Nelly Blogue
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Même si je suis hébergé sur son site, je ne suis pas Sombreval.

Nelly Achlaw
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Nelly est UN parisien qui vit seul et travaille beaucoup. Dans "Nelly Blogue", il parle de ce qu'il aime : cinéma, liturgie, livres, musique - et de ce qu'il n'aime pas.

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Emmanuelle Mignon : f...ez lui la paix!  22/02/2008

La polémique du jour concerne les sectes et la directrice du cabinet du Président de la République. Je n'ai, à lire ce qu'on en dit, qu'une réaction réflexe : mais foutez-lui donc la paix! Certes, en France, une sortie sur les sectes, susceptible d'être interprétée de façon favorable à ces dernières, c'est comme de dire en Allemagne que le national-socialisme a eu des effets positifs : cela ne se fait pas. Le contexte n'y est pas favorable.

Mais quel est le crime de dire que, si une "secte" ne cause pas de trouble à l'ordre public, et ne manipule pas ses adeptes, elle peut exister en paix? A quel titre l'état interviendrait-il dans la vie privée et les croyances des gens pour leur dire ce qu'il est bon de croire pour eux - tout en maintenant le cadre laïc à la française, où l'Etat, dans une large mesure, "ne reconnaît et ne subventionne aucun culte", et, qu'en pratique, il ignore assez largement et volontairement le fait religieux.

La liberté, c'est que chaque individu puisse choisir, sans entrave, ce qui est bon. Chaque individu, et pas l'Etat. Si certains pensent que suivre les enseignements de L.R. Hubbard et donner un pécule significatif à son organisation sont bons, tant mieux pour eux. Après tout, il y en a bien qui parlent aux arbres et ça n'a jamais fait de mal à quiconque.

J'imagine qu'Emmanuelle Mignon en a un peu après Alain Gest, et je la comprends. Le rapport produit par ce député est, depuis des années, l'alpha et l'omega de la pensée officielle sur les sectes, qui consiste en ceci
- les sectes, c'est mal
- pour savoir si on a affaire à une secte, merci de consulter la liste des sectes.

J'étais, il y a quelques années, au bureau d'une association dont l'objet était le développement de l'art oratoire et des capacités de prise de parole en public. Nous nous réunissions à Paris et étions parrainés par le CE de l'entreprise qui nous prêtait ses locaux. L'association faisait partie d'un réseau international d'associations similaires, d'inspiration américaine, qui avait pignon sur rue :
www.toastmasters.org

Le tout, très recommandable. Le fonctionnement des réunions, qui empruntait apparemment à celui des conférences Berryer, m'a permis de progresser notablement en la matière.

Or, pour une raison de semi-homonymie avec une autre entité qui semblait, elle, sectaire, notre association avait été inscrite quelques années auparavant dans une des listes de proscription des sectes dues à M. Gest. Plus exactement, l'entité présumée sectaire (un organisme de formation, à ce que je me rappelle) était nommée avec le nom de notre association à nous.

Nous nous sommes demandés longuement ce qu'il fallait faire. L'un des membres du bureau d'alors (c'était il y a dix ans) a cherché à savoir si on pouvait faire corriger un rapport parlementaire. Ce n'était pas possible. Comme personne ne nous reprochait jamais d'être une secte, nous avions résolu de ne rien faire de plus.

Cela m'a néanmoins laissé l'impression pénible que le discours officiel sur les sectes passait toujours par la même personne, Alain Gest, sans contre-pouvoir. Pire, que M. Gest ne semblait pas très compétent ni prudent en la matière. Car enfin, un rapport, ca se relit! Et quand il est signé par un député, il se relit deux fois!

Le même rapport incriminait également des groupements catholiques marginaux que j'avais pu croiser, je pense en particulier à "l'office culturel de Cluny". J'avais rencontré quelques années auparavant, par hasard, des membres de cette organisation discrète. Je n'y avais pas vu de mal ; pas plus en tout cas que dans un groupuscule charismatique. Mettre cela dans le même sac que les témoins de Jeovah ou les japonais qui gazent le métro me semble pour le moins abusif.

Il y a autre chose qui, à la réflexion, me gêne encore plus : c'est le caractère étatique de la chose. Combattre les sectes est une activité légitime ; mais je préfère de loin quand il s'agit d'une initiative privée. Aux erreurs gravées dans le marbre d'Alain Gest, je préfère les associations de lutte contre les sectes, ou le site web qui était tenu, il y a quelques années, par Mikael Tussier, et dont je ne sais s'il existe encore. J'y avais appris bien plus de chose sur l'abbé Cottard que dans le reste des médias. Alors pourquoi l'Etat tente-t-il de faire, une fois encore, ce que des initiatives privées font bien mieux que lui?

Je ne suis pas forcément les propos d'Emmanuelle Mignon jusqu'au bout. Mais, en bon libéral - et je supppose qu'elle l'est, elle aussi, je comprends tout à fait qu'elle ait pu être portée à les tenir. L'agacement face au caractère de chasse aux sorcières aveugle que prend la lutte anti-sectes officielle explique sans doute bien des choses.



le 22/02/2008 à 18:58 | Permalien | Commentaires (2)


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Lettre ouverte à Antoine  11/02/2008

Antoine me demandait récemment si toutes les inpeties sur le nouvel "oremus pro judaeis" ne me faisaient pas tourner au vinaigre. Ben si, mais je n'avais pas le temps de prendre la plume pour pisser un peu de ce vinaigre. Voici qui est fait ; je publie tel quel ma réponse à Antoine : cinquante lignes de futilités pour défendre l'unum necessarium.


Ce n'est pas l'envie qui me manque de réagir sur un certain nombre de posts du FC en ce moment, ou sur l'affaire de la Société Générale. Mais j'ai de plus en plus envie de remettre les choses dans leur contexte.

Pour ce qui est de la SG, je suis professionnellement tenu de me taire et je ne dirai donc rien, fors peut-être ma réaction à ce que je peux lire dans la presse et qui est donc public. Je trouve ainsi le rapport Lagarde indigent (confondre les options et les warrants, il faut le faire, et ce n'est pas la seule approximation). Je trouve lamentable aussi la réaction récente d'un ex-inspecteur de la Sogé, probablement viré avant d'être promu, et qui revient cracher dans la soupe, dans un numéro récent des Echos.


Je suis ulcéré par toutes ces gonzesses du FC, qui se prennent un pseudonyme du genre "frêle choupinette" et qui vomissent le feu et la bile à longueur de journée. Entre l'une qui ne veut pas prier pour les musulmans, l'autre qui se réjouissait du saccage de la librairie à Lagrasse, le webmaster de mauvais poil qui tombe au niveau du premier Una Voce venu parce que tel évêque est trop affalé dans sa cathèdre selon son goût, et puis l'autre qui semble possédée par l'esprit de toutes les "auditrices de radio Courtoisie", il y aurait de l'encre à gaspiller. Rechercher la vérité et développer le fonds de commerce ne vont pas toujours dans la même direction.

La prière pour les juifs a été modifiée avec tact par Benoît XVI, cela ne semble satisfaire personne. Tant pis, c'est néanmoins mieux maintenant, préservant la vérité tout en froissant moins les juifs. Et si certains rabbins, localement, ne sont pas contents, c'est inévitable. Nous ne pouvons pas ne pas appeler le monde entier à la conversion, juifs compris. Et si on distingue les juifs dans les prières du vendredi saint, c'est par égard au fait que le christianisme était autrefois un rameau du judaïsme.

Mais ce qu'a fait Benoît XVI est intéressant à plusieurs titres, hormis le fait que cela révèle les pensées cachées d'un petit nombre : il légifère en effet sur le missel de 62, c'est à dire que, pour la première fois, il le fait évoluer et consacre donc, concrètement, son statut de missel parallèle. Ce n'est plus un vieux livre dont on proclame que, finalement, il n'était pas si interdit que cela ; c'est un livre qui est digne de la sollicitude du St Siège, dont le pape s'est emparé et qu'il entend faire vivre.

Dans ce contexte, le tradi d'en bas qui donne du "merci, très saint père", cela allait bien quand le pape venait de satisfaire les caprices des tradis et de leur rendre officiellement leur joujou. Cela n'engageait à rien. Maintenant que cela signifie aussi, concrètement, que c'est Rome qui dit ce qu'il doit y avoir dans la messe tradi, ça coince.

C'est bien là ce qui les gêne : que Rome, à qui ils font allégeance en paroles, exerce effectivement son autorité. C'est une belle posture, de clamer "très saint père, ma volonté vous est soumise", ça pose un homme, la grandeur dans la soumission volontaire, on se sent les épaules encore plus carrées, le genou à terre, le regard levé vers l'avant, les yeux humides, c'est beau. Mais quoi? Le saint père nous a pris au mot? Eh m.... On voulait bien de la posture, de la gueule, mais pas les devoirs qui vont avec. Cela confirme que les tradis sont avant tout de grands désobéissants et des adeptes du propre esprit, qu'ils ont déguisé en "fidélité" pour se tromper et tromper leur monde.

Cela, encore, c'est humain, c'est naturel, ce serait du gibier pour un La Bruyère. Mais voir la discussion qui dérape sur la revendication de pratiques abrogées, c'est inadmissible. "Et toi, tu te mets à genoux pour les juifs? Et toi, tu restes debout? Oui, et j'en suis fier et je l'écris en italique." A quoi rime cette fixation, cette fidélité maniaque à une forme de prière qui n'a plus cours depuis cinquante ans?

Car c''est Pie XII, l'idole des tradis, qui a supprimé "perfidis", qui a supprimé "perfidiam judaicam", qui a prescrit de se mettre à genoux avant l'oraison pour les juifs, et il a bien fait. C'est ça qui est dans le missel de 62 et pas autre chose. Certes, j'imagine que quelques liturges amateurs, plutôt parisiens, plutôt rive droite, s'ennuyaient un peu dans tout ce rite de 62 qui leur coulait dessus sans qu'ils en payent le prix ; comme d'autres en province. Alors par ici, on s'est distrait en menant des charges contre le "rite de 65", et là on a découvert, à l'issue d'une nuit d'insomnie passée à analyser la concordance du contenu des trois "800" et du missel de communion de belle-maman, que la semaine sainte avait été changée, et que, bien entendu, avant c'était mieux. Cela nous a valu les Ténèbres à la St Eugène, que l'on ne semble dire que pour pouvoir faire du raffut sur les stalles à la toute fin ; et cela nous vaut ajourd'hui cette hargne qui ne semble être que le fruit du croisement contre nature entre un réactionnarisme de brute et un antisémitisme qui se pare de la "tradition" comme d'un cache-sexe.

Quel est en effet l'enjeu de ne pas vouloir prier à genoux pour la conversion des juifs, alors qu'on prie à genoux, une minute avant ou après, pour toutes les autres intentions possibles, sans se poser de questions? Est-ce pour dire que les juifs sont si méprisables qu'ils ne méritent pas qu'on fasse cet effort, quelque grande soit notre charité? Ou est-ce parce qu' "on a toujours fait comme ça", et qu'on ne veut surtout pas savoir pourquoi? Les quatorze siècles de tradition qui nous contemplent du haut de ces pyramides?

C'est assez fun, lorsqu'on chante entre scouts le "chant de la promesse", de faire un salut scout "brandi" : c'est interdit, ça fait hurler le péquin et les chefs, on peut faire le malin à peu de frais, ça n'engage à rien, on transgresse et c'est gratuit, ça convient bien à le tranche d'âge concernée.

Mais choisir, de son propre chef, de manifester publiquement qu'on entend prier moins intensément pour les juifs que pour tout le reste, alors que le plus tradi des papes du siècle précédent, Pie XII, l'a tacitement interdit, c'est un tout autre enjeu. La médiocrité des gens qui défendent cette position dit bien ce qu'il convient d'en penser.

Quant à l'abbé La Rocque, ma foi, je ne l'ai même pas lu. J'accorde plus de crédit à la Scientologie ou aux Témoins de jéovah qu'à la Fraternité St Pie X : ils représentent plus de monde. Tradiland est un microcosme, une minorité qui compense ses faibles effectifs par beaucoup de bruit. Dans tradiland, la Fraternité St Pie X n'est même pas, visiblement, dans l'Eglise. Alors la crédibilité d'un abbé excommunié, issu d'un groupuscule dont le fonds de commerce et la raison d'être est la critique systématique de tout ce qui vient de l'Eglise catholique, ce que j'en pense, moi...

L'unum necessarium, il n'est pas dans tout cela, et l'on pouvait penser qu'au début du carême, on s'en serait souvenu, hélas!

Bonne quarantaine à toi, donc...


le 11/02/2008 à 21:15 | Permalien | Commentaires (1)


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Petit Con  01/10/2007

J'avoue lire de temps en temps le Forum des Pingouins pour voir si l'on parle de moi. Ce fut au travers d'un néologisme (« nellyphobe ») que mes dernières visites furent accueillies, œuvre d'un certain « Petit Garçon » dont j'ai compris qu'il était étudiant de fraîche date et grenoblois.

Etre grenoblois, c'est comme avoir une BMW tunée avec un bandana autour de l'appuie-tête et un berger allemand dans le coffre : cela n'augure rien de bon. La prose de Petit Garçon, qui a son bac, rappelons-le, a au moins le mérite de la concision :

« Ralala Nelly, vraiment le summun de la connerie ..
Petit Garçon – Nellyphobe »

Bien entendu, l'opinion très négative que je porte sur Grenoble s'en voit confirmée. Et j'apprends en tangente que Petit Garçon, s'il ne m'aime pas, n'en lit pas moins ma prose, assez pour pouvoir la qualifier, en tout cas. Saluons ce masochisme salutaire sans lequel mes écrits n'auraient pas la dénonciation qu'ils méritent.

Mais il est temps de redevenir sérieux. Quand on est à la fac, avec son bac en poche, donc qu'on fréquente en jeune adulte d'autres jeunes adultes depuis quelques temps, dont certains n'ont même jamais entendu parler du MJCF, faut-il encore invoquer des arguments dans le genre de « il faut que jeunesse se passe » pour excuser – je ne dis pas effacer – ce genre de comportement ?

On en jugera avec la dernière trouvaille d'un jeune homme qui ferait mieux de consacrer plus de temps à poursuivre ses études, et moins à copier « une auditrice de Radio Courtoisie » :
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=327071

Il y est question d'un évêque que l'on ne respecte pas et qui donne des réponses de « dhimmi ». Petit Garçon fréquente sans doute Saint Martin d'Hères et trouve qu'il y EN a trop, sans doute ?

Encore un ou deux comme ça et je vais regretter le bon vieux temps du service militaire, où on inculquait quelques notions de politesse aux jeunes de ce pays. Ceux de mes lecteurs qui connaissent ma situation militaire ne manqueront pas d'en sourire un peu…

Et je remercie Rémi au passage de rappeler de temps en temps à ce forum que j'existe, ou du moins que j'existais.


le 01/10/2007 à 21:00 | Permalien | Commentaires (4)


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Fluide prend l'eau  14/09/2007

19 heures, aéroport de Klöten, l'autre jour.
Je suis en avance, donc je vais m'acheter quelques revues pour passer le temps. Foriegn Policy (excellente petite chose avec un article passionnant sur les "fonds rapaces" (vulture funds), un autre sur le confort de vie procuré par le modèle européen, etc), Time (Sarko est en couverture et je veux voir ce qu'ils en disent) et... Fluide Glacial.

J'avais le souvenir d'un journal un peu crade mais marrant... j'ai du confondre avec Hara-Kiri, ou à la rigueur Charlie. Seigneur! Que d'humour pas drôle! A croire qu'on a croisé Guy Bedos et Dieudonné et qu'on leur a donné les clés de la rédaction.

Ca commence mal. Il y a un certain Lindingre, dont je connaissais déjà la propension à dessiner des cochons humanoïdes vulgaires, qui commet avec Larcenet les planches de "chez Francisque". Avec une francisque dessinée, pour que vous ne vous trompiez pas sur l'objet de leur humour : il est manifestement question de s'en prendre aux beaufs franchouillards nostalgiques de Vichy, l'un des plus grands dangers pour la paix dans le monde aujourd'hui. Lindingre et Larcenet le font avec courage, car on ne compte plus ceux qui ont été déportés et gazés ces dix dernières années à avoir manié ce genre d'ironie.
"Chez Francisque" revient d'ailleurs par deux fois dans Fluide, entre les porcs qui parlent de Lindingre (sans Larcenet) et d'autres porcs (ni de l'un ni de l'autre).

Ensuite, nous avons Superdupont. Ah, me dis-je, ça, c'était du solide! Ca ne l'est plus. Je ne sais si Gotlib fait encore quelque chose dans cette galère... j'espère pour lui que non. Ce n'est que de la resucée seventies des tics et travers du maître, sans recul. "Que nenni, mais que vois-je, en avant pour la France!" et j'en passe. Pas un rire, pas même un sourire. C'est à l'original ce que RIS est aux Experts.

Même Dupuy et Berberian s'en tirent un peu mollement, dans la BD qui suit. Mais ce qui sauve Fluide du naufrage total, c'est ...
le bouc...
adidass torsion 92...
la moto...
la gourmette....
PASCAL BRUTAL!

Ca, c'est vraiment très bien, et drôle. Quatre pages sur cinquante ou soixante. Ouille!

La prochaine fois, j'achète Super Picsou Géant.


le 14/09/2007 à 20:46 | Permalien | Commentaires (2)


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A tous les coups ça marche  19/02/2007

On ne peut pas y échapper, c'est la semaine de l'anniversaire de l'occupation, en 1977, de St Nicolas du Chardonnet par Mgr Ducaud-Bourget puis les lefevristes. Acte important du tradiland, cette « prise » et cette occupation recèlent en eux quelques-unes des caractéristiques du milieu que nous aimons… étriller.
Je passe sur l'esprit obsidional, bien connu et bien chroniqué. Tous ne mettent pas des rideaux aux vitres arrière des voitures, de peut que leurs enfants ne voient le monde et ne soient contaminés – mais il y en a eu et il y en a peut-être encore.

Un autre trait frappant, c'est la propension à la querelle et à l'agression. Un forum bien connu, qui s'est exposé récemment dans l'Homme Nouveau (au prix d'une note se désolidarisant du contenu de la « tribune libre », m'a-t-on dit), a mené un « concours de liturgie » en ligne, c'est-à-dire une série de questions-réponses d'une technicité certaine. Les participants du concours, en fonction d'un barême prédéfini, sont notés et classés. Les réponses sont distillées avec tout le sérieux qui convient à la question, c'est-à-dire sur le thème de la « marche impériale » de Star Wars, par un « abbé Vador » dont on espère qu'il n'agit pas sous la contrainte, de quelque cave du vatican lyonnaise, ou américaine, ou que sais-je. L'objet du concours, ou l'un des objets : que les tradis sachent de quoi ils parlent, et ce qu'ils défendent, lorsqu'il s'agit de liturgie.

J'ai passé en revue les questions et les réponses. De la liturgie, on ne retient presque uniquement que les rubriques, et des rubriques on retient largement les ornements. C'est presque un concours de fringues, où la connaissance du nombre d'épingles sur le pallium, ou de la couleur des franges des fanons de telle mitre vous gagne l'estime des coreligionnaires et le statut de savant liturgique.

Il n'y a même pas de ces classements des divers degrés de sacrifice qui font le bonheur des catéchismes lefevristes tentant de démontrer combien le missel de 69 est vénéneux. Bien entendu, inutile d'espérer y trouver quelque chose de spirituel, quelque chose ayant trait à l'importance de la liturgie, à ses rapports avec la vie de l'âme, à la place auprès de la Trinité qu'elle nous procure, bref, à quelques détails sans importance.

L'un des ces savants liturgiques élus par la vox populi avant que le concours en question n'existe, a été ainsi pris dans une querelle un peu ridicule où les arguments bas de plafond de l'abbé auteur du concours tendaient à démontrer que la fête de St Michel était une fête du Seigneur. « Mais oui, mais il y a marqué dédicace alors c'est une fête de la dédicace donc du seigneur ». Autant dire que chaque coq à l'âne qu'on peut lire ou entendre n'est avéré que lorsqu'on a exhibé une photo du coq ou de l'âne en question, avec l'adresse de son écurie ou de sa basse-cour.

Dans cette querelle, il faut le dire, notre savant liturgique avait cent fois raison. Mais il s'offusqua de se faire rembarrer par le clerc qui avait commis la réponse, bredouilla quelques lignes sur les laïcs amateurs de liturgie le dédouanant à l'avance de montrer qu'il en savait systématiquement plus que le laïc liturgique de base, et fit un petit numéro de vierge effarouchée dans lequel ceux qui croient en la réversibilité n'auront aucun mal à voir la (juste) rétribution de propos peu charitables à mon égard tenus il y a quelques mois. Appelez ça le karma, la communion des réprouvés, ce que vous voudrez – moi je me contente d'en bien rigoler.

Oui, on pourrait citer aussi le dessèchement, la médiocrité des clercs comme traits de tradiland, fortement illustrés par ce qui précède. Ce qui me frappe, pourtant, c'est que sur un sujet qui devrait mettre d'accord tous ces vaillants combattants de la foi, celui qui les a fédérés au début, il s'en trouve plusieurs pour s'étriper, et que ce sont les clercs qui montrent le mauvais exemple. Ce qui me frappe, c'est que la querelle semble la raison d'être de tradiland bien plus que la liturgie, et que les dimensions du grémial ou la position du 7ème cierge des messes pontificales semble être l'essentiel de la liturgie pour toute cette foule.

Une fois encore, on se demande si les tradis se battent pour l'avènement du règne du Christ dans les cœurs, ou simplement pour avoir raison ; s'ils sont le sel de la terre, ou son poil à gratter.


le 19/02/2007 à 06:56 | Permalien | Commentaires (9)


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Réaction à l'article du P. Longeat, abbé de Ligugé  24/10/2006

Le contexte : l'abbé de Ligugé n'aime pas, mais alors pas du tout l'idée d'une autorisation large et généreuse du rite de 1962. Mais les mots pour le dire - et convaincre! - ne lui viennent pas aisément.

Il est dommage de lire sous la plume d'un abbé bénédictin, installé sur la chaire de St Martin, dans le plus vieux monastère des Gaules, des propos qu'on retrouve au même moment sous des signatures de bien moindre valeur et qu'on rapporte notamment que des clercs à la doctrine floue auraient tenus.

Je n'aime pas cette attitude de réaction que ne précède aucune « action » et notamment pas d'action de grâces pour un geste de réconciliation qui pourrait atténuer une petite guerre civile, ou du moins disposer à plus de mansuétude les meilleurs des belligérants.

Je n'aime pas ce cléricalisme d'autant plus hypocrite qu'il n'ose plus dire son nom et qui réaffirme maintenant, après une éclipse de 40 ans sur laquelle aucune justification n'est portée, que l'Eglise sait mieux que quiconque ce qui fait du bien à ses fidèles, quant bien même certains réclameraient autre chose.

Je n'aime pas ce nombrilisme stalinien qui décide que le rit romain est bon pour tout le monde, qui feint d'ignorer que des pans entiers de l'Eglise ne s'en servent jamais et qui n'est jamais loin d'invoquer l'obéissance aveugle dès lors qu'il est à court d'arguments.

Je n'aime pas cette conception obligatoire de l'unité sous peine d'excommunication qui se soucie plus d'identité visible que d'union des cœurs avec Jésus.

Je n'aime pas cette mise en cause larvée de l'autorité papale, où Benoît XVI est présenté comme un autocrate qui impose ses décisions motu proprio, sans concertation, et en connaissance pleine de leurs failles ecclésiologiques.

Je n'aime pas cette séparation hypocrite en deux causes, l'une relevant de l'intime conviction du pape, l'autre du lobbying de traditionalistes très très méchants, qui semble se ménager Rome en niant que le pape ait pu être influencé par certaines traditionalistes, ce qu'il a manifestement été. Je n'aime pas cette division qui monte le noble contre l'ignoble, le « théologien » contre « la pression de groupes » dont certains sont schismatiques.

Je n'aime pas ce ton de vierge effarouchée, ce « grand trouble dans le peuple de Dieu » (quelles sources, mon père ?), cette déploration aussi généreuse qu'elle est gratuite alors qu'on attendrait quelque chose de plus constructif. Que proposez-vous, mon père, pour finir cette crise ? Ou étiez-vous ces quarante dernières années ? avez-vous quelque chose de mieux dans vos cartons que des « on aurait pu » ?

Je n'aime spécialement pas tout ce que je lis lorsque cela provient du père de nombreux fils de Saint Benoît, qui nous ont appris durant des siècles, des millénaires, à regarder les choses d'en haut (psaume 120, hymne des vêpres de la Transfiguration rit de 62, devise du P. Dupont « quae sursum sunt sapite ») dans une âme pascale et ressuscitée, à écouter avant de parler (prologue de la règle), a faire preuve du bon zèle qui mène au paradis et non d'un mauvais zèle amer et torve (règle chap.72). Bref j'attendais un peu plus de virilité que ces arguments branlants qui jonglent avec les risques de censure papale, reconnaissent à demi-mot le foutoir liturgique de nos paroisses sans élever la voix, comme les communistes ont toujours condamné le stalinisme sans que jamais personne ne l'entende. J'attendais quelque chose de plus solide pour justifier la prééminence des livres de 69, un raisonnement qui ne soit pas basé sur des métaphores, des termes qu'on ne définit pas, des images.

La crise liturgique, qui s'est envenimée au point de devenir une crise religieuse globale dans le catholicisme romain, nait en partie de l'imprudence avec laquelle la première réforme a été menée, du défaut de communication avec laquelle elle a été présentée depuis 1969, du laxisme qui a toléré (et donc consenti) les abus qui se sont tenus en son nom, et de l'autoritarisme avec lequel les partisans de l'ancienne manière ont été traités. S'il y a eu radicalisation, il en a été comme de toutes les guerres : la faute en était partagée.

Alors certes, le retour au rit de St Pie V n'est pas l'idéal. Certes, il aurait fallu réformer autrement, plus consensuellement, selon les lignes pertinentes qu'indique le P. Longeat et qui sont connues depuis longtemps. Combien de temps aurait-on attendu ? Combien de conciles aurait-il fallu encore ? La solution proposée a le mérite de mettre un peu de baume sur les plaies sans attendre une Résolution Définitive dans cent ans, résolution que même le missel de St Pie V n'avait pas accompli pleinement. Dans un monde pressé, elle a le mérite de montrer que l'Eglise peut agir à l'échelle d'une génération et pas seulement du siècle. N'est-ce pas un peu là, aussi, cet esprit du Concile qui avait résolu en 1962 de présenter le message christique, sans attendre que le « temps présent » soit devenu du passé ?

Je suis d'accord aussi sur le fait que la liturgie puisse accentuer, un peu, les mystères du salut qui sont à la mode à une époque ou à l'autre. Cela ne me semble pas contradictoire ni avec le développement lent et continu de la liturgie romaine dans les siècles anciens (pensons au missel de Stowe et à ses accents pénitentiels à l'irlandaise), ni avec son développement planifié de ces dernières décennies. La liturgie, tout en prenant des « teintes », reste avant tout la liturgie, l'expression publique du culte rendu à Dieu par son peuple, c'est-à-dire son Eglise. Je ne dirais pas, comme le P. Longeat, qu'elle « met en œuvre » telle ou telle théologie ; je ne dirais pas non plus qu'elle est un « lieu théologique » sans définir ce terme au préalable.

Elle est premièrement un acte de culte, la liturgie, l'acte de culte par excellence, et ensuite, secondairement, de façon subordonnée, accidentelle, elle peut refléter l'un ou l'autre mystère de la foi. Les termes du P. Longeat sont bien trop activistes. En d'autres mots : on ne refait pas un rite pour lui faire « exprimer » un dogme, un mystère. La liturgie n'est pas le catéchisme, la liturgie n'est pas un manuel de théologie, la liturgie, surtout, n'est pas un pamphlet. Elle est infiniment plus que cela, elle est l'acte qui nous relie à Dieu.

Je ne suis donc pas le P. Longeat lorsqu'il construit son acceptation du rite de 69, et son rejet du rite de 62, en se basant sur les reflets théologiques que l'un et l'autre renvoient. Le rite de 62 donne trop, pour notre temps, dans l'eucharistie, dans le rôle sacré du prêtre ? Le rite de 69 serait le véhicule théologique voulu pour notre époque. Le St Siège s'est engagé : le rite de 69 n'est pas attaquable. Certes, mais celui de 62 ne l'est pas plus – il était vrai en 62, il l'est donc encore aujourd'hui. Il a des reflets que le P. juge vieillots : est-ce pour autant qu'il est illégitime de l'embrasser ? Avouons honnêtement que tous ces arguments, ces « lieux théologiques », ces « mises en œuvre », ces « accents théologiques » sont bien fragiles : c'est parce que l'auteur n'a pas mieux à nous proposer, parce qu'il n'y a pas mieux. Les deux rites sont des actes de culte, et la seule chose qui prévient l'utilisation du rite de 62, c'est qu'il est abrogé, tout simplement, par celui de 69.

Libéraliser l'utilisation du rite de 62, ce n'est donc plus maintenir quelques communautés qui se sont choisies un régime d'exemption fossile ; c'est entériner la coexistence des deux rites, probablement leur égalité, et donc autoriser pour la première fois l'usage de versions du même rite à plusieurs époques. C'est donc, soit reconnaître tacitement que l'ancien et le nouveau sont deux rites différents, ce qui est une position catastrophique, soit ouvrir la porte à des variantes infinies, le missel de 58, le missel de 65 et j'en passe.

J'aurais préféré lire cela sous la plume du P. Longeat plutôt que des arguties sur les « accents théologiques » ou la livraison du peuple de Dieu à une « dangereuse subjectivité » qu'il est le seul à n'avoir pas encore aperçu ces quatre dernières décennies. J'aurais préféré aussi ne pas lire cette exhibition spécieuse de Dom Guéranger, qui tenta dans ses « institutions liturgiques » d'inspirer de l'ordre dans un foutoir rituel qui ressemble beaucoup au bazar que sont tant de nos messes du dimanche. La créativité liturgique, au moins, s'y exerçait à l'échelle d'un diocèse alors qu'ici, c'est paroisse par paroisse qu'il faudra faire progresser le missel romain. Le P. Longeat, qui crie presque au schisme dès lors que l'occident menace de devenir, comme l'orient l'est depuis des siècles, pluri-ritualiste, le fait en feignant d'ignorer qu'il y a aujourd'hui en France autant de missels que de paroisses. On a beau être moine et retiré du monde, plus c'est gros…

S'il y a donc un trouble dans le peuple de Dieu, il faut croire qu'il ne touchera, outre les gauchistes qui ont déjà glapi, que les historiens de la liturgie… et les générations futures, qui essaieront de montrer qu'à travers toutes ses imprudences et tous ses errements, l'Eglise a encore une fois été infaillible.



le 24/10/2006 à 19:05 | Permalien | Commentaires (7)


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les tradis seraient-ils modernes?  19/07/2006

Ca ne devrait être un secret pour personne.

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=205716

Lisez ce qui précède, c'est intéressant et simple d'accès.
Certes, il faudrait définir un peu plus les termes, nuancer ceci ou cela, et surtout pousser la réflexion jusqu'au bout (il y a de nombreuses demeures dans la modernité :-) mais quoi, il fait chaud, et pour une fois qu'on propose à notre admiration quelque chose qui n'est pas ex cathedra, qui ne peut pas se prévaloir du prestige d'un nom adulé pour être reconnu, ne boudons pas notre plaisir.

PS : le coude va mieux mais reste enflé et jaunâtre. Les anti-inflammatoires sont trois fois pire que de la bouffe africaine (par les effets post-manducation, pas par le goût).
Quand je considère tout le retard que j'ai à écrire (le foutre et les hormones et tout ça), je désespère un peu. Je voulais faire un couplet sur "jarhead" le livre avant que sorte "jarhead" le film en DVD. Je crois que c'est fichu.


le 19/07/2006 à 13:32 | Permalien | Commentaires (1)


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S'il n'en reste qu'un…  28/06/2006

S'il n'en reste qu'un, d'article, sur ce blog, ce sera sans doute « chassez le fanaturel », qui permettra sans doute un jour d'inventer le mouvement perpétuel tant il sait susciter des réactions assez homogènes en ton, en énergie, en direction.

Et, disons-le tout net, c'est bien pratique pour bloguer quant on n'a rien à dire.

Je ne parle bien sûr pas des interventions du polytechnicien didactique, ni des lecteurs plus vieux que moi, ni des rares sympathisants. Je parle des autres… Quand on défend une certaine idée de la France, de son armée, de sa grandeur passée (car tous l'invoquent), il est bon, pour être plus crédible, de manifester dans son comportement quelques-unes des qualités qui ont fait la renommée de mon pays : esprit de finesse, politesse, affabilité, courtoisie (n'y a-t-il pas une radio bien à droite qui en a fait son blason ?), distinction, élégance. Chers lecteurs belges et suisses qui faites le plus gros de mon traffic actuellement, chers francophones plus lointains et moins nombreux, prenez avec patience cette petite tirade hexagonale.

Vous noterez que toutes ces qualités de l'esprit français sont représentées au plus haut degré dans deux commentaires appendicés à mon best seller, « chassez le fanaturel ». Vous êtes des lecteurs pressés, je ne vous en sers que les meilleurs passages.

Du haut de ses… disons… 17 ans, Jean-Bat' me déclare :

(…) je ne sais pas pourquoi je me fatigue à écrire
ça car tu n'y entend rien!je te conseille de rester sur tes sujets
innintéressants qui fleurissent dans notre belle société!continue à descendre
sarko et cie et n'oublie surtout pas de voter pour ton copain olivier le
facteur de neuilly en 2007!!!!


Encore plus énigmatique que la courbe des taux longs, le fait que l'on ne m'écrive, pratiquement que pour m'allumer. Le monde est ingrat. Il ne dit presque pas merci, à part quelques justes qui sauvent la cité.

Jean-Bat' va avoir quelques problèmes aux épreuves de synthèse de documents au bac (s'il s'en trouve) s'il lit ses supports comme il a lu mon blog. Je ne sais ce qui est le plus outrageant, les phrases sans majuscule ou l'insinuation que je pourrais voter pour ce facteur qui travaille dans la même commune que moi. Alors qu'en réalité, l'ascendance militaire de Ségolène me la rend presque sympathique. Mais s'est-elle convertie à l'économie de marché ?

Jean-Bat', si le vomi que vous n'avez pas manqué de projeter sur votre écran après m'avoir lu vous laisse quand même de quoi me lire un peu en transparence, je vous propose un devoir de vacances : dites-moi ce qui est bien à la Flèche. La gloâre immortelle de nos aïeux, la symbolique des plumes, c'est beau, je vous le passe, mais ça sent son Gounod, ainsi que la leçon apprise. Faites-moi un joli commentaire à ce billet, ou envoyez-moi un mail, et dites-moi en parlant en votre nom propre et avec vos mots, pourquoi la Flèche, c'est bien. Je ne veux pas de prosternation devant des idéaux reçus mais des phrases à la première personne qui manifestent que ces idéaux sont aussi en vous et pas seulement devant les yeux de votre pensée.


le 28/06/2006 à 20:02 | Permalien | Commentaires (1)


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Nanterre : réactions des lecteurs  19/02/2006

J'ai reçu quelques mails de paroissiens arc-boutés sur les défauts que je relevais, ainsi qu'un billet d'un monsieur si exclusif et péremptoire sur ce que doit être la liturgie qu'il ne reste aucune messe au monde capable de le combler. Je plains sa femme s'il la courbe sous un semblable joug.

Visiblement, que ce soit "la meilleure messe paroissiale" ou presque est loin de faire plaisir à tous ces gens-là.

Le point commun de ces critiques l'est hélas trop (commun) : tous récriminent sans m'avoir lu. On dirait des lycéens manifestant contre le CPE sans rien en connaître.
L'autre point commun, c'est que l'on s'acharne plus volontiers sur le ton que j'y prends. Eh quoi ! Pour une fois que je ne critique pas, on ne va pas se battre sur la forme. « Nelly nous donne raison, nous qui aimons plus que tout avoir raison ! »

L'un d'eux suggère qu'au nom de la sincérité et du bon vouloir des laïcs engagés, toute critique est impossible. Toute amélioration aussi, alors.

Un autre, M. Ouvrier de la Vigne, soignant sa rhétorique jusqu'à faire craindre qu'il ne s'écoute un peu parler, entonne simultanément l'air du « mais qui êtes vous donc pour ?» avec celui du « ne jugez pas, de peur d'être jugé vous-même ». Hélas, cher monsieur, il y a longtemps que je suis jugé par vos semblables : j'ai donc beaucoup de licences dont j'entends profiter.
Le même prend les détails que je note neutrement pour des reproches, puis me dit : « allez donc créer une nouvelle communauté paroissiale ex nihilo et on ira vous voir ». Il y a peu de chances à cela : je n'en ai pas besoin. Je vis très bien sans le rit de St Pie V. Et pour le détail, j'asticotais sur le retournement du voile du calice, pas sur le voile lui-même.

(Je n'ose écrire « rite » de peur que M. Péremptoire, acide solitaire qui n'admet pas la réplique en choses liturgiques, et croit bon de le clamer régulièrement sur un forum connu, me reproche de ne rien y entendre, lui qui a « étudié la liturgie pendant assez longtemps pour savoir que ».)

Lorsque j'affirme : « le déroulement de la cérémonie était bon, les servants semblent encore un peu inexpérimentés », M. Ouvrier de la Vigne répond que le service d'autel reste de qualité lorsque les fléaux de la grippe et des vacances frappent de concert et que le « personnel » n'est pas mis à disposition par Monseigneur. Voilà une surprenante envie de justification là où je dis que c'est presque parfait. Voilà, en somme, des réponses à des questions que je ne posais pas, parce que M. Ouvrier de la Vigne m'a lu, au mieux, en diagonale.
L'église n'est pas des années 30 mais 10, et pas néo-romane mais romano-byzantine, ce qui change tout.
M. Ouvrier ne pipe mot, en revanche, de quelques points pour lesquels j'aurais aimé qu'il dît quelque chose. Pas le moindre mot pour se féliciter d'avoir plusieurs prêtres concédés par le diocèse ? Pas le moindre espoir de voir la messe reconduite d'ici dix mois ? Pas la moindre parole de gratitude envers Mgr Daucourt ? Pas le moindre appui à mon souci de voir l'expérience se généraliser dans le diocèse ? c'était sans doute des idées trop futiles pour qu'on renchérisse sur elles. Mais ma « sécheresse d'âme », l'intérêt que je présenterais à me faire interviewer par Jacques Chancel, voilà qui justifie d'écrire plusieurs dizaines de lignes.

Un autre m'envoie une anecdote morale attribuée à Socrate ; au risque que je plonge dans ma bibliothèque pour en chercher la source et ne pas la trouver. Celui-là a presque autant de condescendance que moi dans son ton. Feignant d'être amical (« je me permets de vous transmettre cette jolie histoire »), il aimerait bien se payer Nelly mais ne le tente que par procuration, par le truchement d'un couper-coller dont il n'est point l'auteur, avant que de conclure : « faites-en désormais bon usage ».
M. Condescendant a juste oublié une chose : nous ne sommes plus au collège chez les bons pères ; il faut donc traiter avec moi en égal, non en instituteur. L'anecdote transmise (et de moi lue des dizaines de foi naguère) exalte les actes vrais, justes et bons. Sa réprimande qui se pare des atours de la bienveillance est-elle si digne alors d'attention?

Espérons qu'en tout cela il se trouve une armée de juste silencieux qui n'auront qu'un impératif en lisant mon message : celui de ne pas m'écrire. Dès lors que les sentiments que mes billets inspirent s'éloignent de la critique, de la récrimination, de l'agression, un miracle sans cesse se répète : on ne m'écrit plus.


le 19/02/2006 à 12:30 | Permalien | Commentaires (2)


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Mahomet : avis éclairé  07/02/2006

Lisez, lisez, amis lecteurs, sur ce blog que je découvre après l'avoir longtemps remarqué dans les blogrolls des uns et des autres, un avis éclairé et éduqué sur l'inti-caricature-fada de ces derniers jours. Je fais des coupes sombres dans le texte pour des raisons de longueur au risque d'altérer un chouïa le sens.

http://www.philippebilger.com/blog/2006/02/larme_de_la_rel.html

« l faut bien accepter que les religions elles-mêmes soient passées au crible du scepticisme moderne et soumises à la dérision contemporaine. Je reconnais que j'aurais pu plus aisément soutenir cette thèse (…) si je n'avais pas senti longtemps que l'offensive anti-religieuse ne s'attachait qu'au catholicisme et au pape(…) sans doute (…) du fait que la hiérarchie catholique, par sa tolérance revendiquée, ne faisait peur à personne et même appelait l'attaque (…). Les temps heureusement ont changé et le catholicisme se rebiffe !

Il est normal que les religions se servent des règles de l'Etat de droit pour défendre leur honneur, (…) La loi est précisément l'outil qui permet la conciliation entre le principe nécessaire de la liberté d'expression pleinement entendue et les éventuelles souffrances causées à telle partie de la société. La loi est une arme de pacification et de restauration.

Les protestations dans le monde arabe, à la suite de la publication de douze caricatures du prophète Mahomet, dépassent, et de très loin, les polémiques habituelles. (…) ces caricatures, si elles peuvent apparaître blessantes, sont sans commune mesure avec l'indignation internationale que les tenants de cette religion propagent. Pour des raisons à l'évidence politiques.

Ce n'est plus le droit qui est une arme même si d'aucuns, tardivement, songent à l'utiliser. La religion, elle, est devenue l'arme suprême et c'est parce que ce combat nous entraîne bien au-delà du débat classique sur la liberté d'expression qu'il convient, pour les démocraties, de présenter un front uni et une solidarité sans faille. Ce qui se cache derrière ces fureurs apparemment religieuses, c'est une volonté politique de détruire ce qui donne sens et légitimité à nos sociétés. J'ai l'impression qu'à intervalles réguliers, on cherche à tester nos forces, notre capacité de résistance et la qualité de notre adhésion à nos propres valeurs. Sans cesse, on cherche à voir jusqu'où on peut aller trop loin. Si la démocratie recule dans cette lutte capitale, si elle affaiblit son discours par une compréhension qui altérera la vigueur de sa position, elle perdra. Il y en a assez de ces démocraties, ce régime le plus exemplaire qui soit, qui s'excusent d'être ce qu'elles sont.

Une démocratie a le devoir de se battre. Elle a le droit de se défendre. Elle peut le faire sans se renier. Les démocrates n'ont pas vocation à être des moutons. Dans l'arme de la religion, il faut voir l'arme. »


J'applaudis des deux mains à cette position, mieux et plus posément exposé que je ne saurais le faire. Mon agacement a été grand, ces derniers jours, de voir le déchaînement invraisemblable de violence que ces caricatures ont suscité. Des ambassades brûlées, avec la complicité des états, pour quelques dessins !

Etait-ce, comme je le pensais tout d'abord, de l'arriération mentale ? Non, pas majoritairement ; il est devenu de plus en plus manifeste que les foules étaient manipulées : réaction synchronisées, réactions les plus violentes très loin des pays concernés. Au Danemark, manifestations calmes, à ce qu'on m'en dit. En France, pas plus de voitures qui brûlent que d'habitude, pas de banlieues en feu (une preuve de plus, à mon sens, que l'intégration des populations immigrées n'est pas si désastreuse que ça, en tout cas pas si uniformément inexistante).
Face à cela, allions-nous présenter des excuses pour des fautes que nous n'avions pas commises. Allions-nous laisser ces grands amis des droits de l'homme que sont les états syrien ou iranien nous dicter ce qu'il est permis de dire ou de ne pas dire ? Allions-nous, comme les Etats-Unis ou le Royaume Uni, mettre la queue entre les jambes, et compromettre nos principes par calcul politique à court terme ?

Dieu merci non puisque, je l'ai vu, l'Union Européenne a, presque trop tard, lancé un appel au calme. Ces derniers jours, on a cru les gouvernements occientaux frappés de stupeur, paralysés. Voilà une chose – encore une – qu'ils n'avaient pas vu venir. Il serait heureux qu'ils recouvrent leur capacité à dire cinq lettres aux arrogants qui prétendent faire la loi en Europe et abroger les valeurs qui font notre qualité.

Pour Donissan, en réponse à un de ses commentaires : la liberté, pour quoi faire ? pour s'assurer, tout simplement, qu'on n'est pas en train de nous museler, qu'une autorité arbitraire et illégitime n'est pas en train de décider à notre place et sans en avoir le titre ce qui est bien et ce qui n'est pas bien.

Les journaux à la « Charlie », que je déteste cordialement, sont comme nos vaccins ou les tests d'intrusion sur un système informatique. Leur existence même est dérangeante : un vaccin est un agent pathogène, une intrusion est illégitime ; mais tous deux permettent d'immuniser, qui le corps social, qui un système informatique. Tant que Charlie (et quelques autres) existent et publient, nous sommes assurés que la liberté d'expression existe encore largement et qu'une puissance sournoise ne s'empare pas de nos consciences (pas de toutes, du moins).
On doit pouvoir théoriquement tout dire dans une société, parce que ne pas pouvoir tout dire est pire encore que pouvoir tout dire. Et que « ne pas pouvoir tout dire » suppose que quelqu'un ou quelque chose nous limite dans notre expression. Et que la légitimité de cette limite est souvent frelatée ou au mieux indécidable. Je ne pense pas seulement à un état mais au « politiquement correct », aux groupes de pression, aux situations où l'on ne finit par ne plus pouvoir dire que ce qui ne blesse personne. Est-ce ce Disneyland obligatoire, ce pays des Bisounours et des télétubbies, dans lequel nous souhaitons vivre ?

Et puis parce que les gens ont naturellement envie de parler, voilà tout !


le 07/02/2006 à 21:05 | Permalien | Commentaires (5)