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 <title>sombreval, le webzine catholique</title>
 <subtitle><![CDATA[Webzine catholique]]></subtitle>
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 <updated>2010-03-11T15:36:24+01:00</updated>
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   <title>La Chute de la Création (Métacortex II)</title>
   <updated>2010-03-09T18:25:00+01:00</updated>
   <id>http://www.sombreval.com/La-Chute-de-la-Creation-Metacortex-II_a707.html</id>
   <category term="Livres" />
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   <published>2010-03-04T14:31:00+01:00</published>
   <author><name>Sombreval</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.sombreval.com/photo/1922357-2639455.jpg" alt="La Chute de la Création (Métacortex II)" title="La Chute de la Création (Métacortex II)" />
     </div>
     <div>
      Etant plus que métaphoriquement le microcosme, lorsque l’homme dégénère, tout l’univers inférieur dégénère avec lui. Cette dialectique anthropocosmique devient de plus en plus précise dans le roman de Maurice Dantec à mesure que s’y dessine le paysage monstrueux de la Chute. L’écrivain décrit jusqu’en ses ultimes conséquences les effets de la <a class="link" href="http://www.sombreval.com/La-Reversibilite-selon-Maurice-Dantec-Metacortex-I_a706.html">Réversibilité</a>. Le salut ou la perdition du monde dépend de celui que la Genèse nous présente comme le seigneur et maître de l’univers créé : l’homme, le <span style="font-style:italic">Pontifex</span> des Pères de l’Église, le <span style="font-style:italic">Microcosme</span> des penseurs antiques et médiévaux, <span style="font-style:italic">der kleine Gott der Welt</span> de Goethe, le petit dieu de ce monde. L’homme résume et, comme l’affirme Bossuet, «ramasse en lui-même l’univers» qui trouve en lui son épanouissement qualitatif. Il n’est pas jusqu’à sa forme corporelle qui ne soit dotée d’une signification cosmique, révélatrice de sa noblesse.        <br />
       Au début de son roman, Dantec expose un postulat qui deviendra par la suite le leitmotiv de toutes ses descriptions de la nature, cette nature aliénée, soumise, <span style="font-style:italic">par la faute de l’homme</span>, au <span style="font-style:italic">vide</span>, comme dit saint Paul, au vertige du néant, à cette contre-attraction qui fuit le Bien, la Sagesse et qui l’assimile à la «Folie» des Saints Livres : «la Chute de l’Homme, écrit-il, est concomitante à celle de la Création», du fait de la symbiose qui les unit (p.25). Et puisque la Chute s’accélère, et que les temps nouveaux décrits par le romancier sont ceux de la grande tribulation apocalyptique, toute la nature se met à l’unisson de cette nouvelle phase de l’évolution humaine qui correspond en fait à une dévolution, annonciatrice des pires catastrophes. Dantec fait sienne l’antique conception de l’homme-microcosme et la relie aux tragédies climatiques qui s’abattent sur le monde :        <br />
       « Si la Chute de l’Homme avait pu entraîner la dégradation de toute la Création, c’était pour une raison toute simple : le monde est foncièrement dépendant de l’Homme, ce <span style="font-style:italic">microcosme hypercentre</span>, parce qu’il le contient et que dans le même temps il est saisi par lui, c’est ainsi que l’univers, dans sa structure la plus intime, dépendait de son salut ou de sa perdition. Pour les hommes du Moyen-Âge, la seule période qui comptait vraiment dans le cœur de Verlande, "microcosme" ne signifiait nullement le monde de l’infiniment petit, tel que la modernité l’a finalement conçu. Le microcosme de la conception antique et médiévale, le "petit cosmos", le "petit Monde créé", c’est l’homme lui-même, non seulement <span style="font-style:italic">reflet</span> de la création, mais son <span style="font-style:italic">entéléchie</span>, ce par quoi l’univers venait à prendre forme et sens, de son principe premier à sa cause finale» (p.418).        <br />
              <br />
       La guerre comme forme de dévastation intégrale, inaugurée en 1939, et qui n’a jamais cessé depuis lors, malgré la fiction d’une paix devenue irréalisable, s’amplifie de tous les désastres naturels générés par le chaos humain : typhons dévastateurs, torrents en furie, éléments déchaînés, pareils à des fléaux vengeurs qui se retournent contre l’homme pour l’abattre. Alors que des cyclones en formation s’apprêtent à envahir les côtes américaines, Verlande se fait cette réflexion : «Sur ce territoire qui n’était au bout du compte qu’une variante fractale de la planète, la météorologie jouait son rôle. Si la Création avait chuté avec l’Homme, alors les cyclones en formation dans l’Atlantique Nord ne représentait qu’une forme amoindrie de leurs lointains générateurs […] ce qui se préparait ici, dans le Monde de la Chute, c’était un million de kilomètres carrés soumis à la loi des éléments de ce cosmos inverti, ce qui se préparait sur terre, c’était la violence si pure de la nature, la nature dénaturée par sa Chute, et par le propagateur de celle-ci, ce qui se préparait dans l’Océan, c’était la version météorologique de la catastrophe humaine générale» (p.420). L’écologie terrestre est aussi une manifestation de cette guerre généralisée qui ne s’est jamais interrompue et qui semble vouer le monde à ce que saint Paul assimile à une «perdition loin de la Face de Dieu» (2 Thess, 1:9). C'est là une des conclusions qu'impose le roman de Dantec.       <br />
       Albert Frank-Duquesne suggérait déjà dans son puissant <a class="link" href="http://www.sombreval.com/Cosmos-et-Gloire-Frank-Duquesne,-pref-Paul-Claudel_a681.html">Cosmos et Gloire</a> que les énergies pulsionnelles de l’homme, si elles ne sont pas canalisées par l’esprit dans les époques de grand désordre, loin de se concentrer en lui-même, rejaillissent au dehors et perturbent l’équilibre de la nature : «Nous sommes, écrit-il, persuadés que la nature physique, dont l’actuelle incohérence provoque plus que jamais des catastrophes dont souffre l’humanité tout entière, <span style="font-style:italic">suit</span> tout bonnement les fluctuations de l’antithéisme humain. Un vieux mythe rosicrucien veut que des correspondances secrètes existent entre le “feu” psychique et l’autre, matériel, de sorte qu’à toutes les époques du <span style="font-style:italic">Sturm und Drang</span> “dyonisiaque” le “feu central” tellurique réagisse en conséquence».        <br />
              <br />
       Maurice Dantec excelle dans la description de la Chute de la Création, corrélative à celle de l’homme.  Il s’inscrit dans cette lignée d’écrivains et de penseurs qui ont intégré à leurs réflexions la dimension cosmique du christianisme et dont la vision englobe tout à la fois l’homme et l’univers créé, unis dans un même destin.             <br />
              <br />
       À suivre : <span style="font-style:italic">Sacrifice et Rédemption</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>La Réversibilité selon Maurice Dantec (Métacortex I)</title>
   <updated>2010-03-04T14:55:00+01:00</updated>
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   <published>2010-02-21T19:02:00+01:00</published>
   <author><name>Sombreval</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[

« C'est dans la nuit que nous avons appris à combattre la nuit, à tuer durant la nuit, et, pour finir, à la tuer elle aussi. Nous sommes devenus prédateurs gâce à elle, nous sommes devenus les agents de la Réversibilité en son sein le plus ténébreux, elle nous a tout appris, maintenant nous allons lui montrer que nous avons bien retenu ses leçons. Si quelqu’un m’entend, où qu’il se trouve, qu’il sache que je me tiens aux avant-postes de la destruction de ce monde, retournement nécessaire à sa Restauration, c’est pourquoi je ne ferai rien pour l’empêcher. Mais je tuerai tous les fils de putes qui voudront éviter le glaive de la Justice, alors qu’ils auront commis tous ces crimes. Ce qu’ils ignorent, c’est qu’en les sacrifiant en ce monde, je les sauve peut-être de la damnation dans l’autre. Et c’est précisément mon rôle. Mon rôle de dernier flic » (p.807).      <div><b>Miséricorde</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.sombreval.com/photo/1897628-2600724.jpg" alt="La Réversibilité selon Maurice Dantec (Métacortex I)" title="La Réversibilité selon Maurice Dantec (Métacortex I)" />
     </div>
     <div>
      Le lecteur attentif aura sans doute constaté que le dernier opus de Maurice Dantec, <span style="font-style:italic">Métacortex</span>, sorti ce mois-ci, abonde en références à la <a class="link" href="http://www.sombreval.com/Recension-sur-La-reversibilite_a692.html">Réversibilité</a>. Ce thème est en effet indissociable de la représentation de la Chute qui, dans la pensée de Joseph de Maistre, ne cesse de se perpétuer. La notion de «péché originel continué» fonde en quelque sorte la perpétuité de la Réversibilité en vertu de laquelle les innocents expient pour les coupables. Dantec, dans son roman, nous décrit un monde confronté à une seconde Chute : celui de la catastrophe généralisée et qui semble voué à la perdition. Toute la société est livrée au chaos, la perversion se propage et fait exploser toutes les barrières de la légalité. La nature est défigurée par tous les instruments qu’offrent la science et la technique à l’humanité nouvelle, cette humanité soumise à «l’esclavage de la vanité» selon les mots de saint Paul, affranchie de Dieu et de sa Loi. Les manipulations, les expérimentations génétiques donnent naissance à une nature artificielle, qui s'amalgame à la naturelle, réduite à l’état sauvage. Ce qui se préfigure alors, c'est une «Création de troisième espèce» (p.331), une anti-Création portant les séquelles de la dégradation humaine.       <br />
              <br />
       La Cité reste protégée de l’empire du mal grâce au Cube, le QG de la Sûreté qui figure la Justice. Dantec ne remet pas en question les mécanismes de la réversibilité, qui, de prime abord, peuvent choquer la raison. Il ne reprend pas même à son compte la critique récurrente qui consiste à dénier le caractère réversible des souffrances non voulues et subies. Il accepte telle quelle la doctrine maistrienne, comme en témoigne ce passage où l’écrivain explicite la nature de cette réversibilité (p.108) : «Selon Joseph de Maistre, un des auteurs maîtres de sa bibliothèque personnelle, “les innocents paient pour les coupables”, et c’est précisément cette réversibilité qui vient donner un sens à l’iniquité de ce monde. En effet, en payant pour les coupables, <span style="font-style:italic">chaque</span> innocent est une réfraction temporelle du Christ, chaque innocent, <span style="font-style:italic">même s’il n’est pas un saint</span>, est oint par la terrible et magnifique justice divine, celle où la Miséricorde est aussi infinie que le Châtiment et, par son sacrifice, il permet au coupable d’accéder à la Rédemption, geste de don total qui n’est pas particulièrement voulu. Chaque innocent <span style="font-style:italic">satisfait</span> pour le coupable».        <br />
       Cette conception de la Réversibilité, le personnage principal, le lieutenant Paul Verlande l’a reçue de son père, ancien Waffen SS qui a combattu les forces alliées pendant la Seconde Guerre mondiale. Autant dire que cette Réversibilité, cet ancien soldat d’élite qui a assisté aux pires atrocités et qui a dû les infliger, l’a éprouvée dans son âme et dans chair : «La théologie du Père Verlande lui avait été inspirée par ses lectures, certes, mais il en avait expérimenté la chimie terrestre, au plus près, dans le laboratoire même où elle se fabriquait, à la chaîne, telle une industrie terminatrice».        <br />
       Plus loin encore, l’écrivain relate des épisodes de la campagne de Russie où les hommes, bien qu’obéissant à des forces aveugles de destruction, accomplissent à leur insu une loi salvifique supérieure attestant la Miséricorde infinie de Dieu : «Sur le front de l’Est les SS tuaient systématiquement et immédiatement tous les soldats russes ; les soldats russes tuaient systématiquement et immédiatement les SS. Le diable lui-même ne pouvait échapper à la force mystérieuse de la réversibilité, lui-même finissait par tomber dans le piège qu’il avait conçu, c’était par sa folie meurtrière même que l’homme défaisait celui qui l’avait jeté dans la fosse sanglante». Dantec est ici proche de Maistre pour qui le déchaînement de la violence, transmuée en force sacrificielle lorsque culmine l'horreur de la guerre, se tourne contre le principe même du mal, du fait de la Réversibilité. Le Père Verlande, presque centenaire, fait d’ailleurs cette confession à son fils : «Mon châtiment aura été non seulement de ne pas mourir sur le champ de bataille, mais de vivre presque un siècle. Comprends la terrible réversion de la Justice divine : parce que je suis coupable, je reçois la vie, parce que j’ai donné la mort, j’ai droit à l’existence terrestre et à toutes ses richesses».        <br />
              <br />
       Le monde que dépeint Dantec, c’est celui de la Chute où, écrit-il, «paradoxalement la Réversibilité ne cesse d’agir dans le visible et l’invisible» (p.284). C’est pourquoi l’idée de sacrifice occupe une telle place dans son roman, et, partant, celle de réversibilité. Dans ce monde déchu, la joie même obéit à la loi de la compensation. Elle se paie d’une façon ou d’une autre (p.141), et d’abord par les souffrances de l’innocent. La réversion du sacrifice est continue car la culpabilité des hommes prend justement racine dans leur insouciance, leur inconscience, et disons-le, leur médiocrité. C’est ainsi, écrit-il avec justesse, que «certains criminels sont moins coupables que les hommes qui se destinent à cette occupation diabolique de vivre dans l’ignorance, la vanité, l’iniquité, la trahison, l’arrogance, la corruption, toutes ces micro-abominations commises au quotidien par l’homme moyen d’aujourd’hui, celui pour lequel, précisément, les innocents doivent être sacrifiés».        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Châtiment</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.sombreval.com/photo/1897628-2600725.jpg" alt="La Réversibilité selon Maurice Dantec (Métacortex I)" title="La Réversibilité selon Maurice Dantec (Métacortex I)" />
     </div>
     <div>
      À plusieurs reprises, le personnage se présente comme un «agent du sacrifice», de la «sainte Réversibilité». C’est un «flic» au service de la justice, de cette justice divine qui dispense la Miséricorde et le Châtiment. Il doit donc mettre hors d’état de nuire les êtres pervers et malfaisants qui tirent jouissance de la destruction de l’innocence et qui, par leurs abominations, «perpétuent, à l’échelle purement terrestre, la Crucifixion du Christ» (p.168). C’est ainsi qu’«envoyer un coupable derrière les barreaux pour la vie est un acte de foi envers cette justice, car ici-bas, c’est à son innocence dévoyée que le criminel sera, pour le restant de ses jours, confronté chaque seconde. L’innocent paie pour que le criminel reçoive. Sur cette planète, ce sont les flics, soit un type d’hommes plus impitoyables encore que les criminels, qui sont les porteurs de cette promesse, ce sont les flics qui offrent le don sublime de la Cage perpétuelle».        <br />
       Nous pourrions prendre un exemple dans l’actualité pour illustrer cette conception. Nous avons appris que Jean-Pierre Kleiber s’est suicidé dans sa cellule de Fleury-Mérogis. Qu’est ce qui l’a poussé à mettre fin à ses jours ? Certainement le refus de porter le poids de son crime. «J'en ai marre d'être pris pour un assassin et privé de ceux qui me sont chers» a-t-il noté dans son mot d’adieu. La police a joué son rôle, mais, on le voit, l’organisation pénitentiaire a failli. La fréquence des suicides dans les prisons françaises témoigne d’une défaillance de la justice des hommes, au sens fort que lui donne Dantec, elle qui devrait être le miroir de la justice de Dieu.        <br />
              <br />
       Verlande encore, quelques pages plus loin, explique à Voronine que c’est justement parce que Dieu souffre avec les victimes que l’application du châtiment doit être implacable : «Comprends juste que la Justice est émue avant même que le crime soit perpétré, elle saigne avant même que le couteau s’enfonce dans les chairs, elle pleure alors que le père ouvre la porte de sa  chambre pour violer sa propre fille, elle hurle bien longtemps avant que le fer à souder s’approche des organes génitaux de l’homme attaché sur une chaise. C’est pour cela qu’elle ne laisse pas la moindre chance à ceux qui lui ont fait vivre le sort de chacune de leurs victimes. Sa divinité la rendra bien plus glaciale encore que celle dont les enfants de putain auront fait preuve, c’est cela la réversibilité infinie de Dieu».       <br />
              <br />
              <br />
       À suivre : <a class="link" href="http://www.sombreval.com/La-Chute-de-la-Creation-Metacortex-II_a707.html">La Chute de la Création</a>       <br />
               <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="http://www.sombreval.com/La-Reversibilite-selon-Maurice-Dantec-Metacortex-I_a706.html" />
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   <title>Les messes de Dufay : superbe</title>
   <updated>2010-02-02T13:09:00+01:00</updated>
   <id>http://www.sombreval.com/Les-messes-de-Dufay-superbe_a704.html</id>
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   <published>2010-01-31T16:08:00+01:00</published>
   <author><name>Votre podcasteur</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.sombreval.com/photo/1849248-2527254.jpg" alt="Les messes de Dufay : superbe" title="Les messes de Dufay : superbe" />
     </div>
     <div>
      Musicien très renommé au XVe siècle en Europe, Guillaume Dufay (1400-1474) a composé plusieurs messes d'une beauté et d'une profondeur saisissantes. J'ai une prédilection particulière pour la  <span style="font-style:italic">Missa Ecce ancilla domini</span> dont l'<span style="font-style:italic">Ensemble Gilles Binchois </span> a réalisé une version de référence (chez Virgin Classics). J'ai découvert récemment la messe <span style="font-style:italic">Se la face ay pale</span> par l'ensemble <span style="font-style:italic">Diabolus in musica</span>. Disponible chez tous les bons disquaires pour 12 euros à peine, je vous la recommande vivement.         <br />
              <br />
       J'inaugure mon premier podcast (whaouuu) avec le magnifique <span style="font-style:italic">Kyrie</span> de cette messe qui marque le plein épanouissement du génie de Dufay et, plus généralement, du génie musical médiéval. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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 	<itunes:author>Votre podcasteur</itunes:author>
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   <title>Étudiantes : reçues ou recalées ?</title>
   <updated>2010-03-04T14:53:00+01:00</updated>
   <id>http://www.sombreval.com/Etudiantes-recues-ou-recalees_a702.html</id>
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   <published>2010-01-28T12:01:00+01:00</published>
   <author><name>  Sombreval</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Cette scène vécue se déroule au mois de juin, dans une université française quelconque. Des étudiants attendent dans un long couloir que les résultats de leurs examens soient affichés. Le contingent d’étudiantes est particulièrement important car, en France, rappelons-le, l’Université c’est sept filles pour trois garçons. La plupart ne songeront pas à fonder un foyer avant la trentaine passée. L'Université en effet n'est qu'une étape vers l'émancipation totale et définitive, laquelle coïncide avec la destruction de la société. Je suis là et j’observe le spectacle… Cette scène devrait constituer le premier chapitre d’un roman intitulé "Regio dissimilitudinis"....     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.sombreval.com/photo/1843860-2518490.jpg" alt="Étudiantes : reçues ou recalées ?" title="Étudiantes : reçues ou recalées ?" />
     </div>
     <div>
       Aujourd’hui se joue l’avenir de jeunes gens. Les notes hélas tardent à être affichées. Ils sont venus en masse les étudiants qui attendent maintenant fébrilement qu’un responsable administratif vienne leur apporter la délivrance. On s’agglutine au fond de la pièce, là où selon les dernières rumeurs devrait être exposé l’objet de toutes les convoitises, la feuille de notes. L’attente devient insupportable pour tous ces étudiants grouillant dans cette salle lugubre devenue inaccessible pour tous ceux qui, relégués à l’arrière, dans le couloir, cherchent vainement à se frayer un chemin pour atteindre le mur à notes, ce véritable mur des lamentations. L’irritation se lit sur tous les visages. Pour détourner son esprit de toutes les conjectures effrayantes, on se réfugie dans les conversations les plus insipides. On essaie de soutirer autour de soi des aveux larmoyants, de dénicher tous ceux qui prophétisent leur échec pour s’assurer qu’on en aura pas le monopole si les événements prenaient un tour catastrophique. On se réjouit que tel ou tel certifie avoir échoué lamentablement. Il faut parfois prolonger l’interrogatoire tant certains aveux paraissent peu crédibles. Certains malicieux envisagent le pire, imaginent les scénarios les plus défavorables, créent autour de leur personne un contexte d’échec absolu de peur d’être pris au dépourvu si les notes ne s’avéraient pas conformes aux prévisions qu’ils s’étaient pourtant efforcés de ne pas rendre optimistes. De ceux là on s’en méfie non sans raison. Ils vous démontrent avec tout leur pouvoir de conviction que leur échec est inéluctable et puis brutalement ils défilent devant nous au comble de la joie pour nourrir notre effarement. Ils ont réussi au-delà de leurs espérances, très bien, on en prend note, mais on avait compté sur eux comme compagnons d’infortune, on escomptait que le spectacle de leur mine déconfite atténuât les effets d’une possible déconvenue. On ne sait alors ce qui est le plus insupportable : leur réussite mièvre ou le fait qu’ils se soient allègrement foutus de nous, que notre stupide crédulité les ait épargnés de l’angoisse insupportable où l’incertitude inexprimée aurait dû les plonger. Une grosse baffe, voilà ce qui devrait tenir lieu de félicitation.        <br />
              <br />
       Un individu sort du bureau administratif. C’est le préposé aux notes qui s’efforce de s’ouvrir une brèche dans la masse des étudiants frémissant d’impatience. La grande feuille qu’il tient à la main suscite dans leur esprit d’ultimes conjectures alarmantes. Plus personne n’est sûr de rien. L’agitation est à son comble. Le fonctionnaire, au bord de la rupture, bousculé de tous les côtés, exige le calme, joue des coudes, se retient pour ne pas éclater. Au comble de l’exaspération, inapte à maîtriser la foule bouillonnante, il ose une menace terrible. Il pourrait avoir l’audace de ne pas afficher la feuille de notes, seule susceptible pourtant de tempérer leur frénésie. La menace fait mouche. Ils sont tous acculés au silence. L’impatience furieuse ne se manifeste plus que par des gémissements pitoyables. On bouge à peine. On s’écarte pour laisser passer librement le préposé, on crie contre tous ceux qui s’obstinent à entraver sa marche... C’est l’affaire de quelques secondes... De la patience que diable ! Les filles du devant l’implorent de ne pas mettre sa menace à exécution. «Non monsieur, pas ça, s'il vous plaît». Snif, snif... L’individu, amadoué, scotche finalement la feuille vénérée et regagne doucement son bureau en goûtant le recueillement qui accompagne chacun de ses pas. Il ferme la porte derrière lui...        <br />
              <br />
       A présent les mots me manquent pour décrire le déchaînement des étudiants, la fureur qui les saisit à la vue de cette feuille de résultats semblable à leurs yeux à un rêve qui se matérialise…On fonce dans le tas, on force le passage avec cette maudite feuille comme seul point de mire. Mais on est gêné par ceux de devant qui, ayant pris connaissance de leur résultat, restent comme stoïques devant le mur à notes…A l’arrière on s’insurge contre la manie irritante qu’ils ont de ne pas pouvoir sortir de leur stupéfaction, soit qu’ils se sentent obligés de partager leur enthousiasme avec d’autres reçus, soit que, remplis de désespoir, ils cherchent un second souffle pour s’arracher à cette hébétude où les plonge leur non-admission. Noyées dans ces gesticulations, perdues dans la cohue de ces frileux convulsifs, certaines filles se débattent en furieuses...Déjà une recalée devant le mur s’effondre en larmes. Comment est-ce possible ? Et si nous ? Elles ont beau imaginer, la terreur étouffe leur imagination qui s’épanouit pourtant dans le délire dès qu’il est question de leurs notes. Non ! Non ! Par pitié ! Elles sont si transportées d’effroi qu’elles se ruent littéralement sur le mur. L’imminence du pire, bien loin de les paralyser, leur fait perdre tout contrôle. C’est une vraie furie. Elles se débattent entre elles pour affronter le verdict, pour savoir si elles vont partager le genre de calvaire de la recalée...        <br />
              <br />
       Je suis resté tout ce temps loin derrière, le sourire en coin. La joie que beaucoup manifestent, la détresse des autres ne laissent pas de me fasciner. Je les vois autour de moi jouir de leur résultat positif, exhiber leur bonheur immonde. Certaines filles s’arrachent les cheveux, hurlent, maudissent le monde entier… Je prends mes distances… On commence à partir. En voilà une qui se contorsionne de joie. C’est à son copain éternel qu’elle va donner la primeur de son résultat dément. Il est revenu au cœur de toutes ses pensées. Elle a été si odieuse pendant la quinzaine des révisions, pendant cette période si délicate pour le couple ; elle s’est montrée si susceptible, si réfractaire aux attouchements qu’elle s’est promise de se donner à fond quand l’heure de la coucherie sonnera à nouveau. Il s’en est fallu de peu que cette histoire verse dans le dramatique. Il n’en est rien pourtant. Il a su patienter, d’autant que si sa lassitude lui susurrait d’aller tout faire valdinguer séance tenante, son fond d’épicier plaidait sa cause et le convainquait qu’il ne retrouverait pas de nouvelle partenaire avant longtemps. On ne sait d’ailleurs jamais sur qui on va tomber. Plus moche que l’autre, des tas de conversations à s’infliger avant de se découvrir un résidu d’affinité. Ni trop, ni moins, plantée entre les extrêmes, celle là ne fait pas de complications. Une perle rare. Toujours partante pour des divertissements d’ennuyés, pas rétive à se faire bourrer quand le mâle la sollicite et la presse, à lui offrir enfin ce simulacre de plénitude qui lui fait défaut dans la solitude.        <br />
       Une autre d’un pas lourd s’en va rejoindre une sacrée déculottée. Elle n’aurait pas dû s’envoyer en l’air pendant les révisions. Le type s’est montré imprévoyant car si la négligence de sa copine lui a permis de se vider quand l’envie se faisait pressante, il risque maintenant de fameusement trinquer. C’est à un afflux de plaintes, de lamentations qu’il va devoir résister. Il lui faudra y répondre par des paroles prévenantes, consolatrices, fines. Tout cela n’est pas son fort. En plus imaginons qu’une fois l’échec consommé, le délire la saisisse de remettre sa vie en question, il est plus que probable que la première victime de ce vaste chambardement sera ce chéri en voie de ne plus l’être. Il se repentira de ne pas l’avoir forcée au travail car il se trouvera privé de l’hygiène mentale qu’elle savait lui fournir en soumise. Une fois qu’on en a une, il convient de la garder, sécurité de l’esprit oblige        <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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   <link rel="alternate" href="http://www.sombreval.com/Etudiantes-recues-ou-recalees_a702.html" />
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   <title>Bayard, Jean-Luc Marion et l'Osservatore Romano</title>
   <updated>2010-01-29T08:44:00+01:00</updated>
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   <category term="Actualités" />
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   <published>2010-01-22T15:37:00+01:00</published>
   <author><name>Sombreval</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.sombreval.com/photo/1832764-2500870.jpg" alt="Bayard, Jean-Luc Marion et l'Osservatore Romano" title="Bayard, Jean-Luc Marion et l'Osservatore Romano" />
     </div>
     <div>
      Parmi vos fréquentations, vous avez sans doute remarqué que  la plupart ont cessé depuis longtemps d’accorder la moindre once de crédibilité aux catholiques. Ils ne prennent même plus la peine de les prendre pour cible de leurs moqueries salaces. On ne rit pas aux dépens d’êtres diminués, affectés par une lâcheté congénitale héritée de décennies de compromissions. A vrai dire, le catholicisme les français s’en tapent. Pouvons-nous leur en faire grief ? Les catholiques ne représentent plus la moindre menace pour la société, le système et plus encore pour la laïcité. C’est une évidence pour tous. Et puis les discussions sur le préservatif et l’avortement fatiguent même les plus acharnés des libertaires. Là où par contre nous avons toutes les raisons d’être troublés, c’est en constatant que nombre de croyants, même ceux qui ont pour charge de défendre les intérêts de l’Eglise, semblent considérer la disparition du catholicisme en France avec la même indifférence. Puisons un exemple dans l’actualité du jour….       <br />
       En lisant quelques infos religieuses, j’apprends que Giovanni Maria Vian, le nouveau directeur de L’<span style="font-style:italic">Osservatore Romano</span>, quotidien «officieux» du Saint-Siège, vient de signer un accord avec <span style="font-style:italic">Bayard</span> pour favoriser la diffusion du journal. C’est très bien, on est content pour lui, Giovanni, il va pouvoir sabrer le champagne, en présence de femme et enfants, voire de prélats du Vatican. On fait avancer son affaire, c’est très bien… Mais il s’avère que le groupe Bayard est gangréné depuis longtemps par l'idéologie progressiste. Il suffit de consulter ses publications pour s'en convaincre. On trouve moins d’anti-catholiques viscérales parmi les universitaires (disons de la Sorbonne puisque c’est un milieu que je connais) que dans ce groupe de presse dont je n’oserais même pas m’approcher sans me boucher le nez.        <br />
       « Nous avons choisi Bayard, explique Giovanni Maria Vian, parce qu’il est le groupe de presse catholique français le plus important» : Propos assez révélateur et que je tiens pour extrêmement grave. Les catholiques en «place», pour remédier à leur perte d’influence dans la société, sont prêts à sacrifier la substance du message chrétien pour sauvegarder une apparence de visibilité. Ce qui importe pour ce monsieur, c’est l’importance du réseau, et non la nature du catholicisme qu’il cherche à propager. Tout cela dénote une soumission pathologique à l’esprit du monde, pourfendu par les meilleurs des chrétiens tout au long des siècles. Pourtant nécessairement un jour ou l’autre, il va falloir choisir : le Christ, son Royaume, ou le monde dont saint Jean nous dit qu’il est «plongé dans le Malin».       <br />
       Aujourd’hui un philosophe catholique, propagateur du cartésianisme, a prononcé son discours sous la Coupole des Immortels : Jean-Luc Marion. Un autre académicien immortel, Mgr Dagens, lui a répondu en tentant de retrouver la verve sacrée d’un Bossuet. Tout cela est beau, magnifique. On peut être un nain et un immortel à la fois : spécificité bien française. Notre philosophe, produit lui aussi des Grandes Ecoles, comme on en compte tant chez les catholiques (toujours la fascination du «grand», du «prestigieux»), ce philosophe donc a osé prononcer cette énormité dans le journal <span style="font-style:italic">La Croix </span> : «Certains chrétiens se crispent dans un état caduc et passé de la philosophie, appartenant à une époque scolastique, où la rationalité était définie de manière restrictive, où la confrontation entre foi et raison n’existaient pas. Mais ils n’ont rien compris aux enjeux actuels». Un chrétien un tant soit peu informé sait que toute la scolastique médiévale repose sur la confrontation entre la foi et la raison. Mais pour notre penseur, partir d’Aristote ou de Platon, ce n’est pas se fonder sur la rationalité. Les pauvres médiévaux ignoraient Descartes et Heidegger, un autre de ses maîtres qui avait le don de formuler des banalités sur l'être et la mort en langage abscons et avec des néologismes pompeux. Signalons que notre philosophe faisait aussi partie de ceux qui ont signé la fameuse pétition protestant contre la levée de l’excommunication des évêques de la Fraternité Saint Pie X.        <br />
       <span style="font-style:italic">L’Osservatore Romano </span>, relayé par le journal <span style="font-style:italic">La Croix</span>, propriété du groupe Bayard, ne devrait pas manquer en tout cas de saluer l’influence recouvrée de la pensée catholique en France, enfin en phase avec les enjeux de la modernité.           <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Une nouvelle théologie pornographique</title>
   <updated>2010-02-02T14:36:00+01:00</updated>
   <id>http://www.sombreval.com/Une-nouvelle-theologie-pornographique_a699.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2009-12-19T15:42:00+01:00</published>
   <author><name>Sombreval</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.sombreval.com/photo/1773404-2409407.jpg" alt="Une nouvelle théologie pornographique" title="Une nouvelle théologie pornographique" />
     </div>
     <div>
      Lu quelques pages hier d’un bouquin, publié en 2008 au Cerf, d’un agrégé de philo, et professeur d’éthique à l’Institut Catholique de Lyon, qui nous expose une herméneutique de la «sexuation humaine» sous l’angle du personnalisme. La Personne pour le catholique gogo d’aujourd’hui, c’est l’homme de la Genèse créé à l’«image» de Dieu (infusée à la création et inaliénable) mais exempté de la nécessité d’atteindre à la «ressemblance» qui est l’actualisation de tout ce qui implique l’«image» et qui résulte de la réalisation graduelle, de l’effort : elle doit se conquérir (c’est la théosis). Considérée comme constitutive de la Personne, la sexualité devient dans la perspective de notre auteur, une réalité sacrée, insoupçonnée des naturalistes, des hédonistes et autres matérialistes. On a eu droit au jansénisme au siècle de Pascal. Aujourd’hui on nous impose la «sexualité chrétienne», une «théologie de la conjugalité» censée nous révéler tous les aspects de la Personne : don, communion, auto-révélation. N’importe quelle cruche catho qui lit ce genre d’ouvrage, va considérer son cul comme une sorte de sanctuaire où ne pourront accéder que les initiés aux réalités transcendantes. N’importe quel crétin qui tringle sa nana catho va confondre son expérience du coït avec une plongée au cœur du mystère trinitaire. On voit d’ailleurs que «l’herméneutique de la sexuation» et «des gestes amoureux» débouche bien souvent sur ce qu’on pourrait appeler une théologie pornographique qui a pour caractéristique principale d’être blasphématoire (ce que n’est pas explicitement et ouvertement la pornographie). A ce titre nous découvrons dans l’essai en question des extraits d’ouvrages qui auraient valu le bûcher à leurs auteurs à des époques moins déliquescentes. La transposition dans domaine de la sexualité de tout ce qui touche à la liturgie catholique me semble particulièrement ignoble. On est affligé à la lecture des extraits de l’essai d’un sexologue abruti, publié en 2006 aux <span style="font-style:italic">Presses de la Renaissance </span> et intitulé : <span style="font-style:italic">Ne gâchez pas votre plaisir, il est sacré. Pour une liturgie de l’orgasme</span> : «Dans l’effusion génitale, écrit-il, le couple vit la joie d’être tout en soi et tout à l’autre. Bien sûr cette communion ne dure qu’une fraction de temps. Puis une partie secrète de chacun se referme, comme se referme l’iconostase. Chacun revient sur terre et reprend sa route propre, comme lors de l’envoi final à la messe». Commentant ce passage, notre auteur ose cette affirmation ahurissante, en se fondant sur une lecture tronquée d’un verset du <span style="font-style:italic">Cantique des Cantiques </span> : «Le corps de l’amante est présenté comme le réceptacle de la semence masculine représenté par l’amas de froment ainsi que le lieu de l’ivresse du plaisir symbolisé par le vin parfumé. Dans l’amour conjugal, le don de la vie est symbolisé par les attributs mêmes de l’eucharistie, le pain et le vin. Enfin à l’instar de la communion eucharistique, le temps de la communion intime est un temps privilégié...etc…». Sur une page entière, est reproduite la citation d’un essai d’une chrétienne en chaleur qui face à son mec en rut se lance dans un monologue sirupeux, aux accents poétiques insupportables. Il y a lieu de penser qu’il s’agit d’un amant ou d’un mari imaginaire car aucun type normal n’aurait pu endurer le supplice d’un monologue aussi stupide, révélateur tout à la fois d’une névrose religieuse et d’une névrose sexuelle, qui se mêlent sans qu’on sache très bien laquelle conditionne l’autre :        <br />
       « Ceci est mon corps »       <br />
       Blasphème ou réalité ?        <br />
       Toute recueillie, je crois pouvoir prononcer devant toi ces mots divins :        <br />
       « Ceci est mon corps »        <br />
       Je prends à deux mains ce corps, avec sa pesanteur matérielle, ses élans et ses résonnances  (…) avec son insatiable soif d’éternité        <br />
       « Ceci est mon corps »…que je te donne en nourriture       <br />
       Reçois-le en toi, comme le don le plus achevé que je puisse te faire, de l’être que je suis, moi, ton épouse.       <br />
       En  échange, tu me donnes, et je te reçois : ton corps d’homme, fait de vigueur et de puissance, avec ses violences (sic) et ses fougues, ses tentations et sa fécondité (…) avec ton âme tranchante comme une épée, pure comme un lac. Et cette clarté de Dieu qu’elle reflète (bon d’accord, mais c’est quand que tu te fous à poil ?)       <br />
       « Ceci est mon corps »       <br />
       Quand nous communions l’un à l’autre, ce n’est pas un blasphème que de dire que nous communions au Christ dont chacun de nous est pétri. En toi et moi, péchés et misères, joies et peines du couple, deviennent une unique hostie à l’image du Christ.        <br />
       Qu’en lui, et par Lui, avec Lui, soit enfin sanctifié l’amour d’un homme et d’une femme devenu Cantique d’actions de grâce, Messe à la gloire de Dieu ».        <br />
              <br />
       Faute de liturgie digne de Dieu dans nos paroisses, on se contentera donc de la messe au plumard (elle aussi reflet de la liturgie céleste si l’on suit les divagations de nos catholiques modernes). L’imagination débridée par de telles lectures, notre agrégé se lâche carrément lorsqu’il aborde l’«herméneutique des gestes amoureux». S’appuyant sur Lévinas et d’autres philosophes qui bénéficient du label Fnac, notre auteur commence par développer une «phénoménologie de la caresse» et du baiser. Puis l’on passe à une étude plus poussée, celle de la pénétration : « Le sexe masculin est tout entier ordonné à la pénétration et au don du sperme. L’homme est tourné vers l’extérieur de lui-même et donne avec son corps quelque chose de très intime, de très précieux, support de son identité génétique. Dans le coït, ce qui est donné de plus concret, c’est le sperme. Pour l’homme, donner son sperme, c’est se donner, c’est donner son intimité. Avec audace et réalisme, saint Jean Chrysostome parle du sperme comme de “l’or le plus pur”, “un parfum liquide”. C’est dire à quel point le coït est vécu comme un don très précieux. Le coït révèle aussi une dynamique centrifuge où il s’agit de lancer un projectile dans un lieu précis, un réceptacle adéquat. En projetant la semence à l’extérieur de soi, l’homme est l’origine d’une transformation au plus intime du corps de la femme (…) Enfin le plaisir sexuel masculin est localisé, bref tout entier centré sur le moment objectif de l’éjaculation qui en est comme la raison d’être...etc…»       <br />
        Il est noter que le propos attribué à Jean Chrysostome est tiré du bouquin foireux de O. Florant, «La liturgie de l’orgasme». La source authentique reste donc à vérifier. Mêler les détails les plus intimes du sexe au donné théologique est assez caractéristique de la nouvelle manière de concevoir le Mystère chez les catholiques modernes. Lapinos sur son blog citait dernièrement un passage d’un écrivain dont les ouvrages bénéficient eux du label «La préférence-La Procure» : Fabrice Hadjadj. La seule réaction que suscite un tel texte, c’est le dégoût : « Au commencement, avant de créer le monde, Dieu pensait au sexe d'une femme. Est-ce le secret de son anatomie en coupe faciale : une sorte de croix avec un triangle sur la pointe au centre ? La chose est probable, mais ce qui est sûr, c'est que le Père, pensant d'abord à cet Adam dont son fils assumerait la nature jusqu'à la mort la plus douloureuse, ne pouvait pas ne pas songer en même temps à ce qui serait sa première résidence : l'utérus de la Vierge (...) »       <br />
              <br />
       Il est donc évident à la lecture de tels textes que le catholicisme français moderne est une abomination. Il a fallu tout saccager, tout détruire, et en particulier la liturgie, pour aboutir à un tel naufrage de l’intelligence chrétienne.         <br />
        
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link rel="alternate" href="http://www.sombreval.com/Une-nouvelle-theologie-pornographique_a699.html" />
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   <title>Méditations sur Jean, 1:4 : "Ce qui est devenu, était vie en Lui"</title>
   <updated>2010-02-04T12:42:00+01:00</updated>
   <id>http://www.sombreval.com/Meditations-sur-Jean,-1-4-Ce-qui-est-devenu,-etait-vie-en-Lui_a697.html</id>
   <category term="Articles" />
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   <published>2009-10-26T17:39:00+01:00</published>
   <author><name>Sombreval</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div><b>La vie en Dieu</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.sombreval.com/photo/1660419-2238135.jpg" alt="Méditations sur Jean, 1:4 : "Ce qui est devenu, était vie en Lui"" title="Méditations sur Jean, 1:4 : "Ce qui est devenu, était vie en Lui"" />
     </div>
     <div>
      Le thème de la <a class="link" href="http://www.sombreval.com/Quelques-apercus-sur-la-preexistence_a695.html">préexistence</a>, étroitement lié à celui de la vie en Dieu, a pendant de nombreux siècles été rattaché à un texte sacré, qui n’est autre que le prologue de saint Jean. Le lecteur moderne a coutume de lire ainsi les versets 3 et 4 :        <br />
       3. Toutes choses ont été faites par Lui (le Verbe), et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans Lui. 4. En Lui était la vie et la vie était la lumière des hommes.        <br />
       Cette lecture découle de la traduction du texte grec et de la vulgate (moderne) ainsi ponctués :        <br />
       Grec : 3. πάντα δι' αὐτοῦ ἐγένετο, καὶ χωρὶς αὐτοῦ ἐγένετο οὐδὲ ἕν ὃ γέγονεν. 4. ἐν αὐτῷ ζωὴ ἦν, καὶ ἡ ζωὴ ἦν τὸ φῶς τῶν ἀνθρώπων.       <br />
       Vulgate : 3. Omnia per ipsum facta sunt : et sine ipso factum est nihil quod factum est. 4. In ipso vita erat, et vita erat lux hominum.        <br />
              <br />
       Or toute l’Eglise des premiers âges, les théologiens médiévaux, les mystiques rhénans (Suso, Ruysbroeck, Maître Eckhart) ont lu ces versets agencés selon ce découpage : «...rien n’a était fait sans Lui. Ce qui a été fait (les créatures), en Lui (le Verbe) était vie» ou, si l’on traduit adéquatement le texte grec : «Ce qui est devenu, en Lui était vie». Leur lecture a eu une influence décisive sur la théologie. Elle nous permet de comprendre la fortune qu’a connue une doctrine résultant de la rencontre de la métaphysique néo-platonicienne et de la théologie chrétienne. Cette doctrine, c’est celle de la préexistence de toutes choses en Dieu et dans les idées archétypes, qui sont le préalable fondateur du monde. Elle postule l’enracinement idéel de toutes choses dans le Verbe-intellect de Dieu. Le sens profond de cette doctrine, c’est, comme le remarque Blunt dans son <span style="font-style:italic">Annotated Bible</span> (1891), que «la vie et l’être ne sont pas seulement un don de Dieu accordé comme quelque chose d’extérieur à Lui, mais que de mystérieuse façon, la vie humaine dérive de l’essentielle vie de Dieu». C’est donc dans l’éternité de la préexistence que s’enracine notre être essentiel, idéal. Nous sommes dès lors appelés à «devenir ce que nous sommes», pour employer une formule souvent usitée par Hadewijch d’Anvers dans ses écrits. La quête d’absolu de cette mystique flamande, contemporaine de saint Thomas d’Aquin, lui faisait entrevoir une opposition radicale entre son existence éternelle et sa vie dans le temps. Sa voie mystique, indissociable de l’exemplarisme médiéval, comportait cette exigence à la fois austère et exaltante : «Devenir» ici-bas ce que nous «sommes» dans l’essence divine, dans la pensée éternelle de Dieu. Louis Bouyer a exposé avec précision la théologie mystique d'Hadewijch dans ses <span style="font-style:italic">Figures mystiques féminines</span> : «Il apparaît à Hadewijch qu’avant même que nous existions concrètement dans notre libre individualité, nous sommes tous, dans la vivante pensée du Père en son Fils, éternellement conçus et aimés avec lui. Aussi éternellement sommes nous prédestinés en lui : tout ce que nous pouvons, tout ce que nous devons être, nous ne le serons qu’en nous identifiant, par notre libre consentement, avec ce que nous étions de toute éternité dans cette vivante pensée du Père». C’est donc à chacun d’actualiser toutes ses richesses latentes, d’incorporer et de réaliser son idée-archétype auto-réalisatrice : «La personne humaine, écrit Boulgakov, a son propre archétype qui correspond à son idée personnelle. Originellement, chaque homme est une œuvre vivante et artistique qui sort des mains de l’Artiste divin, du Créateur du monde».        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.sombreval.com/photo/1660419-2242150.jpg" alt="Méditations sur Jean, 1:4 : "Ce qui est devenu, était vie en Lui"" title="Méditations sur Jean, 1:4 : "Ce qui est devenu, était vie en Lui"" />
     </div>
     <div>
      Il est à noter que le terme grec <span style="font-style:italic">ginomai</span> (devenir, venir dans l’existence) permet de mieux saisir la distinction, implicite dans les deux versets du Prologue que nous commentons, entre l’être essentiel, préexistant, c'est-à-dire l’être éternel, idéal en Dieu, et l’être réel (ou créé) en proie au devenir. Dans le texte grec, ponctué à la manière des Pères, l’«être» de la sphère intra-divine se trouve opposé au «devenir» de l’éon extra-divin : «Ce qui est <span style="font-style:italic">devenu</span>, en Lui <span style="font-style:italic">était</span> vie». Saint Jean, que ce soit dans son Evangile ou l’Apocalypse, use souvent de <span style="font-style:italic">ginomai</span> en contraste avec <span style="font-style:italic">eimi</span> qu’on traduit par le verbe être. Qu’on songe à cette parole de Jésus qui renvoie au fameux <span style="font-style:italic">Ego sum qui sum</span> de l’Exode : Avant qu’Abraham fût (=vienne dans l’existence, <span style="font-style:italic">ginomai</span>), je suis (<span style="font-style:italic">eimi</span>) : Jean, 8-58.        <br />
       Appuyant ce contraste, Albert Frank-Duquesne se livre à une exégèse du plus haut intérêt dans un long chapitre de son <span style="font-style:italic">Création et Procréation</span>. Avec le quatrième verset du Prologue, note-t-il, «l’évangéliste abandonne l’éon des phénomènes pour contempler les créatures dans leur essence et d’ailleurs tout le créé, globalement pris. Il passe donc du devenir à l’être qu’ont les choses en Dieu, à leur divine “idée”. Dans cette perspective, c’est dans le Verbe que se découvre la réalité du monde, ce qu’il a de “vie”, d’évertuement, saint Paul dirait : de <span style="font-style:italic">marche</span> ou d’<span style="font-style:italic">énergie</span>. Dans le Verbe aussi, la destination de cette vie, le but de cette marche». Sur la «vie» des créatures dans la pensée divine, l’écrivain écrit plus loin ces lignes éclairantes : «Les “pensées de Dieu” telles qu’Il les conçoit éternellement dans son Verbe ne sont pas, comme celles de l’homme, de simples modalités subjectives. Elles ont une existence réelle, mais non séparée – les personnages “vivants” créés par un dramaturge de génie nous en fournissent l’analogue […] Lorsque saint Jean nous avertit que “ce qui est devenu était vie en Lui”, comprenons que les créatures ont éternellement dans le Verbe, Sagesse hypostasiée, non pas une simple existence, mais un <span style="font-style:italic">esse</span>, un être absolu, qui constitue la “vie” du Verbe, le processus dynamique qui nous interdit de voir en Lui un principe abstrait».               <br />
              <br />
       Cette antithèse du devenir créaturel et de l’être éternel qu’ont les créatures <span style="font-style:italic">idéalement</span> en Dieu, Frank-Duquesne l’identifie encore au chapitre IV de l’Apocalypse où les Vingt-quatre Vieillards adorent Dieu en s’exclamant : «Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu de recevoir la gloire et l’honneur et la puissance, parce que c’est Toi qui as créé toutes choses, et c’est par ta volonté qu’elles étaient et qu’elles ont été créées» (Ap, 4:11).        <br />
       La plupart des versions modernes portent : «et c’est par ta volonté qu’elles existent (ou sont) et qu’elles ont été créées». Certains manuscrits grecs, en effet, ont εἰσίν (<span style="font-style:italic">eisi</span> : sont), d’autres ἦσαν (<span style="font-style:italic">esan</span> : étaient) plus approprié au contexte de la pensée johannique. D’ailleurs dans la Vulgate latine nous lisons : <span style="font-style:italic">et propter voluntatem tuam erant</span> (étaient) <span style="font-style:italic">et creata sunt</span>.         <br />
       Voici un long extrait du commentaire de Frank-Duquesne de ce passage de l’Apocalypse, qu’on doit mettre en relation avec Jean 1:4 :        <br />
       « Avant de passer à l’existence séparée, de quitter le “sein” pour la vie autonome et de devenir sa propre entéléchie ontologique, la créature, qui, par ce passage, inaugure pour elle-même le temps, se trouve intégralement conçue dans la plénitude vitale du Verbe. Pour Dieu elle “était’’ déjà. Elle n’est pas issue d’un non-être imaginaire. Elle “était” déjà “vie dans le Verbe”. En stricte rigueur de termes, elle n’a pas été “créée de rien”, ou plus exactement du “rien” […] Si comme l’exprime l’Apocalypse, “toutes choses étaient”, c’est que, dans le Verbe, elles étaient présentes à l’esprit de Dieu. Et c’est “en vertu de sa volonté” qu’elles y étaient, non par l’effet d’aucune nécessité. La pensée divine est libre. Mais Dieu n’a pas voulu qu’elles existassent seulement dans sa conscience, qu’elles ne fussent présentes qu’à sa pensée. Et non pas à elles-mêmes. Puisqu’elles étaient siennes, elles étaient bonnes. Et puisqu’elles étaient bonnes, Il a voulu qu’elles puissent jouir de leur bonté, y contribuer elles-mêmes, se com-poser dans l’être (toutes ces phrases devraient d’ailleurs avoir leur verbe au présent, la création étant continue). Dans son amour, dans sa condescendance – ou plutôt en vertu de l’amour qu’il i[est], car Il <span style="font-style:italic">est</span> partage et don, koïnônia – Il leur a donné l’être, et lorsqu’il Lui plut, “elles ont été créées” (ici l’Apocalypse se rencontre avec Jacques, 1:18). Sa parole les a fait jaillir de son “sein” qui est la Sagesse hypostasiée dans le Verbe ; issues de sa pensée, elles ont inauguré leur propre vie ».        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Problème de ponctuation</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.sombreval.com/photo/1660419-2242221.jpg" alt="Méditations sur Jean, 1:4 : "Ce qui est devenu, était vie en Lui"" title="Méditations sur Jean, 1:4 : "Ce qui est devenu, était vie en Lui"" />
     </div>
     <div>
      Le lecteur pourrait s’étonner que les versions modernes du prologue johannique, et en particulier du verset 4, divergent à ce point de la traduction sur laquelle s’appuyaient les Pères de l’Eglise et les médiévaux. Comment expliquer ces divergences ? Il faut d’abord savoir que les plus anciens manuscrits néo-testamentaires se présentaient comme un texte continu de la première à la dernière ligne, sans indication de chapitres et dépourvu de tout signe de ponctuation (voir ci-contre l’image d’un extrait du papyrus Bodmer, sur lequel figurent les premières lignes de l’Evangile selon saint Jean). Il en résulte, ainsi que le remarque Stanislas Breton, un certain nombre de «flottements» qui «laissent au lecteur ou à l’exégète une latitude, plus ou moins considérable, d’interprétation. C’est précisément ce qui est arrivé quand, au Moyen Age, on se mit à approfondir le Prologue johannique». Même la subdivision en versets des textes du Nouveau Testament ne date que du 16e siècle, grâce à l’œuvre entreprise en 1548 par Robert Etienne et son édition nouvelle de la Vulgate.        <br />
       Placés devant le texte brut, les grands témoins de la Tradition ont adopté un découpage qui ne laisse pas de déconcerter les exégètes modernes. Prenons le texte de la Vulgate selon la disposition qui leur était familière. Nous constatons en effet qu’ils retranchent le <span style="font-style:italic">quod factum est</span> du verset 3 qui, placé en tête du verset 4, donne ceci : <span style="font-style:italic">quod factum est, in ipso vita erat</span> : «Ce qui a été fait, était vie en lui». D’autres plus rares optent pour cette leçon : «ce qui a été fait en lui, était vie», traduction que les hétérodoxes ont alléguée pour justifier leurs thèses manichéennes ou hérétiques. Certains prétendirent par exemple que le Verbe et le Saint-Esprit étaient du nombre des choses faites en Dieu, les ravalant ainsi au rang de créatures. Pourtant, comme le remarque Melline d'Asbeck, dans son ouvrage remarquable sur la mystique de Ruysbroeck (1930), «malgré les Ariens, les gnostiques et les manichéens, qui avaient interprété ce verset du quatrième Evangile dans un sens tout à fait étranger à la doctrine du Logos, les Pères de l’Eglise maintinrent jusqu’à saint Thomas et jusqu’à Bossuet, la ponctuation traditionnelle». Melline d'Asbeck cite à foison les Pères de l’Eglise qui se sont prononcés en faveur de ce que saint Ambroise appelle la «version sacrée traditionnelle» du prologue johannique. Leur leçon, note-t-elle, «se retrouve au huitième siècle sous la plume de Scot Erigène ; elle est consacrée au XIIIe siècle par saint Thomas et admise sans discussion au XIVe siècle par Eckhart et Ruysbroeck. Au XVIe elle est adoptée par Erasme qui se réclame d’excellentes raisons». Elle mentionne également ce beau passage de la dixième <span style="font-style:italic">Élévation</span> de Bossuet : <span style="font-style:italic">Comment de toute éternité tout était vie dans le Verbe</span> :        <br />
       « Il y a, écrit Bossuet, une variété de ponctuation qui se trouve, non seulement dans nos exemplaires, mais encore dans ceux des Pères. Plusieurs d’entre eux ont lu : ce qui a été fait était vie en lui. Recevons toutes les lumières que l’Évangile nous présente. Nous voyons ici que tout, même les choses inanimées, qui n’ont point de vie en elles-mêmes, étaient vie dans le Verbe divin par son idée et sa pensée éternelle. Apprenons à regarder toutes les choses en ce bel endroit où “tout est vie” ».        <br />
       Le lecteur pourra également se rapporter avec profit aux analyses poussées du R. P Pierre Le Brun de l'Oratoire (1661-1729), tenu pour le plus savant liturgiste du dix-huitième siècle. Dans son <span style="font-style:italic">Explication littérale, historique et dogmatique des Prières et Cérémonies de la Messe</span>, disponible en intégralité sur <span style="font-style:italic">Google livres</span>, figure un commentaire du prologue de saint Jean. Le site <span style="font-style:italic">Salve Regina</span> en a reproduit quelques extraits : <a class="link" href="http://www.salve-regina.com/Liturgie/Le_dernier_evangile.htm">voir ici</a>. Le Brun opte pour le point après <span style="font-style:italic">nihil</span>, faisant sienne la leçon traditionnelle du verset 4. Il apporte un certain nombre de précisions historiques qui confirment la légitimité de cette version : «Erasme croit que, selon le style de saint Jean, ces mots, <span style="font-style:italic">ce qui a été fait</span>, commencent une nouvelle phrase. Telle est la ponctuation de la Bible Sixte V. Le point est aussi après <span style="font-style:italic">nihil</span> dans le Missel de Pie V, imprimé à Rome en 1570. En quoi l’on a suivi les anciens manuscrits de la Bible et des missels. Le Nouveau Testament dont Charlemagne se servait ne met pas seulement un point après <span style="font-style:italic">nihil</span>, mais un intervalle avant <span style="font-style:italic">quod factum est in ipso</span> […] On a aussi à la Bibliothèque du Roi la bible de Charles-le-Chauve, en lettres d’or capitales, où le point était marqué après <span style="font-style:italic">nihil</span>. On voit cette même ponctuation dans plusieurs autres bibles et dans tous les Missels de Paris manuscrits et imprimés jusque 1660. Dans la Bible de Clément VIII, imprimé au Vatican en 1592, il y a après le <span style="font-style:italic">nihil</span> une étoile qui sert à distinguer les versets». L’oratorien affirme également se conformer à la version de l’ancienne vulgate latine. Il semble que saint Jérôme ait oscillé entre les deux versions. Ce qui a pu faire supposer que la vulgate primitive donnait à lire comme la vulgate actuelle : <span style="font-style:italic">sine ipso factum est nihil quod factum est. In ipso vita erat</span>. Mais comme le remarque le père Ferdinand Prat, exégète très pointilleux sur les problèmes de la critique textuelle, cette supposition est erronée. S’appuyant sur les travaux des éditeurs Wordsworth et White, il affirme que «la plupart des meilleurs et des plus anciens manuscrits ont : <span style="font-style:italic">Quod factum est in ipso vita erat</span>. C’est l’ancienne version la plus répandue dans l’ancienne version latine».         <br />
              <br />
       <span class="u">Sources</span> :        <br />
              <br />
       Pierre-Antoine Lebrun, <span style="font-style:italic">Explication littérale historique et dogmatique des prières et des cérémonies de la messe</span>, T.2, Tutot, 1777.       <br />
       Melline d'Asbeck, <span style="font-style:italic">La Mystique de Ruysbroeck l’Admirable</span>, Leroux, 1930.       <br />
       Ferdinand Prat, S. J, <span style="font-style:italic">Jésus-Christ, sa doctrine, son œuvre</span>, Editions Beauchesne, 1933, p.494-498.       <br />
       Frank-Duquesne, <span style="font-style:italic">Création et Procréation</span>, Éditions de Minuit, 1951.        <br />
       Serge Boulgakov, <span style="font-style:italic">L’Épouse de l’Agneau</span>, L’Age d’Homme, 1984.       <br />
       Stanislas Breton, <span style="font-style:italic">Philosophie et mystique</span>, Jérôme Millon, coll. Krisis, 1996.        <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="http://www.sombreval.com/Meditations-sur-Jean,-1-4-Ce-qui-est-devenu,-etait-vie-en-Lui_a697.html" />
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   <title>Des photos récentes</title>
   <updated>2010-02-04T11:57:00+01:00</updated>
   <id>http://www.sombreval.com/Des-photos-recentes_a698.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>http://www.sombreval.com/photo/imagette-1664494-2244493.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2009-10-26T11:09:00+01:00</published>
   <author><name>N.M</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.sombreval.com/photo/1664494-2244493.jpg" alt="Des photos récentes" title="Des photos récentes" />
     </div>
     <div>
      Ma galerie n'a pas été enrichie depuis pas mal de temps. Le mariage de mon meilleur ami ayant été célébré il y a peu temps, je profite de l'occasion pour diffuser quelques photos récentes. Vous me découvrirez à la messe et au chateau où se tenait la réception. Vous remarquerez sa ressemblance avec le chateau de Vignancourt, où se réunissent les fameux chevaliers du Concile.         <br />
       Pour découvrir le diaporama, vous pouvez soit cliquer sur la petite image ci-contre, soit cliquer sur ce lien :        <br />
              <br />
       <a class="link" href="http://www.sombreval.com/slideshow/37187/">Diaporama</a>        <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="http://www.sombreval.com/Des-photos-recentes_a698.html" />
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   <title>Le traquenard</title>
   <updated>2009-10-26T11:49:00+01:00</updated>
   <id>http://www.sombreval.com/Le-traquenard_a696.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2009-10-07T23:15:00+02:00</published>
   <author><name>Sombreval</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.sombreval.com/photo/1629517-2191910.jpg" alt="Le traquenard" title="Le traquenard" />
     </div>
     <div>
      Je croyais avoir tout vu, tout connu, tout entendu dans les milieux moisis de l’enseignement public. Avec l’enseignement catholique, on descend beaucoup plus bas, dans des abysses de médiocrité qui peuvent vous aspirer sans espoir de retour si vous n’y prenez garde. Tous mes prochains articles seront consacrés à la dénonciation de cette énorme imposture que constitue l’enseignement dit «catholique», annexé aux castes les plus privilégiées et protégées de la société. Catholique, ai-je écrit… La perdition du sens des mots est telle qu’on peut déshonorer les vocables les plus nobles, les plus chargés d’histoire, de sens surnaturel, et cela sans trembler, sans craindre qu’un type encore investi d’un minimum d’honneur vienne vous coller une tarte dans la gueule. Bien entendu, tous les jeunes formés dans ces établissements, leurs enseignants, leurs directeurs sont les premiers à conchier le catholicisme et le pape lorsque ceux-ci-ci se trouvent en porte-à-faux avec leurs valeurs bourgeoises, leur vilénie médiocre. Comment ne pas trouver une confirmation de ce fait dans les réactions aux  polémiques qui ont éclaté il y a peu à propos du pape et qui n’ont en fait servi que de prétexte à exhaler une haine trop longtemps contenue ? Les plus haineux se recrutaient parmi les cathos ; les plus modérés se trouvaient chez ceux qu’on considère parfois comme des parangons du gauchisme. Le pire ennemi du catholicisme à l’heure actuelle, c’est le catho. Une purge est nécessaire, sans quoi  le catholicisme est voué à une disparition certaine. A la fin des années 60, le père Louis Bouyer, s’appuyant sur un certain nombre de faits alarmants, et qui ne tiennent pas seulement à la baisse des effectifs du clergé (ce qui peut être une bonne chose, vu son niveau depuis des lustres), Louis Bouyer donc prédisait la fin proche du catholicisme. Il ne se dérobait pas devant cette réalité effrayante : la mort d’une religion si étroitement liée à notre destin national. A l’époque, comme aujourd’hui, on glosait sur un possible sursaut de ces fantômes qui n’osent même plus, tant est grande leur décrépitude, se présenter comme des disciples du Christ. L’Archevêque de Paris, cet expert en « bioéthique » que je n’ai jamais entendu délivrer une parole puissante, sur quelque sujet que ce soit, parle d’une phase de transition pour l’Eglise. L’auto-aveuglement peut parfois aller très loin. Que ne ferait-on pas pour préserver son statut d’«éminence» ?        <br />
              <br />
       La situation présente confirme le diagnostic de Louis Bouyer. Le catholicisme français représente une branche de plus en plus pourrie de l’Olivier Franc. Il faut faire un effort d’imagination quasi désespéré pour croire qu’il s’y rattache encore. Tout est foireux : la liturgie, la théologie, le «personnel» que Maritain nous invitait tout de même à distinguer de l’Eglise, en tant qu’institution divine et objet de foi. Quant aux laïques, je les tiens pour des abrutis finis. Je rigole à gorge déployée lorsque je découvre dans les devantures des librairies religieuses, tel essai d’un jeune coq arborant ce titre : «Dieu est de retour»….Bouaaaa…         <br />
              <br />
       Mais revenons à l’enseignement dit «catholique» qui offre une illustration assez flagrante de cette «décomposition» jadis analysée par Louis Bouyer et que rien ne semble plus pouvoir enrayer. Avec la complicité des responsables institutionnels, évêques en tête, un système s’édifie qui assurera aux plus aisés l’accès aux «grandes écoles», principales pourvoyeuses de privilèges. Spécialité bien française : on va verrouiller le système pour refouler dans les marges de la société tous ceux qui n’ont pas bénéficié de ce mode de formation formatée. Il faut voir les procédures de sélection des profs qui sont mises en place pour s’assurer de leur docilité, de leur parfaite insignifiance. Répondant à une annonce, j’ai eu la naïveté de suivre les différentes procédures devant conduire à la préparation d’un concours d’enseignement, voire à ces fameuses «suppléances» qui voient un non-titulaire remplacer un titulaire, souvent pour quelques jours et pour une bouchée de pain. Avec des petits travaux, je gagne mieux ma vie, tout en étant payé pendant les vacances. J’ai voulu m’intégrer à la communauté catholique, en faisant les efforts d’adaptation nécessaires. Mal m’en a pris. Pendant des semaines  vous devez passer une série d’entretiens, avec des responsables des ressources humaines, des responsables d’établissements. On vous appelle un jour, plusieurs mois après vos premières démarches, pour réaliser une suppléance de quelques jours dans un collège. Mais non en fait, il ne s’agissait que d’un entretien de sélection. Pour réaliser vingt heures de remplacement, plusieurs personnes sont mises en concurrence… Je reste jusqu’au bout pour voir jusqu’où ils vont pousser la connerie. Le remplacement doit commencer demain. Il faudra rappeler, me dit-on, la personne titulaire qui vous fournira les précisions nécessaires pour réussir au mieux votre «suppléance»  (on verse aisément dans la préciosité hypocrite dans ces milieux : on dit «suppléance» pour éviter de parler de «vacation», davantage synonyme de précarité et donc d’humiliation). A la fin de la matinée, on me rappelle sans honte. On ne s’excuse même pas de m’avoir fait déplacer pour une telle ineptie. Mon profil est excellent, mais on a préféré choisir un autre professeur, plus expérimenté ou je ne sais quoi. Combien de talents ont été gâchés, anéantis, à cause de ce système absurde, malsain, où l’on cherche à tenir les gens sous dépendance en jouant sur leurs points les plus faibles ? Entre le titulaire et le non-titulaire, il y a dans la société française l’abîme qui séparait dans l’ancien régime l’aristocrate que tous doivent envier du roturier méprisé. C’est pourquoi le premier prof d’histoire-géo venu est tellement imbu de ses privilèges de médiocre qu’il est prêt à descendre dans la rue, bloquer son école, endoctriner ses élèves lorsque l’EN entreprend la moindre réformette, même la plus insignifiante. Le plus petit conseiller d’éducation d’un collège des beaux quartiers se pavane dans son bureau refait à neuf, admirant son Mac, se prenant pour le roi du monde…..  Pauvres nazes !       <br />
              <br />
       Je me rends  plus tard à Neuilly. Je dois passer devant la «Commission  Académique de l’Accord Collégial de Versailles» qui doit se prononcer sur le «pré-accord», condition indispensable à toute inscription au concours du CAFEP (CAPES version privée). Après s’être efforcés d’éluder le sujet catholique que je remettais régulièrement sur le tapis, les membres du jury m’interrogent sur mon aptitude à enseigner. Leur perplexité est grande en effet. Jamais, au cours d’un entretien, ils ne se sont sentis environnés d’un tel mépris. C’est la première fois en effet qu’on leur répond à la fois avec éloquence et agressivité, sans gestes malvenus mais à coups d’ondes psychiques. …        <br />
       A suivre...       <br />
              <br />
       Je profite de la publication de ce texte pour rediffuser ici quelques articles anciens relatifs à l’enseignement catholique :        <br />
              <br />
       <a class="link" href="http://www.sombreval.com/Haro-sur-l-Institut-Catholique_a653.html">Haro sur l’Institut Catholique</a>       <br />
              <br />
       <a class="link" href="http://www.sombreval.com/L-arnaque-du-jour_a658.html">L’arnaque du jour (le Diocèse de Paris)</a>       <br />
              <br />
       <a class="link" href="http://www.sombreval.com/Ma-reponse-a-l-Universite-Catholique-de-Louvain_a688.html">Ma réponse à l’Université Catholique de Louvain</a>       <br />
               <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="http://www.sombreval.com/Le-traquenard_a696.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>L'évolution régressive </title>
   <updated>2009-10-07T23:35:00+02:00</updated>
   <id>http://www.sombreval.com/L-evolution-regressive_a464.html</id>
   <category term="Livres" />
   <photo:imgsrc>http://www.sombreval.com/photo/imagette-186469-249090.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2009-08-27T17:50:00+02:00</published>
   <author><name>Sombreval</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.sombreval.com/photo/186469-249088.jpg" alt="L'évolution régressive " title="L'évolution régressive " />
     </div>
     <div>
      En 1943, deux anciens élèves de Polytechnique, Georges Salet et Louis Lafont, publiaient aux Editions Franciscaines un essai intitulé <span style="font-style:italic">L’évolution régressive </span>. Les auteurs de cette remarquable étude, très documentée, s’y attaquaient  à la pseudo-science de l’évolution dont M.Paul Lemoine, professeur de Géologie et directeur du Museum d’histoire naturelle de 1920 à 1940, disait : « L’évolution est une sorte de dogme auquel ses prêtres ne croient plus mais qu’ils maintiennent pour leur peuple ».        <br />
               <br />
       Pour ces deux ingénieurs, le monde primitif, parfait, harmonieusement finalisé à l’ «âge d’or» qu’ils situent avant l’ère primaire, ce monde devenu « nature » doit à la Chute sa propre dégénérescence sur le plan vital. La faute du premier homme et celles de ses descendants troublèrent l’harmonie du monde. C’est le péché qui a imprimé à l’évolution son mouvement régressif. Comme le remarque le R.P Le Floch, qui fut supérieur du séminaire Français de Rome. Georges Salet et Louis Lafont, «en savants, en catholiques, ne craignent pas de poser dans toute sa force le dogme du péché originel, puis celui de la Rédemption du Christ».         <br />
       La Rédemption offre à l’homme l’instrument de sa propre sanctification mais aussi la possibilité, du fait de la réversibilité, de réassocier le monde à sa sainteté retrouvée. Le monde en effet n’a d’être <span style="font-style:italic">déifiable</span> qu’en l’homme. Pour les deux ingénieurs, seule la Rédemption peut interrompre le déclin de la nature et la conduire vers un état de plus grande perfection. Son terme c’est la vie transfigurée, «théophanique». Le progrès cosmologique est conditionné par le retour de l’humanité à Dieu, comme l’affirme avec force Frank-Duquesne dans <span style="font-style:italic">Cosmos et Gloire </span>:  «Quand l’humanité sera devenue, sans possibilité de retour, “la maisonnée de Dieu” (Eph.,2 :19), la nature, qui est la maisonnée de l’homme, aura part à la liberté glorieuse de celui-ci »        <br />
       Dans la perspective chrétienne, rappelons-le, la cosmologie se trouve incluse dans l’anthropologie. L’inverse ne se vérifie que dans les systèmes gnostiques ou d’autres spéculations humaines qui font du salut de l’homme un élément du drame cosmique. Selon saint Paul, au contraire, c’est l’univers qui suit le destin de l’homme.        <br />
              <br />
       Parmi tous les sujets abordés dans l’essai, celui de l’agressivité des animaux nous paraît apporter l’éclairage le plus convaincant à la thèse de l’évolution régressive.  Maurice Zundel dans un article intitulé <span style="font-style:italic">Le vide créateur</span> cherche à expliquer  la formation des organes offensifs des bêtes. Sa foi ne l’incite pas à minimiser le scandale du mal et la cruauté sévissant dans l’univers infra-humain où une biologie féroce se déchaîne. Dans le règne animal les comportements agressifs prédominent et les armes, offensives et défensives, ont atteint une telle perfection qu’il semble raisonnable pour beaucoup de partisans de la théorie évolutionniste de Darwin de les attribuer à la pression de la sélection naturelle.        <br />
       Suivant les données scientifiques modernes Zundel exclut d’emblée l’hypothèse créationniste qui se heurte à de grandes difficultés théologiques, et à l’impossibilité de concilier la bonté de Dieu et l’état présent du monde, le Dieu évangélique et la cruauté d’un ordre naturel indifférent à toutes les valeurs de l’esprit. Pour lui les armes d’attaque et de défense des animaux (<span style="font-style:italic">«la griffe, le bec, le croc, la pince, la scie, le dard, le venin, la ruse»</span>) sont le fruit non point de l’Evolution, au sens moderne du mot, mais d’une évolution dont l’élucidation des mécanismes nous dévoile une autre aspect du mystère de la réversibilité.         <br />
       Dieu ne pouvant être  impliqué dans le mal de ce monde, la cause de cette <span style="font-style:italic">évolution régressive</span> n’est imputable qu’à des agents intelligents ayant mutilé, déformé le rayonnement divin qui, <span style="font-style:italic">à travers eux</span>, devait se communiquer aux créatures dépourvues de raison : « Nous sommes loin, écrit-il d’un geste créateur accompli comme un coup de baguette magique. Le Dieu intérieur ne se prête pas à ces images d’Epinal. La création dont il est l’origine ne peut être qu’une histoire à deux, une histoire d’amour qui requiert tellement notre consentement qu’elle aboutit pour Lui, en cas de refus, à rien moins que la Croix, qui est la pathétique révélation de Son Visage».        <br />
       Sa position se complique du fait que ces mutations se sont selon lui produites antérieurement à l’apparition temporelle de l’homme. Soucieux d’accorder le récit de la Genèse avec la science officielle qui fait remonter l’homme seulement au quaternaire, il propose une autre hypothèse : « Pourrait-on invoquer la défaillance d’autres intelligences antérieures à l’homme et apparues dans d’autres régions de notre univers ou celle des anges chargés de lui et infidèles à leur mission ? ».        <br />
       Les théosophes chrétiens, Saint-Martin par exemple, considéraient la chute des anges rebelles comme infiniment plus grave que celle des hommes. Paracelse, avant lui, se refusait à voir dans le désordre cosmique les conséquences de la chute d’Adam, agent trop peu puissant à ses yeux. Conception que reprendront Jakob Boehm et, plus près de nous, le théologien catholique Louis Bouyer selon lequel la chute luciférienne permet seule d’expliquer la lutte mortelle pour leur survie de toutes les espèces animales «dans un monde créé bon par le Dieu de toute bonté» et la présence insolite du serpent dans le jardin d’Eden. Les drames de la vie animale sont pour lui une attestation particulièrement frappante de la chute cosmique «pré-humaine» : (voir aussi cet article sur la <a class="link" href="http://www.sombreval.com/La-Guerre-des-Anges_a541.html)">guerre des anges</a>       <br />
       
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      <img src="http://www.sombreval.com/photo/186469-249089.jpg" alt="L'évolution régressive " title="L'évolution régressive " />
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      Sur ce point il se sépare de Georges Salet et Louis Lafont qui ont abordé cette question dans leur essai. Ils fondent leur argumentation sur le récit de la Genèse qui montre l’homme établi par Dieu roi de la création inférieure. Saint Paul affirme que c'est pour lui que le monde a été fait. L’évolution fâcheuse de la Nature est donc une conséquence naturelle de l’action néfaste de l’homme et de son péché. Comme Maurice Zundel, ils rejettent l’idée selon laquelle <span style="font-style:italic">une intervention directe de Dieu</span>, en dehors des lois de la nature, serait à l’origine des transformations qui se sont effectuées sur la planète. Dans leur esprit l’homme seul est responsable du déclin évolutif : «Après avoir réalisé une Création excellente, Dieu ne pouvait y introduire Lui-même le désordre». Ailleurs ils écrivent à propos de la bénédiction génésiaque : « Si vraiment la tempête détruisait le nid des oiseaux, s’il existait des araignées se précipitant sur l’insecte pris dans la toile, si les animaux se dévoraient entre eux, on a assez de peine à concevoir que le Dieu d’amour ait déclaré : "Tout est éminemment bien"».        <br />
              <br />
       Toute leur démonstration repose sur l’affirmation de l’existence d’un «âge d’or», époque d’harmonie où la mort était inconnue, et d’une évolution régressive, depuis l’âge d’or jusqu’à nos jours, ayant résulté de la faute du premier homme et celle de ses descendants. Dans leur conception ce n’est pas l’animal qui devient progressivement homme, c’est l’homme qui, dans des races peut-être plus coupable que d’autres, rétrograde vers l’animalité. Ils voient là l’origine des sauvages et des races préhistoriques présentant un caractère simiesque : «Leçon terrible pour l’Homme qui a voulu se faire semblable à Dieu et qui a perdu une partie des caractères qui élevaient son corps au dessus de celui de l’animal» .         <br />
       Les deux hommes, dans cet essai, cherchent à prendre leur distance avec les tenants de l'évolutionnisme modéré, mitigé de spiritualisme qui, à leur époque, avait acquis droit de cité dans les milieux théologiques prétendument éclairés où s’élaboraient toutes sortes de synthèses scientifico-religieuses visant à concilier le Dogme de la Création avec les théories transformistes. Celles-ci, précisent-ils, ainsi que les conceptions scientifiques des darwinistes, mutationnistes peuvent s’accorder à leur thèse de l’évolution, à condition qu’elles soient dégagées de toute philosophie mécaniste et matérialiste.            <br />
       Selon nous il n’est point nécessaire de souscrire à l’affirmation d’une antériorité de l’ «Age d’or» aux périodes géologiques pour donner tout son poids à la thèse de l’évolution régressive. Celle-ci se suffit à elle-même. C’est sous l’éclairage de la réversibilité qu’il convient de l’examiner. L’étude des modifications qui ont transformé les êtres vivants au cours des âges s’avère à ce titre riche d’enseignements. Les deux auteurs affirment qu’au moment de la création de l’homme tous les animaux étaient herbivores ou végétariens. Ainsi le tigre actuel avec ses canines (d’une longueur de 75 à 90mm) proviendrait-il par évolution d’un type primitivement herbivore, passé au cours des ères géologiques au stade omnivore, puis exclusivement carnivore. Quant aux organes offensifs des bêtes sur lesquels nous nous sommes attardés, organes d’attaques contre d’autres animaux, il est probable selon eux qu’ «ils n’existaient pas ou avaient d’autres fonctions : c’est actuellement l’avis des spécialistes. Pour M.Broom, l’organe électrique du poisson torpille, avec lequel il foudroie l’adversaire, est un muscle transformé. Le dard des abeilles et des guêpes servait primitivement à déposer les œufs» .        <br />
       Ouvrons une parenthèse. Le requin blanc, véritable merveille de la nature, à la ligne si majestueuse, était-il à l’origine ce <span style="font-style:italic">poisson carnivore</span> qui nous effraie tant aujourd’hui, au point d’être surnommé «la mort blanche» ? Etait-il doté de ces dents meurtrières, à ce point acérées qu’elles lui permettent de déchirer d’un coup de mâchoire la chair de ses proies, de les déchiqueter, et même percer la carapace des tortues de mer ? Nous ne le croyons pas. Nous savons d’ailleurs maintenant que, contrairement aux idées reçues, les requins ont évolué, les formes fossiles différant de leurs cousins actuels. On oublie d’ailleurs que les requins ne sont pas tous ces prédateurs des mers qui hantent nos cauchemars. Beaucoup d’entre eux se contentent de dévorer…du plancton, comme le requin baleine, le plus grand poisson du monde ou le requin pèlerin. 
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      <img src="http://www.sombreval.com/photo/186469-249090.jpg" alt="L'évolution régressive " title="L'évolution régressive " />
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      Pour nos deux savants, le monde actuel est donc le résultat d’une perversion impliquant une action <span style="font-style:italic">distincte</span> de l’action créatrice de Dieu. Ils sont donc amenés à défendre la thèse d’une influence désastreuse de l’homme sur l’évolution de la vie. Elle est soutenue par leur croyance en une perfection originelle coïncidant avec la période de l’âge d’or, antérieure aux ères géologiques, où l’espèce humaine n’apparaît qu’en dernier, et en sa ruine par le péché de l’homme. Pour Zundel c’est justement cette apparition tardive de l’homme qui rend cette thèse problématique. Elle contredit les catégories gnoséologiques de l’espace et du temps dont l’investigation scientifique est tributaire. La  question de l’influence humaine nécessite donc à ses yeux de poser le principe d’une durée intemporelle, condition d'une redéfinition du péché originel comme «moment d'éternité» qui se réactualise à chaque fois que l'homme profane sa vocation essentielle :       <br />
       «Faudrait-il admettre que la faute originelle de l’homme (toute faute est, dans une certaine mesure, une faute originelle dans la mesure où elle implique un refus d’être origine) a pu désaxer l’évolution de la vie infra-humaine avant d’être effectivement commise, comme le Christ a pu sanctifier avant de naître des générations qui mettaient leur espoir dans une Rédemption obscurément promise ? Pour répondre à cette question, il importerait peut-être de se demander si la vie de l’esprit se situe dans la même durée que la vie organique (…) La conception même d’un univers, d’une totalité d’espace-temps comme d’un immense réseau en perpétuelle interaction est d’ailleurs une invention humaine. D’où prendrions-nous cette vue d’ensemble sur ces dimensions spatio-temporelles si nous étions totalement enfermés en elles ? Il se peut donc qu’en un point d’éternité, si l’on peut dire, nous ayons la possibilité d’être présents et d’agir partout et à n’importe quelle mesure temporelle».           <br />
               <br />
       Un autre thème peut être dégagé de l’étude de Georges Salet et Louis Lafont, celui du «rayonnement humain». Il est fondamental pour la compréhension des mécanismes du déclin évolutif. Pour les deux polytechniciens la dégénérescence du monde vivant ne s’est pas produite subitement après la faute de l’homme, sous l’effet d’un décret punitif de Dieu. «Beaucoup de catholiques écrivent-ils, qui ignorent la généalogie et la Paléontologie mais qui, par suite de leur convictions religieuses, ajoutent foi au récit de la Genèse, pensent qu’aussitôt après la chute, par un miracle de Dieu, la terre se mit à produire des "buissons" et de l’"ivraie"» .        <br />
       Cette dégénérescence est la conséquence d’une évolution à caractère régressif. Leur description des mécanismes du déclin de la nature vivante témoigne d’une vision chrétienne de l’homme et du monde. Le christianisme en effet n’est pas une religion «spiritualiste» mais de l’homme total, intégral, plénier. L’«union hypostatique» du corps et de l’âme explique que la dégradation spirituelle de l’homme influe sur son être corporel, sur ce que les deux auteurs appellent son «comportement physique» qui participe de son action «inconsciente» sur le monde, plus funeste encore que son action visible :        <br />
       « L’homme, écrivent-ils, n’est pas un pur esprit ; il est composé d’une âme et d’un corps, étroitement unis et solidaires. Un changement de son état d’âme provoque, normalement, une certaine modification de son «comportement physique», c'est-à-dire de son action sur le milieu qui l’entoure : action directe, volontaire et consciente telle que tuer des animaux ou favoriser leur reproduction, ; cultiver le sol, abattre des arbres ; etc., et action inconsciente résultant des différentes relations entre le corps humain et le milieu ambiant […] Parmi les actes conscients nous pouvons citer à titre d’exemple le déboisement qui même très minime, et pratiqué par des hommes très peu nombreux, a pu, de proche en proche, provoquer la catastrophe carbonifère.        <br />
       Quant aux réactions inconscientes, <span style="font-style:italic">elles résultent de la solidarité de tous les êtres vivants entre eux et avec la nature inanimée. Entre les êtres vivants, les échanges chimiques, biologiques, radiants constituent autant de liens qui, malgré leur apparente indépendance d’organismes autonomes les unissent aussi intimement que les cellules d’un même corps</span> »         <br />
              <br />
       Des expérimentations scientifiques ont démontré que la matière vivante émet des radiations qui ont une influence sur la matière située dans son champ. Les deux ingénieurs mentionnent le professeur soviétique Alexandre Gurwitsch qui, en 1923, découvrit  que des racines d’oignons communiquaient entre elles, sous terre, grâce à des rayonnements ultraviolets. Cette communication entraînait une modification de la multiplication cellulaire dans la racine de l’oignon voisin. Le phénomène ne se reproduisit pas lorsqu’une vitre absorbant la lumière UV séparait les bulbes. De nombreux chercheurs confirmèrent par la suite la découverte de Gurwitsch. Le biophysicien allemand Fritz-A.Popp prouva, en 1975, que toutes les cellules constitutives d’un organe émettent toutes en même temps le même rayonnement. Lorsque l’organe est sain, ce rayonnement est harmonieux. Dans le cas contraire il est dysharmonieux. Notons que les cellules en question n’étaient plus seulement celles de végétaux, mais aussi de cellules animales et humaines. Toutes les expériences effectuées sur des tissus vivants démontrent qu’ils émettent des radiations mitogéniques d’une intensité variable. Elles témoignent de la solidarité universelle et, comme le soulignent les deux ingénieurs, montrent « la fausseté de la conception selon laquelle chaque individu (homme, animal, végétal) forme un petit monde fermé, un système clos qui suivrait son évolution propre indépendamment des autres êtres.<span style="font-style:italic">Comme nous l’avons indiqué tous les êtres vivants sont solidaires, l’activité de chaque être réagissant sur celle des êtres voisins qui agissent eux-mêmes sur les leurs ; un changement dans l’activité d’un seul être se répercute de proche en proche sur tous les autres, et n’en laisse aucun absolument indifférent</span> » .        <br />
       La troisième partie de leur ouvrage a pour but  d’éclairer le <span style="font-style:italic">mécanisme physique</span> de l’évolution régressive. Comment la faute originelle a-t-elle pu entraîner une perturbation universelle ? Dans quelle mesure l’évolution est-elle déterminée par l’attitude spirituelle de l’homme ? C’est à ces questions que les deux auteurs cherchent à répondre. C’est l’hypothèse du rayonnement physique, observable dans tout le monde vivant qui retient surtout leur attention. La perversité de l’homme ne se manifeste pas seulement par des actes visibles ; elle se traduit aussi dans l’action nocive de son rayonnement :        <br />
       « En dehors d’une action physique directe, telle que le déboisement, c’est peut-être par une modification inconsciente de leur <span style="font-style:italic">rayonnement</span> que les premiers hommes ont agi sur les êtres vivants. Ce rayonnement a pu provoquer la minuscule baisse de vitalité des végétaux qui, nous l’avons vu, a pu suffire à entraîner, à la longue, de gigantesques catastrophes.        <br />
       L’homme était une des plus importantes cellules du vaste organisme constitué par la terre et l’ensemble des êtres animés ; le pouvoir de domination qu’avait Adam sur tous les êtres nous montre assez que son rôle était capital et comparable d’une certaine façon à celui de la tête dans le corps. La tête est tombée malade et tout l’organisme a été atteint»        <br />
                 <br />
       Ce rayonnement constitue selon eux un facteur déterminant des mutations, le plus souvent nuisibles, entraînant les modifications des espèces constatées par les paléontologistes. Le mutationnisme est la théorie scientifique qui s’accorde le mieux à leur conception. Des expériences ont prouvé que des émissions radiantes influent sur le taux de mutabilité des espèces. Dans une note très importante de leur essai les auteurs précisent la relation entre le rayonnement humain tel qu’ils le conçoivent et ces mutations qui ont joué un grand rôle dans l’évolution régressive du monde organique depuis la chute. C’est encore une fois le principe de la réversibilité qui permet d’éclairer cette relation :       <br />
              <br />
       « Sous quelles influences cachées, les mutations se produisent-elles ? Devant les résultats des expériences sur l’action des rayonnements artificiels, il est permis de se demander si le taux de mutabilité et le caractère des individus mutants n’est pas lié aux caractéristiques du rayonnement ambiant, et en particulier aux caractéristiques des rayonnements organiques dont nous avons déjà parlé plus haut.        <br />
       <span style="font-style:italic">Etant donné ce que nous avons dit sur les relations entre les actes spirituels de l’homme et son rayonnement physique, on peut se demander si ce rayonnement n’est pas le lien qui a assuré le rapport étroit entre la déchéance morale de l’homme et les modifications du monde animal</span> »  (cf le tigre, la guêpe etc…)       <br />
              <br />
       Inversement il est possible d’affirmer que l’intégrité morale et spirituelle d’un homme confère à son «rayonnement» des propriétés de purification, de régénération. Ce rayonnement est d’autant plus pur que l’âme est unie au Seigneur. C’est ce que tente de suggérer Maurice Zundel en usant d’une analogie musicale :        <br />
       « De plus en plus, écrit-il, on le sentiment que le monde est un composé de radiations qui nous apparaissent sous la forme épaisse de l’expérience sensorielle : nous croyons toucher une masse alors que nous sommes en contact avec tout un rayonnement d’un certain rythme et d’une certaine fréquence. Alors rien n’empêche de penser que plus un homme est équilibré, plus il est uni à Dieu, plus ses rythmes sont ordonnés, plus son corps est musical, plus les ondes qui sont concentrées en lui s’accordent les unes avec les autres. Et c’est pourquoi il répand autour de lui la paix et l’unité…»            <br />
               <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Quelques aperçus sur la “préexistence”</title>
   <updated>2010-02-09T16:46:00+01:00</updated>
   <id>http://www.sombreval.com/Quelques-apercus-sur-la-preexistence_a695.html</id>
   <category term="Articles" />
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   <published>2009-08-27T00:12:00+02:00</published>
   <author><name>Sombreval</name></author>
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      <img src="http://www.sombreval.com/photo/1554680-2078849.jpg" alt="Quelques aperçus sur la “préexistence”" title="Quelques aperçus sur la “préexistence”" />
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      Absent pendant plusieurs semaines, je n’ai guère eu le temps de préparer des articles. Je projette d’en diffuser deux sous peu sur un thème que la théologie pseudo-rationaliste et négatrice du mystère a voulu reléguer dans le cimetière des vieilles croyances moyenâgeuses : celui de la préexistence des créatures en Dieu. Vous savez ma passion pour le moyen-âge chrétien et mon mépris pour ses contempteurs. J’ai donc décidé d’accorder à ce thème une place de choix dans les premières semaines. Dans de précédents articles j’ai montré que, jusqu'au quatorzième siècle, la traduction usuelle du quatrième verset du prologue johannique était la suivante : «Ce qui a était fait/en lui était vie. Et la vie était la lumière des hommes» (voir par exemple la traduction de l’Evangile selon saint Jean commenté par saint Thomas d’Aquin, aux Ed. du Cerf). On la retrouve quasiment inchangée chez tous les grands témoins de la tradition, depuis les Pères jusqu’aux mystiques rhénans. Les plus anciens manuscrits des Evangiles ne comportaient pas de ponctuation. Fait remarquable : c’est la traduction la moins évidente pour les modernes qui s’est imposée à tous les Pères de l’Eglise, aux théologiens médiévaux, aux béguines du XIIIe siècle, à Maître Eckhart, celle qui présuppose la doctrine de la préexistence. Voici un passage de la <span style="font-style:italic">Somme contre le Gentils</span> (IV, 13) qui expose avec clarté cette doctrine de la préexistence des choses (en tant qu’idée, archétype) dans la pensée divine : «Il faut remarquer qu’une chose faite par un intellect préexiste dans la notion qui est pensée avant d’exister également en elle-même : la maison est en effet dans la notion de l’artisan avant d’être conduite à l’acte. Or le Verbe de Dieu, c’est la notion de toutes choses faites par Dieu. Toutes ces choses doivent donc avoir préexisté dans le Verbe de Dieu avant d’exister également en leur nature propre… Les choses faites par Dieu ont dû préexister dans le Verbe de Dieu de toute éternité, de manière immatérielle, sans aucune composition… C’est pour cette raison que Jean écrit : “Tout ce qui a été fait était vie en lui”»        <br />
       Ce verset de saint Jean cité par Thomas d’Aquin a inspiré à Frank-Duquesne de beaux morceaux d’exégèse. Boulgakov ne fait pas référence à cette traduction (du moins d’après les lectures que j’ai pu faire de ses ouvrages) mais son anthropologie sophiologique se rattache à la doctrine de la préexistence. Comme il le note dans sa <span style="font-style:italic">Philosophie de l’économie</span>, «la doctrine de la préexistence de l’homme en Dieu et de sa création dans la liberté est à la base même de la philosophie chrétienne. Elle se fait jour dans le monde antique, chez Platon ; elle acquiert une grande netteté chez Plotin. Selon la conception chrétienne, elle est clairement exprimée par Origène, saint Grégoire de Nysse, saint Maxime le confesseur, l’Aréopagite, Jean Scot Erigène, par la théologie mystique de Jacob Boehme et de Franz Baader. Dans la philosophie moderne, elle a surtout été développée par Schelling ; Soloviev la rejoint à cet égard. Kant, lui-même, malgré son rationalisme, se rapproche de cette doctrine par sa théorie de la liberté intelligible de la volonté».        <br />
       De nombreuses autres références pourraient être mentionnées. Dans sa thèse intitulée <span style="font-style:italic">La mystique de Ruysbroeck l’Admirable</span> (1928), Melline d’Asbeck a consacré un chapitre à citer les grands témoignages des quatorze premiers siècles en faveur de cette idée. J’ai de mon côté rassemblé une vaste documentation sur ce thème. Au vingtième siècle, Boulgakov, Frank-Duquesne, Edith Stein, Louis Bouyer et Jacques Maritain dans <span style="font-style:italic">Approches de Dieu</span>, et plus près de nous encore, le philosophe Stanislas Breton, ont apporté une contribution décisive à l’approfondissement de cette doctrine qui ressortit tout à la fois à la philosophie, la théologie et à la mystique.        <br />
       
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   <title>Le Moonwalk et l'Idée</title>
   <updated>2010-01-21T15:17:00+01:00</updated>
   <id>http://www.sombreval.com/Le-Moonwalk-et-l-Idee_a694.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>http://www.sombreval.com/photo/imagette-1464226-1948040.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2009-07-01T18:58:00+02:00</published>
   <author><name>Sombreval</name></author>
   <content type="html">
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     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.sombreval.com/photo/1464226-1948040.jpg" alt="Le Moonwalk et l'Idée" title="Le Moonwalk et l'Idée" />
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      En visionnant quelques vidéos sur Youtube, j’ai saisi à quel point la musique et la danse pouvaient avoir partie liée avec l’Idée, au sens platonicien du terme. Zundel rapporte dans un de ses articles une anecdote à propos de la danseuse Isadora Duncan que je livre à votre réflexion : « Vous vous rappelez cette danseuse admirable qui s'appelait  Isadora Duncan, qui était l'amie des Sakaroff et qui dansait devant eux une danse qu'elle improvisait à l'intention de ses amis. Et les Sakaroff , pantois d'admiration, l'applaudissaient de toute leur amitié, quand elle leur cria soudain : " Ce n'est pas moi, c'est l'Idée !". Elle était parfaitement consciente, en effet, que son corps, à ce moment, exprimait quelque chose d'intérieur et de sacré, comme les Sakaroff le voulaient eux-mêmes dans leurs danses… ».         <br />
       En dansant Michael Jackson semblait parfois délivré de la pesanteur. Il épousait les rythmes de la musique avec une élégance dénuée de tout artifice. Ou plutôt il atteignait à cette forme d'art qui consiste à «naturaliser» l'artifice, tout ce qui apparaît comme le fruit d'une stylisation. Car comme l'expliquait Diderot dans son <span style="font-style:italic">Paradoxe du comédien</span>, le sentiment du naturel vient du comble de l'artifice. On eût dit alors que son corps devenait le véhicule de l’Idée. D’où l’admiration, ou du moins le respect qu’il suscitait, même parmi les plus rétifs à son style de musique. Voyez cette vidéo, extraite d’un concert au Madison Square Garden,  en 2001 (le chanteur a alors dépassé la quarantaine). Déplacez le curseur à la cinquième minute .. Que dire de plus ? Le plus sage des platoniciens inclinerait la tête en signe d’approbation. On peut simplement regretter que les caméras nous infligent les trémoussements de spectactrices hystériques qui nous gâchent le spectacle.       <br />
       Vous pouvez aussi déplacer le curseur au début de la chanson <span style="font-style:italic">Billy Jean</span> (1mn40) et à la septième minute… Comme diraient les lectrices de Sombreval.com : whaouuuuuu ! Et chapeau l’artiste !       <br />
              <br />
       
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     <br style="clear:both;"/>
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      <object width="480" height="385"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/6JriCWo1B5U&hl=fr_FR&fs=1&color1=0x402061&color2=0x9461ca"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowscriptaccess" value="always"></param><embed src="http://www.youtube.com/v/6JriCWo1B5U&hl=fr_FR&fs=1&color1=0x402061&color2=0x9461ca" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" width="480" height="385"></embed></object>     </div>
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     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link rel="alternate" href="http://www.sombreval.com/Le-Moonwalk-et-l-Idee_a694.html" />
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  <entry>
   <title>Recension sur "La réversibilité"</title>
   <updated>2010-02-14T15:52:00+01:00</updated>
   <id>http://www.sombreval.com/Recension-sur-La-reversibilite_a692.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>http://www.sombreval.com/photo/imagette-1426153-1892500.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2009-06-12T09:21:00+02:00</published>
   <author><name> Sombreval</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.sombreval.com/photo/1426153-1892500.jpg" alt="Recension sur "La réversibilité"" title="Recension sur "La réversibilité"" />
     </div>
     <div>
      Une recension de mon essai sur la <a class="link" href="http://www.sombreval.com/La-Reversibilite,-le-grand-mystere-de-l-univers-Nicolas-Mulot_a594.html">Réversibilité</a> est parue dans le <span style="font-style:italic">Bulletin de la Société J.-K. Huysmans</span> n°100. On la doit à Christian Berg, professeur de littérature à l’Université d’Anvers. Vous pouvez la lire ci-dessous. Je signale aux lecteurs étrangers que l’essai est maintenant disponible sur amazon.com : <a class="link" href="http://www.amazon.com/R%C3%A9versibilit%C3%A9-%C2%AB-grand-myst%C3%A8re-lunivers%C2%BB/dp/B00262P8RA/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1244791058&sr=8-1">cliquez ici</a>, ainsi que les livres de Frank-Duquesne (vous pouvez les rechercher par titres)         <br />
              <br />
       <b>Compte rendu </b>       <br />
              <br />
       Disons d'emblée que ce livre, issu d'une thèse de doctorat soutenue en juin 2006 à l'université Paris-Sorbonne sous la direction d'André Guyaux, est un livre militant. Il s'agit ni plus ni moins de réhabiliter, dans la perspective d'un christianisme sacrificiel, l'idée de réversibilité, principe découlant du dogme de la communion des saints et selon lequel les mérites et-ou les souffrances du saint ou du juste profitent au pécheur ou au coupable. Joseph de Maistre, on le sait, en a fait le fondement d'une théorie qui sous-tend toute son œuvre. Aussi l'auteur des <span style="font-style:italic">Soirées de Saint-Pétersbourg</span> constitue-t-il le point de départ de cette étude. Mais pour Nicolas Mulot, la théorie de la réversibilité est inclusive : elle s'enrichit, chemin faisant, d'un large éventail de notions religieuses comme la substitution, la réparation, le sacrifice, la justice divine, la propitiation et s'élargit à des notions telles que le symbolisme universel, la solidarité entre l'homme et la nature, entre le microcosme et le macrocosme. Notion donc éminemment évolutive et qui ne peut faire l'objet d'une formulation définitive. À ce titre, elle reste «le grand mystère de l'univers» - la formule est de Joseph de Maistre - et doit être considérée, selon Nicolas Mulot, «avec l'œil de la foi, car elle se confond avec le mystère du Christ» (p. 358) et de la Rédemption.       <br />
       Cette acception peu restrictive du terme nous vaut un parcours capricieux, mais somme toute passionnant, qui comprend aussi, outre des auteurs comme Maistre, Saint-Martin, Saint-Bonnet, Baudelaire, Bloy, Barbey, Dostoïevski, Claudel, Rebatet, Georges et Michel Bernanos, Massignon, Guitton, des cinéastes comme Capra et Tarkovski. Quelques théologiens ou penseurs chrétiens sont appelés à la rescousse, comme Urs von Balthasar, Zundel, Frank-Duquesne ou Boulgakov. Ce parcours débouche sur les grandes questions de notre temps, comme la mondialisation et l'écologie.       <br />
       Il est surprenant de constater que l'auteur de <span style="font-style:italic">Sainte Lydwine de Schiedam</span> y tient aussi peu de place. Nicolas Mulot estime en effet que la conception qu' a Huysmans de la réversibilité «est gâtée par une tendance à la caricature et à la simplification qui n'est pas exempte de naïveté» (p. 49). En particulier, il reproche à l'auteur de <span style="font-style:italic">La Cathédrale</span> d'être «passé à côté» d'un aspect essentiel de la messe, à savoir «sa finalité propitiatoire» (p. 28). Certes, l'appréhension huysmansienne de la liturgie est avant tout esthétique, mais il est peu probable que la dimension propitiatoire de la messe lui soit restée étrangère, alors que la <span style="font-style:italic">portée</span> sacrificielle de sa foi ne fait aucun doute.       <br />
              <br />
       Christian Berg       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="http://www.sombreval.com/Recension-sur-La-reversibilite_a692.html" />
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   <title>De l'amour profane à l'amour sacré (Jung , Lot-Borodine)</title>
   <updated>2010-01-05T13:05:00+01:00</updated>
   <id>http://www.sombreval.com/De-l-amour-profane-a-l-amour-sacre-Jung-,-Lot-Borodine_a691.html</id>
   <category term="Livres" />
   <photo:imgsrc>http://www.sombreval.com/photo/imagette-1418355-1881556.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2009-06-08T10:08:00+02:00</published>
   <author><name>Sombreval</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.sombreval.com/photo/1418355-1881556.jpg" alt="De l'amour profane à l'amour sacré (Jung , Lot-Borodine)" title="De l'amour profane à l'amour sacré (Jung , Lot-Borodine)" />
     </div>
     <div>
      J’ai découvert que ma méthode sophiologique de séduction avait de nombreux précurseurs chez les troubadours du Moyen-Age. Ces poètes mystiques se vouaient corps et âme au «service d’amour», au <span style="font-style:italic">fin’amor</span>, qui est «la quête de la beauté originelle, vue à travers le voile brillant des "apparences"», comme l'écrivait Myrrha Lot-Borodine (1882-1957), théologienne orthodoxe, grande spécialiste des romans du Graal, dans son pénétrant ouvrage, préfacé par Etienne Gilson, <span style="font-style:italic">De l’amour profane à l’amour sacré</span>. Sans recourir à la systématisation de Jung et à sa théorie de l’<span style="font-style:italic">anima</span>, et grâce à la redécouverte des liens profonds entre la métaphysique néo-platonicienne et la mystique chrétienne léguée par le Pseudo-Denys, elle a su décrire ce cheminement de l’âme médiévale qui, «après avoir épuisé les vaines tendresses», est passée, «dans les migrations de ses rêves, de l’éternel féminin à la maternité virginale éternelle». La révélation de celle-ci correspond chez Jung à la quatrième phase du développement psychique, représentée par la Sophia, la Déesse Mère, Athéna chez les grecs, la Vierge-Marie chez nous chrétiens, image et manifestation de la Sagesse éternelle (<span style="font-style:italic">sedes sapientiae</span>). Dans le <span style="font-style:italic">Dictionnaire des symboles</span> est esquissée une analyse de la théorie jungienne de l’<span style="font-style:italic">anima</span> à travers la perspective sophiologique. L’<span style="font-style:italic">anima</span>, rappelons-le, c’est, dans l’optique jungienne, l’archétype féminin que tout homme recèle en lui, sa «femme intérieure» :         <br />
       « L'<span style="font-style:italic">anima</span>, d'après Jung, comporte quatre stades de développement : le premier symbolisé par Eve, se place sur un plan instinctif et biologique. Le second, plus élevé, conserve ses éléments sexuels. Le troisième est représenté par la Vierge Marie, en qui l'amour atteint totalement le niveau spirituel. Le quatrième est désigné par la Sagesse. Que signifient ces quatre stades ? L'Eve terrestre, envisagée en tant qu'élément féminin, progresse vers une spiritualisation. Si nous admettons que tout ce qui est terrestre possède dans le céleste sa correspondance, la Vierge Marie doit être regardée comme la face terrestre de la Sophia qui, elle, est céleste. Ainsi nous voyons déjà que l'âme individuelle se doit de parcourir ces quatre étapes. L'Eve en nous est appelée dans un mouvement ascensionnel à se purifier, afin d'imiter la Vierge Marie, découvrant dans le soi l'enfant de lumière, son propre soleil…»        <br />
              <br />
       Les troubadours du Moyen-Age ont exploré cette <span style="font-style:italic">anima</span>, part féminine de tout homme dans la conception de Jung. Ils sont les fils d’une civilisation christianisée, découvrant le moi et ses profondeurs, et où, comme le note Mme Lot-Borodine, «la victoire sur l’instinct avait remplacé l’aveugle soumission à la nature, véritable clef de voûte du paganisme antique». Celui-ci avait été ébranlé dès l’antiquité par l’idéalisme platonicien, transposé en mode chrétien par saint Augustin et le Pseudo-Denys, et dans lequel l’Idée devient l’unique réalité, dont l’univers n’est qu’une pâle copie. Le Moyen-Age a «recréé le platonisme en l’humanisant» écrit avec justesse Lot-Borodine. Et c’est dans l’amour courtois que ce platonisme, adapté à la sensibilité nouvelle, a trouvé sa plus noble forme d’expression. La femme surtout n’était pas vénérée pour elle-même. Les chrétiens connaissaient les dangers de la dévotion amoureuse qui tend à éloigner l’âme de Dieu. Jamais le culte de la <span style="font-style:italic">dame</span> ne fut plus fervent qu’en ces «siècles gothiques», associés dans notre imaginaire laïque aux ténèbres et à l’obscurantisme. Mais ce culte fut comme un prélude et une initiation à l’amour mystique : « Des générations de héros ont arboré ses couleurs, écrit la théologienne, ont combattu pour elle et par elle, des générations de troubadours et de trouvères l’ont bercée de leurs chants, l’ont portée jusqu’aux nues […] Mais ce ne fut pas encore là le dernier envol de ce génie que la visitation de la grâce a couronné. Lorsque l’Eglise alarmée dénoncera aux âmes chrétiennes le péril, pour leur salut, de cette adoration impie, et voudra porter le fer dans la plaie, les plus ardentes s’échapperont par le portail du mysticisme. Et l’amour profane, renonçant à lui-même, s’élèvera jusqu’à la vision du monde intelligible, pour se dissoudre dans la béatitude de l’amour divin ».        <br />
              <br />
       Tous ces chrétiens fervents étaient des idéalistes, ce qui revient à dire que leur perception des êtres et des choses était déterminée par le «réalisme» théologique qui confère aux «idées» une existence subsistante. Ils cherchaient à capter l’«idéal» de la créature telle qu’elle subsiste en Dieu, comme pur intelligible, à l’état d’essence parfaite et d’idée exemplaire. Ils cherchaient à contempler en elle l’archétype, ce qui revenait à contempler Dieu lui-même car dans la théologie médiévale les idées-archétypes constituent l’essence même du divin. Rappelons ce passage important de l’œuvre de saint Thomas d’Aquin : «Dans la divine sagesse sont contenues les notions de toutes choses, que nous avons appelées Idées, entendant par là des formes-types, existant dans l'intelligence divine. Du reste, ces Idées, bien qu'elles soient multiples en tant qu'elles se réfèrent aux choses, ne sont réellement rien d'autre que l'essence divine, selon que sa ressemblance peut être participée diversement par les divers êtres» (<span style="font-style:italic">Somme théologique</span>, I,q. 44).       <br />
              <br />
       Myrrha Lot-Borodine excelle à décrire ce moment où l’amour profane se convertit en amour sacré, divin. Dans cette très belle page que je tiens à reproduire, elle montre comment la contemplation du «modèle exemplaire», de l’archétype, entendu non dans son sens jungien d’image mentale issue de l'inconscient collectif, mais comme une réalité d’ordre supérieur, transcendant, conduit l’âme docile aux suggestions de la grâce à la révélation de la vraie féminité…         <br />
              <br />
       « On sait que les Anciens n'ont vu la femme que sous les traits de l'Aphrodite <span style="font-style:italic">vulgaire</span>, capable d'inspirer uniquement l'amour <span style="font-style:italic">naturel</span>, soit inférieur. La "génération spirituelle" dans le beau qu'enseigne pourtant la noble Diotime à Socrate ne peut s'accomplir que par l'amitié virile, purgée, bien entendu, de toute impureté. Malgré de généreux efforts, cet essai était frappé de mort à sa naissance. Cette fois le romantisme chevaleresque l'emporte, sans contestation possible, sur le classicisme dés philosophes et des éphèbes. A ses yeux, aux yeux des amants poètes de l'âge d'or médiéval, c'est la femme qui ramasse et concentre toutes les beautés éparses ici-bas, afin d'incarner l'image de la beauté terrestre, évocatrice de l'autre.        <br />
       Mais pouvaient-ils en rester là, tourner nostalgiquement dans le cercle fermé, voués à la défaite sentimentale et les mains éternellement vides ? Nous ne le croyons pas. Tôt ou tard, le voile d'illusion devait se déchirer. Car la femme, même idéalisée, même parfaite – non pas qu'elle le fût réellement, mais parce qu'on la voulait telle – la créature, en un mot, est un support trop fragile pour soutenir le poids écrasant du désir humain. L'être fini ne saurait apaiser la soif de l'Infini. Ainsi conçu, l'amour profane ne pouvait que devenir le portique de l'amour divin. De même que la chevalerie "terrienne" contenait déjà en puissance la chevalerie "célestienne", de même le culte de beauté transitoire, réfractée, portait en lui le culte de la Beauté archétype, préexistante.       <br />
       Deux voies s'ouvraient alors, devant les servants de la dame, pour sortir de l'impasse. La première, choisie par l'école des poètes italiens, avec Dante à son faîte, conduisait à la <span style="font-style:italic">donna angelicata</span> et transformait la bien-aimée en symbole. Nulle tache ne ternissait plus l'éclat de Béatrice qui, devenue <span style="font-style:italic">Révélation</span>, rayonnait des sphères du "Paradis" sur son humble amant, guidant ses pas, trop alourdis par la matière :       <br />
       <span style="font-style:italic">Béatrice in suso, ed in lei guardava</span>...       <br />
       L'autre voie, suivie par la poésie religieuse du Midi et du Nord, quittant résolument tous les sentiers terrestres, montait droit vers les sommets de l'amour divin. En disant adieu aux voluptés du monde, cet amour gardait encore entre les plis de son manteau quelque chose du parfum de l'éternel féminin. Seulement, à la place du reflet, il adorait le modèle lumineux, <span style="font-style:italic">l'exemplaire</span>, comme l'appelait le "réalisme" platonicien de l'époque : la Dame-Vierge, mère de toute Beauté et de toute Bonté ».       <br />
              <br />
       Myrrha Lot-Borodine, <span style="font-style:italic">De l'amour profane à l'amour sacré : études de psychologie sentimentale au Moyen Âge</span>, Nizet, 1961.        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>La tradinette contre la stringeuse</title>
   <updated>2009-08-13T17:06:00+02:00</updated>
   <id>http://www.sombreval.com/La-tradinette-contre-la-stringeuse_a689.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>http://www.sombreval.com/photo/imagette-1328004-1749939.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2009-05-22T09:18:00+02:00</published>
   <author><name> Sombreval</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.sombreval.com/photo/1328004-1749939.jpg" alt="La tradinette contre la stringeuse" title="La tradinette contre la stringeuse" />
     </div>
     <div>
      Il faut choisir. Une jeune fille humble, tendre et pudique ou une jeune fille sauvageonne qui se plait à accomplir son office d’impureté. La tradinette-archétype ou la stringeuse....       <br />
       Quand des crises juponières vous accablent, que vous êtes sous le coup d’hallucinations en pleine journée, que la clameur des sens devient furieuse, excitée par la vue des sirènes pernicieuses des rues, vous êtes prêt à tout lâcher.        <br />
       Vous vous tournez alors vers les stringeuses, ces êtres de rechute obéissant à l’obscur assouvissement de leur essence maligne, ces éveilleuses de mauvais désirs, ces initiatrices de joies réprouvées. Régressant vers les plus sordides sphères de l’Instinct, vous devenez semblable à ces loques humaines dont les grandes villes offrent des exemplaires effrayants.        <br />
       C’est alors que la tradinette s’éveille, ainsi qu’une image du remords, en vos pensées hantées par la stringeuse. Un combat terrible se déroule dans votre âme, entre la stringeuse et la tradinette, l’éternel combat de la chair et de l’esprit, du vice et de la vertu. Qui remportera la victoire ? Je suis trop usé par cette vieille querelle pour en décider. Je suis simplement déterminé à me soumettre à la victorieuse, c’est tout. La lutte commence : la première se rue en furieuse sur la seconde qui esquive chaque coup de griffes, chaque claque. Cet art de l’esquive attise la rage de la stringeuse qui se précipite sur notre tradinette pour la mordre à sang et lui arracher les cheveux. Mais la maîtrise, le calme souverain qu’affiche celle-ci, rompue aux exercices de saint Ignace, a raison de la furie de celle-là. La stringeuse s’effondre épuisée, sans avoir pu atteindre ni même effleurer une fois son adversaire. La tradinette a remporté la victoire. Je me livre maintenant pieds et mains liés à elle...       <br />
       Pleine d’une grâce hiératique, elle s’approche…ses yeux empreints de douceur aimante se posent sur moi…je n’ose esquisser le moindre geste. Elle me tend la main… «Approchez Nicolas»…. Que faire ? Mon destin se joue à l’instant même. Fuir ? Oui… rejoindre la stringeuse… me rouler avec elle dans un lit de fange…partir, fuir, tout de suite, tout oublier… je ne mérite pas mieux… C’est alors qu’obéissant à une brusque inspiration, je me jette sur sa main secourable alors qu’une partie de moi-même est déjà emportée dans un tourbillon de sensualité et de bestialité. Elle me retient et m’attire contre elle. L’ennemi n’a d’autre choix que de battre à nouveau en retraite. Le voilà vaincu, refoulé au loin, dans les ténèbres de la <span style="font-style:italic">regio dissimulitidinis</span>, la région de la dissemblance d’avec Dieu où il avait tenté de m’attirer afin que j’y établisse ma demeure.        <br />
              <br />
       <span class="u">Glossaire </span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Tradinette</span> : jeune fille catholique de tradition en âge de se marier.        <br />
       <span style="font-style:italic">Stringeuse</span> : jeune fille qui porte des strings et qui s'en vante.        <br />
       String : <span style="font-style:italic">stringus horribilis </span>        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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