Nelly Blogue
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Même si je suis hébergé sur son site, je ne suis pas Sombreval.

Nelly Achlaw
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Nelly est UN parisien qui vit seul et travaille beaucoup. Dans "Nelly Blogue", il parle de ce qu'il aime : cinéma, liturgie, livres, musique - et de ce qu'il n'aime pas.

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Une vie de tradi

Ils n'avaient plus la peste, sauf aux Scouts d'Europe (4)  15/10/2007

Résumé : l'auteur de ces lignes se souvient comment il tenta de vivre scoutement, exilé dans une laide province et alors qu'il n'avait plus vraiment l'âge. Faute de pouvoir être routier, il tenta d'être chef. Ce fut piètre. Mais voilà que Tradiland allait lui ouvrir de nouveaux hori(z)ons...

Je dirigeai alors mon énergie inemployée vers la construction d'un clan. Ex Saint Georges, vu en compagnie de l'AF locale, fréquentant les chapelles tradi sans distinction, ma réputation parmi les bourgeois bien comme il faut de Donaldville me précédait. Mais j'avais alors un petit réseau tradi de garçons de mon âge qui voulaient bien faire un peu de route avec moi, et qui – c'était la condition nécessaire – ne se foutaient pas de l'existence de Dieu. Il y aurait de la prière, du sport, du service et si l'on cirait ses rangers avec plus de sollicitude qu'à Marseille, si la coupe de cheveux était plus martiale, le béret plus penché, ça ne serait tout de même pas un péché. Nous appelions cela "joindre l'utile à l'agréable".

J'avais trouvé un chef de clan idéal en la personne d'Igor Igor (voir mes aventures précédentes) ; je serais son « directeur des opérations ». Il nous fallait l'aval des SUF de Donaldville à qui manquait effectivement un clan, et c'était parti pour une année de bonheur à jouer aux petits légionnaires de Dieu ! Que pouvait-il nous arriver de mal ?

Le chef de groupe SUF (il avait changé entre temps) ne l'entendit malheureusement pas de cette oreille là. C'était pourtant un homme assez affable, pas maniéré pour un sou, avec quelques années d'Afrique, qui pensait acceptable de choisir le moindre mal plutôt que le bien optimal. Nous étions en train de nous dérider autour d'une chartreuse un peu passée lorsque sa femme, son exact contraire, déboula dans le salon. Et pour elle, c'était clair, le clan avec Igor et moi, c'était NIET. La messe St Pie V que nous fréquentions, quoiqu'autorisée par Monseigneur, était « fpéfiale », fréquentée par des gens « fpéfiaux », et elle ne voulait pas que donnions « l'exfcluvive » du clan à fela. Il est cruel, dix à douze ans après, de se moquer d'un cheveu sur la langue… mais quoi ! La scène entière relevait du vaudeville.

Formé par la Cité Catholique, l'abbé Laffargue période tradi et quelques autres, Igor Igor nous fit un débriefing en bonne et due forme autour d'une pizza et de litres de bière, entrecoupés par nos éclats de rire au sujet de la meffe fpéfiale. Le peu de sobriété qui nous restait nous permit de voir que la cause était fichue et qu'il n'était pas la peine d'insister.

Mais nous étions tradis ! Et dans une telle situation, un tradi cherche la baston, parce qu'il a raison même quand il a tort. L'abbé d'un monastère voisin, consulté sur le sujet, nous donna en bon fils de Saint Benoît le conseil pacifique de laisser tomber et de proposer notre clan à un autre mouvement. D'un commun mouvement, nous décidâmes, Igor et moi, de ne pas suivre le conseil, et de faire des vagues à la hauteur de notre déception. Nous voulions que des innocents souffrent pour les coupables.

L'abbé Ottonello, qui était mon directeur spirituel à l'époque, pensa qu'il était temps de finir les gamineries scoutes et de prendre son Départ Routier. J'accquiescai. Mais il y avait un baroud d'honneur à achever.

Monsieur Odin, au récit de ces événements, eut la sagesse de ne pas me dire le fond de sa pensée. Il décida néanmoins de me donner un petit coup de pouce en m'emportant dans ses bagages au week-end des chefs de groupe, à Versailles. Nous étions, je crois, en Novembre 1994 ou 95.

(prochain épisode : je plaide "La Cause" chez les SUF. Candidement! )


le 15/10/2007 à 23:42 | Permalien | Commentaires (5)


Une vie de tradi

Ils n'avaient plus la peste, sauf aux Scouts d'Europe (2)  13/10/2007

Dans la réalité, les St Georges étaient quelque chose comme les villiéristes du scoutisme : nostalgiques du passé mais très légalistes. Il ne faisait aucun doute que toute la hiérarchie adhérait à Vatican II (« bien compris »), était ultramontaine. Le point d'ancrage spirituel, c'était Solesmes. Solesmes, pas Morgon ou Bellaigue.

Ceci dit, tout ce petit monde ne crachait pas sur le missel de 62 ; et la plupart des unités en buvaient des litres. Toutes les unités ? Non, car à Marseille, nos messes étaient francophones. Plusieurs de nos garçons étaient en pensionnat chez les lefevristes ; mais on ne récriminait pas dans les rangs. Pourquoi cet équilibre ? Parce que la messe était plus importante que « le combat pour la messe », et parce qu'on ne vivait pas dans le soupçon. Egalement parce que nous n'avions que des aumôniers francophones et pas des moindres : nous eûmes des petits gris à profusion, des dominicains du couvent de la rue Ste Victoire (le maître des novices de l'époque), le futur Mgr Rivière. Le cardinal Panafieu vint dire la messe dans nos murs ; son cérémoniaire, le P. Ottonello, fit un tour chez nous plusieurs semaines (je n'y fus pas étranger). Les relations étaient également très bonnes avec feu le cardinal Coffy. Pour faire simple, Monsieur Odin connaissait tout le clergé, n'était pas d'accord avec tout le monde mais gardait des bonnes relations avec la plupart. Et il adorait raconter des histoires où l'un ou l'autre, sur son lit de mort, lui avouait : « c'est vous qui aviez raison ».

Bref, ce n'était pas vraiment la guerre avec l'épiscopat et le clergé, et pourtant nous étions sur du terreau traditionaliste. Mais le venin tradi ne prenait pas. Il y avait eu une guerre, pourtant, dans le passé, avec les Scouts d'Europe. Une scission, même. Ce que j'en avais compris, c'est que notre groupe était à l'origine FSE, mais que les cadres et professions libérales qui s'y trouvaient nous regardaient de haut. Le cerveau bourgeois (eux) et le muscle populo (nous) se séparèrent ; et le muscle rejoignit les St Georges.

S'il y avait un mot qui justifierait cette espèce de régime dérogatoire dont nous bénéficiions dans le scoutisme marseillais, ce serait « bon esprit ». Nous ne cherchions pas noise, ni à faire la leçon, cela était su et on nous fichait la paix. Quant aux aumôniers, nous en aurions eu des latinophones que nous aurions eu la messe en latin – mais nous ne les attirions pas en tant que groupe. Dans le mouvement St Georges, nous étions un peu atypiques car plus fidèles à la ligne du parti que les autres unités. Et dans notre vie de jeune clan, ce qui me plut le plus fut le sérieux avec lequel la vie spirituelle était traitée. Nous ne pensions pas à Solesmes qu'au moment des journées nationales.

Après une année de félicité où je me surpris à rendre service, à faire des heures d'oraison, du rappel, de l'escalade et où je renouvelai ma promesse au pied du Mont Alverne, en Ombrie, il me fallut quitter Marseille pour Donaldville.

Cette année-là, les St Georges fusionnèrent avec les SUF, pour des questions de conformité à la réglementation jeunesse et sports. Les St Georges étaient trop petits pour rester « indépendants », pour faire simple. L'ammarrage aux SUF fut considéré avec une pointe d'appréhension de notre côté. M. Odin sembla trouver – encore qu'il gardait ce genre d'opinion pour soi – qu'il y avait des bons dirigeants aux SUF, et des moins bons aussi. Disons que le courant passa plus ou moins intensément selon les personnes.

Il se disait alors que les SUF étaient une auberge espagnole, où l'on trouvait ce que l'on y apportait. La hiérarchie était légère, on devait donc nous laisser tranquilles, bref, les St Georges dans les SUF n'allaient pas se faire dépersonnaliser. Nous observâmes avec un peu d'amusement l'exubérance des rassemblements nationaux. M. Odin trouva que les SUF apportaient de « la joie de vivre » aux St Georges et s'en trouva fort aise. Il est vrai que nos veillées d'avant étaient un peu compassées. Somme toute, sous des dehors modernes, les SUF nous semblaient sérieux. Ce qui ne nous empêchait pas de garder un vieil insigne St Georges sur nos chemises, et de sympathiser comme des conspirateurs avec les autres garçons à poil ras qui l'arboraient eux aussi.

(à suivre)


le 13/10/2007 à 08:47 | Permalien | Commentaires (3)


Une vie de tradi

Ils n'avaient plus la peste, sauf aux Scouts d'Europe (1)  12/10/2007

Bonsoir tout le monde.

J'ai pu quitter, o joie, o bonheur, le turbin avant 20 heures… j'ai donc un peu de répit pour bloguer. Il y a justement deux choses qui me tiennent à cœur en ce moment.

Je voudrais tout d'abord saluer la mémoire de Serge de Beketch, qui vient de décéder il y a peu. Nous n'avions assurément pas les mêmes idées sur tout… mais je me souviens qu'il a fait preuve de bienveillance, en son temps, envers sombreval.com et ce blog. Plus anticonformiste que tradi pur porc, Serge de Beketch me semblait aussi avoir l'esprit plus ouvert. Il devait aussi avoir un grand sens de l'humour qui lui faisait accepter des choses que d'autres n'auraient pas laissé passer. Il lui aurait été facile de m'allumer pour tel propos au sujet de Radio Courtoisie ; il ne l'a pas fait.

L'autre sujet qui me tient à cœur, c'est le diktat des Scouts d'Europe qui prétend que la messe de St Pie V ne doit pas avoir cours chez eux. Cette décision est proprement inique. Je pèse mes mots : inique. C'est, après S. de Beketch, une preuve qu'on est parfois plus proche des gens dont on se croit loin que de ceux dont on se croit près.

Je suis au demeurant très satisfait de voir que la malveillance des Scouts d'Europe fait des vagues. J'espère que la polémique va enfler, qu'elle trouvera de l'écho et que ce sera à leur détriment, car ils le méritent bien.

Peu de gens savent qu'il y a douze ans, la question s'était posée aux SUF ; plus exactement que je l'avais posée, en des termes qui n'étaient d'ailleurs pas très amicaux ni très glorieux pour moi, ni pour eux. Voici cette histoire dont personne n'est sorti grandi.

J'étais à l'époque dans le blédouze de province que j'ai appelé naguère Donaldville, pour mes études. Déçu à 11 ans par le scoutisme et un camp d'été foiré chez les Scouts de France, je n'ai renoué avec que sur mes 18 ans, pour rejoindre un clan de routiers Scouts St Georges. Non que j'étais tradi à l'époque ; mais le virus Signe de Piste avait pris quelques années auparavant, et retourner aux scouts m'en semblait l'aboutissement logique. J'avais appris plus tard l'existence des SUF par un ami perdu de vue puis retrouvé, puis j'en avais vu de près et cela me semblait le bon mouvement pour reprendre l'uniforme.

Le hasard d'un pèlerinage d'étudiants me mit alors en contact avec deux ou trois garçons de mon âge qui se proposaient de créer un clan de routiers : c'était l'occasion que j'attendais. Les contacts furent pris, la confiance établie ; il y eut une place pour mon caractère, qui n'est pas celui du scout typique. Le mouvement était donc les St Georges, qui fusionnait avec les SUF, tout me semblait coller et tout colla à merveille.

Le groupe St Georges de Marseille était dirigé à l'époque par un chef de 70 ans pour lequel j'avais et j'ai encore une très grande estime, Ferdinand Odin. Il avait donné et donnait de son temps sans compter. Il avait de l'expérience. C'était le genre de personne qui savait mettre ses convictions de côté (et Dieu sait qu'il en avait de fortes) lorsqu'il s'occupait des personnes dont il avait la charge. Son ancienneté à Marseille le rendait connu de tout le clergé et immunisait tout le groupe contre les accusations d'extrémisme qu'on ne manquait sans doute pas de lui faire. Car, rappelons-le pour faire court, les St Georges, c'est l'extrême droite des Scouts d'Europe, donc quelque chose qui n'était pas à même de charmer l'épiscopat en 1992.

(à suivre)


le 12/10/2007 à 22:07 | Permalien | Commentaires (1)


Une vie de tradi

La rose de Notre-Dame et les épines (saison 6 : lui aussi, il en est ?)  16/01/2007

La rose de Notre-Dame et les épines (saison 6 : lui aussi, il en est ?)
Légende : ceci est une scène maçonnique selon Google. Saurez-vous dire pourquoi?


Lire l'épisode précédent ici
http://www.sombreval.com/nelly/Da-Vaquie-code-suite-sur-la-Rose-de-Notre-Dame,-5eme-mouvement-_a438.html


Résumé : le chef de l'AF en est, la moitié des tradis en sont... la situation est "humainement désespéré". Et encore, vous ne savez pas tout. Un bon gros dernier épisode qui tâche.




Une fois, cependant, l'affaire fut trop grave pour être passée sous silence. Un soir, je rejoignis Igor et une autre amie dans les bureaux du BLED. Ils avaient, disaient-ils, quelque chose d'énorme à m'apprendre. Ils me firent jurer de ne rien répéter. Igor prit un air embarrassé puis se jeta à l'eau : « le père de Jar Jar est franc-maçon ».
Pour un choc, ce fut un choc ! Mais observons plutôt le cerveau tradi en marche. Ma première réaction fut de dire que cela expliquait bien des choses. Jar Jar fréquentait assiduement de nombreuses personnes qui n'avaient rien de tradi ; tenait que les fils de la veuve n'étaient pas intrinsèquement et totalement mauvais… des frères de loge de son père, pardi !
Deuxième mouvement : et Serge Deux ? Trop original pour ne pas l'être, non ? Igor me dit : « nous avons eu l'info d'un de leurs amis, et Serge Deux a confirmé. Le père de Jar Jar est franc-maçon, c'est certain à 100% ».
Troisième mouvement : pauvre Jar Jar ! C'est comme si l'antéchrist s'était incarné dans sa famille ! Il ne méritait pas ça !
Quatrième mouvement : mais Jar Jar, il en est aussi, alors ? Igor et l'autre amie m'assurèrent que non. Qu'importe ! Il y avait un doute. Doctrinalement, Jar Jar FLANCHAIT parfois ; il était certainement contaminé. De son plein gré ? Son caractère souple et coulant ne plaidait pas en sa faveur. Méfiance, donc.

J'étais tout de même ébranlé. Jar Jar était proche, et, sous de nombreux aspects, c'était un tradi aussi simple qu'un métal précieux : il était composé tout d'un bloc. Certes, il était un peu évasif parfois : c'était sa manière, polie, de faire sentir qu'il s'emmerdait. Alors qu'une partie de moi trouvait logique sa collusion avec les loges, une autre partie, tout aussi éloquemment, ne pouvait pas y croire. Moralité : lorsqu'on fait de la chasse aux sorcières, tout le monde finit par ressembler à une sorcière.

Je croyais n'être devenu que le dépositaire d'un secret éclairant. Je me trouvai engagé au-delà de mon vouloir lorsque le téléphone sonna le lendemain matin. C'était Jar Jar : il savait tout, il voulait me voir, il était en route, il n'était pas content.

Je le reçus dans une pièce au fond des locaux du BLED où je me trouvais. Il était dans tous ses états. « J'apprends, me dit-il, que le bruit court que mon père est franc maçon. Etais-tu au courant ? » Je lui dis bien imprudemment que oui. Au moins était-ce la vérité. Il me jura (une demi-heure !) que c'était faux, et dut se rendre compte que je ne semblais pas convaincu. Il chercha ensuite à savoir quelles étaient mes sources. Je résistai. Il me cuisina tant et si bien, testa tous les noms qu'il connaissait, tant et si bien que je cédai : oui, Serge Deux avait confirmé la nouvelle, et cela me semblait crédible. Je l'écris sans fièreté aucune : je n'ai pas été capable de me taire, et j'ai préféré balancer pour sauver Igor. D'autre part, je ne pouvais pas faire dégager Jar Jar des locaux du BLED : il y avait des clients et il aurait pu faire du scandale. Je lui demandai donc de garder cela pour lui, absolument pour lui, et surtout de ne rien en dire à Serge.

Dans l'après-midi, comme je le craignais, je reçus un coup de fil de prétendant au trône. Il ne prenait pas ça du tout au tragique. « Jar Jar est venu me voir. Il était hors de lui ; il croyait que son père était franc-maçon. Tu lui as dit que j'étais à l'origine de la rumeur. » Il prit un ton affectueux. « Ne lui dis plus des choses pareilles ! Tu sais comment il est ; très émotif. Tu ne t'imagines pas le temps que j'ai du passer à le calmer. Mais quoi ! Ca n'a jamais été un péché, d'être franc-maçon ! Il a vraiment du mal à admettre ça. Pauvre Jar Jar, il est tellement droit, il croit tout ce qu'on lui raconte à St Estèphe. Il en faisait une montagne ; mais ça n'a rien de grave ! Il y en plein, des franc-maçons, et ça n'a vraiement rien de grave. Il croyait que son père était calomnié. Ah vraiment, je te jure ! »

Je ne savais pas trop quoi penser ; Serge ne se prononçait pas, ne semblait pas être perturbé par l'affaire. Jar Jar me rappela le lendemain matin pour me tirer à nouveau les vers du nez. Je restai inflexible ; j'avais vu ce qu'un instant de faiblesse avait suffi à déclencher comme réaction. Il me dit que son père était très mécontent des bruits qui circulaient sur lui ; qu'il lui avait juré n'être pas maçon, et que lui, son fils, avait toutes raisons de lui faire confiance.

Je n'étais pas convaincu mais il me semblait plus sage, à ce moment, de ne plus rien dire, plus rien raconter, de ne plus opiner, bref, de ne plus jamais parler de l'affaire. Potentiellement, j'avais monté contre moi trois personnes : la défense du règne du Christ-roi sur terre avait bon dos : il était hors de question que j'aggrave mon cas.

Bien des années après les événements, je suis encore affligé lorsque je raconte l'épisode. Il n'y a plus d'animosité entre Jar Jar et moi depuis bien longtemps et nous évoquons l'affaire en rigolant. Mon opinion sur la franc-maçonnerie a profondément changé ; que M. Jar en soit ou non n'a plus aucun intérêt. Plus précisément, je m'en fiche comme de l'an quarante. Lorsque je repense aux événements, je me dis qu'il disait sans doute la vérité. Ou pas. Mais qu'importe ! Jar Jar a grandi, moi aussi, et nous ne voyons plus le monde sous le prisme d'une idéologie, depuis un trou au fond de la province. Le monde, nous vivons dedans ; cela change tout. Cela permet aussi de raconter les erreurs d'appréciation qu'on a pu faire, afin que d'autres n'y retombent pas.

La morale tragique de l'histoire n'est donc pas tant qu'il ne faut pas balancer ses amis ; c'est que les propagateurs de la rumeur, que j'ai cru trop facilement, sont toujours tradis aujourd'hui et, idéologiquement, ne sont pas sortis de leur prisme idéologique ni rentrés dans le monde. Les rumeurs qu courent me feront beaucoup moins rire quelques mois plus tard, lorsque j'en serai l'objet, conjointement avec un certain Mustapha : selon de pieuses âmes, nous couchions ensemble. Jar Jar, à cette occasion, ne crut pas utile de démentir.

Quelques années plus tard, à la porterie de Triors, j'avisai Bunz Bunz, une connaissance scoute. Bien qu'originaire d'un milieu BCBG, elle avait gardé une spontanéité bien agréable ; c'est ainsi qu'elle me sauta dessus, en plein milieu du rayon « liturgie » : « tu ne connais pas la dernière ? attends, tu vas voir, c'est énorme ! »
Elle baissa la voix : « je l'ai appris hier : le père de Jar Jar est franc-maçon ! »


le 16/01/2007 à 22:51 | Permalien | Commentaires (0)


Une vie de tradi

Da Vaquié code (suite sur la Rose de Notre-Dame, 5ème mouvement…)  08/01/2007

Un serpent ésotérique qui n'a pas encore réussi à se la mordre
Note pour les lecteurs qui n'apprennent pas par cœur tout ce blog : les épisodes précédents se trouvent ici et leur relecture est conseillée.

(1) http://www.sombreval.com/nelly/Le-complot-maconnique_a308.html
(2) http://www.sombreval.com/nelly/La-guerre-des-symboles_a310.html
(3) http://www.sombreval.com/nelly/La-menace-occulte_a315.html
(4) http://www.sombreval.com/nelly/La-rose-de-Notre-Dame_a319.html


Il y eut mieux encore. Igor me transmit trois pavés photocopiés de Jean Vaquié, intitulés « l'école de l'ésotérisme chrétien ». C'était le brouillon d'un numéro des « cahiers Barruel » parus il y avait quelques mois, décrivant la pénétration des idées gnostiques dans l'Eglise. Idées tout d'abord formalisées et propagées par René Guénon et ses émules dans l'Europe (Schuon, Abellio étaient cités), puis christianisés par un certain abbé Stéphane, relayés par Jean Borella. Vaquié instruisait le dossier de quelques personnes plus ou moins suspectes en balançant des copies d'articles. Les accusés étaient soit tradis, soit ésotéristes, soit, la plupart du temps, entre les deux. On y trouvait Yves Chiron, Jean Borella (bête noire d'honneur), des royalistes mystiques (Montaigu), des amateurs de symbolisme (Jean Hani). Il n'était pas très difficile de trouver d'autres textes de Vaquié incriminant d'autres personnes, parmi lesquelles… Brandon Brandon en personne ! Le lecteur attentif se souviendra qu'il n'était autre que le chef de la section de l'AF à Donaldville. (Il est décidément temps que je fasse un petit dictionnaire des noms propres… au cas où il y aurait encore un lecteur qui n'aurait pas deviné qui est qui).


J'entre à ce moment dans la période la plus « tradi » de mes aventures, celle où je deviens presque paranoïaque. Qui est réellement un ami ? Qui est un ennemi déguisé ? Brandon Brandon, royaliste fervent, traditionaliste, avec au moins un de ses enfants dans une chartreuse au-dessus de tout soupçon, cela faisait désordre. Son appartenance à la franc-maçonnerie était sue, ou tenue pour acquise par toute la paroisse. Lui-même s'en tenait à la seule attitude raisonnable : il semblait se ficher éperdument de ce qui se disait sur lui. Il avait un titre à cela : il était universitaire, brillant et cultivé ; alors que ses détracteurs et les murmures étaient intellectuellement très ordinaires. Un ou deux se remarquaient par leur qualité d'héritiers, ce qui leur permettait d'avoir à leur botte le clergé de St Estèphe ; mais clairement, le QI n'était pas dans le camp des tradis. Le plus intellectuel du lot était un assureur ; un autre faisait du recrutement dans une grande SSII, c'était tout. Comme on dit en Franche Comté, le loup alla à Rome, y perdit de son poil et rien de ses coutumes. Certains loups avaient perdu un peu de poil.

Les rumeurs sur Brandon furent entretenues par la parution simultanée d'un recueil d'entretiens sur la tradition. Le journaliste qui les avait compilés faisait mine de croire que « tradition catholique » (l'encens, les dorures, Mgr Lefebvre) et « tradition ésotérique » (René Guénon) ne faisaient qu'une. Certains interviewés ne tombaient pas dans le piège ; ils côtoyaient des allumés dont beaucoup étaient stigmatisés par Vaquié ; l'un d'eux expliquait comment la Vierge, à Medjugorje, avait sauvé le monde à l'aide d'un mouchoir taché de sang. Autrement dit, Brandon était en mauvaise compagnie ; mais il réussissait à se sortir peu compromis de l'entretien, non sans avoir égratigné à juste titre ses censeurs : « je n'ai rien contre les inquisiteurs, disait-il, mais je voudrais au moins qu'ils fussent qualifiés ».

Pour Igor, tout cela se résumait plus simplement : « ILS sont partout ». Et aussitôt après, il ajoutait qu'il y en avait bien peu, dans les milieux de Donaldville, qui n'en étaient pas. Igor, paradoxalement, était très favorable à une alliance avec les franc-maçons, du moment qu'ils étaient tradis. On n'a pas besoin, disait-il, d'être d'accord sur tout. Cela me choquait : si vraiment ils étaient le diable, il ne fallait pas manger avec eux, même avec une longue cuiller.

Igor faisait fiévreusement la chasse aux franc-maçons pour savoir qui en était ; au contraire de beaucoup d'autres, il se contentait ensuite de garder les informations pour soi. Je tentai à plusieurs reprises de lui tirer les vers du nez ; je pensais qu'il en savait long sur le financement des partis politiques locaux, (un gros procès s'instruisait à ce moment-là), sur les goûts, les appartenances et le vrai visage de nombre de personnes ; mais il ne voulut jamais rien dire.

(prochain épisode : Igor balance des noms)


le 08/01/2007 à 23:58 | Permalien | Commentaires (4)


Une vie de tradi

La rose de Notre-Dame  01/06/2006

Suite de "la menace occulte" : quelques détails du complot enfin dévoilés.

A l'époque où se passe ce récit, une nouvelle pièce avait été versée dans le dossier de la chasse aux franc-maçons, et à leurs terribles pouvoirs occultes. Curieusement, elle semblait émaner de milieux allumés, mais pas traditionalistes. C'était un livre nommé « la rose de Notre-Dame » signé par un certain « félicien ». Il me fut recommandé à l'époque par Igor, par une amie tradi d'Igor, et par un ami qui, lui, était un parangon de charismatisme. Tous trois le prenaient également au sérieux. Il n'y avait pourtant pas de quoi.

« La rose de Notre-Dame » se présentait comme un roman ; cela se passait dans une « nouvelle communauté », dans le sud de la France. Un jeune fidèle, pieux, ami de la communauté, et les dents longues, allait de faire initier « directement au 33ème degré » et ne voyait pas la contradiction entre sa foi catholique et son appartenance maçonnique. Très vite, l'ouvrage digressait sur la répartition des cathédrales en France ; on découvrait des alignements qui dessinaient, sur l'hexagone, une rosace à cinq branches. Une note en bas de page précisait que des calques représentant cette rosace, appliquables sur les cartes Michelin, étaient en vente chez l'éditeur. C'était, disait l'auteur, « le cadeau de Notre-Dame au XXème siècle ». Cela expliquait de plus l'absence de cathédrale dans certaines grandes villes dont Cannes (ne riez pas).

Mais voilà, le démon veillait… et, en bon singe de Dieu, réussit à parodier la « rose de Notre-Dame ». La rose du diable avait six branches, et elle était composée des… centrales nucléaires, alignées le long des autoroutes. (Ne riez pas, ce n'est pas encore la chute).

OK, mais ce n'était pas tout, de faire joli ; les centrales nucléaires étaient ni plus ni moins que l'arme absolue. Car ces choses-là vibraient. Alignées, elles pouvaient vibrer à l'unisson, et détruire à peu près n'importe quoi. (Notez l'influence de Jacques Martin in Guy Lefranc, l'Arme Absolue, casterman éd.)
Creusant un peu plus les choses maçonniques, notre auteur anonyme découvre plein d'alignements, plein de choses qui vibrent en rang d'oignon. Il consacre de nombreuses pages à un quartier de Cergy-Pontoise appelé l' « axe majeur » qui est une arme vibratoire… majeure. (allez-y, riez).

Ce fut le début d'une intense phase « alignements et symbolique » pour Igor et moi. Et aussi de « secret des templiers », de « secrets des franc-maçons » et bien d'autres encore. A force de lectures, nous convînmes qu'il y avait une bonne symbolique et une mauvaise ; selon nos contre-révolutionnaires préférés : pentagramme avec la pointe en haut : bien. Pentagramme avec la pointe en bas : pas bien (parce qu'on peut y inscrire une tête de bouc). Le sens des cours d'eau souterrains, qui se croisaient sous toutes les églises (comme cela est bien connu…) nous échappait plus : bien ou pas bien ? La bonne symbolique se trouvait dans le dictionnaire des symboles de Dom Miquel, moine à Kergonan ; la mauvaise symbolique partout ailleurs.
« Eh quoi ? Un tradi pur porc comme vous, considérer que la référence en matière de symbolique a été écrite par un conciliaire ? » Nous considérions donc que l'élément bénédictin neutralisait l'élément conciliaire et qu'en dernière analyse, dom Miquel était fréquentable. « oui mais il dit la messe en français, il concélèbre, il est face au peuple ». C'est sans doute qu'il ne l'aime pas vraiment, ce rite, et qu'il s'exécute pour obéir à son abbé. Mais un jour le monastère réel s'affranchira des chaînes du monastère légal.

Nous fîmes du tourisme symbolique, sursautant à chaque forme pyramidale, à chaque colonne tronquée. L'axe majeur de Cergy Pontoise eut droit le premier à nos assiduités. Igor monta au sommet de la « tour belvédère », qui figurait l'aiguille inclinée d'un cadran solaire. L'architecte s'appelait Dani Karavan. « Je ne te dis même pas quelle doit être sa religion », siffla-t-il. Et il ajouta : « c'est vrai qu'au sommet, on sent une énergie. Je ne me sentais pas bien du tout. Sur la balustrade, tu as les directions de grandes villes européennes, et aussi des noms de localités qui n'existent pas. Or rien n'est mentionné sans raison. Ca doit cacher quelque chose. Il faudra trouver ces lieux et aller voir. »

Je n'eus l'occasion de grimper dans la tour (sans vertige ni nausée ni énergie ressentie) que bien des années après. Les localités inconnues étaient : Courdimanche, Vauréal, St Ouen l'Aumône, Osny. Mes lecteurs du neuf-cinq apprécieront.
Des pyramides, il y en avait partout : à la Place des Fêtes à Paris ; la pyramide du Louvre, bien entendu ; tout partout dans l'axe majeur. Des colonnes tronquées qui représentaient « la chute de l'Eglise », on pouvait en voir deux belles le long de l'autoroute de Clermont Ferrand.
A Cergy, dans le quartier St Christophe, on trouvait aussi un petit observatoire entre la gare et l'axe majeur. Notre vulgate contre-révolutionnaire ne disait rien de cela. Qu'importe ! Avec Galilée en révolte contre l'Eglise, il n'était pas pensable qu'un observatoire se fût trouvé là par hasard. C'était nécessairement un sige chargé de sens ; une preuve de plus que l'axe majeur n'était pas quelque chose d'innocent.

(prochainement : le Da Vaquié Code)


le 01/06/2006 à 08:14 | Permalien | Commentaires (2)


Une vie de tradi

La menace occulte  29/05/2006

Encore un préliminaire désordonné avant de parler de "la rose de notre-dame"

Dans un billet précédent, j'ai raconté l'aura maléfique dont jouissait la franc-maçonnerie dans les milieux tradi, et l'impression de siège qui régnait dès qu'on évoquait les « frères trois points ». Ils étaient l'image des armées d'Antiochus Epiphane à l'époque des Macchabées : puissantes, infiniement supérieures, qui n'attendaient qu'un signe de leur supérieurs (inconnus, cela va sans dire) pour envahir le temple de Jérusalem et le profaner. Comme disait le psalmiste, « posuerunt signa sua, signa ».

Mircea Eliade a écrit dans les premières pages d'un de ses ouvrages que l'homme religieux voyait le monde comme quelque chose de structuré. Le tradi est assurément religieux dès qu'il considère les loges ; c'est même un sport national que de détecter et de chasser les « signa eorum ». La pyramide du Louvre, l'arche de la Défense, les colonnes de Buren, maçonnique, tout cela. Le territoire était jalonné, jonché de leurs signes. Igor renchérissait volontiers sur le sujet : « comme le démon, ils crient victoire avant d'avoir gagné ; la résurrection n'en est que plus proche ».

Selon la doctrine contre-révolutionnaire, les loges constituaient le « corps mystique de l'antéchrist » ; et selon les prophéties privées, selon le secret de Fatima extrapolé (il n'avait pas encore été révélé), le corps mystique de l'antéchrist va persécuter l'Eglise jusqu'à ce qu'elle semble morte ; c'est alors qu'elle devrait ressusciter et péter la gueule aux méchants. D'où l'allusion à « la résurrection ».

Dans notre époque, qui est censée être la phase d'agonie mystique de l'Eglise, le démon crie donc victoire et prend possession du monde, en y mettant des colonnes de Buren de partout. J'espère que mes explications sont assez claires, hein…

Des revues se sont donc données pour mission de détecter et de démasquer tous ces signes. Une publication confidentielle, « sous la bannière », en a fait sa spécialité. La lecture de ces quelques feuilles est rarement monotone : « sous la bannière » sait tout ce que les autres ne savent pas ; elle est si bien renseignée qu'elle n'éprouve pas le besoin de citer ses sources. Les colonnes de Buren sont un calendrier maya, la pyramide du Louvre a 666 facettes, et un cimetière préhistorique de chevaux se trouve en bas de la roche de Solutré. Les liens avec la domination du démon sur le monde sont… euh… évidents.

Igor jurait avoir un ami qui avait un ami qui connaissait un franc-maçon qui, un jour, « avait fait pleuvoir devant lui ». Comme on vous le dit, ma bonne dame, ils sont très très dangereux. Sinon, pourquoi qu'y se cacheraient, hein ?

(prochainement : les alignements qui vibrent)


le 29/05/2006 à 08:35 | Permalien | Commentaires (0)


Une vie de tradi

La guerre des symboles  22/05/2006

Résumé : selon la vulgate tradi, les franc-maçons existent et sont méchants, du type comploteur (contre l'Eglise).

Toute une littérature débusquant l'étrange, le mystérieux, contribue à cette chasse aux maçons. Des publications comme « Sous la bannière » découvrent des alignements de « monuments maçonniques » cherchant à canaliser l'énergie vibratoire de centrales nucléaires pour en faire l'arme absolue qui pourra détruire la terre.

L' « axe majeur » de Pontoise est très apprécié des chasseurs de gnose, et je confesse y avoir fait moi-même plusieurs pélerinages. Un de mes amis d'alors est monté au sommet de la tour qui s'y trouve. « en effet, me dit-il, on éprouve bien une sorte de malaise au sommet, à cause de l'énergie qui y est concentrée. Tout autour du rebord, on peut lire des noms de grandes villes, et des noms d'endroits qui n'existent pas et qui ont certainement un sens ésotérique. Ailleurs, on voit une sorte d'observatoire. C'est Galilée, c'est la révolte contre Dieu ! »

Les noms au sommet de la tour, j'ai pu le constater, sont Vauréal, Courdimanche, St Ouen l'Aumône, bref, ceux des communes des envions de Cergy. Rien d'imaginaire dans tout cela. « Oui mais, aurait répliqué mon ami, l'architecte est israélien. Cela ne te dit rien, cela ? » Quelques mois auparavant, une autre connaissance qui avait décidé de faire la taupe dans une tenue blanche en revenait en disant : « j'ai regardé la liste des spectateurs ; tu ne t'imagines pas le nombre de noms israélites là-dedans ! » Pour le tradi qui sait lire, deux des états confédérés ont fusionné.

Les colonnes de Buren ne seraient qu'un calendrier astrologique maya. La pyramide du Louvre a, c'est bien connu, 666 facettes. D'ailleurs, des pyramides, il y en a partout. On en débusque sur la Place des Fêtes. On voit des colonnes brisées le long des autoroutes. La colonne brisée, tout tradi le sait, symbolise la défaite de l'Eglise.
Dans cette chasse au monuments, le tradi ne mentionnera que ce qu'il connaît, c'est-à-dire ce qui a paru suspect au copain d'un éditeur « de la cause ». Je n'en ai encore vu aucun mentionner un petit édicule maçonnique (ouvertement maçonnique, celui-là) que l'on n'a aucun mal à trouver, sur le Champ de Mars à Paris.

Pour le tradi, toutes ces manifestations sont comme un cri de victoire des loges, qui parsème le pays de marques de sa présence. Le tradi croit que la totalité de la classe politique est maçonne, ou a fait allégeance aux loges. Une revue, « lectures françaises », fondé par un chasseur de juifs sous Vichy, y est mensuellement consacrée. Elle exploite inlassablement le fonds de la Revue Internationale des Sociétés Secrètes, produite par des intégristes d'avant-guerre, ainsi que les documents saisis lors du pillage des loges sous le régime de Vichy. Elle y ajoute des concepts plus récents, aux noms ésotériques (« Bilderberg », la « trilatérale ») pour se tenir à jour. Le forum de Davos y était dénoncé comme l'une de ces officines, avant qu'il jouisse de la célébrité qu'on lui connaît.

D'autres publications, des livres, exploitent aussi cette manne qui promet beaucoup mais ne livre pas grand-chose. C'est notamment le cas des tomes de Léon de Poncins, ou du Marquis de la Franquerie, si excessif qu'il a du mal à trouver une quelconque crédibilité, même dans Tradiland. Mais le tradi n'a pas besoin de lire tout cela pour être persuadé que les maçons s'entendent tous pour gouverner le monde et le livrer au diable.

Il faut connaître cette ambiance pour bien comprendre l'histoire que je raconterai la prochaine fois.

(à suivre, bien sûr!)


le 22/05/2006 à 20:13 | Permalien | Commentaires (6)


Une vie de tradi

Le complot maçonnique  20/05/2006

A l'initiative de Zabou, je viens de me rendre compte qu'en un an et demi de sarcasme et de mauvaise foi, ce blog n'a jamais parlé de « la rose de notre-dame », qui est pourtant une cible toute désignée, l'une de celles qui porte autour du cou un panneau qui dit « ne me tirez pas dessus SVP ». Comment résister à la tentation ?
J'ai écrit ces lignes il y a pratiquement un an, sans trop les relire. Il est possible que des redites apparaissent au cours des épisodes. Peu importe ! Le lecteur de blog ne tient pas une comptabilité précise de ce qui est dit, pas dit, etc.
Nous abordons ici l'un des sujets centraux du tradiland : l'anti-maçonnisme, qui était d'ailleurs beaucoup plus intense que l'anti-sémitisme. La variante d'anti-maçonnisme que l'on verra ici est de type symboliste : « politique d'abord » n'a jamais vraiment été pris au sérieux chez nous. « La rose de notre-dame » fera son apparition dans ces billets en temps opportun. Il faut d'abord planter le décor.


Le complot maçonnique

Il ne reste plus grand-chose des quatre « états confédérés » contre lesquels tonnait Maurras. Se battre contre le protestantisme est un peu ridicule. Se battre contre les juifs conduit rapidement à des cris d'orfraie. Le marxisme n'est plus ce qu'il était en 1930. Il ne reste donc que la franc-maçonnerie contre laquelle tonner.

Dans le tradiland moderne, la franc-maçonnerie bénéficie d'une aura incontestable. C'est une espèce d'empire du mal, aussi dangereux et menaçant qu'il est mal connu. Bref, c'est un adversaire à la mesure du preux tradi. Le franc-maçon lui semble une espèce de démon, initié à des choses infernales qu'il ne peut dévoiler sous peine de terribles souffrances. Il veut par tous les moyens travailler à la dépravation de la société, au relativisme religieux. Pire (voyez comme il est dangereux), il cache ses menées sous une apparence de respectabilité.

Son organisation est prodigieusement efficace : capable de faire pleuvoir dans la minute (le tradi connaît le copain d'un cousin de la concierge qui l'a vu faire ça, vraiment), le franc-maçon s'insère dans une organisation mondiale capable de lancer des offensives idéologiques de façon simultanée, aux quatre coins de la planète. Le divorce, c'est eux ; la séparation de l'Eglise et de l'Etat, c'est eux ; la pilule, c'est eux ; l'avortement, c'est eux ; bientôt l'euthanasie (les tradis de mon époque n'avaient pas vu venir le mariage homosexuel), l'eugénisme, le naziiiiiiisme. Car le tradi, en combattant le franc-maçon, combat le nazisme, c'est bien connu.

Le seul rempart contre les loges, c'est l'Eglise. La preuve, c'est l'inimitié persistante entre eux deux.

Bon, cela c'est la vulgate anti-maçonnique du tradi de base. Le tradi qui a des lettres n'aura aucun problème à trouver dans sa librairie tradi de quoi approfondir le sujet. Un de ces livres, par exemple, tente une synthèse de différents mythes pour prouver que l'histoire de Hiram et des « fils de la veuve » n'est qu'une version d'un mythe originel qui postule que Dieu est mauvais et que le démon a libéré l'humanité du joug de ce dernier.

En allant un peu plus loin, il est facile de postuler l'existence d'une tradition primordiale remontant à Adam, concurrencée par une tradition démoniaque qui se maquille sous les apparences de toutes les autres traditions religieuses de la planète. Partant de là, on peut trouver des sens insoupçonnés à tous les textes maçonniques qui peuvent exister ; et on verse assez rapidement dans le combat des anges au-dessus des têtes des hommes, et la chasse aux gnostiques. On ne vous l'avait pas encore dit : les francs-maçons sont aussi des gnostiques. Tout pour plaire, je vous dis.

La franc-maçonnerie, selon la vulgate tradi, mène un combat mondial et coordonné pour détruire l'Eglise. La fin des états pontificaux, c'est sa faute. La suppression des religions d'état (lorsque c'était le catholicisme), c'est sa faute. La viande le vendredi dans les cantines, c'est sa faute. La destitution de Pinochet, c'est sa faute. Et je ne dis rien des choses terribles que l'on prépare : l'avortement n'est en fait qu'une gigantesque messe noire. Bientôt, tous les humains auront un code barre tatoué sur la main, qui n'est autre que la « marque de la bête » dont parle l'Apocalypse. D'ailleurs, ajoute la brochure qui récapitule cela, « l'ordinateur central est déjà prêt à Bruxelles ». Vous rigolez, mais c'était au début des années 90 qu'on gambergeait comme ça. Le code-barre fait désormais partie des légendes à la X-files ; il est plus vieux que vous ne le pensez.

(à suivre)


le 20/05/2006 à 10:32 | Permalien | Commentaires (0)


Une vie de tradi

Mon maître (4 et fin)  15/12/2005

Le souci de faire quelque chose pour « la Cause » avait conduit Igor à prendre les rênes du BLED. Il y trouvait son compte de plusieurs manières : il jouait un rôle social, associatif, qui était important à ses yeux en dehors même de toute considération religieuse ou politique. Il créait des emplois qui allaient aux amis de la Cause ; tous pouvaient ainis travailler dans « l'ambience de chrétienté ». Il travaillait à dégager des bénéfices, qui pourraient être un jour ou l'autre versés à un monastère ami, ou pour un projet de la Cause. Bref, il s'évertuait pour être utile à la Cause.
Celle-ci le lui rendait mal : les amis de la Cause se comportaient en terrain conquis, tenaient des propos gênants devants les autres employés, ne travaillaient plus, entraient en conflit. L'un d'eux avait surgi un jour dans les locaux du BLED et avait crié devant des clients : « salut les roycos ! » Plus d'une fois, l'affaire se régla devant les prud'hommes.

Politiquement, Igor Igor était un maurrassien qui avait viré au royaliste providentialiste. Il suivait Maurras dans son rejet du système républicain. Mais aucun des prétendants au trône ne lui plaisait ; c'est donc que Dieu pourvoirait, le moment venu. Il croyait assez volontiers aux prophéties et aux révélations privées, suivant en cela son maître Jean Vaquié. La Salette, tout ce qui concernait le « grand monarque », tout cela était assez volontiers accepté. « Paris sera brûlé et Marseille engloutie », aussi.

Voilà donc, en quelques lignes, mon Palpatine, la personne qui, par l'ascendant qu'elle exerça sur un jeune homme de vingt ans, pieux, romantique et sans culture politique, contribua à faire des vingt mois qui suivirent un tumulte permanent.


le 15/12/2005 à 22:01 | Permalien | Commentaires (0)