Nelly Blogue
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Même si je suis hébergé sur son site, je ne suis pas Sombreval.

Nelly Achlaw
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Nelly est UN parisien qui vit seul et travaille beaucoup. Dans "Nelly Blogue", il parle de ce qu'il aime : cinéma, liturgie, livres, musique - et de ce qu'il n'aime pas.

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Réaction à l'article du P. Longeat, abbé de Ligugé  24/10/2006

Le contexte : l'abbé de Ligugé n'aime pas, mais alors pas du tout l'idée d'une autorisation large et généreuse du rite de 1962. Mais les mots pour le dire - et convaincre! - ne lui viennent pas aisément.

Il est dommage de lire sous la plume d'un abbé bénédictin, installé sur la chaire de St Martin, dans le plus vieux monastère des Gaules, des propos qu'on retrouve au même moment sous des signatures de bien moindre valeur et qu'on rapporte notamment que des clercs à la doctrine floue auraient tenus.

Je n'aime pas cette attitude de réaction que ne précède aucune « action » et notamment pas d'action de grâces pour un geste de réconciliation qui pourrait atténuer une petite guerre civile, ou du moins disposer à plus de mansuétude les meilleurs des belligérants.

Je n'aime pas ce cléricalisme d'autant plus hypocrite qu'il n'ose plus dire son nom et qui réaffirme maintenant, après une éclipse de 40 ans sur laquelle aucune justification n'est portée, que l'Eglise sait mieux que quiconque ce qui fait du bien à ses fidèles, quant bien même certains réclameraient autre chose.

Je n'aime pas ce nombrilisme stalinien qui décide que le rit romain est bon pour tout le monde, qui feint d'ignorer que des pans entiers de l'Eglise ne s'en servent jamais et qui n'est jamais loin d'invoquer l'obéissance aveugle dès lors qu'il est à court d'arguments.

Je n'aime pas cette conception obligatoire de l'unité sous peine d'excommunication qui se soucie plus d'identité visible que d'union des cœurs avec Jésus.

Je n'aime pas cette mise en cause larvée de l'autorité papale, où Benoît XVI est présenté comme un autocrate qui impose ses décisions motu proprio, sans concertation, et en connaissance pleine de leurs failles ecclésiologiques.

Je n'aime pas cette séparation hypocrite en deux causes, l'une relevant de l'intime conviction du pape, l'autre du lobbying de traditionalistes très très méchants, qui semble se ménager Rome en niant que le pape ait pu être influencé par certaines traditionalistes, ce qu'il a manifestement été. Je n'aime pas cette division qui monte le noble contre l'ignoble, le « théologien » contre « la pression de groupes » dont certains sont schismatiques.

Je n'aime pas ce ton de vierge effarouchée, ce « grand trouble dans le peuple de Dieu » (quelles sources, mon père ?), cette déploration aussi généreuse qu'elle est gratuite alors qu'on attendrait quelque chose de plus constructif. Que proposez-vous, mon père, pour finir cette crise ? Ou étiez-vous ces quarante dernières années ? avez-vous quelque chose de mieux dans vos cartons que des « on aurait pu » ?

Je n'aime spécialement pas tout ce que je lis lorsque cela provient du père de nombreux fils de Saint Benoît, qui nous ont appris durant des siècles, des millénaires, à regarder les choses d'en haut (psaume 120, hymne des vêpres de la Transfiguration rit de 62, devise du P. Dupont « quae sursum sunt sapite ») dans une âme pascale et ressuscitée, à écouter avant de parler (prologue de la règle), a faire preuve du bon zèle qui mène au paradis et non d'un mauvais zèle amer et torve (règle chap.72). Bref j'attendais un peu plus de virilité que ces arguments branlants qui jonglent avec les risques de censure papale, reconnaissent à demi-mot le foutoir liturgique de nos paroisses sans élever la voix, comme les communistes ont toujours condamné le stalinisme sans que jamais personne ne l'entende. J'attendais quelque chose de plus solide pour justifier la prééminence des livres de 69, un raisonnement qui ne soit pas basé sur des métaphores, des termes qu'on ne définit pas, des images.

La crise liturgique, qui s'est envenimée au point de devenir une crise religieuse globale dans le catholicisme romain, nait en partie de l'imprudence avec laquelle la première réforme a été menée, du défaut de communication avec laquelle elle a été présentée depuis 1969, du laxisme qui a toléré (et donc consenti) les abus qui se sont tenus en son nom, et de l'autoritarisme avec lequel les partisans de l'ancienne manière ont été traités. S'il y a eu radicalisation, il en a été comme de toutes les guerres : la faute en était partagée.

Alors certes, le retour au rit de St Pie V n'est pas l'idéal. Certes, il aurait fallu réformer autrement, plus consensuellement, selon les lignes pertinentes qu'indique le P. Longeat et qui sont connues depuis longtemps. Combien de temps aurait-on attendu ? Combien de conciles aurait-il fallu encore ? La solution proposée a le mérite de mettre un peu de baume sur les plaies sans attendre une Résolution Définitive dans cent ans, résolution que même le missel de St Pie V n'avait pas accompli pleinement. Dans un monde pressé, elle a le mérite de montrer que l'Eglise peut agir à l'échelle d'une génération et pas seulement du siècle. N'est-ce pas un peu là, aussi, cet esprit du Concile qui avait résolu en 1962 de présenter le message christique, sans attendre que le « temps présent » soit devenu du passé ?

Je suis d'accord aussi sur le fait que la liturgie puisse accentuer, un peu, les mystères du salut qui sont à la mode à une époque ou à l'autre. Cela ne me semble pas contradictoire ni avec le développement lent et continu de la liturgie romaine dans les siècles anciens (pensons au missel de Stowe et à ses accents pénitentiels à l'irlandaise), ni avec son développement planifié de ces dernières décennies. La liturgie, tout en prenant des « teintes », reste avant tout la liturgie, l'expression publique du culte rendu à Dieu par son peuple, c'est-à-dire son Eglise. Je ne dirais pas, comme le P. Longeat, qu'elle « met en œuvre » telle ou telle théologie ; je ne dirais pas non plus qu'elle est un « lieu théologique » sans définir ce terme au préalable.

Elle est premièrement un acte de culte, la liturgie, l'acte de culte par excellence, et ensuite, secondairement, de façon subordonnée, accidentelle, elle peut refléter l'un ou l'autre mystère de la foi. Les termes du P. Longeat sont bien trop activistes. En d'autres mots : on ne refait pas un rite pour lui faire « exprimer » un dogme, un mystère. La liturgie n'est pas le catéchisme, la liturgie n'est pas un manuel de théologie, la liturgie, surtout, n'est pas un pamphlet. Elle est infiniment plus que cela, elle est l'acte qui nous relie à Dieu.

Je ne suis donc pas le P. Longeat lorsqu'il construit son acceptation du rite de 69, et son rejet du rite de 62, en se basant sur les reflets théologiques que l'un et l'autre renvoient. Le rite de 62 donne trop, pour notre temps, dans l'eucharistie, dans le rôle sacré du prêtre ? Le rite de 69 serait le véhicule théologique voulu pour notre époque. Le St Siège s'est engagé : le rite de 69 n'est pas attaquable. Certes, mais celui de 62 ne l'est pas plus – il était vrai en 62, il l'est donc encore aujourd'hui. Il a des reflets que le P. juge vieillots : est-ce pour autant qu'il est illégitime de l'embrasser ? Avouons honnêtement que tous ces arguments, ces « lieux théologiques », ces « mises en œuvre », ces « accents théologiques » sont bien fragiles : c'est parce que l'auteur n'a pas mieux à nous proposer, parce qu'il n'y a pas mieux. Les deux rites sont des actes de culte, et la seule chose qui prévient l'utilisation du rite de 62, c'est qu'il est abrogé, tout simplement, par celui de 69.

Libéraliser l'utilisation du rite de 62, ce n'est donc plus maintenir quelques communautés qui se sont choisies un régime d'exemption fossile ; c'est entériner la coexistence des deux rites, probablement leur égalité, et donc autoriser pour la première fois l'usage de versions du même rite à plusieurs époques. C'est donc, soit reconnaître tacitement que l'ancien et le nouveau sont deux rites différents, ce qui est une position catastrophique, soit ouvrir la porte à des variantes infinies, le missel de 58, le missel de 65 et j'en passe.

J'aurais préféré lire cela sous la plume du P. Longeat plutôt que des arguties sur les « accents théologiques » ou la livraison du peuple de Dieu à une « dangereuse subjectivité » qu'il est le seul à n'avoir pas encore aperçu ces quatre dernières décennies. J'aurais préféré aussi ne pas lire cette exhibition spécieuse de Dom Guéranger, qui tenta dans ses « institutions liturgiques » d'inspirer de l'ordre dans un foutoir rituel qui ressemble beaucoup au bazar que sont tant de nos messes du dimanche. La créativité liturgique, au moins, s'y exerçait à l'échelle d'un diocèse alors qu'ici, c'est paroisse par paroisse qu'il faudra faire progresser le missel romain. Le P. Longeat, qui crie presque au schisme dès lors que l'occident menace de devenir, comme l'orient l'est depuis des siècles, pluri-ritualiste, le fait en feignant d'ignorer qu'il y a aujourd'hui en France autant de missels que de paroisses. On a beau être moine et retiré du monde, plus c'est gros…

S'il y a donc un trouble dans le peuple de Dieu, il faut croire qu'il ne touchera, outre les gauchistes qui ont déjà glapi, que les historiens de la liturgie… et les générations futures, qui essaieront de montrer qu'à travers toutes ses imprudences et tous ses errements, l'Eglise a encore une fois été infaillible.



le 24/10/2006 à 19:05 | Permalien | Commentaires (7)