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  <title>Sombreval</title>
  <description><![CDATA[Sombreval.com est un webzine catholique. Ses domaines de prédilection sont l’exégèse biblique, la littérature et la théologie.]]></description>
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   <title>Etre Juif et Chrétien (lettre de Frank-Duquesne à Scholem)</title>
   <pubDate>Sat, 04 Apr 2026 16:06:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Articles]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
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      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/95833725-66912411.jpg?v=1775377311" alt="Etre Juif et Chrétien (lettre de Frank-Duquesne à Scholem)" title="Etre Juif et Chrétien (lettre de Frank-Duquesne à Scholem)" />
     </div>
     <div>
      Parmi les documents retrouvés par Luis Cruz, figure une partie de la correspondance de Frank-Duquesne. Luis a pu acquérir en particulier la correspondance de l'écrivain avec Gershom Scholem, conservée à la Bibliothèque nationale d'Israël, à Jérusalem. Dans sa première lettre, peu amène, Scholem réagit aux quelques mots de la dédicace du livre que lui a adressé Frank-Duquesne en novembre 1951. Il écrit : «N’étant pas touché par la grâce, il ne m’est pas donné de comprendre votre témoignage chrétien et catholique. Vous n’êtes pas le premier des juifs renégats qui m’a assuré qu’il “est de plus en plus juif à mesure qu’il devient plus chrétien”». S’ensuit un échange de lettres courtois où la question juive occupe une place prépondérante. Dans une lettre datant du 15 février 1952, écrite en anglais, et dont je propose ci-dessous la traduction, Frank-Duquesne se justifie devant Scholem car celui-ci lui demande à nouveau : «Pourquoi vous dites-vous Juif si vous utilisez la terminologie catholique ?».        <br />
       Vous pouvez consulter cette lettre manuscrite dans sa version originale anglaise en <a class="link" href="https://www.sombreval.com/docs/Lettre%20AFD-Scholem.pdf">cliquant ici</a>.       <br />
       J’ai corrigé dans ma traduction les quelques coquilles sur les noms et ajouté quelques notes d’éclairage. Bonne lecture.        <br />
              <br />
       Cher Professeur Scholem,        <br />
              <br />
       Votre aimable lettre du 7 janvier, que j'ai lue avec une grande attention, fut une lecture très agréable. Elle règle ce léger différend entre nous. Il ne reste qu'un seul point à éclaircir : pourquoi devrais-je me dire juif ? En effet, pendant les cinquante et un ans de ma vie, je me suis considéré comme non-juif, c'est-à-dire comme chrétien et comme Belge. Or, un Belge peut appartenir à un groupe ethnique ou à un autre : il peut être Flamand, Wallon, Picard ou Rhénan. Pourquoi pas Juif ? Après tout, c'est ce qu'écrivait déjà Gustave Hervé en 1915 : «La nation française se compose de Bretons, de Flamands, de Provençaux, de Basques, d'Alsaciens, etc., et de Juifs». Le sionisme semble considérer que l'appartenance ethnique doit nécessairement coïncider avec le statut national. Pour ma part, ma famille juive se composait, du côté paternel, de personnalités excentriques et erratiques, descendants directs de Jacob Frank, et, du côté maternel, de la famille d'Heinrich Heine, mais d'une branche éloignée, des spécimens les plus nauséabonds d'une certaine petite bourgeoisie juive : alliant lâcheté et absence totale de retenue (verecundia), comme le dit Schopenhauer (1). Vous comprendrez donc que, dès l'âge de dix ans, je ne me considérais pas comme juif.       <br />
       Bien plus tard, lorsque l'évolution de ma conception du monde m'a ramené – à travers le labyrinthe de la philosophie védantique, du gnosticisme alexandrin et des mystiques médiévaux (principalement ceux de Rhénanie) – à la foi chrétienne de mes débuts, j'ai exploré les Évangiles pour parvenir à une compréhension plus juste et plus complète du christianisme, éclairée par une vision authentique de l'Ancien Testament. L'un des meilleurs ouvrages que j'ai lus sur ce sujet est <span style="font-style:italic">Le Trône de David</span> d'Hebert (2). Hebert est un prêtre anglican, mais son nom a une consonance juive.       <br />
       Je n'ai eu aucun contact personnel avec des Juifs jusqu'en 1941, année où je me suis retrouvé dans un camp de concentration allemand, parmi eux, et comme l'un des leurs. Les cinq dernières années, j'avais lu Levertoff et Edersheim, que vous détestez sans doute, mais aussi Philon, Maïmonide, presque tous les traités kabbalistiques, et j'étais très intéressé par les analogies pour le moins étranges entre certains éléments de la théologie mystique franciscaine du Moyen Âge (par exemple, les attributs «auto-subsistants» de Dieu), certains principes de la spiritualité byzantine (par exemple, la doctrine des énergies divines, les voies ascétiques propres aux moines athonites), et les spéculations juives sur la Merkaba et les Sephiroth.        <br />
       À l’instar de plusieurs de mes amis, qui étaient des prêtres catholiques romains, très souvent adeptes de la doctrine de Scheeben sur les mystères, ou des conceptions prophétiques d’Odon Casel sur le sacramentalisme, j’ai trouvé dans le Nouveau Testament et dans la vie de l’Église – telle qu’elle est exprimée de la manière la plus adéquate par les Pères – un épanouissement d<span style="font-style:italic">’idées</span> (le mot étant compris au sens où l’entendait Newman) dont on peut trouver le germe dans la Loi lévitique. C'est déjà le point de vue adopté dans l'Épître aux Hébreux, si souvent très proche de la théologie de Philon. Ma propre pensée est fortement imprégnée de cette Épître.         <br />
              <br />
       Lorsque je me suis joint à une foule de Juifs dans le camp de Breendonk, j'ai été immédiatement et violemment attaqué, non pas par la simple base de ces pauvres diables, mais par quelques rabbins et plusieurs laïcs très pieux, observateurs du Talmud.  L’un de ces derniers refusait la nourriture du camp parce qu’elle n’était pas casher, à tel point que même les autorités nazies ont exprimé leur admiration pour cet homme. Mais, ayant pour tâche de balayer certaines parties du camp, il pouvait voler des pommes de terre dans la cuisine pendant que nous cassions des pierres. La nuit, il les cuisait sur le poêle ; comme, pendant la journée, les SS inspectaient les chambres à la recherche d’objets tels que des pommes de terre volées, notre ami talmudiste cachait jusqu’à la nuit ses pommes de terre sous le matelas de son compagnon ; ainsi, si les SS les découvraient, ce n’était pas lui qui serait puni, mais l’autre type ! Un dimanche après-midi, ces gens très pieux discutaient de l’«homme du péché» de Daniel, et m’ont soudain demandé si, d’après mes calculs, son heure était venue. Je répondis que, comme le dit l’Évangile selon Marc, personne ne pouvait connaître l’heure : ni homme, ni ange, ni même le Fils… Je pensais que les rabbins connaîtraient le Fils selon la conception de Philon, la Parole de Dieu. Mais une explosion de fureur inattendue se produisit : «<span style="font-style:italic">Votre</span> dieu a-t-il couché avec une prostituée pour avoir un fils ?» Deux d'entre eux écumaient de rage. J’ai essayé avec beaucoup de patience de commenter Philon et la Kabbale. Mais cela ne faisait, à leurs yeux, qu’aggraver ma situation ! J’étais abasourdi : comment des gens qui souffraient avec moi depuis des mois pouvaient-ils se laisser aller à une telle frénésie ? Ce que dit l’Évangile de Jean au sujet de la discussion entre le Christ et les pharisiens qui «grinçaient des dents», m’est soudain apparu, non plus comme un passé obsolète, mais comme un fait toujours vivant et présent. Le pieux abstinent de nourriture non casher était le plus excité ; il ne cessait de crier à propos de «mon dieu»; ce à quoi je lui ai finalement rétorqué : «Et <span style="font-style:italic">ton</span> Dieu alors, puisque, selon toi, nous avons chacun notre propre dieu ? <span style="font-style:italic">Mon</span> dieu me permet de manger la nourriture du camp, mais m’interdit de cacher des pommes de terre volées dans le lit d’autrui ; <span style="font-style:italic">ton</span> dieu t’interdit d’avaler la soupe commune, mais te permet de cacher des pommes de terre volées sous le matelas d’un autre, afin qu’il reçoive les coups de baguette à ta place !» Après cette rencontre, un pauvre vieux boucher casher vint me voir et me dit : «Je ne suis pas érudit comme ces rabbins, et, bien que j’aime Dieu, je n’ai pas le courage de refuser la nourriture commune. Mais je sais reconnaître un homme qui aime Dieu quand j’en vois un, et je vous serais très reconnaissant si vous vouliez bien me serrer la main». Ce que je fis, en répondant : «Vous n’êtes pas loin du Royaume de Dieu» (3).  L’homme ne savait pas que je citais à nouveau l’Évangile, et s’il l’avait su, cela ne l’aurait pas dérangé. Il fut plus tard gazé, réduit en cendres et très probablement transformé scientifiquement en savon ou en engrais.        <br />
       Cette même nuit, l'un des rabbins, Gottesmann, d’origine viennoise, qui dormait près de moi, s'excusa de son comportement : «C'était dû, dit-il, à mon incapacité à résister à la douleur». Je lui suggérai qu’il existe une alchimie de la douleur : «Acceptez-la et faites-en un encens odorant devant Dieu, vous permettant de plaider la cause de votre peuple et, plus encore, la cause du monde entier devant le Trône. Souffrir pour Dieu peut devenir une joie divinisante». Alors le pauvre jeune Gottesmann rétorqua : «Je vois ce que vous voulez dire, et mon esprit suit le fil de votre pensée. Mais mon <span style="font-style:italic">être</span>, en tant que tel, ne peut pas ressentir, ne peut pas sympathiser avec vous, car je suis juif. La souffrance subie pour autrui  (vicarious pain) n’appartient pas à notre monde de pensée. C’est ce qui sépare principalement Israël du christianisme».        <br />
       Ce fut mon seul contact personnel avec des Juifs en cinquante-six ans. Cela ne m’a pas fait de mal ni rendu amer. Mais cela m'a révélé l'abîme indéniable qui sépare le judaïsme traditionnel de la pensée chrétienne.       <br />
       Il existe, bien sûr, des exceptions, comme Soloveitchik, Montefiore et, dans l'Antiquité, les Caraïtes.       <br />
       J'en ai déduit que le judaïsme «traditionnel» est le judaïsme proprement dit, desséché, rationalisé, réduit au rang de «religion naturelle». Cette conception a été confirmée par la lecture de brochures publiées par les plus hautes autorités juives de France. La profonde perspicacité spirituelle et l'expérience mystique que je trouvais exprimées dans le Midrash et le Targoum ont disparu du judaïsme contemporain. Je les retrouve dans la liturgie de l'Église d'Orient, ainsi que dans les écrits de Pères tels que Clément d'Alexandrie, Origène, Grégoire de Nysse, Éphrem le Syrien, etc. J'ai découvert ces dix dernières années les trésors surnaturels de la religion biblique. Ils m'ont fait me sentir proche du Psalmiste David, contemporain d'Isaïe. À l'instar du pape Pie IX, je suis tenté de m'exclamer : «<span style="font-style:italic">Et ego filius Abrahae!</span>». Avec le pape Pie XI, je voudrais affirmer : «Spirituellement, je suis un Sémite». J'irai même plus loin : je ressens de plus en plus que, si j'avais vécu au temps du Christ, j'aurais été l'un de ces «Juifs sans astuce» (guileless), selon l'expression même de Jésus, qui ont rejoint le petit groupe apostolique (4).       <br />
       J’enviais ces deux pauvres hommes, descendants ultimes de la lignée davidique et parents du Christ, que Domitien avait fait venir à Rome, mais qui furent renvoyés en Palestine à cause de leurs mains rugueuses de paysans (5). J’ai découvert que je ne suis pas seulement un compagnon de pensée de Jésus, ni un simple «membre du Corps mystique du Christ», mais un parent du Christ historique, selon la chair et le sang. En d’autres termes, j’ai découvert mon ascendance juive, mais cela m’a rendu doublement chrétien. Pour moi, être juif signifie avoir dans les veines le même sang que le Christ. Et, si je ne me trompe pas, l’<span style="font-style:italic">Encyclopédie juive</span>, que j’ai lue avant 1914, ainsi que son successeur actuel, ne considèrent pas Jésus comme une cause de honte pour la nation juive pour l’avoir mis au monde.        <br />
       Un de mes livres, <span style="font-style:italic">Via Crucis</span>, qui paraîtra cette année, aura pour sous-titre «Un Juif devant la Croix». Cela signifie ceci : ce rabbin, reconnaissant son incapacité à comprendre et à accepter la Croix, ne faisait que suivre les traces de ces Juifs contre lesquels des prophètes comme Jérémie et le second Isaïe durent lutter, et de ceux qui, vingt siècles plus tôt, furent profondément choqués par l’idée d’un Messie «pendu au bois», comme le dit le Deutéronome. Comment un homme – c’est-à-dire, pour moi, un homme vivant ou essayant de vivre dans l’atmosphère de la Bible juive – non seulement par choix intellectuel et donc conventionnel, mais parce que l’esprit de cette Bible est ethniquement en harmonie avec tout son être – comment un tel homme peut-il trouver le chemin de la compréhension et de l’acceptation de la Croix ? Un tel parcours est-il possible, et, s’il l’est, en quoi consiste-t-il ?        <br />
              <br />
       Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai intitulé ce nouveau livre : «Un Juif devant la Croix». On me dit que la nouvelle patrie juive invite toute personne ayant du sang juif à rejoindre le peuple en Palestine, quelles que soient sa nationalité antérieure, ses convictions politiques, sa situation sociale, sa profession <span style="font-style:italic">ou sa religion</span>. Votre propre gouvernement adhère à l’idée que des citoyens juifs puissent appartenir à la religion chrétienne ; pourtant, votre lettre laisse transparaître un étonnement surprenant face à mon idée saugrenue qu’un homme puisse être à la fois juif et chrétien. En réalité, votre point de vue est plus fidèle à l’attitude traditionnelle de la communauté juive envers le christianisme que celui de votre gouvernement. La position de ce dernier correspond à des principes démocratiques abstraits et à la logique particulière de ces principes ; tandis que la vôtre exprime toute une série de réactions instinctives aussi anciennes que les «bénédictions» antichrétiennes du <span style="font-style:italic">Shemoneh esrei</span> (j’aime à appeler cette malédiction une «bénédiction»).        <br />
       Mais pour moi, la principale occupation de l’esprit n’est pas de juger – «Ne jugez pas», dit Jésus –, mais de comprendre. Et j’espère, et je crois, que je vous comprends, même lorsque vous ne me comprenez pas. Il est très facile de comprendre la compréhension ; mais comprendre l’incompréhension exige une capacité et une volonté de sortir de soi-même (c’est là aussi un aspect de l’Exode). Je serais heureux si cette lettre vous apparaissait sous un jour irénique (6). Je l’ai écrite en anglais car j’ai des raisons de croire que votre langue principale, après l’hébreu, est l’anglais du roi, ou plutôt celui du président. Je vous prie d’agréer, cher professeur, l’expression de mes sentiments les plus sincères.       <br />
              <br />
       1) Dans une lettre postérieure, écrite en allemand, et toujours adressée à Scholem, Frank-Duquesne apporte ces précisions : «Ma grand-mère, Caroline Heine, était la fille d'un des oncles du poète Heinrich Heine. À présent, en ce qui concerne Jakob Frank, la Gestapo a volé tous mes papiers familiaux en 1941. Les descendants de mon oncle furent assassinés en Hollande pendant la guerre. Je suis le dernier survivant. Autant que je me souvienne, le plus jeune fils de Yankel Leibowitz est allé s'installer en Westphalie. Son fils aîné, revenu au judaïsme, devait quitter le pays et revint au nord-est de la Hollande. Ce petit-fils de Jacob Frank était mon propre grand-père et, autant que je sache - selon la description de mon père (j'avais alors entre six et huit ans) - Salomon Frank appartenait au hassidisme. C'est mon père qui se fit baptiser en 1864».       <br />
       A propos du terme <span style="font-style:italic">verecundia</span> qui a aussi le sens de pudeur, de modestie, Schopenhauer note dans <span style="font-style:italic">Ethique, droit et politique</span> : «Les défauts connus des Juifs, inhérents à leur caractère national, sont peut-être surtout imputables à la longue et injuste oppression qu'ils ont subie. (De ces défauts, le plus apparent est l'absence étonnante de tout ce qu'on entend par le mot verecundia, et cette lacune sert plus dans le monde que peut-être une qualité positive)».       <br />
       2) Gabriel Hebert, <span style="font-style:italic">The throne of David, a study of the fulfilment of the Old Testament in Jesus Christ and His church</span>, 1941.       <br />
       3) Cf. Marc, 12:34.       <br />
       4) Cf. Jean, 1:47.       <br />
       5) Les chrétiens un moment tranquilles sous les règnes de Vespasien et de Titus, furent de nouveau persécutés par l’empereur Domitien (empereur de 81 à 96). Hégésippe raconte qu’en l'an 93 on dénonça à Domitien deux descendants de David, petit-fils d'un Judas qui était cousin germain de Jésus-Christ. Ils furent conduits à Rome et jugés en la présence impériale. Or, ces Juifs étaient chrétiens; ils confessèrent qu'ils descendaient du roi David ; qu’à eux deux ils n’avaient qu’un bien de neuf mille deniers ; c’était la valeur d’une terre de trente-neuf plèthres, dont les revenus les nourrissaient, à condition qu’ils la cultivent eux-mêmes. Ces fils de rois montrèrent au fils de Vespasien leurs mains calleuses. Interrogés sur le Christ et sur sa royauté, ils répondirent qu’elle n’était pas terrestre, mais céleste et divine. Là-dessus, Domitien ne les condamna pas, mais, les méprisant comme de petites gens, les laissa partir libres.        <br />
       6) C'est-à-dire sans esprit partisan ni polémique.        <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>Sur la cohabitation des deux formes du rite romain</title>
   <pubDate>Mon, 09 Sep 2024 15:06:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
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      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/82683435-59272996.jpg?v=1725889651" alt="Sur la cohabitation des deux formes du rite romain" title="Sur la cohabitation des deux formes du rite romain" />
     </div>
     <div>
      Bien avant la publication en 2007 du <span style="font-style:italic">Summorum Pontificum</span> de Benoit XVI, prévoyant l’introduction d’une «forme extraordinaire» à côté de la «forme ordinaire» dans le même rite romain latin, des intellectuels catholiques de premier plan ont plaidé pour la coexistence des deux usages, du <span style="font-style:italic">vetus ordo</span> et du <span style="font-style:italic">novus ordo</span>. Jean Guitton, par exemple, a bien défini la spécificité de la messe catholique :        <br />
       «L’Eucharistie catholique, écrit-il dans un ouvrage publié en 1986, a deux caractères qui semblent s’opposer, mais qui se complètent en une véritable structure. L’Eucharistie est d’abord un sacrifice, qui réitère le sacrifice de Jésus-Christ. L’Eucharistie est aussi un sacrement, où sont proposés aux fidèles réunis en un repas mystique les fruits de ce sacrifice». Selon lui, la liturgie conciliaire a voulu illustrer davantage le sacrement. Or, comme il le note, «le sacrement est la conséquence du sacrifice» (1).        <br />
       Les considérations qui suivent mettent en relief les problèmes de structure de la nouvelle messe. Par <span style="font-style:italic">structure</span>, Guitton entend «l’ordre, la hiérarchie, la proportion des parties». Il constate que la liturgie de la Parole occupe maintenant la meilleure part du temps, restreignant la place dévolue à la liturgie du Sacrifice. La prière universelle vient à peine d’être prononcée que déjà, note-t-il, «la machine nerveuse» se lasse. L’attention se relâche, «prêtres et fidèles se hâtent». Et cela, alors que vient «l’instant sublime, l’Heure pleine de mystère à jamais, où l’Événement singulier, &quot;fait une fois pour toutes&quot;, se reproduit pour la foi mystérieusement». Il conclut par ces mots : «Je ne mets pas au même niveau et sur le même plan la liturgie de la Parole et la liturgie du Sacrifice. Entre ces deux essentiels, le second est à mes yeux plus essentiel. Le premier annonce le second. Le lumineux introduit au numineux. Et dans le numineux seul se cache et se manifeste l’essence, qui est le mystère de la foi, le <span style="font-style:italic">mysterium fidei</span>».        <br />
       Pour maintenir la foi dans le sacrifice, il jugeait nécessaire que les deux rites puissent cohabiter : «Si l’ancienne liturgie insistait sur le sacrifice consommé sur un autel par un prêtre dont on ne voyait pas le visage ; si la nouvelle liturgie insiste sur le sacrement et sur le partage (étant ainsi plus proche de la Cène) ; si les fidèles peuvent voir le visage du prêtre, tourné vers eux ; s’il n’y a pas d’incompatibilité entre ces deux usages, ni progrès de l’un sur l’autre mais, au contraire, complément et harmonie, pourquoi n’est-il pas possible de permettre les deux rites ? Cela pour une raison profonde, qui touche à la foi du peuple».       <br />
              <br />
       (1) Jean Guitton, <span style="font-style:italic">Silence sur l’essentiel</span>, Desclée de Brouwer, 1986, p. 35-38. J’espère publier prochainement un ouvrage inédit d’Albert Frank-Duquesne, non publié de son vivant et dont ne reste qu’un tapuscrit, miraculeusement retrouvé par un jeune Mexicain, Luis Cruz, dans les archives d’un des correspondants de l’écrivain. Intitulé <span style="font-style:italic">La Messe éternelle</span> (sous titre : <span style="font-style:italic">La Croix, l'Eucharistie et le Sacrifice du Verbe «avant la création du monde</span>»), il est divisé en deux sections qui correspondent aux deux parties de la messe décrites par Guitton. La première (d’un intérêt exceptionnel) porte sur «l’eucharistie sacrifice» et le sacrifice éternel du Verbe, fondement de la Liturgie céleste, la seconde sur «l’eucharistie communion». La partie sur l’eucharistie-sacrifice s’achève par ces lignes qui prouvent, s’il en était besoin, que la crise de la liturgie ne date pas du Concile :         <br />
       «Messe du Verbe, Messe éternelle, continuée sur terre par le Christ au Calvaire, par l’Église – qui est &quot;Jésus-Christ répandu et communiqué&quot; (Bossuet) – chaque fois que le Pain et le Vin consacrés sont offerts à Dieu. Mais il n’y a qu’un seul et même Sacrifice, qu’une éternelle Agape. Et peut-être est-ce là ce qu’entendait Jean-Baptiste Vianney, curé d’Ars, lorsqu’il murmurait : &quot;Si l’on savait ce que c’est que la Messe, on mourrait&quot;. Aussi, dans trop d’églises, des ouailles scandalisées, au sens évangélique du terme, se demandent-elles à quoi riment ces Messes confidentielles, hâtivement marmottées, télescopées, supersoniques, et dans une atmosphère de désinvolture faite pour enlever à tout incroyant entré par hasard dans un sanctuaire le désir d’y remettre les pieds… C’est pourquoi, sur le plan de la vie divine, surnaturelle, &quot;il y a parmi nous beaucoup de gens débiles et malades, voire un grand nombre de morts&quot; (1 Cor, 11:30)».          <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Jésus est-il le fils prodigue ? (Luc, 15:11-32)</title>
   <pubDate>Sun, 21 Apr 2024 16:24:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
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      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/79683609-57664930.jpg?v=1713712520" alt="Jésus est-il le fils prodigue ? (Luc, 15:11-32)" title="Jésus est-il le fils prodigue ? (Luc, 15:11-32)" />
     </div>
     <div>
      Je sais que vous vous posez la question depuis longtemps. Voici la réponse.        <br />
       Dans plusieurs livres de Frank-Duquesne, les références au fils prodigue sont souvent marquées par la majuscule. Le Fils prodigue, peut-on lire dans plusieurs passages. L’écrivain souligne ainsi l’identification de Jésus à la figure bien connue de la parabole. L’interprétation exclusivement christologique de Luc 15:11-32 a pourtant peu d’appui dans la tradition. Comme le souligne l’abbé Camille Rey, prêtre de la Communauté Saint-Martin, dans une <a class="link" href="https://www.communautesaintmartin.org/wp-content/uploads/2020/10/CH7-Il-e%CC%81tait-mort-et-il-est-revenu-a%CC%80-la-vie.pdf">étude</a> remarquable à laquelle je renvoie le lecteur, «on interprète habituellement cette parabole dans un sens moral individuel» (1). Il ajoute ces précisions : «L’identification éventuelle du fils prodigue avec le Christ semble plus difficile à établir et nous paraît choquante, puisqu’on ne voit pas comment une figure d’homme pécheur pourrait être associée au Fils de Dieu nécessairement sans péché (…) Les commentateurs ont quand même développé la portée symbolique de la parabole, mais en voyant plutôt le Christ derrière le fils aîné, le père, ou l’un des serviteurs, ou bien encore en reconnaissant, dans les deux fils, des figures d’entités collectives. Mais le chemin d’éloignement puis de conversion du fils cadet nous paraît spontanément incompatible avec la figure du Christ prise individuellement».        <br />
       Se référant à l’Ecriture sainte, il répond aux différentes objections qu’une telle exégèse ne peut manquer de soulever. Selon lui, il est légitime de reconnaître derrière le fils prodigue «le visage et l’itinéraire mystique de Jésus de Nazareth qui s’est comme dépeint lui-même à travers cet enfant». La Tradition ne voit-elle pas en Luc un «peintre» au sens propre comme au figuré ? Comme l’affirme l’abbé, «derrière cette parabole représentant, comme une fresque, l’itinéraire du retour de l’homme vers Dieu, n’est-ce pas le visage du Christ que Luc a aussi voulu dépeindre ? Ce &quot;fils perdu et retrouvé&quot; semble être l’humanité en général et aussi chacun de nous, mais n’est-ce pas également Jésus de Nazareth en particulier, le Christ mort et ressuscité pour les pécheurs ? Comme certains peintres se représentaient eux-mêmes, quelque part, dans leurs œuvres, Jésus s’est dépeint probablement lui-même aussi, de manière voilée, dans cette parabole… et peut-être également dans beaucoup d’autres».        <br />
       Reste à préciser l’identité du frère aîné. Parmi ses hypothèses, je retiens celle-ci qui va dans le sens de la lecture de Frank-Duquesne pour qui, «dans l'hypostatique unité du Christ, le Cadet et l'Aîné ne font qu'un seul et même Fils» (<span style="font-style:italic">Via Crucis</span>, p. 223). Pour Camille Rey, la déclaration du père : «tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi» (Luc, 15:31) justifie qu’on puisse «reconnaître dans le fils aîné le Fils de Dieu en tant qu’il est demeuré éternellement dans la gloire de son Père». Il apporte cette explication éclairante : «Puisque le Christ n’a pas perdu sa nature divine en s’incarnant, il y a, en lui, comme deux personnages coexistant, selon ses deux natures, divine et humaine. Cela revient, d’une certaine manière, à distinguer dans le Christ à la fois le juge et l’avocat des hommes dont il s’est fait le frère. Le fils cadet représenterait le Christ solidaire de l’humanité et le fils aîné son Juge eschatologique. Le retour du fils cadet dans la maison du père s’apparente à celui du Christ dans la gloire céleste qu’il n’a pas cessé de partager de toute éternité».       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Exegèse de Frank-Duquesne</b></div>
     <div>
      Dans un texte sur le signe de la croix (bientôt publié sur le site), Frank-Duquesne souligne cette double identification suggérée par la parabole. En quelques lignes denses et superbes se déploie la fresque tout entière centrée sur le Christ dont parle le père Rey dans son étude :        <br />
              <br />
       « (…) Infiniment riche, le Christ ne cesse à tout jamais de Se dépouiller pour nous, et cet infiniment riche Se fait tout au long de l'Histoire infiniment pauvre à notre profit. Ce fils prodigue de Son amour, de cette mystérieuse «substance» qui pourrait bien être la Sagesse divine ou l'Esprit-Saint (Luc, 15:13), c'est parmi Ses compagnons, Ses «amis», qu'Il dissipe tout Son Bien ; de sorte qu'Il finit par convoiter «les carouges que mangent les pourceaux, mais personne ne Lui en donnait». Ce misérable «amour» que nous vouons à nos semblables, cette porcine dilection que nous traînons dans toutes nos auges, Il en est affamé, mais nous Lui en refusons l'aumône. Il ne cesse donc de retourner à Son Père et, Lui représentant toute l'espèce assumée par Lui – St. Grégoire de Nysse a là-dessus des pages plus que sublimes – Il confesse ces péchés du monde qu'Il porte en NOTRE nom ; Il Lui demande d'être traité «comme un mercenaire», comme un esclave après sa désertion. Mais le Père ne voit en Lui que l'objet de Son éternelle complaisance, le sujet de Son éternelle louange et liturgie. Comme au chapitre II de l'Epître aux Philippiens, l'humiliation volontaire s'achève par un triomphe ; car le Fils obéissant jusqu'à la mort, Le voici revenu à la vie (Luc, 15:24). Et le Prodigue devant qui désormais toute la maisonnée ploie le genou parce qu'Il a reçu «un Nom au-dessus de tout nom» (Phil, 2:9), peut-on se demander si, «derrière le voile», à l'intérieur du sanctuaire céleste, au delà des illusoires divisions d'en-bas, Il ne Se reconnaît pas dans ce Frère aîné qui «n'a jamais cessé, ni d'être avec le Père», ni «de posséder tout ce qui appartient» au Père (Luc, 15:31) ? <span style="font-style:italic">Verbum supernum prodiens, nec linquens Patris dexteram</span> (2).       <br />
              <br />
       1) Camille Rey, «&quot;Il était mort, il est revenu à la vie&quot; (Lc 15, 24.32) – La Résurrection du Christ dans la parabole de &quot;l’enfant prodigue&quot;», <span style="font-style:italic">Revue Charitas</span>, n°7, 2017, p. 63-76.       <br />
       2) «Le Verbe descendu des cieux, sans quitter la droite du Père». Hymne <span style="font-style:italic">Verbum Supernum prodiens </span> de saint Thomas d’Aquin.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.sombreval.com/Jesus-est-il-le-fils-prodigue-Luc-15-11-32_a786.html</link>
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   <title>Mises à jour</title>
   <pubDate>Thu, 18 Apr 2024 10:31:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/77689351-56434171.jpg?v=1704724753" alt="Mises à jour" title="Mises à jour" />
     </div>
     <div>
      Les nouveautés du mois  sur Sombreval.com  :        <br />
              <br />
       Le <a class="link" href="https://www.sombreval.com/afd-project/">Fonds Frank-Duquesne</a> a été enrichi de nouveaux textes et extraits.        <br />
              <br />
       <a class="link" href="https://www.sombreval.com/Le-Projet-Fedorov_a145.html">Le Projet Fedorov</a> continue avec l'ajout des épisodes 14, 15, 16. Le premier volume est presque achevé.         <br />
       Nouvelle mise à jour : ajout des épisodes 17,18, 19 avec twist final comme il se doit :)       <br />
       Relecture faite. Corrections et modifications diverses, mise en forme améliorée.        <br />
       Partie 1 achevée.        <br />
              <br />
       Transcription de <span style="font-style:italic">La Messe éternelle</span> en cours.        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   </description>
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   <link>https://www.sombreval.com/Mises-a-jour_a785.html</link>
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   <title>Plus tard, il sera trop tard (Le Projet Fedorov, épisode 14)</title>
   <pubDate>Tue, 18 Jul 2023 15:05:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/74113411-51537767.jpg?v=1689687057" alt="Plus tard, il sera trop tard (Le Projet Fedorov, épisode 14)" title="Plus tard, il sera trop tard (Le Projet Fedorov, épisode 14)" />
     </div>
     <div>
      L’inconnu descend les derniers degrés qui conduisent à la plage. Il embrasse d’un regard circulaire ce lieu iconoclaste, peu propice à une halte méditative. La fête bat son plein et il y a foule. Autour de lui, on va et vient, on bavarde, on rit, on danse. Ces manifestations de joie le laissent de marbre, absorbé qu’il est par sa tâche immédiate. Il doit trouver Nicolas S.       <br />
       Touristes, jeunesse de nuit, aventuriers de l’espace, habitués du Negresco, se mélangent dans un décor à la fois cosy et néo-futuriste. Serveuses stylées et droïdes s’activent entre les tables. L’inconnu cherche un endroit convenable pour voir sans être vu. Il se poste finalement dans un coin excentré de la plage et laisse son attention errer quelques instants. Il finit par la fixer sur la grande piste de danse dressée devant la mer.        <br />
       Masquée par les autres danseurs, réels et virtuels confondus, la jeune femme ne lui apparaît d’abord qu’à travers les inflexions de son corps. Puis elle se détache en pleine lumière, simplement vêtue, mais royalement parée de sa beauté brune. C’est elle. Pas de doute. Un hologramme a synchronisé ses mouvements aux siens, servant de faire-valoir à l’unique centre qu’elle est. Le rythme de ses pas, ses ondoiements épousent naturellement le rythme de la musique. Son aisance s’explique par le fait qu’elle a été très tôt confiée par l’actrice aux soins des meilleurs maîtres. Enfant, elle a passé de nombreuses heures dans les studios de danse. Tout cela, Laura l’ignore. Elle ne se souvient de rien. Mais le corps lui n’oublie pas. Le corps est une mémoire en actes.        <br />
       Tournant la tête, l’inconnu aperçoit Nicolas S, à l’écart de la piste, les coudes posées sur une table haute et qui semble plongé dans ses pensées. Quelques minutes s’écoulent avant que la jeune femme ne le rejoigne, et comme elle s’étonne de ne pas le voir danser, il lui dit : « Ah vous savez, le virtuel et moi...»        <br />
       – Dansons ensemble alors, lui répond-elle sur un ton amusé.        <br />
       – C’est que… tout de suite ?        <br />
       – Plus tard, il sera trop tard.        <br />
       Elle ne pense pas si bien dire.        <br />
       – Il n’est jamais trop tard pour danser... un slow, réplique Nicolas S qui a encore en tête les mots du flyer.        <br />
       – Danser un slow avec un hologramme ? fait-elle, le sourire en coin. Quelle drôle d’idée ! J’ai hâte de voir comment vous allez vous y prendre.        <br />
       L’inconnu ne les quitte pas de yeux. Comme guidé à son insu, Nicolas S finit par s’éloigner avec Laura de la piste de danse. Tous deux s’assoient dans un coin tranquille de la plage, où personne n’est censé les déranger. Ils commandent des glaces à un droïde.       <br />
       L’homme s’approche alors de leur table et se poste devant eux :        <br />
       – Pardonnez cette intrusion…        <br />
       Puis se tournant vers Laura, il enchaîne :        <br />
       – Tandis que je vous regardais danser, il m’est revenu en mémoire la phrase d’un illustre écrivain que j’ai découvert pendant mes études en France : «La danse est une musique que l’on regarde». Quoi d’étonnant quand on sait que «l’œil écoute», selon les dires mêmes du poète ? Les citations, voyez-vous, c’est une manie chez moi. Ma besace en est pleine. En voici une autre qui vous est destinée, poursuit-il en s’adressant cette fois à Nicolas S : «Une grande menace pèse sur le monde. Des bruits sinistres se répandent, pareils à ces grondements du ciel, précurseurs d’orage».        <br />
       L’inconnu prononce ces mots d’une manière emphatique et déclamatoire. Nicolas S fait sur sa chaise un bond de surprise qui n’échappe pas à la jeune femme. Il vient de reconnaitre l’incipit du roman d’aventures <span style="font-style:italic">Le Capitan</span>, utilisé comme code rouge par le Département des missions spéciales du Vatican. Le niveau le plus élevé d’alerte. Cela signifie que quelque chose de très grave est en train de se produire.        <br />
       Après un salut respectueux, l’inconnu s’éloigne à grands pas.        <br />
       – Il est complètement fou ce type ! s’exclame Laura...         <br />
       – Si seulement, répond Nicolas S en fronçant les sourcils...        <br />
       – Un Italien ?        <br />
       – A quoi le reconnaissez-vous ?        <br />
       – L’accent chantant, le style aussi. On en croise beaucoup à Nice.        <br />
       – Ça c’est sûr… À propos, j’ai oublié de vous poser une question : vous n’avez jamais eu envie de visiter Rome ?        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>https://www.sombreval.com/Plus-tard-il-sera-trop-tard-Le-Projet-Fedorov-episode-14_a784.html</link>
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   <title>Passion et Résurrection</title>
   <pubDate>Fri, 05 Feb 2021 10:23:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div>
      Je publie un nouveau recueil de textes d’Albert Frank-Duquesne, disponible en format pdf.         <br />
              <br />
       <a class="link" href="https://www.sombreval.com/docs/Passion-Resurection-AFD.pdf">Passion et Résurrection de Jésus-Christ</a>       <br />
              <br />
       Le premier texte, resté à l’état de manuscrit, est une méditation théologique sur la quatrième Parole du Christ en croix, <span style="font-style:italic">Eli, Eli, lama sabachtani</span>, qui nous confronte au redoutable mystère de la déréliction. Le second texte, publié dans une revue belge en 1952, est consacré à la Résurrection. Frank-Duquesne, doué d’une connaissance approfondie de l’Écriture et de la société antique, répond point par point aux hypothèses, parfois troublantes, souvent absurdes, énoncées par les principaux représentants de l’exégèse moderne et de la critique rationaliste. Ces derniers ont rivalisé d’imagination pour tenter de ruiner ce qui constitue le fondement de la foi chrétienne. Attentif aux faits et aux documents, l’auteur s’attache à démontrer la fausseté de leurs constructions intellectuelles et à rétablir la vérité objective de la Résurrection. Le texte suivant, tiré d’un ouvrage inédit, porte sur les apparitions post-pascales du Christ. Cette étude fournit des clés indispensables à l’intelligence du mystère eucharistique et de la présence réelle.        <br />
              <br />
       L'ouvrage est également disponible en version papier sur <a class="link" href="https://www.amazon.fr/dp/B08VXCGVJW">Amazon</a>       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/53670389-40570998.jpg?v=1612520999" alt="Passion et Résurrection" title="Passion et Résurrection" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.sombreval.com/Passion-et-Resurrection_a783.html</link>
  </item>

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   <title>Le Père Denis et Charlie</title>
   <pubDate>Fri, 23 Oct 2020 17:42:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div>
      Le Père Denis qui a depuis longtemps passé son catholicisme à la lessiveuse a fait preuve d’un courage inouï en diffusant sur Twitter l’ensemble des caricatures charliesques consacrées à Benoit XVI. Risque insensé pour quiconque nourrit des ambitions mondaines. Quelle mouche l'a donc piqué ? Il pourrait perdre les bénéfices de sa récente promotion au sein du groupe Bayard. Lui qui aime à se présenter comme un poète est d'abord un ardent défenseur des humoristes. Il ne faut jamais oublier que le rire a été condamné par l’Eglise, comme le rappelait récemment un animateur de <span style="font-style:italic">France &quot;Culture&quot;</span> (<a class="link" href="https://www.franceculture.fr/emissions/lhumeur-du-matin-par-guillaume-erner/lhumeur-du-jour-emission-du-lundi-19-octobre-2020">voir ici</a>). Il nous a donc offert une belle tranche de rire sur son fil twitter.        <br />
       Un saint triste est un triste saint : vérité proclamée par la totalité des catholiques modernes auxquels répugne le dolorisme quasi maistrien (c’est dire) de leurs aïeux dans la foi.        <br />
              <br />
       A ceux qui en douteraient, Jean-Pierre Denis rappelle dans ce fil qu’il est un croyant, un <span style="font-style:italic">believer</span>, et même un catholique, comme son fidèle compagnon, un avocat-bloggeur bobo qui «Koz» dans le vide depuis plus de dix ans. A travers son thread, il veut montrer aux benis-oui-oui qu’un catholique peut déceler de l’esprit dans des caricatures jugées offensantes pour la sensibilité des fidèles. Certaines témoignent même à ses yeux d’une grande connaissance de la théologie eucharistique. Benoît XVI a été une des principales cibles du journal pendant son pontificat. Il le sait. Il le dit. Est-ce qu’il s’en offusque pour autant ? Pas du tout. N’est-il pas lui-même à l’origine d’une pétition lancée contre le pape lors de l’affaire Williamson ? C’est grâce à son initiative salvatrice que l’Eglise n’a pu renouer avec son antisémitisme multiséculaire. Il faut le savoir : que ce soit par le rire ou par la pétition, il y aura toujours un Père Denis pour empêcher la Lumière d’être engloutie par les ténèbres. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/37131652-39158313.jpg?v=1603459856" alt="Le Père Denis et Charlie" title="Le Père Denis et Charlie" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.sombreval.com/photo/art/imagette/37131652-39158313.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.sombreval.com/Le-Pere-Denis-et-Charlie_a780.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Déréliction du Christ en croix (Frank-Duquesne)</title>
   <pubDate>Sat, 09 Mar 2019 21:11:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Textes]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/31466633-29666897.jpg?v=1552225371" alt="Déréliction du Christ en croix (Frank-Duquesne)" title="Déréliction du Christ en croix (Frank-Duquesne)" />
     </div>
     <div>
      A l'approche de la Semaine Sainte, je publie ce texte d'Albert Frank-Duquesne, extrait d'un ouvrage inédit, resté à l'état de manuscrit : <span style="font-style:italic">Jésus, cet Homme. Phénoménologie de l'Incarnation</span>. L'auteur offre une méditation théologique profonde sur la quatrième Parole du Christ en croix, <span style="font-style:italic">Eli, Eli, lama sabachtani</span>, qui nous confronte au redoutable mystère de la déréliction.        <br />
              <br />
       J'ai effectué quelques coupes et retouches dans le texte pour en faciliter la lecture. Le manuscrit n'était pas prêt pour l'édition.         <br />
              <br />
       Ce texte est disponible en intégralité en version PDF : <a class="link" href="https://www.sombreval.com/docs/Dereliction_du_Christ.pdf">cliquez ici</a>       <br />
              <br />
       <span class="u">Extraits</span>       <br />
              <br />
       Quel chrétien n’a pas été bouleversé par ce cri tragique du Sauveur crucifié : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M’as-Tu abandonné ?» Il semble bien que nul ne se soit jamais demandé pourquoi Jésus-Christ parle au passé, non pas au présent… «Pourquoi M’as-Tu abandonné ?» – Non pas : pourquoi M’abandonnes-tu (maintenant) ? La déréliction est sans doute arrivée à son point culminant : n’aurait-elle point commencé à Gethsémani ? Les prodromes n’en sont-ils pas tels propos attristés, presque découragés, tenus durant la Cène, voire le jour même des Rameaux ou le lendemain, le «trouble» dont Jésus avoue être saisi et bouleversé, dans Jean, 12:27 ? Au Jardin des Oliviers, près du pressoir annoncé par Isaïe, s’Il se dit accablé <span style="font-style:italic">jusqu’à la mort</span>, ne peut-on comprendre que son inexprimable tristesse va se prolonger, <span style="font-style:italic">crescendo</span>, littéralement «jusqu’à la mort, et la mort de la Croix» ?       <br />
              <br />
       Ce qui nous frappe d’abord, c’est le parallélisme, visiblement intentionnel, chez Marc et Matthieu (comme les «signes» chez Jean), entre l’abandon de la terre par le soleil, de la nature sensible par la lumière, et celui du Christ par <span style="font-style:italic">son</span> soleil et <span style="font-style:italic">sa</span> lumière. Déjà, dans le commentaire que le Livre de la Sagesse consacre aux trois jours de ténèbres infligés par Yahweh aux Égyptiens, la nuit physique apparaît comme une réalité symbolique, comme le «signe» du chaos spirituel, des ténèbres régnant dans les âmes pécheresses (Exode, 10:21-23 ; Sagesse, 17:2 jusqu’à 18:4)....       <br />
       Comme les trois jours de ténèbres en Égypte, du temps de Moïse, annonçaient à la fois l’obscurcissement des âmes, livrées à un esprit d’aveuglement (Rom, 11:7-10), d’obnubilation (1 Tim, 3:6), de séduction, Jérusalem et la Judée furent plongées de la sixième à la neuvième heure dans la plus épaisse des nuits. La nature manifesta son horreur et son deuil, sa sympathie à l’égard de son Maître, sa réprobation à l’égard des hommes, auxquels elle doit d’être asservie à l’illusion, au vain évertuement, au «vide», sans qu’il y ait de sa faute (Rom, 8:20). Comme elle avait pris part à la Nativité par un phénomène céleste, à toute la prédication messianique par la multiplication des «signes», à la Transfiguration par la Nuée, voici qu’elle participe au mystère de la Déréliction : elle « figure » les redoutables et mystérieuses ténèbres qui, depuis Gethsémani, remplissent l’âme du Christ, et dont le cri : <span style="font-style:italic">Eli, Eli</span>, avec tout ce qu’il comporte d’allusions au Psaume 21, semble annoncer que leur aube a pointé ; mais elle notifie aussi la mort proche de l’Homme-Dieu, le deuil du cosmos entier, toute la cécité spirituelle, à travers siècles et races.       <br />
              <br />
       (...)       <br />
              <br />
       Le Christ, «Fils bien-aimé, en qui (le Père) trouve sa parfaite complaisance», c’est-à-dire son Esprit, est «pendu au bois» à titre de Maudit, c’est-à-dire d’Homme, d’Adam, de vous et de moi. Le péché nous sépare de Dieu, nous arrache à son orbite, nous fait «enfants de l’aversion» divine. Prendre connaissance, gustativement, savoureusement, réellement – par une <span style="font-style:italic">réalization</span> totale, allant jusqu’au plus profond de l’âme, saturant jusqu’à la moelle de l’esprit, comme dirait l’épître aux Hébreux – de cette aliénation, de cet éloignement, de cet exil ontologique – tout comme le Christ devait, de même façon, <span style="font-style:italic">goûter</span> la mort, dit la même épître : en éprouver en Soi la plus secrète amertume et substance – voilà ce que signifie le fameux texte de 2 Cor, 5:21, qui nous montre le Juste, à toutes fins pratiques, <span style="font-style:italic">vu</span> pécheur par son Père, afin de pouvoir être traité en pécheur. En Pro-pécheur unique, par excellence. En Bouc émissaire du genre humain.       <br />
       «Yahweh a fait retomber sur Lui l’iniquité de nous tous» (Isaïe 53:6). Et Jésus accepte, pendant les trois heures indicibles, que toute l’horreur du péché L’écrase, s’empare de son âme humaine pour la saturer, prenne mystérieusement possession de toutes ses facultés humaines : «Il a Lui-même porté nos péchés en son Corps sur le bois ; afin que, morts (en Lui) au péché, nous vivions pour la justice» (1 Pierre, 2:24). S’identifiant à nous, prenant à sa charge toutes les iniquités commises depuis la création de l’homme jusqu’au Jugement Dernier, Il consent, pour nous en décharger, à devenir le «récapitulateur» par excellence d’une race pécheresse.        <br />
              <br />
       (...)       <br />
              <br />
       «La quatrième parole du Christ en Croix, dit le Père Faber, c’est l’écrin qui recèle le mystère du sacrifice propitiatoire». Jésus se retrouve seul, sans Père ni Mère, comme le note Louis Chardon, comme l’observent les meilleurs exégètes anglicans, comme nous l’avons démontré plus haut, croyons-nous, par le simple examen des textes évangéliques. Nous avons tous, depuis Adam : «Ce n’est pas moi, c’est la femme», abusé du commerce humain : Jésus meurt seul. Nous avons, tous, nés pharisiens, trafiqué, malicieusement abusé du commerce divin : Jésus meurt seul. Il a cherché qui L’aiderait, dit Isaïe. Mais personne ! Il a donc foulé seul au pressoir.        <br />
       En Lui, le péché s’est concentré, ramassé : puisqu’Il assumait, en sa toute sainte Personne, une nature pécheresse, Il a condescendu à cette infection. Toutes les iniquités du monde : passées, présentes, futures, non seulement elles s’offrent à son regard, elles pèsent sur Lui, mais encore elles L’envahissent, Le saturent jusqu’à la nausée, Lui le très pur, Lui le très saint ; et, cependant, Il en accepte l’affreux attouchement <span style="font-style:italic">intérieur</span>. Si, d’après saint Paul, qui s’unit à une prostituée devient avec elle une seule vie, que dirons-nous du Sauveur, qui a épousé l’iniquité, comme jadis les Prophètes, ses préfigures, prenaient dans leur lit, sur l’ordre de Yahweh, une fille perdue ? Quel dégoût, quelle horreur et répugnance, quel désespoir – n’étaient l’amour des pécheurs et la volonté de rendre gloire au Père – dans ce contact abominable, dans ces Noces sacrificielles de l’Agneau ! Il nous a sanctifiés en Lui, en acceptant, Lui en qui «le prince de ce monde ne possédait rien», et que «nul n’aurait pu convaincre de péché», d’être enlisé dans cette vase spirituelle, d’en avoir plein la bouche, plein les yeux, les oreilles, tout le corps, toute l’humaine sensibilité, l’imagination, le cœur, la pensée… et de tenir bon, de rester ferme au poste. Adam accepta de connaître le mal savoureusement par désir et jouissance ; Jésus, pour nous devenir un Pontife miséricordieux et fidèle, capable de sympathiser, de comprendre afin de guérir, accepta de connaître le mal, Lui aussi, savoureusement, mais par miséricorde et souffrance.       <br />
              <br />
       (...)       <br />
              <br />
       Aux hommes désorientés par l’isolement spirituel, la Déréliction apporte une révélation consolante, une force nouvelle, comme l’Ange de Gethsémani : ni la dépression d’esprit n’atteste irrécusablement, chez le fidèle, la présence du péché mortel ; ni Dieu n’est absent, parce que nos questions angoissées n’ont pour réponse que son «silence». Pourvu qu’en nous la volonté soit ferme, l’intention fidèle, l’aspiration permanente tournée vers Lui. Et, par ailleurs, Dieu répond normalement par des faits, non par des paroles, même intérieures. Toutes les afflictions – surtout spirituelles – toutes les angoisses et perplexités des âmes sous qui se dérobe le sol, Dieu les partage : «A travers toutes leurs angoisses, Yahweh S’est trouvé dans l’angoisse» (Isaïe, 63:9). Le prophète nous l’a <span style="font-style:italic">dit</span>, mais sur la Croix, le Fils de l’Homme nous l’a <span style="font-style:italic">montré</span> : toutes les désolations du genre humain, son âme humaine les a thésaurisées.  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>La signification et l'expression des couleurs</title>
   <pubDate>Fri, 31 Aug 2018 22:00:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Textes]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/25070980-26551045.jpg?v=1537039501" alt="La signification et l'expression des couleurs" title="La signification et l'expression des couleurs" />
     </div>
     <div>
      Je reproduis quelques extraits d’un texte remarquable de l’historien et critique d’art Charles Blanc (1813-1882) découvert récemment. Ses études sur les couleurs complémentaires ont influencé plusieurs peintres importants du 19 et 20e siècles, dont Vincent van Gogh.        <br />
              <br />
       Quelque variable que soit l’effet des couleurs, chacune d’elle a son caractère propre, qui est en rapport avec nos sentiments. Les couleurs et les formes sont, pour ainsi dire, les voyelles et les consonnes du silencieux langage que nous parle la création (…) Sans parler des significations particulières et purement locales que les différents peuples y ont attachées, les couleurs ont des affinités humaines, des harmonies avec nos idées, mais surtout avec nos affections morales, avec nos passions. C'est pour cela que les femmes, conduites par le sentiment, attachent plus d'importance que nous à la couleur. Ce n'est pas arbitrairement que nous trouvons de la gaieté dans la lumière, du mystère et de la mélancolie dans l'incertitude des ombres, de la tristesse dans la nuit. S'il est des contrées, telles que l'Inde et la Chine méridionale, où le blanc est un signe de deuil, c'est que les peuples de ces contrées sont noirs ou basanés et que l'opposition tranchante du noir au blanc est dure et affligeante pour le regard. Il est à remarquer, au surplus, que le deuil est partout symbolisé par une <span style="font-style:italic">non-couleur</span>, car on peut appeler ainsi le blanc aussi bien que le noir, puisque toutes les couleurs s'évanouissent dans l'un et s'éteignent dans l'autre. Sans doute une couleur est peu de chose en elle-même, et elle n'a toute sa vertu que lorsqu'elle contraste ou s'harmonise avec d'autres couleurs. Toutefois, entre ces deux extrêmes, le blanc, qui résume tous les rayons du soleil, et le noir, qui n'en réfléchit aucun, chaque couleur a des accents et des caractères qui lui sont propres, et chacune s'égaye en se rapprochant de l'extrême clair, par son mélange avec le blanc, de même qu'elle s'attriste et dépérit en se rapprochant de l'extrême sombre par son mélange avec le noir. Quant au noir pur, s'il est, dans le costume des grands d'Espagne, une marque de noblesse, un symbole d'orgueil, c'est que l'austère habit du prêtre a dû paraître une dignité et un privilège chez ce peuple dévotieux, qui est chrétiennement humble, mais humainement fier.       <br />
              <br />
       Le <span style="font-style:italic">jaune</span> est le fils aîné de la lumière, et il ne faut pas s'étonner qu'une nation de coloristes, les Chinois, le regardent comme la plus belle des couleurs. Sans le jaune, il n'y a point de spectacle splendide. La nature en a teint la carnation des races humaines les plus élevées; elle en a coloré le plus précieux des métaux, et ces graminées plébéiennes, comme les appelle Linné, qui renferment les plus nécessaires des aliments : les épis mûrs du froment et du seigle, les grains du maïs, même les grains de l'orge, et cette fine paille qui, après avoir porté les épis, devient un objet de parure lorsque, tressée par les femmes, elle leur fait des chapeaux qui les garantissent du soleil en jetant sur leur teint une ombre dorée. Coupé par le noir, le jaune caractérise la robe des animaux les plus terribles et des mouches les plus dangereuses, le tigre, la panthère, la guêpe, et cette opposition du noir au jaune est aussi très goûtée dans les pays où les passions sont ardentes et violentes. Elle sied bien aux Nubiennes, aux femmes arabes ; elle plaît surtout aux Espagnoles et forme une harmonie de sentiment avec le caractère redoutable de leurs sourcils noirs, de leurs yeux étincelants, exprimant l'audace et la menace autant que l'amour.        <br />
              <br />
       Le <span style="font-style:italic">rouge</span> est une couleur de prédilection chez tous les peuples du monde. Aussi distant du jaune et du blanc que du bleu et du noir, il occupe le centre des couleurs primordiales et c'est en lui que se rencontrent et se marient l'aurore et le soir. De même qu'il donne la vie au visage humain en y faisant transparaître la circulation du sang, de même il anime toutes les surfaces où il apparaît, et il avive tous les concerts où il joue un rôle. «C'est avec le rouge, dit Bernardin de Saint-Pierre, que la nature rehausse les parties les plus brillantes des plus belles fleurs. Elle en revêt aux Indes le plumage de la plupart des oiseaux, surtout dans la saison des amours. Il y a peu d'oiseaux alors à qui elle ne donne quelque nuance de cette riche couleur. Les uns en ont la tête couverte, comme ceux qu'on appelle cardinaux. D'autres en ont des pièces de poitrine, des colliers, des capuchons, des épaulettes. Il y en a qui conservent entièrement le fond gris ou brun de leurs plumes, mais qui sont glacés de rouge comme si on les eût roulés dans le carmin. D'autres en sont sablés, comme si l'on eût soufflé sur eux quelque poudre d'écarlate.» Placé entre la vivacité des tons clairs et la tranquillité des tons sombres, le rouge a une expression de dignité, de magnificence et de pompe. Dans la robe des juges criminels, il a quelque chose d'imposant et de terrible. Dans le costume des princes de l'Église, dans l'uniforme des militaires, dans la parure des femmes, il répond à des intentions d'orgueil, de vaillance et d'expansion. Il affirme la volonté ; il appelle, il provoque le regard.        <br />
              <br />
       L'expression du <span style="font-style:italic">bleu</span> est celle de la pureté. Il n'est pas possible d'attacher à cette couleur une idée de hardiesse, d'exubérance ou de plaisir. Le bleu est une teinte discrète et idéale qui, rappelant l'insaisissable éther et la limpidité des mers calmes, doit plaire aux poètes par son caractère immatériel et céleste. Il ne convient pas encore ou il ne convient plus, comme les tons de l'or et du feu, à la saison d'aimer. C'est du reste, de toutes les couleurs, celle qui monte le plus haut dans la gamme du clair-obscur, et celle qui descend le plus bas. Rien ne ressemble plus au blanc que le bleu clair, — aussi blanchit-on le linge avec du bleu, — et rien ne ressemble plus au noir que le bleu foncé, le <span style="font-style:italic">bleu</span> d'enfer, comme disent les teinturiers. Il en résulte que cette couleur est plus susceptible que les autres de se rapprocher des extrêmes et de changer par là de caractère. Elle peut convenir, dans le clair, au vêtement d'une jeune fille innocente, et dans l'obscur, aux affections romantiques, aux pensées du soir. Elle semble indiquer alors un esprit qui commence à se désintéresser des choses réelles et qui incline à la solitude, au mystère, au silence.        <br />
       A d'autres sentiments correspond la couleur complémentaire du bleu, qui est <span style="font-style:italic">l'orangé</span>. Mélange de lumière et de chaleur, de jaune et de rouge, l'orangé a un rôle brillant dans les décorations de l'univers; il avive les concerts de l'aurore, et, traversant les drames du couchant, il ajoute ses vibrations nombreuses aux spectacles, sans cesse nouveaux, que nous donne la retraite du soleil. Mais, dans la parure des femmes, l'orangé ne peut figurer qu'à petites doses, accessoirement et à titre d'écho ou de consonance, d'abord parce qu'il rentre dans les deux teintes dont se compose la carnation chez les peuples qui ne sont pas noirs, ensuite parce qu'il y a quelque chose de légèrement acide dans la couleur orangée, comme dans le fruit qui lui a donné son nom.        <br />
       La couleur dont la nature a teinté le champ de tous ses tableaux, le <span style="font-style:italic">vert</span>, est la plus propre à servir de fond aux autres couleurs. Elle se marie à merveille avec le jaune et le bleu qui l'ont engendrée; elle exalte le rouge, et il n'est pas de fleur ou de fruit mûr qu'elle ne fasse valoir par une analogie ou un contraste. Comme elle tempère l'éclat du jaune par la tranquillité du bleu, elle est à la fois riante et modeste, claire et tendre. Le vert ne pouvant éveiller que des idées aimables et douces, des souvenirs gracieux comme celui du printemps et des autres promesses de la nature, le vert est fait pour reposer l'esprit comme il repose la vue. C'est seulement dans sa combinaison avec le noir que le vert peut devenir un symbole de tristesse. Il caractérise alors les plantes qui croissent parmi les ruines, comme le lierre, et celles qu'on affecte à l'ornement des tombeaux.       <br />
              <br />
       Entre le bleu et le rouge se place une couleur qui a une signification frappante de concentration, d'opulence étouffée, de mélancolie: le <span style="font-style:italic">violet</span>. Il contient le rouge de la vie, mais le rouge envahi par le bleu et assombri. Dans les rites de l'Église chrétienne, le violet est le ton adopté pour les temps d'abstinence, et si la soutane des évêques se distingue par cette couleur, c'est que leur violet, plus chargé de cramoisi que celui de l'arc-en-ciel, tire sur le pourpre et semble cacher ainsi, sous une cendre bleue, l'orgueil et l'incandescence du rouge. Du violet se rapproche quelquefois le bleu de la pervenche qui faisait tressaillir le cœur attristé de Rousseau, et c'est par un arrêt infaillible du sentiment que le langage populaire appelle la scabieuse au pourpre obscur «fleur des veuves.» Il est donc vrai que les couleurs ont par elles-mêmes un caractère non seulement optique, mais en quelque sorte moral, par leur étroite liaison avec le sentiment, en dehors du sens religieux ou des préférences nationales qu'ont pu leur donner les différents peuples, comme l'ont fait, par exemple, les Arabes et les Turcs pour le vert, parce qu'il était la couleur favorite de Mahomet. Tout n'est pas relatif, tout n'est pas arbitraire et variable, même en ce qui nous paraît être la chose la plus variable et la plus arbitraire du monde, la couleur ; mais dans le vêtement et la parure, une couleur n'a son expression propre que lorsqu'elle est isolée ou lorsqu'elle est dominante, c'est-à-dire lorsque les couleurs qui l'accompagnent sont employées pour ajouter à son éloquence et pour contribuer à son triomphe.        <br />
              <br />
       Charles Blanc, &quot;Grammaire des arts décoratifs&quot;, <span style="font-style:italic">Gazette des beaux arts</span>, Tome 3, 1870, p. 525-568.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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     <br style="clear:both;"/>
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   <link>https://www.sombreval.com/La-signification-et-l-expression-des-couleurs_a776.html</link>
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   <title>Laura Garner (Le Projet Fedorov, extrait)</title>
   <pubDate>Thu, 30 Aug 2018 20:32:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
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      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/20914625-24180461.jpg?v=1537033960" alt="Laura Garner (Le Projet Fedorov, extrait)" title="Laura Garner (Le Projet Fedorov, extrait)" />
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     <div>
       Je publie un nouvel extrait du <span style="font-style:italic">Projet Fedorov</span> (à paraître prochainement) : <span style="font-style:italic">L'entraînement de Laura Garner</span>.        <br />
       <span style="font-style:italic">L’histoire</span> (partie II) : Le Vatican fait appel à son meilleur agent, Nicolas S, pour déjouer les plans d’une mystérieuse organisation déterminée prendre le contrôle du Projet Fedorov. Pour accomplir sa mission, il met en place une équipe de choc et s’adjoint l’aide de Laura Garner, la réplique génétique d’une star d’Hollywood. Ensemble ils devront affronter le plus redoutable des adversaires, celui qui se fait appeler le Précurseur, premier-né d’une nouvelle race d’humains.        <br />
               <br />
       <span style="font-style:italic">3ème jour d’entraînement </span>       <br />
              <br />
       Laura sort du vestiaire et rejoint le dojo où l’attend le Maitre instructeur John Smith, accroupi en position de méditation. Sa tenue d’entraînement est plutôt classique. Elle se compose d’un pantalon de yoga noir et d’un haut assorti qui ressemble à une brassière de sport, sous un débardeur échancré. La jeune femme s’assoit à côté de l’instructeur et effectue avec lui des exercices énergétiques, entrecoupés de respirations profondes. Puis les choses sérieuses commencent. Smith, ancien membre d’une unité commando américaine, a été formé par le grand Maître Yin Lee Chong. Devenu Hanshi à son tour, il a acquis parmi ses élèves une réputation d’instructeur hors pair. Il enseigne le Kung-Fu et le Krav Maga Security, style de défense inspiré de situations réelles et de combat des rues. Le Vatican lui a décerné il y a vingt-cinq ans la médaille de l’Ordre de saint Grégoire pour avoir réussi à démanteler la conspiration à l’origine du Vatileaks. On dit qu’il aurait participé à la liquidation du puissant réseau H qui avait infiltré la Curie. Sa trajectoire n’est pas sans rappeler celle d’un acteur américain aujourd’hui oublié : un certain Chuck Norris. «Les arts martiaux ressemblent au message de la Bible», aimait-il à dire. Ce message, l’instructeur l’a repris à son compte et il a des méthodes bien particulières pour l’enfoncer dans la tête de ses élèves.         <br />
       Nicolas S se tient à l’écart, près du mur du fond, attentif au déroulement de l’entrainement. Là-haut, dans la cité orbitale, la jeune femme sera seule en première ligne. Elle doit être capable de faire face à toutes les menaces. Un mauvais choix, une technique utilisée à mauvais escient pourraient lui être fatals.       <br />
              <br />
       Laura feinte et esquive les coups de Smith qui répète d’une voix ferme ses instructions : «<span style="font-style:italic">One, two, three, cross</span>…  <span style="font-style:italic">keep the hands up</span>… <span style="font-style:italic">One, two, three, dunk</span>…» Le rythme s’accélère. L’instructeur tourne maintenant autour d’elle : « <span style="font-style:italic">Punch the glove that I put out nearest to you</span>... <span style="font-style:italic">Punch faster</span>… <span style="font-style:italic">Punch twice</span>…» Laura le suit en cadence, enchaine les combinaisons en essayant à chaque coup d’augmenter sa puissance de frappe. Puis soudainement, placée face à lui, elle décoche un revers balancé frontal dont elle a le secret. L’instructeur bloque le coup avec le dos de sa main. Le Haishu-uke exécuté avec perfection fait perdre l’équilibre à Laura. Dans la foulée et sans la moindre hésitation, Smith lui assène un terrible coup de poing au ventre. Elle chancelle sous le choc et bascule sur le flanc. Un cri de douleur lui échappe. Nicolas S reste comme pétrifié. Le cri n’en finit pas de résonner à ses oreilles. Alors qu’il s’avance vers elle, Smith lui fait signe de rester à sa place. Il retire ses gants d’entrainement et se penche sur la jeune femme, qui peine à reprendre son souffle. Il l’empoigne alors par la chevelure et lui tend son poing menaçant. «A qui tu crois avoir affaire ?», lui murmure-t-il à l’oreille avant de la relâcher. Il se lève, le sourire au coin des lèvres.        <br />
       – Ne t’avise jamais en combat réel de tenter un coup aussi stupide. L’équilibre… Tu dois toujours garder l’équilibre…. Maintiens toujours tes défenses en alerte. Enchaine les frappes rapides, au ventre, dans les reins, à la tempe. Pas de fioritures surtout. Tu dois être comme un serpent autour de ton adversaire et lui asséner des coups qui font mal… Maintenant, redresse-toi.        <br />
       Laura se lève en se tenant le haut du ventre. Elle cherche son ami du regard. Nicolas S détourne la tête à l’instant où leurs yeux se croisent.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      L’entraînement reprend dans une ambiance pesante. Smith initie la jeune femme aux techniques de dégagement et de désarmement. Les exercices se succèdent sans interruption. La fatigue, qui a épargné Laura jusqu’à présent, la gagne peu à peu et engourdit ses membres. Ses mouvements perdent de leur vivacité. Et finalement l'inévitable survient. Relâchant sa concentration, elle reçoit un coup en plein visage. «Réveille-toi espèce d’idiote» lui hurle Smith. Nicolas S blêmit ; il se sent impuissant, presque tétanisé. Ça repart. La tension monte encore d’un cran. Une insulte fuse. Celle de trop… Laura, d’un bond, vient se poster devant l’instructeur, lui agrippe le cou avec sa main droite et, plantant son regard d’acier dans le sien, lui lance :        <br />
       – Ecoute bien enfoiré. Je te conseille d’arrêter tout de suite ce petit jeu. Tes élèves ont peut-être un secret pour te supporter. Moi, je suis à deux doigts de t’éclater la tête. Fais très attention à toi. Si tu t’avises encore une fois de me parler mal, je te transforme en punching-ball et je te fais avaler une à une toutes tes médailles. Tu m’as bien compris ? (1)        <br />
       Smith regarde la jeune femme avec attention. Qui peut arrêter une bête en furie ?        <br />
       – Enfin, dit-il, le sourire en coin… La fille du feu entre en action. Je commençais à m’impatienter… Nous allons enfin pouvoir commencer ta formation».       <br />
              <br />
       1) traduction approximative de l'argot américain.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   </description>
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   <link>https://www.sombreval.com/Laura-Garner-Le-Projet-Fedorov-extrait_a774.html</link>
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   <title>Judas Iscarioth, l’apôtre félon (Serge Boulgakov)</title>
   <pubDate>Sat, 09 Jun 2018 21:28:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Livres]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/22892349-25396601.jpg?v=1528581877" alt="Judas Iscarioth, l’apôtre félon (Serge Boulgakov)" title="Judas Iscarioth, l’apôtre félon (Serge Boulgakov)" />
     </div>
     <div>
      Je publie ma note de lecture sur l'ouvrage de Serge Boulgakov, parue dans le numéro 51 de la revue québécoise <a class="link" href="http://www.egards.qc.ca">Egards</a>.       <br />
              <br />
       Les Éditions des Syrtes viennent de publier un essai inédit en France du Père Serge Boulgakov. Ce texte est paru initialement en 1931 dans la revue <span style="font-style:italic">Put’</span>, organe de la pensée religieuse russe. Boulgakov y développe une réflexion à la fois historique et théologique sur la plus grande trahison de l’histoire. Dans l’imaginaire collectif, Judas représente le type même du traître, celui qui «s’est revêtu de la malédiction comme d'un vêtement» (Ps 109). Pourtant cette image traditionnelle n’a cessé d’être remise en question depuis le XVIIIe siècle. Nombre d’auteurs ont cherché à percer le mystère du personnage et même, par goût de la subversion, à le réhabiliter. C’est ce mystère que scrute Boulgakov dans son essai. Mystère de l’iniquité, mais aussi de la coexistence en une âme de la lumière et des ténèbres. Le nom Judas peut être traduit par «louange à Dieu». Mais dans son usage courant il est devenu le symbole de l’infamie et de la traîtrise.          <br />
              <br />
       L’énigme que posent la destinée de Judas et sa défection constitue ce que Boulgakov appelle une <span style="font-style:italic">crux theologiae</span>. Pour le théologien russe, l’apôtre traître incarne «le problème de la tragédie de la personne humaine en général» (p. 122). Cette tragédie se présente sous deux aspects, l’un politique, l’autre métaphysique. Judas voyait en Jésus le messie-roi qui devait libérer Israël du joug romain et restaurer sa puissance terrestre. La prophétie du Serviteur souffrant, que le Christ devait accomplir, il ne pouvait l’accepter. Son messianisme était politique et triomphaliste. Comme le remarque Boulgakov, la conception du monde de Judas est «la porte par laquelle Satan est entré dans son âme» (p. 56). Dans l’Évangile de saint Luc, il est dit que «Satan entra dans Judas» (Lc 22, 3). Une affirmation similaire se trouve en Jn 13, 2. Boulgakov analyse avec objectivité ces versets, édulcorés dans l’exégèse contemporaine. Pour lui, Judas est devenu un instrument de Satan car «il a perdu la capacité de distinguer sa propre pensée des insinuations démoniaques». Il conclut : «Il est lui-même Satan» (p. 56). Mais Boulgakov ne parvient pas toujours à concilier cette affirmation redoutable avec son hypothèse de départ, à savoir que Judas aurait trahi le Christ <span style="font-style:italic">par amour</span>, un amour enténébré certes, obscurci par l’idéologie, mais indéfectible. C’est cet amour qui l’aurait poussé à la trahison. En dénonçant Jésus, Judas aurait voulu forcer la main de son Maître et le contraindre à manifester sa force messianique. L’écrivain juif Armand Abécassis a fait sienne cette interprétation, devenue classique, dans un livre récent, <span style="font-style:italic">Judas et Jésus, une liaison dangereuse</span>. Quant au repentir de l’apôtre traître, Boulgakov l’interprète non seulement comme un «reniement» de sa propre trahison, mais aussi comme un «acte ecclésial» (p. 85). En se condamnant devant les grands prêtres, il condamnait toute l’Eglise vétéro-testamentaire. «J’ai péché en livrant un sang innocent» : cet aveu terrible de Judas donne à penser qu’il aurait eu l’aperception du vrai sens de la rédemption, des souffrances que le Christ devait endurer pour le rachat des hommes. Le théologien, dans certains passages, tente de restituer les déchirements intérieurs de l’apôtre, saisi de remords à la vue des outrages infligés au Christ : «L’idée que Judas se faisait du messie était-elle juste ? Face au Seigneur souffrant, cette idée se dissipe en tant que suggestion diabolique, aveuglément […] Qui est-Il donc ? Un fou, un illuminé, et cependant un thaumaturge ? Ou bien incarne-t-Il quelque chose de tellement grand et sacré que la conscience de Judas n’a pu jusqu’à présent le renfermer – le SANG INNOCENT ?» (p. 83).       <br />
              <br />
       Un des grands intérêts de l’ouvrage, c’est le parallèle que le théologien établit entre le messianisme de Judas et celui des bolcheviks, vingt siècles plus tard. Car Boulgakov associe le destin de l’apôtre traître à celui de son peuple, porteur de l’idéal de la «Sainte Russie». Boulgakov a été un témoin direct en Russie des événements révolutionnaires qui ont bouleversé sa vie. Le peuple russe lui aussi a succombé à la tentation de Judas. Mais cette chute, selon lui, est annonciatrice de son relèvement, de la même manière que la Résurrection suit la Passion. Les lignes conclusives de l’essai apparaissent d’ailleurs comme prophétiques : «En Russie, l’assassinat du Christ dans les cœurs et les âmes renferme la Résurrection du Christ. C’est ce qui a lieu à présent : en Russie, le Christ ressuscite» (p. 140).       <br />
              <br />
       La seconde partie dogmatique de l’ouvrage apporte un éclairage nouveau sur un problème occulté par la théologie moderne. Il concerne les rapports de la prédestination et de la liberté. Car la déchéance de Judas soulève une question fondamentale. Comment le Christ, le «Scrutateur des cœurs», a-t-Il pu choisir comme apôtre celui qui allait le livrer à ses ennemis mortels ? La réponse classique consiste à introduire la notion de «permission divine». Mais elle laisse beaucoup trop d’interrogations en suspens. Quant à admettre une défaillance de jugement du Christ, cela revient, comme le rappelle Boulgakov, à «blasphémer». Il importe donc de revenir à la grande vérité de la prédestination, telle que saint Paul l’a exprimée à maintes reprises et en particulier dans l’exorde de l’épître aux Éphésiens (Ep 1, 3-14). Elle sert de fondement à l’anthropologie théologique du Père Boulgakov. Pour saint Paul, nous avons été élus, choisis et voulus par Dieu, «dès avant la création du monde». Au plan anthropologique, cela signifie que chaque personne humaine a son propre archétype qui correspond à son <span style="font-style:italic">logos</span>, à son «thème». C’est ce qu’Edith Stein appelle la «note pure» de chaque être : «toute âme humaine est sortie des mains de Dieu et porte une empreinte particulière» écrit-elle dans <span style="font-style:italic">L’Être fini et l’Être éternel</span>. Il s’ensuit que chaque homme est appelé à déployer sa «note» personnelle, unique, à devenir ce qu’il est. Cette idée traverse les œuvres de Boulgakov et d’Edith Stein, qui accordent une importance essentielle à l’individualité irréductible de la personne humaine. Le théologien russe en analyse toutes les implications dans son étude : «Dieu, écrit-il, a allumé dans le Ciel d’innombrables luminaires et constellations d’esprits et d’âmes, et parmi elles s’est allumée l’étoile de Judas, qui doit accomplir sa propre trajectoire. Et de même que Dieu dans Son éternité a donné existence à l’Archange suprême, devenu étoile déchue, et que Dieu n’a pas éliminé de cette création-là, de même dans Son éternité, le Seigneur a créé l’âme de Judas dans laquelle Il a insufflé la puissance et la vocation apostolique» (p. 119). Judas est devenu apôtre car c’est ainsi qu’il avait été créé. Les théories calvinistes et jansénistes, qui postulent une prédétermination à la réprobation, ont fini par fausser l’intelligence de la notion de prédestination car elles conduisent à la négation du libre arbitre. La prédestination, dans son sens chrétien authentique, exhausse la liberté. L’élection de Judas auprès du Christ a eu son «prologue dans la Ciel», selon la belle formule du théologien. Mais aucun homme, dans son existence, ne correspond pleinement à son «idée». La vocation de Judas recelait la possibilité d’une trahison ou d’un accomplissement. Au rebours de l’antique <span style="font-style:italic">fatum</span>, la prédétermination, ou détermination surtemporelle, n’affecte pas la liberté de la créature, son indépendance, son autonomie : «Dieu confie Ses idées créatrices à des êtres libres, et non à des choses, en les mettant comme à leur disposition, Il les crée dans la liberté de créature». (p. 112). Judas n’a jamais été privé de sa liberté. À tout moment il y a eu pour lui un choix, une alternative. Comme le constate Boulgakov, «dans la forme de sa réception, dans son autoposition, l’âme de Judas s’est définie de telle façon que son sort tragique, son échec apostolique, est devenu inévitable» (p. 119). Il convient donc de rejeter l’explication providentialiste selon laquelle il aurait été choisi, «élu» en vue de sa trahison, à seule fin que l’Écriture s’accomplisse. Cela reviendrait à nier sa responsabilité. Philippe Plet, prêtre passioniste, récuse dans son dernier livre l’hypothèse d’un Judas prédestiné à trahir le Christ : «Il ne s’agit pas d’une prédestination aveugle et aveuglante, à la manière du &quot;Destin&quot; de la tragédie grecque, un <span style="font-style:italic">fatum</span> accablant détruisant la liberté humaine. L’omniscience du Christ, qui le fait prophétiser plusieurs fois sa Passion durant sa vie publique, n’est pas une puissance contraignante qui réduirait les hommes à l’état de marionnettes passives. Répétons-le, la motivation de Judas est un mystère, le mystère d’iniquité et de liberté»(1).       <br />
              <br />
       Son œuvre ténébreuse, Judas l’a accomplie librement. Malgré tout, on ne peut s’empêcher de penser qu’il aurait pu devenir l’égal de saint Paul, l’apôtre des nations. Mais il a suivi une trajectoire inverse : «Chez saint Paul, note Boulgakov, la maladie a précédé la guérison, le persécuteur est devenu apôtre. Le destin de Judas est terrible en ce que sa maladie a suivi un cours inverse, et a transformé l’apôtre en traître. Lui, l’un des Douze, a accompli ce que voulait Saül avant de devenir Paul. Mais naturellement sa nature d’apôtre ne pouvait supporter cette chute et il prononça lui-même son jugement, au lieu d’attendre celui de Dieu» (p. 120). Sur ce jugement de Dieu, Boulgakov garde le silence. L’Église n’a jamais prié pour le salut de Judas. Mais peut-on se contenter d’affirmations catégoriques ? Dans une étude postérieure, Boulgakov évoque la possibilité  d’une rencontre du Christ et de Judas dans l’au-delà, présentée comme «le triomphe de l’amour» (p. 16). Aux tenants de l’éternité des peines, Boulgakov a toujours rappelé l’apocastase, cette doctrine très discutée du rétablissement de toutes choses dans la communion avec Dieu. Elle seule peut fournir quelque justification à l’idée d’une rédemption de Judas.       <br />
              <br />
       1) Philippe Plet, <span style="font-style:italic">La Passion selon saint Jean ou le jugement du monde</span>, Paris, Salvator, 2015, p. 31.       <br />
              <br />
       Serge Boulgakov, <span style="font-style:italic">Judas Iscarioth, l’apôtre félon</span>, traduit du russe par Michel Niqueux, Genève, Éditions des Syrtes, 2015.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Sombreval.com : 15 ans déjà</title>
   <pubDate>Thu, 08 Feb 2018 12:24:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/19512351-23366239.jpg?v=1518088687" alt="Sombreval.com : 15 ans déjà" title="Sombreval.com : 15 ans déjà" />
     </div>
     <div>
      Sombreval.com a fêté en novembre dernier ses 15 ans. J’ai activé pour l'occasion la version <span style="font-style:italic">responsive design</span> qui adapte automatiquement le site à la résolution du terminal utilisé (ordi, smartphone ou tablette).        <br />
       Je signale également que le volume 1 du <span style="font-style:italic">Projet Fedorov</span> devrait paraître dans quelques semaines. Le livre avance bien mais il reste des détails à peaufiner, des passages à améliorer, d’autres à développer. J’efface aussi beaucoup. Ma méthode d’écriture, c’est celle de Boileau. Le Projet Fedorov est un <span style="font-style:italic">space opera</span> moderne dans son inspiration et ses thématiques mais très classique dans sa forme.         <br />
              <br />
       « Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,        <br />
       Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,        <br />
       Polissez-le sans cesse, et le repolissez,        <br />
       Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. » (Boileau, <span style="font-style:italic">L’Art poétique</span>)        <br />
              <br />
       Cette méthode peut bien sûr avoir des effets néfastes si elle bride l’inspiration et l’imagination de l’auteur. Tout est affaire d’équilibre.        <br />
              <br />
       N’hésitez pas à commander les autres livres des <a class="link" href="https://www.sombreval.com/Bibliotheque-numerique-Sombreval_a710.html">Editions de Sombreval</a> disponibles sur Amazon. Cela me permettra de diffuser et de promouvoir ce premier volume du <span style="font-style:italic">Projet Fedorov</span>. Amazon me reverse sur chaque livre vendu entre 8 et 10 euros. C’est énorme. La publication d’un livre nécessite des frais conséquents (couverture, promotion etc…). Toute aide est donc bienvenue.        <br />
              <br />
       <span class="u">Le début</span>       <br />
              <br />
       2039, la conquête spatiale se poursuit sans répit. Des milliers de planètes doivent être colonisées pour accueillir les ressuscités. La première phase du Projet Fedorov est en passe d'être accomplie.        <br />
       Nicolas Fedorov (1828-1903), le père du cosmisme russe, est l'auteur de la <span style="font-style:italic">Philosophie de l’œuvre commune</span> qui a exercé une influence décisive sur le président américain George W. Bush, assassiné en 2016 par un membre fanatisé du groupuscule baptisé «Planet A».        <br />
       En 2003, le texan décide, en concertation avec le Chef d’Etat-Major des armées, d’annuler l’opération <span style="font-style:italic">Liberté irakienne</span>. Toutes les troupes américaines sont rapatriées aux Etats-Unis. La guerre d’Irak n’aura pas lieu. L’année suivante, George Bush lance un programme spatial fondé sur l'eschatologie fedorovienne. En 2012, les premières expéditions partent vers des mondes au-delà du nôtre.        <br />
       La solidarité morale des hommes dans l'ordre du temps ou dans la succession de l'existence, c'est là le thème central de l'enseignement de Nicolas Fedorov. Ce penseur, se réclamant de l'Orthodoxie, croyait d'une foi absolue dans les possibilités de la science. Il appelait les hommes à une «œuvre commune» où la religion, la science et la technique s'uniraient pour préparer la résurrection de tous les hommes ayant vécu sur la terre.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.sombreval.com/Sombreval-com-15-ans-deja_a773.html</link>
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   <title>The Last Jedi (Star Wars, épisode VIII)</title>
   <pubDate>Sat, 16 Dec 2017 16:18:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/18948254-23010811.jpg?v=1513438007" alt="The Last Jedi (Star Wars, épisode VIII)" title="The Last Jedi (Star Wars, épisode VIII)" />
     </div>
     <div>
      <span style="font-style:italic">The Last Jedi</span> : le blockbuster le plus attendu de cette fin d’année. Le film se fait déglinguer par les spectateurs, surtout par les fans de la première heure (allez faire un tour sur Allo Ciné ou Rotten Tomatoes). Le réalisateur est la cible de toutes les attaques. On ne lui pardonne pas d’avoir en quelques scènes, en quelques lignes de dialogue réduit à néant toute la pseudo-mythologie qui sous-tend cette saga. La Force ? Elle est à la portée d’un clodo. Nul besoin d’initiation, de formation ; elle n’est aucunement liée à l’hérédité. Les Chevaliers Jedi ont échoué dans leur mission, comme le confesse avec un mélange d’amertume et de colère Luke au début du film. Le précédent opus avait laissé beaucoup de questions ouvertes. Rey est-elle la fille de Luke ? A-t-elle un lien de parenté avec Kylo Ren ? Quid de Snoke ? etc… En fait, il semble qu’il n’y ait jamais eu de scénario global. Johnson, le jeune réalisateur-scénariste, élude ces questions ou leur apporte une réponse extrêmement banale. Ce parti pris est assimilé par nombre de spectateurs à un affront, une insulte, une forme de mépris pour l’univers <span style="font-style:italic">Star Wars</span> qui a ses fervents et ses gardiens du temple. En gros, le réalisateur leur (nous) adresse un gros doigt d’honneur. Et c’est justement ce parti pris qui fait la réussite du film. Songez que Luke Skywalker n’hésite pas à balancer son sabre laser par-dessus son épaule, sous le regard incrédule de Rey (et du spectateur du même coup). La pseudo-religion des Jedi disparaît dans les flammes, avec les vieux grimoires censés en contenir les préceptes. C’est Yoda lui-même qui allume l’incendie. Les fans ultras (les UPF), parfois prompts à confondre la réalité et la fiction, ne s’en sont toujours pas remis…(1)       <br />
              <br />
       Le film recèle toutefois quelques défauts. Cet opus est long, trop long. Toutes les scènes sur la planète-casino sont inutiles et ineptes. Rey, personnage sympathique, pourrait postuler à la Ligue des Justiciers car ses pouvoirs dépassent ceux de tous les Jedi réunis. Le film manque un peu de crédibilité. Snoke, le soi-disant Chef Suprême, est le pendant de Dark Maul. Beaucoup d’esbroufe, de grimaces pour finalement pas grand chose. Un coup de sabre laser qui vole et hop, il se fait découper en deux. Le seul antagoniste du film finalement, c’est Kylo Ren. Le traitement du personnage est bien meilleur dans cet opus (saluons au passage l’excellente interprétation d’Adam Driver). Il dégage une aura sombre et inquiétante mais il est encore loin d’avoir la stature d’un Dark Vador.        <br />
       Le film a aussi des qualités indéniables. Les batailles spatiales sont réalisées avec maestria. Les scènes finales avec Luke sont impressionnantes. Luke refuse de former Rey, se dérobe à son devoir. Mais ultime baroud d’honneur : il projette son double «astral» pour sauver le reste de la rébellion et disparaît littéralement. Magnifique.        <br />
              <br />
       1) Il semble que certains acteurs eux-mêmes aient désapprouvé les choix du réalisateur : «J'ai mis du temps à accepter ce que Rian Johnson a fait avec Luke, la façon dont il l'a utilisé m'a choqué. J'ai dû m'y faire», confiait il y a quelques mois Mark Hamill. Il est clair que ce film modifie la perception que l’on peut avoir de ce personnage «iconique». Il a perdu de sa fougue et de sa superbe. Il a vieilli, perdu beaucoup de ses illusions, devient un personnage «cioranien».         <br />
              <br />
       Ma note : 3,7/5       <br />
              <br />
       Mon classement des Star Wars :        <br />
              <br />
       1) Épisode 5 (comme tout le monde)       <br />
       2) Épisode 4       <br />
       3) Épisode 6       <br />
       4) Rogue one       <br />
       5) Épisode 8       <br />
       6) Épisode 3       <br />
       7) Épisode 7       <br />
       8) Épisode 2       <br />
       9) Épisode 1
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.sombreval.com/The-Last-Jedi-Star-Wars-episode-VIII_a772.html</link>
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   <title>La nouvelle traduction du Notre Père</title>
   <pubDate>Sun, 26 Nov 2017 19:38:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Articles]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/18471792-22618166.jpg?v=1511721483" alt="La nouvelle traduction du Notre Père" title="La nouvelle traduction du Notre Père" />
     </div>
     <div>
      La nouvelle traduction de la sixième demande du Notre Père va entrer en vigueur le 3 décembre. Elle a été confirmée par la Congrégation pour le culte divin. Les fidèles catholiques ne diront plus désormais : «Ne nous soumets pas à la tentation» (traduction œcuménique) mais «Ne nous laisse pas entrer en tentation». Avant d’étudier en profondeur le récit des trois tentations du Christ au désert, je n’ai jamais prononcé la version dite œcuménique, datant de 1966, qui présente un certain nombre de difficultés. Elle revient à affirmer que Dieu est la cause de la tentation. Il m’est arrivé plus d’une fois de réfléchir après la récitation du Notre Père sur cette sixième demande. J’ai toujours dit : «Ne nous laisse pas succomber à la tentation»  (traduction un peu trop littéraire et moins conforme, comme nous allons le voir, à l'esprit et à la lettre du texte sacré). Tout ce qui est bon vient de Dieu, rien de mauvais ne s’origine à Lui (Jacques 1:18). La tentation ne peut donc pas provenir d’en Haut. Mais Dieu peut <span style="font-style:italic">permettre</span> que nous soyons tentés (Job, 1:12 ; Matt, 4:1). Dans Marc, c’est l’Esprit-Saint qui «pousse» le Christ dans le désert, L’y «chasse» pour y être tenté. Comme l’écrit Frank-Duquesne, «littéralement, l’Esprit L’y induit, Le mène en plein traquenard diabolique, pour qu’Il en dérègle la machine et en bouleverse l’astuce. L’Esprit Le conduit tambour battant (<span style="font-style:italic">ekballeï</span>), et la 6ème clause du Pater, si platement et fadement traduit (à la moliniste) en français, prend ici tout son sens : <span style="font-style:italic">ne nos inducas in tentationem</span>»(1).        <br />
              <br />
       Certains prêtres traditionalistes estiment que la nouvelle traduction est inexacte. Voici ce qu’écrit par exemple l’abbé de Tanoüarn : «Autant donc la formule &quot;Ne nous soumets pas à la tentation&quot; est fausse, parce qu’elle laisse penser que Dieu nous obligerait à subir la tentation. Nous devons lui opposer le mot de saint Jacques : Dieu ne tente personne. Autant il est métaphysiquement impossible de ne pas admettre que Dieu, ayant créé le monde esclave de la vanité (Rom, 8:21), n’ait métaphysiquement pas pris le risque que sa créature soit exposée à la tentation (…) Personnellement en tout cas, je déteste cette idée que l’on puisse demander à Dieu qu’il ne nous fasse même pas entrer… oui qu’il revoie tout son dispositif, pour ne pas nous faire &quot;entrer&quot; en tentation. Comme si nous étions parfaits, avant même d’avoir essayé de l’être ! » (<a class="link" href="http://ab2t.blogspot.fr/2017/11/nouvelle-traduction-du-notre-pere.html">Source</a>).       <br />
              <br />
       La nouvelle version est pourtant, selon moi, plus exacte que celle dont se réclame l'abbé de Tanoüarn. La métaphysique, même adossée à la théologie chrétienne, ne peut nous nous fournir aucun appui dans l'interprétation de cette prière. A travers cette humble demande, le fidèle confesse d’abord sa faiblesse. C’est une prière d’humilité. Dans son très beau commentaire du «Notre Père», Raïssa Maritain écrit : «La sixième demande est la prière de notre faiblesse, la prière d’un être qui se sait faible et qui prie pour ne l’être pas aujourd’hui (...) <span class="u">Elle nous met en garde contre la présomption</span> (…) Il y a une présomption qui n’est qu’apparente, parce qu’elle est seulement un naïf élan d’amour et de confiance. C’est ainsi que le Psalmiste demande à être éprouvé : &quot;Scrute-moi Yahvé, éprouve-moi, passe au feu mes reins et mon cœur&quot; (…) Mais la vraie présomption coûte cher. Pauvre Pierre ! &quot;Si tous se sont scandalisés à ton sujet, moi je ne le serai jamais… Dussé-je mourir pour toi, non je ne te renierai pas&quot; (Matthieu, 26:33-35).         <br />
       A l’heure du suprême combat, il faut prier pour ne pas entrer en tentation, la tentation risquerait de passer trop nos faibles forces. Arrivé au Jardin des Oliviers, Jésus dit à ses disciples : &quot;Priez pour ne pas entrer en tentation&quot;. Et encore, quand il les trouve endormis de tristesse : &quot;Simon, tu dors ? Tu n’as pas eu la force de veiller une heure ? Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation&quot; (Marc, 14:37-38).        <br />
       Un homme qui connaît vraiment sa faiblesse, il ne refuse pas l’épreuve, il sait qu’au sein des pires afflictions et des pires tentations Dieu l’aidera toujours. <span class="u">Mais c’est de lui-même qu’il se méfie</span>. Il sait qu’un rien suffit à l’égarer, qu’il est capable de toutes les lâchetés et de toutes les folies »(2).        <br />
              <br />
       Frank-Duquesne, dans son ouvrage encore inédit, <span style="font-style:italic">Jésus cet homme</span> (je vais m’atteler à sa publication cette année), apporte quelques précisions éclairantes sur cette sixième demande de l’Oraison Dominicale.         <br />
       « Ne nous fais pas entrer dans la tentation», dans ses engrenages : quel est le sens de cette requête, qui nous vient du Christ ? Nous venons de voir chez saint Jacques le mécanisme de la tentation. Saint Paul précise que, permise par Dieu, celle-ci est toujours à notre échelle : jamais anormale au point d’en être irrésistible (1 Cor, 10:13). Et toute tentation nous vient, escortée de son <span style="font-style:italic">ekbasis</span>, de son moyen d’y échapper. Nous recevons la capacité d’en sortir, de nous évader (<span style="font-style:italic">Hupenegkeïn</span>, dans 1Cor, 10:13 que l’Apôtre oppose évidemment à l’<span style="font-style:italic">eïsenegkês</span> du Pater qui signifie &quot;conduire dans, faire entrer&quot;). Tenant compte, désormais, du double facteur dénoncé par saint Jacques (1:13-15), nous supplions le Père de n’être pas éprouvés au-delà de notre capacité de résistance. Ne nous induis pas, ne nous fais pas glisser dans la tentation. Que l’occasion tentatrice ne se conjoigne pas avec notre disposition trop susceptible ; que les murmures démoniaques ne rencontrent pas en nous de propensions trop complices ! Père, lorsque survient la tentation, éteins notre concupiscence ; lorsque s’éveille celle-ci, fais-nous grâce de la tentation ! Ne mets pas en présence l’allumette et la poudre !       <br />
       Demandant à Dieu ce &quot;bien&quot;, comme dit Jésus, et, lorsque poindra la tentation, nous la sentirons, voire la ressentiront, mais sans y consentir. Peut-être y assentirons-nous quelque peu. Mais que serait tentation sans atomes crochus ? Tout ce qu’on voudra, mais pas une tentation ! Mais il n’y aura péché que si la suggestion diabolique emporte notre jouissance délibérée, notre consentement par abandon volontaire à l’Ennemi ; lorsque s’ouvre toute grande, parce qu’il nous plaît ainsi, la &quot;main de notre conseil&quot;, pour que l’Autre y plante sa griffe : &quot;Tope, camarade !&quot;… lorsque la tentation, donc le Tentateur, fait pencher la balance du cœur » (3).       <br />
              <br />
       <span class="u">Notes</span>        <br />
       1) Note de Frank-Duquesne : « &quot;Ne nous laisse pas succomber&quot; est, on l'admettra, plus semi-pélagien que barthien... On ne savoure pas assez l'introduction du mot &quot;pauvre&quot; (= médiocre, minuscule) dans les formules <span style="font-style:italic">ora pro nobis</span> pauvres <span style="font-style:italic">peccatoribus</span>...et  <span style="font-style:italic">ad te clamamus</span> pauvres <span style="font-style:italic">exiles filii Evae</span>. Noter aussi, dans le <span style="font-style:italic">Memorare</span>, la traduction &quot;je me prosterne à tes pieds&quot;, pour <span style="font-style:italic">coram te assisto</span> (= &quot;je me tiens debout devant toi&quot;, comme le Verbe devant le Père dans Jean 1:1). Il y a là comme un parti-pris de multiplier les rapetissements bêtifiants. Le redoutable <span style="font-style:italic">Ponêros</span> du <span style="font-style:italic">Pater</span>, puante hyène rôdant, les yeux pleins d'un feu rouge, autour de nous, devient le &quot;mal&quot;, quelconque, abstrait. Nous proposons un degré de plus dans l'aplatissement : &quot;Priez pour nous, pauvres <span style="font-style:italic">petits</span> pécheurs&quot; ».       <br />
       2) Jacques et Raïssa Maritain, <span style="font-style:italic">Œuvres Complètes</span>, Tome XV, Editions Saint-Paul, p. 121-122.       <br />
       3) Albert Frank-Duquesne, <span style="font-style:italic">Jésus cet homme. Phénoménologie de l'incarnation</span>, inédit.        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>American bombshell (Le Projet Fedorov, épisode 13)</title>
   <pubDate>Sat, 07 Jan 2017 17:48:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
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        <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/10916268-18061056.jpg?v=1536955474" alt="American bombshell (Le Projet Fedorov, épisode 13)" title="American bombshell (Le Projet Fedorov, épisode 13)" />
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      La statue de la Liberté niçoise est implantée au milieu du Quai des États-Unis. Laura s’arrête pour l’observer. Cette statue a été dressée il y a une trentaine d’années pour célébrer les liens séculaires unissant Nice et les États-Unis d’Amérique. Nicolas S se tient tout près de la jeune femme et la regarde du coin de l’œil. Elle paraît d’abord troublée. Mais, bientôt, un doux sourire se dessine sur son visage. Des souvenirs implantés, remontant à la période la plus glorieuse de la carrière de Megan Garner, émergent à la surface de sa mémoire. Elle voit son étoile rose sur le Hollywood Walk of Fame. Elle la voit rayonnante aux avant-premières de ses films à Londres et Los-Angles ou au <span style="font-style:italic">Comic Con</span> de San Diego. Elle la voit monter les marches du Festival de Cannes. Laura est heureuse pour elle. Mais ces images, qui défilent les unes après les autres, menacent d’envahir tout le champ de sa conscience. Elle sait qu’elle doit contrôler son personimage. Son <span style="font-style:italic">soi</span> qui régit en elle la gravitation mentale des images lui envoie ce signal : off.        <br />
       Ils finissent par s’éloigner de la statue. Des badauds se retournent sur le passage de la jeune femme. Nicolas S comprend qu’il est de temps de trouver un endroit discret, à l’abri des caméras et des regards fureteurs. La plage du <span style="font-style:italic">Beau Rivage</span> fera l’affaire. Sa grande terrasse face à la mer offre le cadre idéal pour un déjeuner en tête-à-tête. Nicolas se surprend à regarder fébrilement autour de lui. Les plagistes et les droïdes serveurs s’affairent. Il ne détecte aucune présence suspecte. Les voiles d’ombrage vont les protéger de l’œil des drones. Tous deux s’assoient. Laura détache ses cheveux maintenus en chignon flou. Ses longues mèches de jais retombent en cascade ondoyante sur ses épaules. Pour masquer son trouble, Nicolas S s’empare d’un <span style="font-style:italic">menu digital card</span>, glisse ses doigts sur la surface tactile en faisant mine de s’y connaitre en matière de gastronomie locale. Il opte en entrée pour un tataki de Thon rouge au sésame et sa sauce sucrée au wasabi et choisit en plat un saumon en escalope cuit vapeur émulsion de fenouil. Il relève la tête et s’aperçoit que la jeune femme ne l’écoute pas, qu’elle semble ailleurs, comme absorbée dans son rêve éveillé. Son regard, tourné vers la mer, se perd dans le lointain, vers le ciel, là où les navettes se métamorphosent en nuées lumineuses, avant de disparaître dans l’espace. Puis elle lui dit après un moment de silence :       <br />
       - C’est étrange, je n’ai pas de souvenirs relatifs à la conquête spatiale. J’étais déjà née lorsque les premières colonies interstellaires ont vu le jour. Sœur Agnès m’a parlé un peu, vaguement, du Projet Fedorov. Je me suis parfois aventurée jusqu’au cosmodrome… mais je n’ai pas de souvenirs et…       <br />
       Après un moment d’hésitation elle ajoute :        <br />
       - Mon programme… il ne me dit rien…        <br />
        Nicolas S la coupe aussitôt :        <br />
       - Ce n’est pas au programme que vous devez vous fier. Je vous apprendrai ce qu’il faut savoir, au fur et à mesure…       <br />
       - J’ai surtout besoin qu’on me dise la vérité. Vous m’excuserez, d’ailleurs, de vous poser cette question toute simple. Ce projet de Fedorov, il a d’abord pour but la résurrection de nos parents et de nos ancêtres, c'est exact ?         <br />
       Nicolas S reste un moment silencieux, puis lui répond :       <br />
       - C’est en partie vrai. Mais, à mon sens, il a surtout servi à justifier le financement de l’exploration spatiale. Ce projet de résurrection artificielle des morts nécessite au préalable la découverte de nouvelles planètes habitables. Il a donc permis de donner une impulsion définitive aux  recherches sur les technologies de navigation interstellaire. Il n'a été en fait qu'un prétexte. L’explosion démographique, les invasions migratoires, les dérèglements climatiques ont rendu la «solution Fedorov» acceptable pour tous. C’est pourquoi une coalition internationale s’est rapidement mise en place. Tout a été très vite.        <br />
       - Pourtant, il me semble que les premières expériences pour faire ressusciter les défunts ont coïncidé avec le lancement des premières missions d’exploration. Elles n’ont jamais cessé depuis lors. Et il y a eu des prototypes…       <br />
       Nicolas S ne répond rien. Laura plante son regard dans le sien. Il comprend qu’elle est en train de le passer au scanner. Il doit vite trouver un sujet de diversion. Heureusement, la jeune femme prend les devants.         <br />
       - Vous savez, je me suis documentée, lui dit-elle d’une voix enjouée. Je crois qu’il est temps de commander, non ?        <br />
       - Vous avez choisi ?        <br />
       - J’ai passé le menu au peigne fin, dans ma tête, pendant que nous discutions. Pour moi donc ce sera un simple Chicken Burger, accompagné d’un Cherry Coke.        <br />
       - Le Burger ? lui dit-il en reprenant sa tablette. Un menu américain donc… vos origines sans doute ?        <br />
       - Non, juste une question de goût… Et j’ai beau être américaine, je parle couramment votre langue. Je suis un peu française, non ?        <br />
       - Sans doute. Vous pouvez ainsi au gré de votre fantaisie choisir d’être une azuréenne ou une californienne. Mais vous n'en restez pas moins une fille du soleil.        <br />
       Laura esquisse un léger sourire puis pianote à nouveau sur sa tablette.        <br />
       - Voilà, j’ai aussi commandé des snow cones en dessert. Que diriez-vous d’aller les savourer après le repas sur deux de ces beaux transats bleus et blancs, au bord de l’eau ?       <br />
       Nicolas S saute sur l’occasion. Il a besoin de marcher un peu, de détendre son esprit.         <br />
       - Avec plaisir. Je m’en vais de ce pas les réserver.        <br />
       Il se lève et se dirige vers un plagiste qui zigzague entre les transats… Des snow cones, c’est quoi ça, se demande-t-il…        <br />
       ……………
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/10916268-18061057.jpg?v=1483808230" alt="American bombshell (Le Projet Fedorov, épisode 13)" title="American bombshell (Le Projet Fedorov, épisode 13)" />
     </div>
     <div>
      Bercé par le clapotis des vagues, Nicolas S se prélasse sur son transat couleur du ciel. Face à lui, la mer. Ou plutôt un petit groupe de jeunes munis de capteurs et de lunettes à réalité augmentée. Directement connectés à Virtuanet, ils sont immergés dans un jeu en ligne multijoueur. Ils ont adopté le mode escarmouche dans une énième version de <span style="font-style:italic">Warcraft</span>. Leurs propres clones virtuels s’animent dans un décor peuplé de furbolgs, de trolls, de gnolls, tous plus vrais que nature. Nicolas S cherche Laura du regard. Elle se baigne tout près du groupe. Sa silhouette ambrée, qui évoque celle d’une sauveteuse de Malibu, se découpe sur fond d’azur. Elle rejoint le ponton de la plage pour s’y allonger. Sa peau ruisselante d’eau scintille par endroits sous les rayons du soleil parvenu au zénith. Elle est maintenant dans le champ de vision des joueurs, là où ont pris position des orcs aux crocs dégoulinant d’une bave noirâtre. Elle se couche sur le dos, une jambe tendue, l’autre pliée, campée dans une pose sculpturale….       <br />
       ... Les jeunes ont interrompu leur jeu et finissent par s’éloigner. Nicolas S ferme les yeux à son tour mais il ne parvient pas à s’assoupir. Ses pensées le ramènent toujours à la jeune femme. Surtout, il cherche à analyser l’étrange impression qu’il a ressentie à plusieurs reprises en la regardant se baigner. L’impression de voir sa mère reviviscente en elle. L’actrice. La bombshell américaine comme la surnommait un critique des <span style="font-style:italic">Cahiers du Cinéma</span>. La femme technicolor. S’agit-il là de l’effet d’une autosuggestion ? Nicolas S n’arrive toujours pas à accepter l’idée que cette femme ait voulu se répliquer. Mais la technologie serait-elle seule en cause dans ce dédoublement qu’il a cru ou voulu percevoir ? Devra-t-il plutôt l’imputer à cette force, à cette magie mystérieuse de la nature qui la rend capable de conformité dans la multiplicité ? Sœur Agnès lui a appris que les personimages peuvent véhiculer les systèmes verbaux, auditifs, visuels et même corporels des ancêtres. «<span style="font-style:italic">N’essayez jamais de rompre l’attachement naturel qu’elle éprouve pour sa mère</span>», lui avait-elle rappelé avec fermeté. Oui, se dit-il, mais Megan Garner est bel et bien morte. Que reste-t-il maintenant de son vœu d’immortalité ? Un hologramme en 3D ? Elle a cherché à ruser avec la mort mais elle a perdu la partie. Un rictus de contentement se dessine sur les lèvres de Nicolas S. Mais la voix de Sœur Agnès lui parle encore, quelque part. Il la revoit en pensée et l’entend à nouveau. Que lui dit-elle ?        <br />
              <br />
       - Écoutez bien cher Nicolas… La mère de Laura a voulu prendre part à sa propre résurrection. Elle a partagé les chimères de Fedorov. Il ne reste d’elle qu’une insaisissable présence numérique, activable selon le bon vouloir de ses derniers proches. Les films qui ont fait sa renommée n’intéressent plus personne. Son nom même tombera bientôt dans l’oubli. Pourtant, il reste ce lien indéfectible qui la relie à sa fille. Ce lien qui ne peut être tranché. Ce lien qui oblige Laura à se porter garante de sa mère et à racheter ses fautes. C’est pourquoi elle va vous suivre et vous aider… Voilà… Maintenant, Nicolas, prenez ce flyer que vous tend la jeune fille et préparez-vous à passer une belle soirée au clair de lune avec Laura. Profitez-en car demain sera un autre jour et une mission des plus redoutables vous attend.        <br />
              <br />
       Il ouvre les yeux. Une jeune fille lui tend un flyer coloré en souriant. C’est un carton d’invitation à une Beach Party qui se tient en face du Negresco. Il lit quelques lignes au dos : «… au cœur de la plage privée nouvelle génération <span style="font-style:italic">Blue Beach</span> qui mêle détente, luxe et art de vivre authentique, une programmation exigeante et éclectique vous est réservée. Notre piste de danse équipée de la technologie <span style="font-style:italic">Hologram dance dance révolution</span> vous promet des moments inoubliables». Encore un truc en 3D japonais, se dit-il en soupirant. Cette dernière phrase lui paraît destinée : «… sous le ciel parsemé d’étoiles et de navettes spatiales, les couples se rapprocheront aux sons de nos Love Songs soigneusement sélectionnées…» Love Songs… Ces mots pleins de promesse le remplissent d’inquiétude. Saura-t-il se montrer à la hauteur ? Il ne peut pas se permettre d’échouer. Toutes les cartes sont entre ses mains.        <br />
              <br />
       A suivre : Une nouvelle menace (épisode 14)       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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