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Nelly Achlaw
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Nelly est UN parisien qui vit seul et travaille beaucoup. Dans "Nelly Blogue", il parle de ce qu'il aime : cinéma, liturgie, livres, musique - et de ce qu'il n'aime pas.

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Cinéma

Superman : le monde a besoin d'un sauveur  31/07/2006

Ce n'est pas le petit Jésus en culotte de velours que représente le dernier « Superman » (Brian Singer, plus de deux heures 30) mais un grand gaillard d'environ 1 mètre 93 et 90-100 kilos, autrement dit Jésus en cape et collant bleu. Les mensurations sont données dans le film afin de bien montrer que le déploiement du bien nécessite un véhicule puissant.

C'est en effet le bien absolu (comme on dit le mal absolu) qui est l'un des thèmes du film. Le mal absolu dans le monde, on connaît. Même le « cinquième élément » en parle. Mais que serait un monde avec le bien absolu ? Que serait un monde, autrement dit, avec Superman ? Ce dernier ne rechigne pas à sauver aussi bien les chats dans les arbres que les avions accrochés à des navettes spatiales en folie. Mieux : les services de Superman sont gratuits. Et pourtant, après cinq ans d'absence, plus personne ne semble en vouloir. Son amie Lois Lane a même gagné le Pulitzer en écrivant un article titré : « pourquoi le monde n'a pas besoin de Superman ». Le premier message du film, c'est qu'une fois qu'on a retrouvé Superman, on ne peut plus s'en passer. Le bien peut s'oublier, son souvenir reste vivace.

Au contraire de Jésus, Superman n'a pas créé le monde ; mais il le soutient, comme en atteste ce plan emblématique où il se retrouve avec le globe du « daily planet » sur ses épaules. Il y a ainsi de lourdes références christiques tout au long du film, des bras en croix, Superman qui se sacrifie pour le monde, qui ressuscite souvent et meurt tout aussi souvent. Pour Brian Singer, cela ne fait pas de doute, le monde a besoin d'un sauveur et il l'affirme avec force : voyez comme il est bon de vivre dans un tel monde.

Le choix de l'acteur, une armoire à glace musclée et rassurante, aux traits raffinés, procède de la même vision. Sans caractère vraiment marqué, sans tirades ni tics verbaux, il réussit à être présent. Comme Jésus, il y a des « forces » qui s'échappent de lui. C'est ainsi qu'une méchante, venue pour le piéger, se fait sauver par lui et n'arrive plus à s'en détacher. On dirait Marie-Madeleine : instantanément amoureuse, et pas encore acquise au « noli me tangere ». Brandon Routh, qui réussit à donner une telle impression de protection et de sécurité en en faisant si peu, ne doit pas être un mauvais acteur.

Singer frôle de temps en temps un autre thème, celui de la solitude et de la différence. On peut regretter qu'il ne l'ait pas plus développé. Superman en souffre bien un peu ; mais sauver la terre redevient vite l'aîné de ses soucis.

L'autre grand numéro de « Superman returns », c'est Kevin Spacey et son méchant Lex Luthor. Il semble tout au long du film ridicule et stone. C'est comme s'il avait fumé du shit avant chaque prise ! Il dévoile ses plans diaboliques devant une maquette de petit train. Sa transformation en véritable méchant, lors de la mise à mort de Superman, en sera d'autant plus marquante. Le méchant comique se transforme en un lâche impitoyable qui s'acharne d'autant sur son adversaire qu'il sait qu'il n'a plus rien à en craindre. Comment ne souffrirait-on pas avec Superman ?

On l'a compris, l'émotion joue un rôle non négligeable dans ce film, de même que la poésie. Certains plans sont magnifiques (de nombreuses vues aériennes de New York). Je me souviens notamment des visages de trois héros pris au piège derrière un hublot d'un paquebot en train de couler. Ni vivants ni résignés, dans une lueur bleue ; il y a beaucoup d'autres plans de cette trempe. Dans un autre, Superman, seul dans le ciel noir, observe et écoute la terre de haut.

Et enfin, il y a de l'action, et pas de la petite. Singer a voulu insuffler dans le film l'esprit innocent et enthousiaste des anciens comics. Au lieu de pénibles face à face avec son père, au lieu de révélations sur sa mission et son identité, le spectateur voit Superman enfant courir dans les champs, bondir en l'air, sauter sur les toits ; la même joie primaire donne le ton dès le générique. Après s'être pris une explosion de planète dans la figure, le spectateur est entraîné dans un numéro fou de montagnes russes à travers les galaxies, sans doute tout heureux d'entendre trompetter le thème du film qui n'avait pas résonné depuis vingt ans. Plusieurs autres scènes mobilisent des effets spéciaux éblouissants. Avant tout, ce film est un grand divertissement, et, dit Singer, nous sommes là pour nous faire plaisir.

Il faut bien dire que la mission est réussie et que les deux heures trente ont passé fort vite, même devant votre rédacteur ensommeillé, qui n'a envie que d'une chose : revoir vite Superman.

4/5 largement mérité


le 31/07/2006 à 19:18 | Permalien | Commentaires (3)