La chair est triste, hélas...
Sulfureux Pierre Joubert (3 et dernier) 20/06/2007
La grande réussite de Joubert, sa marque de fabrique, c'est bien de donner une représentation spiritualisée de l'adolescent, une représentation ou l'âme transforme son corps, où les bons sont aussi les beaux, étant donné la règle tacite qui postule que l'adolescence est un état de grâce de quelques années, irrémédiablement condamné. La grande réussite, donc, c'est d'allier cette représentation métaphorique à la grâce réelle d'un corps physique, et de la présenter de façon à ce qu'elle puisse être un modèle pour les lecteurs, un modèle attrayant mais suffisamment proche pour être atteint. J'ai la faiblesse de penser que, lors du floruit de la collection Signe de Piste (en gros, 1940-1955), la qualité morale des lecteurs de la collection et du scoutisme français en a bénéficié; le look du scoutisme français en a certes profité, lui, et c'est tant mieux. Cherchez en premier le royaume de Dieu, et tout vous sera donné par surcroît ;-)
On comprendra dès lors que toutes ces histoires de « sulfureux », de « dessinateur vichyste » et autres méritent surtout un haussement d'épaules.
Quant à l'esthétisme, dans tout cela, je crois qu'il faut réviser son cas. L'esthétisme, disent nos contemporains, ce n'est pas bien. Une bonne raison pour en penser le contraire. Faire une bonne action parce qu'elle est belle n'est pas une chose très méritante? Permettez que j'objecte.
Penser cela, c'est faire fi des liens mystérieux qui existent entre le beau et le bien. Il y a une affinité entre le beau et le bien ; et entre ces deux et le vrai. Est-elle une réalité supérieure ou une création de notre esprit ? Avons-nous appelé « beau » ce qui est bien et savons-nous, instrinctivement ou par quelque réminiscence imperceptible, reconnaître le bien et l'appeler beau ? Peu importe : ce lien existe. Faire le beau, c'est souvent aussi faire le bien. Faire le beau, augmenter la beauté qu'il y a dans le monde, c'est aussi permettre plus de contemplation de cette beauté, donner aux humains une fréquentation habituelle de cette beauté, un sens du beau, un goût qui s'exercera d'instinct et qui, n'en doutons pas, rejaillira de façon morale : l'harmonie interne d'une personne aussi est une affaire de goût et il est plus facile à un contemplateur de mettre en accord son esprit et ce qu'il voit.
Pense-t-on que les malheureux qui ont vécu en RDA des années 50 aux années 80, qui ont dévalé la pente qui les menait de l'esthétique prussienne (qui valait ce qu'elle valait) aux industries, à la pollution, à l'herbe grise, aux pluies acides, à l'horreur architecturale stalinienne, pense-t-on qu'il était facile à ces gens de prendre de la hauteur ?
N'en doutons pas, la beauté est bonne, la beauté est désirable, honorable ; elle mérite notre révérence. On ne démérite pas en la lui accordant.
On comprendra dès lors que toutes ces histoires de « sulfureux », de « dessinateur vichyste » et autres méritent surtout un haussement d'épaules.
Quant à l'esthétisme, dans tout cela, je crois qu'il faut réviser son cas. L'esthétisme, disent nos contemporains, ce n'est pas bien. Une bonne raison pour en penser le contraire. Faire une bonne action parce qu'elle est belle n'est pas une chose très méritante? Permettez que j'objecte.
Penser cela, c'est faire fi des liens mystérieux qui existent entre le beau et le bien. Il y a une affinité entre le beau et le bien ; et entre ces deux et le vrai. Est-elle une réalité supérieure ou une création de notre esprit ? Avons-nous appelé « beau » ce qui est bien et savons-nous, instrinctivement ou par quelque réminiscence imperceptible, reconnaître le bien et l'appeler beau ? Peu importe : ce lien existe. Faire le beau, c'est souvent aussi faire le bien. Faire le beau, augmenter la beauté qu'il y a dans le monde, c'est aussi permettre plus de contemplation de cette beauté, donner aux humains une fréquentation habituelle de cette beauté, un sens du beau, un goût qui s'exercera d'instinct et qui, n'en doutons pas, rejaillira de façon morale : l'harmonie interne d'une personne aussi est une affaire de goût et il est plus facile à un contemplateur de mettre en accord son esprit et ce qu'il voit.
Pense-t-on que les malheureux qui ont vécu en RDA des années 50 aux années 80, qui ont dévalé la pente qui les menait de l'esthétique prussienne (qui valait ce qu'elle valait) aux industries, à la pollution, à l'herbe grise, aux pluies acides, à l'horreur architecturale stalinienne, pense-t-on qu'il était facile à ces gens de prendre de la hauteur ?
N'en doutons pas, la beauté est bonne, la beauté est désirable, honorable ; elle mérite notre révérence. On ne démérite pas en la lui accordant.
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z_igou@yahoo.com
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