La chair est triste, hélas...
Sulfureux Pierre Joubert (1) 08/06/2007
Chers lecteurs,
Si vous êtes encore en train de lire ce blog, c'est que vous êtes les derniers à ignorer que (de ce que j'en ai compris), la marque « signe de piste » a été rachetée par un éditeur désireux de faire… du signe de piste. Jusqu'à présent, depuis des lustres, tout se passait comme si les propriétaires de la marque s'en contrefichaient dans des proportions significatives.
Les éditions Delahaye, auxquelles on doit déjà quelques beaux et bons livres, sont cet éditeur, auquel nous ne pouvons que souhaiter une prompte réussite financière, condition nécessaire de la réussite dans les autres domaines.
Aucune idée sur le catalogue précis, encore que la volonté de faire cohabiter glorieux anciens et nouveaux auteurs est clairement affichée.
Pas de vision à ce stade sur le catalogue prévu, ni sur les rapports qu'entretiendra cette collection avec ses clones.
Videte hic : http://www.signedepiste.fr/
C'est donc un bon moment pour en tartiner un peu sur la collection et son illustrateur vedette, le très regretté Pierre Joubert.
(3 juin, dans le TGV qui me ramène de Marseille)
L'autre jour, je raccompagnais à Paris une personne qui se trouvait dans le besoin d'économiser un billet de train. J'avais fait connaissance seulement après l'avoir embarquée ; c'est dire que les sujets de conversation ne manquaient pas. Ils s'orientèrent, pour plusieurs raisons, autour du traditionalisme, du scoutisme, et de la perception que le reste du monde en avait.
La personne que je raccompagnais en avait après les dessins de Pierre Joubert. Les mots « esthétisme » et « nazisme » furent imprudemment prononcés à cette occasion, une calomnie de plus dans la longue liste des calomnies que j'ai eu le malheur d'entendre au sujet de ce grand et regretté dessinateur.
Toutes ces calomnies peuvent au demeurant se résumer en une phrase : les garçons que dessine Pierre Joubert sont trop beaux pour être honnêtes. Les romans que le maître a illustrés sont déjà bien trop vite classés, sans inventaire, avec un style de scoutisme qu'on classe à l'extrême droite. Si le texte est néonazi, pourquoi les dessins ne seraient-ils pas, comme me l'a dit un ami tradissime en 1995, « pédophiles » ? Il qualifiait ainsi les illustrations de l'édition 72 du « foulard de sang ». Pédophiles et néonazis, (pédophiles parce que néonazis, ma bonne dame) ont un point commun : ce sont des méchants – et nous, les gentils. Cela est fort commode, fort confortable, et nous épargne de trop réfléchir sur le sujet.
Je n'ai jamais eu le sentiment qu'une telle réflexion épuisait le sujet. L'argument du méchant ogre nazi amateur de têtes blondes et de chair fraîche ne colle pas du tout à Joubert, qui était, de ce que j'en entends, un catho de gauche typique. Quelques années avant sa mort, des admirateurs avaient entrepris de monter une exposition Joubert à Mons. Les gauchistes locaux, relayés par une presse qui semble n'être toujours pas guérie du choc causé par la collaboration de quelques-uns des siens en 1940, montèrent une cabale contre Joubert, ce dessinateur « vichyste », cabale qui beugla suffisamment fort pour que les échevins s'en émurent et rendirent l'exposition impossible. Il y eut quelques articles indignés en réponse, un comité de soutien, puis tout s'éteint, sauf l'ulcération des héritiers du maître (sa femme et ses nombreux enfants) qui avaient reçu là une douche froide qu'apparemment ils n'avaient pas vu venir.
Etant impliqué à l'époque dans l'association des Amis du Signe de Piste, j'avais cru comprendre que certains héritiers de Joubert avaient entrepris de trier le bon grain de l'ivraie et que l'association des œuvres du maître avec la production d'éditeurs ou de revues classées à l'extrême droite ne serait désormais plus considérée avec indifférence. La direction des Amis et ses membres étaient suffisamment divers et proches de la famile Joubert pour que cela n'entravât pas, heureusement, l'illustration de l'excellent bulletin trimestriel.
(prochainement : le beau est-il le mal?)
Si vous êtes encore en train de lire ce blog, c'est que vous êtes les derniers à ignorer que (de ce que j'en ai compris), la marque « signe de piste » a été rachetée par un éditeur désireux de faire… du signe de piste. Jusqu'à présent, depuis des lustres, tout se passait comme si les propriétaires de la marque s'en contrefichaient dans des proportions significatives.
Les éditions Delahaye, auxquelles on doit déjà quelques beaux et bons livres, sont cet éditeur, auquel nous ne pouvons que souhaiter une prompte réussite financière, condition nécessaire de la réussite dans les autres domaines.
Aucune idée sur le catalogue précis, encore que la volonté de faire cohabiter glorieux anciens et nouveaux auteurs est clairement affichée.
Pas de vision à ce stade sur le catalogue prévu, ni sur les rapports qu'entretiendra cette collection avec ses clones.
Videte hic : http://www.signedepiste.fr/
C'est donc un bon moment pour en tartiner un peu sur la collection et son illustrateur vedette, le très regretté Pierre Joubert.
(3 juin, dans le TGV qui me ramène de Marseille)
L'autre jour, je raccompagnais à Paris une personne qui se trouvait dans le besoin d'économiser un billet de train. J'avais fait connaissance seulement après l'avoir embarquée ; c'est dire que les sujets de conversation ne manquaient pas. Ils s'orientèrent, pour plusieurs raisons, autour du traditionalisme, du scoutisme, et de la perception que le reste du monde en avait.
La personne que je raccompagnais en avait après les dessins de Pierre Joubert. Les mots « esthétisme » et « nazisme » furent imprudemment prononcés à cette occasion, une calomnie de plus dans la longue liste des calomnies que j'ai eu le malheur d'entendre au sujet de ce grand et regretté dessinateur.
Toutes ces calomnies peuvent au demeurant se résumer en une phrase : les garçons que dessine Pierre Joubert sont trop beaux pour être honnêtes. Les romans que le maître a illustrés sont déjà bien trop vite classés, sans inventaire, avec un style de scoutisme qu'on classe à l'extrême droite. Si le texte est néonazi, pourquoi les dessins ne seraient-ils pas, comme me l'a dit un ami tradissime en 1995, « pédophiles » ? Il qualifiait ainsi les illustrations de l'édition 72 du « foulard de sang ». Pédophiles et néonazis, (pédophiles parce que néonazis, ma bonne dame) ont un point commun : ce sont des méchants – et nous, les gentils. Cela est fort commode, fort confortable, et nous épargne de trop réfléchir sur le sujet.
Je n'ai jamais eu le sentiment qu'une telle réflexion épuisait le sujet. L'argument du méchant ogre nazi amateur de têtes blondes et de chair fraîche ne colle pas du tout à Joubert, qui était, de ce que j'en entends, un catho de gauche typique. Quelques années avant sa mort, des admirateurs avaient entrepris de monter une exposition Joubert à Mons. Les gauchistes locaux, relayés par une presse qui semble n'être toujours pas guérie du choc causé par la collaboration de quelques-uns des siens en 1940, montèrent une cabale contre Joubert, ce dessinateur « vichyste », cabale qui beugla suffisamment fort pour que les échevins s'en émurent et rendirent l'exposition impossible. Il y eut quelques articles indignés en réponse, un comité de soutien, puis tout s'éteint, sauf l'ulcération des héritiers du maître (sa femme et ses nombreux enfants) qui avaient reçu là une douche froide qu'apparemment ils n'avaient pas vu venir.
Etant impliqué à l'époque dans l'association des Amis du Signe de Piste, j'avais cru comprendre que certains héritiers de Joubert avaient entrepris de trier le bon grain de l'ivraie et que l'association des œuvres du maître avec la production d'éditeurs ou de revues classées à l'extrême droite ne serait désormais plus considérée avec indifférence. La direction des Amis et ses membres étaient suffisamment divers et proches de la famile Joubert pour que cela n'entravât pas, heureusement, l'illustration de l'excellent bulletin trimestriel.
(prochainement : le beau est-il le mal?)
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z_igou@yahoo.com
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