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  <title>Sombreval</title>
  <description><![CDATA[Sombreval.com est un webzine catholique. Ses domaines de prédilection sont l’exégèse biblique, la littérature et la théologie.]]></description>
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   <title>Le Portrait de Dorian Gray (Oscar Wilde)</title>
   <pubDate>Wed, 31 Oct 2012 18:39:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Livres]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/4877234-7275241.jpg?v=1351706212" alt="Le Portrait de Dorian Gray (Oscar Wilde)" title="Le Portrait de Dorian Gray (Oscar Wilde)" />
     </div>
     <div>
      Je diffuse ici un extrait de la troisième partie de mon article &quot;Joseph de Maistre, prophète de la Réversibilité&quot;, publié dans le n°33 (automne 2011) de la revue canadienne <a class="link" href="http://www.sombreval.com/Dossier-Joseph-de-Maistre-Revue-Egards_a730.html">Egards</a>. Il s'agit d'une lecture maistrienne du célèbre roman d'Oscar Wilde.       <br />
              <br />
       [...] La Réversibilité, telle que la conçoivent Joseph de Maistre et ses héritiers, est liée à une thèse que nombre de spécialistes font dériver de l’augustinisme : celle d’une «inculpation» en masse de l’humanité, consécutive à la Chute. Pour saint Augustin, le péché originel se propage par la concupiscence, considérée comme une inclination au mal inhérente à la nature humaine. Si Maistre ne mentionne guère la concupiscence, il a recours à la notion de «péché originel de second ordre» ou «continué» pour éclairer le principe de la transmission héréditaire de la faute. Elle lui permet de rendre compte de cette croyance universelle sur laquelle il s’attarde dans le premier et le second <span style="font-style:italic">Entretien</span> de ses Soirées, à savoir que «tout être qui a la faculté de se propager ne saurait produire qu’un être semblable à lui» (IIe Entretien). Pour Maistre, il s’agit d’une «règle écrite sur toutes les parties de l'univers», en sorte que, «si un être est dégradé, sa postérité ne sera plus semblable à l'état primitif de cet être, mais bien à l'état où il a été ravalé par une cause quelconque». Pour Antoine Compagnon, cette conception qui renvoie à celle de la concupiscence, héritée de saint Augustin, est contestable en ce qu’elle ruine l’ «unicité du péché originel» (1). Il se réfère à un article du <span style="font-style:italic">Dictionnaire de Théologie catholique</span> : «Ainsi conçu, juge l’auteur, le péché originel se développe dans des proportions effrayantes, puisque c’est un héritage qui s’augmente de génération en génération». Pourtant, c’est moins dans la tradition chrétienne que dans le texte de la Genèse que nous pouvons trouver une confirmation des vues de Joseph de Maistre sur l’importance de l’hérédité dans la transmission du mal physique et moral. Il suffit de se reporter à la remarquable exégèse croisée de deux versets de la Genèse par Albert Frank-Duquesne, parue dans <span style="font-style:italic">La Pensée Catholique</span> en 1951 :        <br />
              <br />
       « On sait que la tare adamique, l'humaine incapacité par rapport au monde surnaturel, se transmet par la communication même de la vie. Chacun de nous, lorsqu'il est conçu par ses parents, ce n'est pas une nature improvisée, spécialement créée de toutes pièces à son usage, qu'il reçoit en partage, mais une humanité déjà “marquée”, déterminée, qui lui vient du fond des âges, charriant sur son parcours tous les apports successifs des ères post-lapsaires. Les faits moraux et psychophysiologiques – amour familial, hérédité, etc. – attestent que la vie des hommes est une, et dans tous les domaines, à commencer par ceux qui sont spécifiquement humains, et transmise de génération en génération […]. Cette conception, la Genèse la confirme de façon frappante : elle commence par nous révéler qu'Adam a été créé “comme le reflet de Dieu et pour Lui devenir de plus en plus semblable” (Gn 1, 26) ; mais elle nous dit ensuite qu'Adam déchu engendra Seth “comme son propre semblable et pour devenir de plus en plus son reflet” (Gn 5, 3). Il vaut la peine de comparer la structure de ces deux textes. Dans le premier, l'<span style="font-style:italic">ombre</span> ou <span style="font-style:italic">reflet</span> (comme dit l'hébreu), l'<span style="font-style:italic">image</span> (comme s'expriment le grec des Septante et le latin de la Vulgate), est donnée, une fois pour toutes imprimée : Dieu retrouve toujours en l'homme ce qu'Il y a mis de Lui-même – “son esprit”, dit la Genèse (2, 7 et 6, 3), c'est-à-dire sa spiritualité, sa nature d'esprit, en ce qu'elle a de communicable à la créature – mais la <span style="font-style:italic">ressemblance</span>, le “devenir ce qu’elle est”, comme dit saint Ambroise, l'“actuation” de tout ce qu'implique l'“image”, c'est affaire de réalisation graduelle, d'effort, de mouvement, non plus d'état, mais d'action : cela doit se conquérir (2). Or, nous ne sachions pas qu'on ait jamais observé l'inversion du binôme image-ressemblance dans Genèse 5, 3, où Adam, déchu, engendre un fils chez qui, dès la conception, se trouve comme un état, comme une seconde nature, la <span style="font-style:italic">ressemblance</span> de la condition tarée, alors que l'<span style="font-style:italic">image</span>, ou condition première, essentielle, doit être à son tour conquise, ou plutôt recouvrée, par l'effort et l'action. Mais le mouvement subversé, inverti, transmis à Seth par Adam, cette tendance active, cette propension dynamique, en acte, qui désorbite l'homme quant à Dieu, c'est ce que le vocabulaire appelle la <span style="font-style:italic">concupiscence</span>, qui est à la <span style="font-style:italic">tare originelle</span> ce que la <span style="font-style:italic">ressemblance</span> divine est à l'<span style="font-style:italic">image</span>. Elle passe du père au fils par le truchement de la conception.» (3)       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/4877234-7275243.jpg?v=1351706731" alt="Le Portrait de Dorian Gray (Oscar Wilde)" title="Le Portrait de Dorian Gray (Oscar Wilde)" />
     </div>
     <div>
      Cette solidarité dans le mal qui est l’envers ténébreux de la communion des saints a trouvé dans certaines œuvres littéraires une illustration particulièrement saisissante. Elles seules parviennent à nous faire pressentir toute la réalité angoissante de cette <span style="font-style:italic">communio peccatorum</span> occultée par la théologie moderne. Le narrateur d’<span style="font-style:italic">Aurélia</span>, le dernier texte de Nerval, exprime cette pensée où se décèle l’influence de Maistre. Comme beaucoup de grands auteurs du XIXe siècle, Nerval a lu et médité l’œuvre profonde du théoricien de la contre-révolution : «Notre passé et notre avenir sont solidaires, écrit-il. Nous vivons dans notre race et notre race vit en nous».         <br />
       Nous retrouvons cette problématique inaugurée par Maistre dans un grand classique de la littérature, <span style="font-style:italic">Le Portrait de Dorian Gray</span> d’Oscar Wilde. Certains passages du roman pourraient être lus à la lumière de la philosophie maistrienne. Aucun critique, semble-t-il, n’a perçu la communauté des vues. Sur le lien entre la dégradation spirituelle et morale et la déchéance physique, les parentés sont évidentes. Malgré ses errements, Wilde avait gardé un sens aigu du péché, une espèce d’horreur sacrée, héritée du catholicisme, devant sa puissance de dissolution. Alors que le portrait de Dorian peint par son ami Basile Hallward porte l’empreinte de sa conduite dissolue, les stigmates de ses vices, son visage, lui, selon le vœu qu’il a prononcé, reste mystérieusement intact. En effet, le portrait à peine achevé, il avait exprimé le vœu insensé de rester jeune tandis que le portrait vieillirait à sa place : «Sa beauté ne s’altérerait pas. La toile seule assumerait le fardeau de ses passions et de ses péchés».        <br />
              <br />
       Dans la doctrine traditionnelle de l’art pictural, le portrait a pour fonction de rendre l’essence du personnage, bien plus que la ressemblance extérieure, c’est-à-dire sa «forme pure», selon la formule scolastique, son «archétype» présent en Dieu. Cet archétype correspond à son image idéale, son <span style="font-style:italic">esse primum</span>, son être incréé et éternel. Dans le roman de Wilde, le tableau joue un rôle de révélateur. Mais ce qu’il lui révèle, c’est sa «forme» dégradée, son «image» souillée par le péché. Ce tableau maléfique qui le conduit vers les rivages de la folie inverse en quelque sorte la finalité assignée à l’art chrétien, dans son acception traditionnelle, dans l’art iconique par exemple. D’où la répulsion qu’il inspire à Dorian Gray. Il finit par percevoir en lui «le symbole éclatant de la dégradation par le péché, de la ruine de l’âme».        <br />
       Plus tard, arpentant une galerie de sa maison de campagne, il s’attarde devant les portraits de certains de ses ancêtres, dont, insiste-t-il, le sang coule dans ses veines : «La psychologie de ceux qui conçoivent le Moi comme une réalité simple, immuable, sûre, d’une essence unique, lui semblait primitive. L'homme était pour lui un être riche d’une myriade de vies et de sensations, une créature multiforme et complexe qui porte en elle d'étranges héritages de pensées et de désirs; les monstrueuses maladies des morts ont corrompu sa chair». Face au portait de son aïeul Philipe Herbert, il s’interroge : «Quel germe étrange et empoisonné s'était-il donc transmis jusqu'à lui de génération en génération ?» Il passe d’un portrait à l’autre, chacun d’eux formant une part de cet héritage de vice, de mensonge et de honte qui empoisonne son être. Wilde annonce ici Bernanos qui a créé, avec Mouchette, un personnage que l’hérédité du mal ronge comme une bête intérieure et malfaisante. Tout ce mal, personnifié par des parents proches ou lointains dont Bernanos souligne la hideur morale, finit par se cristalliser en elle, en son âme d’enfant, éprise d’absolu : «Partout le péché crevait son enveloppe, laissait voir le mystère de sa génération : des dizaines d’hommes et de femmes liés dans les fibres du même cancer et les affreux liens se rétractant, pareils aux bras coupés d’un poulpe, jusqu’au noyau du monstre même (…) dans le cœur d’un enfant» (4).       <br />
              <br />
       Wilde et Bernanos, écrivains opposés sur bien des plans, donnent raison à Maistre sur un point sujet à controverse de la doctrine du péché originel et de ses suites funestes. Pour le comte, l’hérédité qui choque la raison humaine ne fait que répéter le péché originel dont elle est une preuve implicite. Maistre, de surcroît, a insisté, avant les sophiologues russes et catholiques, sur l’amplitude cosmique de la Chute produite par la prévarication adamique : «La note tonique du système de notre création ayant baissé, toutes les autres ont baissé proportionnellement, suivant les règles de l’harmonie. Tous les êtres gémissent» (IXe Entretien).       <br />
       [...]       <br />
              <br />
       (1) Voir son étude sur les <span style="font-style:italic">Antimodernes</span> parue chez Gallimard.       <br />
              <br />
       (2) Genèse, 1:26. Cette traduction, affirme Frank-Duquesne, «tient compte des nuances de l’Hébreu, d’après les interprétations targoumiques (les Pères grecs se sont inspirés de ces vues pour leur anthropologie biblique)». Sur les diverses acceptions patristiques de l’ «image» et de la «ressemblance» ou «similitude», le lecteur se reportera avec profit aux études de la théologienne orthodoxe Myrra Lot-Borodine, plusieurs fois mentionnées par Frank-Duquesne dans ses ouvrages. Les Pères distinguent en effet entre l’ «image» et la «ressemblance». Ils ont conçu la première comme une réalité donnée, «inamissible». Quant à la «ressemblance» (<span style="font-style:italic">similitudo</span>), ils la considèrent comme un germe, une «virtualité à réaliser» (cf. Lot-Borodine, <span style="font-style:italic">La Déification de l’homme</span>, Cerf, 2011, p.201)        <br />
              <br />
       (3) Albert Frank-Duquesne, «L’Éternelle actualité du problème juif», <span style="font-style:italic">La Pensée Catholique</span>, n°18, octobre 1951, p.53-54 ; réédition aux Editions de Sombreval, 2009.       <br />
              <br />
       (4) Bernanos, <span style="font-style:italic">Sous le soleil de Satan</span>, coll. Pléiade, 1961, p. 204.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Ils ont déchiré Son image (Michel Bernanos)</title>
   <pubDate>Sun, 08 Jan 2012 10:10:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Livres]]></dc:subject>
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        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/250393-315341.jpg?v=1289407173" alt="Ils ont déchiré Son image (Michel Bernanos)" title="Ils ont déchiré Son image (Michel Bernanos)" />
     </div>
     <div>
      Michel Bernanos a été poursuivi toute sa vie par la vision obsédante d’une nature en révolte contre l’homme. Le fils de Georges Bernanos (1923-1964) est l’auteur d’une œuvre encore méconnue, tout entière placée sous le signe du monde à l’envers, le nôtre, celui dont l’homme a perdu la régence pro-divine. Le monde de <span style="font-style:italic">La montagne morte de la vie</span>, roman culte paru après sa mort en 1967, est un monde inversé : «Oui c’est un monde à l’envers» dit dès le premier instant le mentor du jeune mousse avant même qu’ils n’aient touché terre.        <br />
       La revanche de la nature contre l’homme perverti est un des thèmes littéraires et philosophiques majeurs de Michel Bernanos. Revanche du monde animal et du monde minéral, comme dans la <span style="font-style:italic">Montagne morte</span> où l’on assiste à la pétrification des deux personnages principaux du drame, comme absorbés par la substance minérale de la montagne. La revanche du monde végétal est évoquée dans la dernière partie de <span style="font-style:italic">Ils ont déchiré son image</span> sur le mode hallucinatoire. Cette évocation donne lieu à des scènes prodigieuses, rarement égalées dans la littérature fantastique. La ville du marquis, théâtre de combats d’animaux d’une cruauté indicible, de jeux du cirque sordides où des jeunes filles sont livrées en pâture aux hommes et aux bêtes, de fêtes orgiaques qui se déroulent sous les yeux d’enfants terrifiés, cette ville maudite subit l’assaut punitif d’une véritable «furie végétale» qui n’épargne rien ni personne. Comme le note Hubert Sarrazin le marquis est une incarnation du mal : «C’est ce qui reste de l’homme créé par Dieu à son image, et qui s’en rit, une espèce de monstre qui n’use de sa force que pour faire le mal et donne un exemple odieux à ses sujets, empressés d’ailleurs de le suivre». Les dernières pages de ce conte fantastique nous font assister à la rébellion du monde vert, offensé par la perversité monstrueuse du maître des lieux. L’homme mystérieux, l’étranger dont on apprend dans l’épilogue qu’il est le démon venu en tournée d’inspection sur notre planète, découvre un matin autour de lui une horrible prolifération de végétation tropicale qui s’apprête à tout envahir. Au dehors un spectacle horrifique s’offre à sa vue :           <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">«Du plancher aux murs, des murs aux poutres, aux poutrelles et aux chevrons, partout la pousse verte s’étalait. Des fleurs carnivores aux couleurs blêmes s’agitaient et s’étiraient dans les murs largement fissurés, tandis que par la fenêtre grande ouverte des lianes se glissaient, pareilles à des reptiles. Du dehors montait le bruit sourd d’une masse énorme en mouvement. Tous les habitants de l’auberge se trouvaient réunis dans la grande salle à manger. La peur déformait leurs traits, les paralysait, et ils reculaient comme des automates sous la formidable poussée du fléau végétal. Et puis des lianes se firent garrots et bientôt seul demeura vivant dans l’auberge l’homme que le monde vert semblait éviter.        <br />
       A l’extérieur, une lumière verdâtre pareille à celle régnant dans les grands fonds marins éclairait cette ville. L’homme en fut ébloui. La pousse verte avait envahi chaque édifice, chaque masure de chaque artère, et cette révolte végétale était propagée par des arbres aux troncs énormes, qui, de branche en feuille et de feuille en cime, flambaient de vert»</span>          <br />
              <br />
       Les pavés des rues se soulèvent, faisant apparaître d’immenses racines dressées comme autant de bras prêts à saisir leurs proies humaines. Des lianes s’élancent des arbres pour cingler la foule hurlante. Les maisons éclatent comme autant de bourgeons, faisant place à une végétation luxuriante. La ville est bientôt recouverte par une immense couche verte. Quant au marquis, le représentant de l’humanité, il est retenu prisonnier sur son trône de monarque par des racines géantes qui finiront, après un ultime dialogue avec le diable, par se refermer sur lui. Visions hallucinées de fin du monde que Michel Bernanos se représentait sans doute comme une révolte des éléments naturels contre l’homme dévoyé. Ce thème de la revanche du monde infra-humain est une constante de son œuvre : «Les romans de Michel Bernanos ne sont, écrit Hubert Sarrazin, que des variantes d’une même affirmation, qu’on pourrait définir en ces termes : l’humanité, devenue diabolique, va à sa propre destruction et ce sera bientôt la revanche du monde minéral, animal et végétal» .        <br />
              <br />
       L’homme ne peut résister aux puissances de la nature lorsqu’elles viennent à se déchaîner contre lui. Par quel mécanisme la nature a-t-elle pu devenir l’ennemi de l’homme ? Michel Bernanos semble vouloir dire qu’elle réagit au déchaînement du mal. Elle se trouve entraînée dans l’agitation (inquietudo) de l’homme  et fait apparaître des choses horribles qui reflètent ce qu'il a par nature de diabolique. Déjà Baudelaire pressentait que la laideur des pensées pouvait donner naissance à d'hideuses formes vivantes.        <br />
       La beauté de la faune et de la flore dans <span style="font-style:italic">Ils ont déchiré son image</span>… n’est qu’apparente. C’est une beauté trompeuse, dévoratrice. Hubert Sarrazin compare cette hideuse beauté à celle des fleurs du mal. Le marquis et ses sujets qui éprouvent une telle jouissance dans le mal sont devenus des auxillaires du Maudit. La nature environnante semble s’être transformée à leur ressemblance. L’étranger découvre ainsi dans la campagne des spécimens épouvantables, telle cette fleur carnivore :         <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">«…Il avança et voulut caresser du doigt l’un des merveilleux pétales. La fleur, d’un mouvement rapide, se referma sur lui. Il fit un bond en arrière et tira de toutes ses forces pour se dégager. Mais plus il tirait, plus la succion s’accentuait, et bientôt son bras tout entier se trouva engagé dans le cœur de la fleur. Il pouvait voir à travers la tige sa main s’agiter impuissante.        <br />
       Ce furent ses faucons qui le délivrèrent. En se posant sur la fleur qui, à ce contact, s’ouvrit, libérant la proie»</span>.         <br />
              <br />
       De même <span style="font-style:italic">L’Envers de l’Eperon</span> s’ouvre sur un affrontement symbolique entre deux fourmis qui répond, «écho dérisoire», à la violence du monde. A la formule de Renan : «le monde est le cauchemar d’une divinité malade», Frank-Duquesne opposait celle-ci, qui nous semble autrement pertinente et à laquelle aurait sans doute acquiescé Michel Bernanos : «Le monde est le cauchemar d’une <span style="font-style:italic">humanité</span> malade».       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.sombreval.com/Ils-ont-dechire-Son-image-Michel-Bernanos_a529.html</link>
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   <title>Dossier Joseph de Maistre (Revue Égards)</title>
   <pubDate>Thu, 03 Nov 2011 11:44:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
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      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/3403389-4894116.jpg?v=1320317827" alt="Dossier Joseph de Maistre (Revue Égards)" title="Dossier Joseph de Maistre (Revue Égards)" />
     </div>
     <div>
      Mon article sur la Réversibilité vient de paraître dans l’excellente revue canadienne <span style="font-style:italic">Égards</span> qui consacre, dans son numéro d’automne, un dossier spécial à Joseph de Maistre. Il s’agit d’une revue catholique conservatrice, d’excellente tenue, sans équivalent en France. Voilà une revue qui ne s’intéresse pas à la polémique du jour, prétexte à l’empoignade collective, et qui s’éteint sitôt qu’une nouvelle polémique est suscitée pour atteindre cette seule fin : masquer le réel.        <br />
       Léon Bloy, à qui l’on demandait s’il était dreyfusard, répondait : «Je ne suis ni dreyfusard, ni anti-dreyfusard, je suis anti-cochons». Dans ce numéro, vous ne lirez pas l’opinion de l’intellectuel de service sur la pièce subventionnée de Castelmucci ou Castellucci, je ne sais plus, matière à un scandale bien de chez nous, c’est-à-dire dérisoire. Nul débat sur la question de savoir si jeter des excréments sur un portrait du Christ relève de la liberté d’expression, ou si protester contre le <span style="font-style:italic">rien</span> est la marque du «fondamentalisme chrétien». Ce qui importe par contre, c’est  de comprendre comment on a pu tomber aussi bas. C’est de déceler dans l’histoire les signes annonciateurs de notre déchéance. C’est de mettre en exergue les causes de cet événement inouï qu’est la mort de l’Europe. D’où la nécessité impérieuse de lire Joseph de Maistre. Ce dossier constitue une excellente introduction, mettant l’accent sur la pensée politique, théologique et métaphysique du comte chambérien qui a exercé une influence décisive sur certains des plus grands écrivains français, ceux de la «France secrète», pour employer l’expression de Berdiaev, sur Baudelaire, mais aussi sur de nombreux penseurs. Citons par exemple l’essayiste américain Orestes Brownson, dont la revue diffuse un texte du plus haut intérêt. Le dossier s’ouvre sur un texte de Jean Renaud qui relate les grandes étapes de la vie de Maistre, marquée du sceau de la douleur après la Révolution. Jean Renaud, qui est un des meilleurs prosateurs de langue française au Canada, rappelle, qu’avant de mourir, Maistre avait  prédit «un morcellement jusqu’à l’infini de toutes les doctrines». Il est mort «avec l’Europe» selon ses propres paroles, le 25 février 1821.        <br />
              <br />
       Mon article porte sur la Réversibilité. La première partie de ce texte inédit est intitulée «Joseph de Maistre et la Bible». Elle me permet d’amorcer une comparaison entre Maistre et Teilhard de Chardin, à travers leur théorie de la guerre. La seconde partie suit Léon Bloy dans sa méditation sur le mystère du destin juif. La plupart des commentateurs modernes contestent l’orthodoxie de la théorie de la réversibilité, celle des souffrances subies en particulier. Comment s’étonner que cette théorie puisse susciter autant d’interrogations, voire de rejet, puisqu'elle est la seule à lever quelque peu le voile sur ce que Huysmans appelle le «mystère effrayant de la souffrance» ? Comme le remarque Patrick Dionne, directeur de la revue <span style="font-style:italic">Égards</span>, dans un article à paraître, «Maistre nomme et creuse la face obscure du mystère de la communion des saints, sans en contredire la face lumineuse. Il formule génialement – sa logique est implacable – ce que l’Église <span style="font-style:italic">savait mais n’avait pas encore dit</span>». Dans ma troisième partie, j’examine le problème du péché originel, à travers une lecture croisée de certains passages de <span style="font-style:italic">Sous le soleil de Satan</span> de Bernanos et du <span style="font-style:italic">Portrait de Dorian Gray</span> d’Oscar Wilde.        <br />
              <br />
       Ce numéro est disponible sur le <a class="link" href="http://www.egards.qc.ca/">site de la revue</a> en version imprimée ou en pdf, adapté pour une lecture sur Kindle par exemple. Vous pouvez également me contacter par mail : sombreval@sombreval.com        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/3403389-4894117.jpg?v=1320317690" alt="Dossier Joseph de Maistre (Revue Égards)" title="Dossier Joseph de Maistre (Revue Égards)" />
     </div>
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     <br style="clear:both;"/>
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   <link>https://www.sombreval.com/Dossier-Joseph-de-Maistre-Revue-Egards_a730.html</link>
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   <title>La Réversibilité, «le grand mystère de l'univers» (Nicolas Mulot)</title>
   <pubDate>Fri, 12 Jan 2007 23:04:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Livres]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/536757-655690.jpg?v=1289407182" alt="La Réversibilité, «le grand mystère de l'univers» (Nicolas Mulot)" title="La Réversibilité, «le grand mystère de l'univers» (Nicolas Mulot)" />
     </div>
     <div>
      Mon essai intitulé <span style="font-style:italic">La Réversibilité, «le grand mystère de l’univers»</span> est enfin disponible à la vente. Vous pouvez dès maintenant le commander sur la plateforme de vente de Lulu.com <a class="link" href="http://www.lulu.com/content/563354">en cliquant ici</a>. J’ai choisi ce système de publication car il illustre pour moi les bienfaits de la mondialisation (sujet que j’ai développé dans mon ouvrage). L’ouvrage est écrit par un docteur de la Sorbonne. L’impression est réalisée en Espagne. Les transactions enfin sont effectuées aux Etats-Unis. L’échange satisfait toute les parties en présence : moi, eux et vous j’espère…Un autre livre devrait paraître le mois prochain. Il viendra enrichir la collection « théologique » des <span style="font-style:italic">Éditions de Sombreval</span>.        <br />
       Petite information utile : après la commande, il faut compter une vingtaine de jours pour recevoir l’ouvrage.        <br />
       Mon essai sur la réversibilité a fait l’objet de critiques très positives dont vous trouverez ci-dessous quelques extraits :        <br />
              <br />
       <b>Pierre Jourde</b>, écrivain, critique, auteur de la <a class="link" href="http://www.amazon.fr/Litt%C3%A9rature-sans-estomac-Pierre-Jourde/dp/2266126202/sr=8-1/qid=1168628164/ref=sr_1_1/403-7015626-0546029?ie=UTF8&amp;s=books">Littérature sans estomac</a> : « Ce travail examine la postérité, au XIXe  siècle et au XXe  siècle, de l’idée développée par Joseph de Maistre dans <span style="font-style:italic">Les Soirées de Saint-Pétersbourg</span>, selon laquelle les innocents paient pour les coupables. Il suit également la trace de la notion de réversibilité, depuis les Pères de l’Eglise, Saint Paul, Origène, jusqu’aux illuministes et aux théosophes, Maistre constituant le point de passage entre la tradition et les modernes [… ] Presque tous les chapitres séduisent par leur concision et leur clarté. C’est dans l’ensemble l’une des grandes qualités de ce volume que de développer des analyses très approfondies dans un style toujours limpide et ferme […] La cohérence de cette doctrine est pesée avec discernement chez les différents auteurs examinés. Aucune des nombreuses questions, des difficultés soulevées par la doctrine de la réversibilité n’est esquivée, celle-ci trouvant son sens profond dans l'idée de la responsabilité cosmique de l'homme...»       <br />
              <br />
       <b>André Guyaux</b>, professeur à Paris IV-La Sorbonne, spécialiste de Rimbaud, Baudelaire, Huysmans : «…Deux objections peuvent être faites : Nicolas Mulot aurait pu s’intéresser davantage à la genèse du dogme maistrien : le choix qu’il fait d’œuvres et d’auteurs, et le fil même du développement gardent un aspect capricieux, sollicitant à l’occasion d’autres domaines que la littérature, comme le cinéma, et d’autres littérature que la littérature française. Sans doute pouvait-on intégrer à cette vaste question beaucoup d’autres œuvres, et y inclure des textes moins conformes à la thèse maistrienne. Mais Nicolas Mulot est animé par une foi. Il sait où il va et ne dévie de la forte conviction qu'il a d'une <span style="font-style:italic">raison</span> et d'un <span style="font-style:italic">mystère</span> concentrés dans l'idée de réversibilité. Cette foi fait aussi qu'un souffle passe dans cette étude, toujours bien écrite, dans un style oral, et même oratoire, qui convient sans doute au sujet, un style qui n'est pas exempt, par moments, d'une certaine théâtralité, mais qui n'est jamais outré […] Nous sommes persuadés que Nicolas Mulot a donné là, malgré un point de vue qui peut paraître parfois radical, un ouvrage important…»       <br />
              <br />
       <b>Antoine Compagnon</b>, professeur à Paris IV-La Sorbonne, à l’université Columbia et au Collège de France (lire sa <a class="link" href="http://www.college-de-france.fr/default/EN/all/act_eve/p1164290594575.htm)">Leçon inaugurale</a>, auteur des <span style="font-style:italic">Antimodernes, de Joseph de Maistre à Roland Barthes</span> parus chez Gallimard : « …M. Mulot livre à ses lecteurs un essai élégant, parcourant quelques œuvres des XIXe et XXe siècles marquées par la pensée de Maistre. Les lectures de M. Mulot sont copieuses, et certains de ses développements sont très séduisants, comme une vignette inattendue sur le film <span style="font-style:italic">It's Wonderful Life</span> de Frank Capra. Les trois parties de cet essai ont leur cohérence : sur le sacrifice, la communion des saints, et le symbolisme du monde. On passe par de nombreux rapprochements éclairants. Nietzsche, de belles lectures de Bernanos, notamment des <span style="font-style:italic">Dialogues des carmélites</span>, bien sûr Dostoïevski et la pensée russe, Chestov, Berdiaev, Baudelaire, Emerson, <span style="font-style:italic">Les Deux Étendards</span> de Lucien Rebatet, livre culte de George Steiner, ici, excellemment analysé, Tarkovski, Maritain , Blondel […] Les rapports de la notion de réversibilité et celle, moderne et mathématique, de chaos, sont assez nets, comme lorsque Pierre Emmanuel affirme à propos de Bloy, que &quot;sans le savoir, nos moindres gestes commandent selon d'imprévisibles rapports le cours entier de l'universelle Destinée&quot;, ou lorsque la réversibilité nous conduit avec Claudel, à la solidarité du &quot;village planétaire&quot; comme Corps mystique, et à internet avec Teilhard de Chardin. Chaque vie influe sur les autres vies : c'est bien la morale de Capra. La réversibilité mène à l’analogie et à toute la pensée symbolique, ce qui (…) ouvre aux deux parties suivantes, non seulement avec Bloy et Claudel, mais aussi Guénon, Maurice Zundel, Frank-Duquesne ou le père Boulgakov […] Au lieu d’internet on touche cette fois à l’écologie comme &quot;solidarité cosmique&quot; et enfin à la théosophie et à la &quot;portée cosmique de la messe&quot;, aboutissement de toute cette réflexion sur la réversibilité, suivant benoît XVI. La réversibilité devient ainsi le grand mystère de l’univers…»       <br />
              <br />
       <b>Pierre Glaudes</b>, professeur à Toulouse-Le Mirail, a publié le <a class="link" href="http://www.amazon.fr/Journal-II-1907-1917-L%C3%A9on-Bloy/dp/2221090977/sr=8-1/qid=1168640322/ref=sr_1_1/403-7015626-0546029?ie=UTF8&amp;s=books">Journal</a> de Léon Bloy dans la collections &quot;Bouquins&quot; (2 volumes) : « …cette étude a le mérite d’exhumer des textes peu connus, de les mettre en résonance avec d’autres, plus célèbres et de renouveler ainsi notre conception de la réversibilité par une lecture toujours intelligente, qui rencontre les questions de notre temps (la mondialisation, l’écologie). »        <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   </description>
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   <link>https://www.sombreval.com/La-Reversibilite-le-grand-mystere-de-l-univers-Nicolas-Mulot_a594.html</link>
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   <title>Francis Poulenc, Dialogues des Carmélites (Nelly)</title>
   <pubDate>Mon, 08 Nov 2004 00:00:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Nelly Achlaw</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Recensions de Nelly]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/96098-137693.jpg?v=1289407244" alt="Francis Poulenc, Dialogues des Carmélites (Nelly)" title="Francis Poulenc, Dialogues des Carmélites (Nelly)" />
     </div>
     <div>
      L'argument du <span style="font-style:italic">Dialogue des Carmélites</span> est assez simple et s'inspire d'un fait historique : seize carmélites de Compiègne sont guillotinées en 1793 pour avoir, dit-on, protégé et hébergé des émigrés, ou des personnes indésirables, je ne sais plus trop. Le librettiste y ajoute une dix septième, Blanche de la Force, et mêle, comme cela a déjà réussi à bien des auteurs, la petite histoire et la grande.       <br />
       	L'opéra est donc avant tout l'histoire de Blanche ; ce n'est pas une fresque historique, ce n'est pas un terrain de jeu pour un Robert Hossein, par exemple. Blanche nous apparaît au début comme une âme craintive, qui a peur pour ainsi dire de son ombre. Elle veut entrer au Carmel, car elle ne se sent pas à sa place dans le monde. Qui connaît un peu les raisons profondes des vocations religieuses sera heureux de se trouver ici en un terrain connu et peu visité par les Beaux-Arts ; manifestement, Blanche veut se protéger au monastère ; durant tout l'opéra, elle va vivre dans sa peur, fuir la réalité.       <br />
       	La prieure du Carmel va détecter immédiatement cela lors de la première entrevue. « Pourquoi voulez-vous entrer au Carmel ? » Blanche ne répond que des stéréotypes. Pour me sacrifier. Pour l'amour du Christ. Et la prieure, avisée, lui répondra qu'au Carmel on ne se sacrifie pas ; mais qu'on y prie. Tout le temps ; et pas seulement à quelques rares moments qui sont sous l'inspiration de la grâce. Peu importe ! Toute assoiffée de vie carmélitaine, Blanche persévère. Elle a déjà choisi son nom : Soeur Blanche de l'Agonie de Christ.       <br />
       	C'est le premier signe que sa vocation aurait un sens plus profond que la superficialité un peu lâche dans laquelle on la devine ; tout l'opéra nous renvoie à Gethsémani, c'est-à-dire à l'angoisse qu'une âme éprouve lorsqu'elle se sent abandonnée de Dieu. C'est l'époque toute entière qui est à Gethsémani (on est en 1798, puis en 1793) ; c'est Blanche qui éprouve sans arrêt cette angoisse métaphysique ; puis ce sera la prieure qui sera frappée de plein fouet par la nuit du mont des Oliviers, au moment de mourir. Dans une scène mémorable, après trente ans d'exemplarité conventuelle, elle délire, elle a peur de la mort ; elle fait finalement une mort que l'on jugera « très petite », comme si on lui avait envoyé par erreur la mort d'un autre. S'il y a eu substitution, qui aura une mort trop grande pour soi ? La prieure avant de mourir avouera que ce nom de Blanche de l'Agonie du Christ, elle avait pensé le prendre pour soi mais avait reculé sous l'avertissement de la prieure d'alors : si l'on rentre dans Gethsémani, on n'en ressort plus. Voilà qui devrait nous laisser entendre qui est l'autre partie de la substitution.       <br />
       	La Révolution progresse, puis la Terreur. Le frère de Blanche prie celle-ci de se mettre à l'abri. Elle refuse ; joue-t-elle encore la comédie du sacrifice et du martyre ? « Là où je suis, plus rien ne peut m'atteindre ». Tu parles ! D'autres au couvent semblent vivre dans la grâce comme un privilège inné ; c'est le cas de soeur Constance qui semble être une coloratura mozartienne qui vivrait déjà de la vie des anges et pour qui tout n'est que légèreté. Le prénom est-il prédestiné ?       <br />
       	Les soeurs sont arrêtés ; un prêtre réfractaire semble avoir dit une messe de trop chez elles (acteur déplorable que ce prêtre, qui fait son Pavarotti sur le devant de la scène et dit « j'ai du rester trop longtemps » sur un ton de « oups, j'm'ai trompé ! » : les huées qu'il récolta étaient méritées).        <br />
       Elles font voeu de martyre. Toutes ? Non ! Une seule s'y refuse. On pense que c'est Blanche, mais c'est en réalité Constance, qui finalement accepte de martyre comme les autres. Blanche s'enfuit alors. Un exemple, un de plus, que Dieu seul sonde les âmes ; et que la fermeté dans la foi à un instant ne garantit pas que celle-ci soit acquise pour toujours ; la persévérance finale est un fruit de la grâce.       <br />
       	La fin arrive logiquement : toutes les soeurs, hormis Blanche et mère Marie (que la providence destine manifestement à autre chose) vont être guillotinées. C'est la conséquence de Gethsémani. Au dernier moment, Blanche sort de la foule et monte la dernière à l'échafaud.       <br />
              <br />
       La seule histoire d'amour de cet opéra, c'est donc entre Dieu et les âmes. Dieu en fait ce qu'il veut, et ne rend de comptes à personne. Les habitués de Solesmes, de Dom Delatte ou de Ste Thérèse de Lisieux reconnaîtront là une doctrine familière à laquelle, n'en doutons pas, Bernanos a été initié. (Lisez notamment les pages du Commentaire sur la Règle, de Dom Delatte, au sujet des vocations).        <br />
       Dieu fait ce qu'il veut de Blanche : on peut bien sûr penser qu'elle est montée sur l'échafaud en un dernier élan suicidaire, pour quitter à jamais ce monde qu'elle avait fui toute sa vie. Mais elle y monte en chantant la doxologie du <span style="font-style:italic">Veni Creator</span>, alors qu'elle aurait pu sauver sa vie : c'est le moment précis où tout bascule, où les paroles de mortification et de sacrifice, le voeu de martyre, les affirmations de détachement, cessent de n'être que des paroles ; Blanche accomplit sa conversion en montant sur l'échafaud, et l'on comprend que Dieu la voulait jusqu'à présent comme cela, craintive, inadaptée, semblant lâche, car il voulait la conduire au martyre de cette façon précise. Il me semble que cette interprétation a plus de sens. (à rapprocher de la mort d'un des héros principaux du <span style="font-style:italic">Cheval Rouge</span> d'Eugenio Corti, sur les pentes du Cassin : il comprend au dernier moment que tous ses projets ne sont que du vent, et que Dieu veut que sa dernière heure soit là et maintenant).       <br />
              <br />
       	On peut écrire aussi des lignes sur la substitution, la communion des saints, le sens de la mort des martyrs (1) ; peut-être les seize soeurs qui sont morte juste avant elle ont été la cause de la conversion finale de Blanche. Cela peut s'admettre ou non. Quelle que soit l'interprétation à laquelle on veut se tenir, il en ressort que c'est Dieu le maître de la partie ; et que même lorsqu'on ne comprend pas bien ses desseins, lorsqu'il se retire de la vision de l'âme, lorsque c'est Gethsémani, il faut croire qu'il n'est pas parti pour toujours, comme pouvait parfois le dire le psalmiste, mais qu'il dirige toujours les choses d'une manière secrète et parfaite. Poulenc nous fait comprendre cela avec bien moins de râles, de lumière bleutée, de serpents rampants, d'androgynes à capuche et de vagissements de soprano que, au hasard, Mel Gibson.       <br />
              <br />
       	Musicalement, on prie beaucoup, on se signe beaucoup. La mise en scène tire un peu sur le catho à la « enigma », avec des cierges, du latin, des croix et des génuflexions. Mais pas de grégorien, puisque lorsqu'il s'agit de chanter, les soeurs chantent des motets de Poulenc, ce qui n'est pas mal non plus.       <br />
       	Et la mort, à force d'en parler, comment l'a-t-on représentée ? Elle arrive dans son lit pour celle de la prieure, terrible, expressionniste, les râles, les convulsions, c'est un grand moment sur scène. Quant à l'échafaud, il est traité avec bienséance : on ne voit que les premières marches, puis une grande lumière orangée derrière un paravent. Ce n'est pas non plus Robert Hossein qui raccourcit Joseph Lesurques ! Les soeurs font la queue leu leu, se signent et avancent dans la lumière. On voit leur ombre qui s'effondre derrière le paravent. Hélas, cet effondrement est accompagné d'un bruit métallique de pierre à aiguiser assez ridicule, qui veut sans doute figurer le couperet qui tombe. Le Salve chanté est donc interrompu à intervalles réguliers par un « schlink » déplacé. A ce prix, on aurait pu remplacer les marches de l'échafaud par un escalator. Ou développer les ressemblances avec cette scène fameuse de <span style="font-style:italic">The Wall</span> où des écoliers tombent en file indienne dans un gigantesque hachoir à viande.       <br />
              <br />
       	C'est peu de chose, reconnaissons-le, face à une distribution et un orchestre de bonne qualité ; la mère prieure a été considérablement applaudie. Et la grosse dame un peu vulgaire, assise derrière moi et que l'on entendait croquer une sucette Pierrot Gourmand durant les passages calmes du premier acte ne doit pas en vouloir à mon voisin, qui a commencé de la molester dans le noir. Elle ne voyait dans tout ce Poulenc qu'une pub un peu longue pour Chaussée aux Moines. Mais lui, il enregistrait en douce l'opéra et ne supportait pas d'y graver à jamais des croquements franchement déplacés, d'autant qu'on était à Paris, d'autant que c'était l'opéra. Au Met ( Metropolitan Opéra), je n'ai pas entendu cela, et pourtant j'y étais au 3ème balcon, là où l'on est censé rencontrer des pauvres et des mal élevés. Mais les voies de Dieu sont impénétrables, et peut être que les souffrances physiques auxquelles cette pétasse a (trop peu) goûté serviront, à son dernier souffle, à sa conversion, de même que les souffrances audiophiles de mon voisin (bel exemple de substitution !) Sinon, elle aura juste des séances chez le dentiste. Il ne faut pas désespérer de la grâce. Schlink !       <br />
              <br />
       (1) Note de Sombreval : Francis Poulenc a reconnu l'importance de cette idée dans son approche de l'oeuvre : « Ce qui pour moi compte autant que la « peur de Blanche », c'est l'idée si bernanosienne de la communion des saints et du transfert de la grâce (la Réversibilité)...C'est pour cela que j'ai essayé de rendre « sensible » au maximum la scène dans laquelle Constance, cette adorable Soubrette de Dieu, explique : &quot;On ne meurt pas chacun pour soi mais les uns pour les autres&quot; » (Cahier de L'Herne Bernanos, p.156)         <br />
       Poulenc fait référence à l'idée fondamentale pour Bernanos de la réversibilité des destins dans la mort. Soeur Constance qui incarne &quot; l'esprit d'enfance&quot; l'exprime clairement dans ce dialogue avec Blanche :        <br />
              <br />
       Soeur Constance        <br />
       Oh ! j'ai beau être jeune, je sais déjà bien qu'heurs et malheurs ont plutôt l'air tirés au sort que logiquement répartis ! Mais ce que nous appelons hasard, c'est peut-être la logique de Dieu ? Pensez à la mort de notre chère Mère, Soeur Blanche ! Qui aurait pu croire qu'elle aurait tant de peine à mourir, qu'elle saurait si mal mourir ! On dirait qu'au moment de la lui donner, le bon Dieu s'est trompé de mort, comme au vestiaire on vous donne un habit pour au autre. Oui ça devait être la mort d'une autre, une mort pas à la mesure de notre Prieure, une mort trop petite pour elle, elle ne pouvait seulement pas réussir à enfiler les manches...       <br />
              <br />
       Blanche        <br />
       La mort d'une autre, qu'est ce que ça peut bien vouloir dire, Soeur Constance ?       <br />
              <br />
       Soeur Constance       <br />
       Ca veut dire que cette autre, lorsque viendra l'heure de la mort, s'étonnera d'y entrer si facilement, et de s'y sentir confortable...Peut-être même qu'elle en tirera gloire : « Voyez comme je suis à l'aise là-dedans, comme ce vêtement fait de faux plis... » (Silence) On ne meurt pas chacun pour soi, mais les uns pour les autres, ou même les uns à la place des autres, qui sait » (<span style="font-style:italic">Troisième tableau</span>)        <br />
              <br />
       <a class="link" href="http://www.opera-de-paris.fr/?Rub=Fiche&amp;Genre=Operas&amp;Id=693">La fiche de présentation</a>       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.sombreval.com/photo/art/imagette/96098-137693.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.sombreval.com/Francis-Poulenc-Dialogues-des-Carmelites-Nelly_a190.html</link>
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   <title>La mort de saint Dominique (Bernanos)</title>
   <pubDate>Thu, 27 Nov 2003 00:00:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Textes]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/96038-137585.jpg?v=1289407240" alt="La mort de saint Dominique (Bernanos)" title="La mort de saint Dominique (Bernanos)" />
     </div>
     <div>
      Les dernières pages du petit texte de Bernanos sur <span style="font-style:italic">saint Dominique</span>, sans doute inspiré du <span style="font-style:italic">Livret sur les origines de l’Ordre des Prêcheurs</span> du bienheureux Jourdain de Saxe, sont tout simplement magnifiques. Je m'en voudrais chers lecteurs de ne pas les diffuser ici...           <br />
              <br />
       &quot; Autour du moribond qui achève de se vider de son sang mystique, de toute sa divine charité, dans une effusion de larmes austères, l’ordre bourdonne comme une ruche avec ses centaines de moines qui seront demain des milliers, ses cinq provinces de France, d’Espagne, de Lombardie, de Rome, de Provence, et ses cinquante monastères. La chrétienté occidentale est sauvée, non seulement des fanatiques obscurs dont le zèle barbare condamnait avec le mariage la vie même, mais de l’Islam, du schisme grec et des fureurs de Fréderic II. Oui, tel quel, cet homme couché est un des plus grands de l’histoire, et il entre néanmoins dans la mort, ainsi qu’il a surmonté la vie, du même élan sans retour, avec le regard de l’enfance. A larges pas réguliers, sa pauvre besace sur le dos, les poches vides, il a parcouru plusieurs royaumes, et à présent qu’il est couché, il a laissé sa besace, mais il a gardé ses gros souliers. Il est prêt, si Dieu le suscite de nouveau. Il ne laisse rien derrière. Ses fils brûleront ou disperseront ses lettre, les livres annotés de sa main, son bâton de voyage, ses habits, la chaîne de fer dont il se flagellait chaque nuit avec ce puissant râle dont l’écho se répercutait jusqu’à la dernière cellule des frères qui l’écoutaient, terrifiés. Alors il s’enveloppait, tout sanglant, dans sa chape, et s’étendait sur un banc ou sur une table.        <br />
              <br />
       Cette fois il est étendu pour toujours. Ni le souvenir des immenses travaux, ou des mortifications très dures, des prédications ni des miracles, ne détourne un instant son cœur. Il redoute seulement que ses fils ne se laissent, après sa mort, entraîner à une vie trop confortable, et lorsqu’il apprend que les moines agrandissent le monastère et exhaussent les cellules, on le voit fondre en larmes, puis éclater en imprécations terribles, jurant la malédiction de Dieu à quiconque introduirait l’usage des possessions temporelles dans son ordre.        <br />
              <br />
       Ils l’ont transporté sur une colline où l’air est pur (…) Ils l’étendent par terre tout en sueur. Etienne d’Espagne les suit avec un haillon de toile. Ventura de Crémone entend sa confession générale. Ce petit souffle que le frère sent passer sur sa face, c’est désormais toute la grande voix qui soulevait Rome, et c’est la même voix aussi qui, dans le retrait de la nuit, appela Dieu tant de fois d’un cri déchirant, rugissant pour les infidèles, les hérétiques, les juifs, et dans l’admirable délire d’une charité universelle allant jusqu’à prétendre forcer la Justice du Père, en priant pour les damnés – « <span style="font-style:italic">ad in infernos damnatos extendebat caritam suam</span> ».          <br />
              <br />
       Les frères sont assemblés pour recueillir, s’il est possible, quelque chose de la parole qui va s’affaiblissant. Dominique fait un signe de la main, ils s’approchent. A l’humble geste du saint, ils reconnaissent qu’il a quelque aveu public à faire, et qui pèse lourd sur son cœur. Celui qui a paru au pape innocent III dans un songe, portant l’église de Latran sur ses épaules, conseiller des pontifes, conseiller des princes, arbitre de tant de destinées, maître et législateur de tant de consciences, découvre-t-il en cet instant solennel, avec effroi, le caractère abstrait, presque terrible, de sa vocation doctrinale ? Quel scrupule le tourmente ?        <br />
       Il lève sur les frères ses yeux bleus, son regard intact. « Je m’accuse, dit le Maître des Prêcheurs, d’avoir toujours préféré, à celle des vieilles personnes, la conversation des jeunes femmes. »       <br />
              <br />
       « La religion de mon fils Dominique est un délicieux jardin, immense, joyeux et parfumé », dit un jour Notre Seigneur à saint Catherine, qui le rapporte.        <br />
              <br />
       Georges Bernanos, Saint Dominique, in <span style="font-style:italic">Les Prédestinés</span>, Points Sagesses,p.75-77       <br />
              <br />
       Pour commander ce petit livre admirable : <a class="link" href="http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2020063824/171-8278864-8952225">Cliquez ici</a>       <br />
              <br />
       A lire aussi :<a class="link" href="http://france.op.org/Master/saxe.htm">Le Livret sur les origines de l’Ordre des Prêcheurs</a>       <br />
        
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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