est mentionné plus loin). Les notes hénaurmes prolifèrent en bas de page. Dans « Fred et Léon », le morceau de résistance du recueil, Jourde reprend l'argument d'un « Bouvard et Pécuchet », évoque la poule et l'œuf avant de plonger dans la description surréaliste d'une maison construite sur des caves construites sur des caves plus anciennes, elles-mêmes construites sur d'autres caves, etc.
Le passage où Le Propriétaire s'est pris au jeu d'écrire aussi longtemps que possible un poème par minute, et de boire un demi entre chaque poème, est un des plus remarquables puisqu'il donne lieu à une dizaine de pastiches où l'on retrouve tous les tics de la poésie contemporaine, de l'anti-transcendance de Bonnefoy aux pierres qui parlent de Guillevic, et j'en oublie probablement bien d'autres, tout occupés de « présence », de « parole fugitive », de « vrai lieu », etc. C'est la dinde au whisky qui se fait éditer dans la collection "poésie".
Le recueil se termine par un passage « érotique » qui commence avec la même pauvreté d'expression qu'un roman de Marc Levy ou qu'un résumé de Dynastie par Télé-Loisirs, et qui bascule sans crier gare dans la pornographie la plus noire, sans cesser de conserver ce style anémié de roman de gare.
Bref, ce n'est pas toujours très fin mais c'est fun.
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z_igou@yahoo.com
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