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  <title>Sombreval</title>
  <description><![CDATA[Sombreval.com est un webzine catholique. Ses domaines de prédilection sont l’exégèse biblique, la littérature et la théologie.]]></description>
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   <title>Maurice G. Dantec (1959-2016)</title>
   <pubDate>Sat, 02 Jul 2016 21:02:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/9783806-15796980.jpg?v=1467491290" alt="Maurice G. Dantec (1959-2016)" title="Maurice G. Dantec (1959-2016)" />
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      J’ai appris avec tristesse la mort de Maurice G. Dantec. Il est décédé samedi dernier à son domicile d’une crise cardiaque, à l'âge de 57 ans. Ses funérailles auront lieu le lundi 4 juillet, à l'église des Dominicains de Saint-Albert-le-Grand à Montréal. J’invite les lecteurs à s’associer aux prières de sa famille et de ses proches.        <br />
              <br />
       En 2007 j'avais remis en main propre à Maurice ma thèse éditée sur la Réversibilité, lors d'un de ses rares passages à Paris. Il en a fait le thème central de son roman monstrueux, énormissime, <a class="link" href="http://www.sombreval.com/La-Reversibilite-selon-Maurice-Dantec-Metacortex-I_a706.html">Métacortex</a>, publié en 2010 chez Albin Michel. A mon avis c'est son meilleur roman, avec <span style="font-style:italic">Les racines du mal</span>. J'aime beaucoup aussi <span style="font-style:italic">Babylon Babies</span>, <span style="font-style:italic">Grande Jonction</span> et son dernier <span style="font-style:italic">Les Résidents</span> qui sera reconnu à sa juste valeur dans quelques années. Je venais juste de recevoir les premiers exemplaires imprimés de ma thèse. Heureusement Athanasios a réalisé rapidos la couverture. A deux trois jours près, je n'aurais pas pu lui remettre mon bouquin. Il serait reparti à Montréal et le roman aurait été certainement différent dans son contenu. Au même moment Antoine Compagnon publiait une recension dans <span style="font-style:italic">Le Monde</span> à l'occasion de la publication d'une sélection d’œuvres du comte chambérien dans la collection &quot;Bouquins&quot;. Il y comparait Maistre à Sade. Du coup il discréditait aussi une certaine spiritualité catholique traditionnelle, celle de Maistre, Bloy, Bernanos, mais aussi celle d'une Edith Stein, Thérèse de Lisieux etc... le coup classique.        <br />
       Certains critiques ont parfois présenté Maurice Dantec comme un gnostique. Il a répondu à cette critique dans un entretien d'une manière décisive : &quot;Ce n'est pas moi qui suis gnostique. C'est le monde qui est devenu gnostique&quot;. L’écrivain n’a fait que transcrire cette évolution. Ses romans sont réalistes même si la critique tend à les classer dans la catégorie de la science-fiction ou du polar. Dans cet entretien passionnant, disponible sur Youtube (voir ci-dessous), Dantec évoque longuement Maistre et le thème de la Réversibilité (à partir de 1h06).        <br />
       Je vous invite aussi à lire son dernier entretien dans la dernière livraison de la revue <a class="link" href="http://www.egards.qc.ca/?p=4111">Egards</a>. Vous trouverez dans ce même numéro ma longue recension sur <span style="font-style:italic">Judas Iscarioth</span> de Serge Boulgakov.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <iframe width="420" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/GiFWA-5yDcE" frameborder="0" allowfullscreen></iframe>     </div>
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     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Quelques photos de manuscrits d'AFD et travaux en cours</title>
   <pubDate>Sun, 02 Dec 2012 14:53:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/4982067-7439260.jpg?v=1354460264" alt="Quelques photos de manuscrits d'AFD et travaux en cours" title="Quelques photos de manuscrits d'AFD et travaux en cours" />
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      J’ai effectué un court séjour à Bruxelles, comme annoncé, pour récupérer l’ensemble des textes et documents inédits de Frank-Duquesne, conservés depuis le début des années 80 par un historien belge. J’ai pris quelques photos de certains des manuscrits que lui avait confiés Julien Hermans, un médecin qui fut, dans les dernières années de sa vie, le plus proche ami de l’écrivain. Vous pouvez les découvrir ci-dessous. Vous remarquerez qu’une image de Notre Dame du Perpétuel Secours illustre la page d’ouverture du cahier figurant dans le manuscrit de la <span style="font-style:italic">Cité sur la Montagne</span> qui regroupe une correspondance avec des hommes d’Eglise, dont le Père Congar et Dom Clément Lialine, du monastère de Chevetogne, destinée à la publication mais restée inédite.        <br />
       Dans l’époque que nous vivons, il n’a jamais été aussi impérieux de réfléchir sur la substance de l’Eglise, de saisir la profondeur de son «mystère», l’unité qui la constitue et qui, comme le note l’auteur, doit incarner, rendre manifeste ici-bas l’ineffable Unité divine, l’Unité de la Sainte Trinité. L’échec, sans doute provisoire, des négociations entre Rome et la Fraternité Saint Pie X doit  nous encourager à poursuivre cet effort  d’approfondissement. A la lecture de cet ouvrage consacré à l’Eglise et qui va nécessiter un important travail d’édition, nous comprenons également ce qui fait obstacle à la pleine réconciliation entre les orthodoxes et les catholiques. Le différend est d’ordre ecclésiologique et ne se réduit pas à la simple question du filioque. Il reste beaucoup de chemin à parcourir. Tout le monde parle aujourd’hui d’unité (voyez l’affaire de l’UMP par exemple, les tentatives œcuméniques au sein de l’Eglise qui ne servent souvent qu’à manifester une union de façade - et l’union n’est pas l’unité - plus proclamée que vécue, le dialogue engagée et avortée à Rome entre la FSSPX et le Vatican). Procédant de louables intentions, ces exhortations à l’unité débouchent souvent sur des dissensions qui vont en s’envenimant, des «fractures», des désunions encore plus flagrantes. Car, comme l'écrit le Cardinal Manning, cité par l'écrivain, l’unité «ne saurait jaillir de la terre, elle descend du ciel».         <br />
              <br />
       L’ouvrage de Frank-Duquesne recèle des pages admirables qui, je suis sûr, feront date. C’est donc à sa publication que je vais m’atteler dans un premier temps. Puis je m’attaquerai à son autre ouvrage inédit : <span style="font-style:italic">Jésus, cet homme : phénoménologie de l’Incarnation</span> qui s’inscrit dans la tradition franciscaine, celle de Duns Scot en particulier, mais qui, par sa manière moderne d’aborder des questions très pointues de la théologie, comme celle de la science infuse du Christ, ne peut être rangé dans aucune catégorie spécifique. Un ouvrage unique en somme. Je m’appuierai dans le commentaire de cet essai sur l’étude de Maritain, <span style="font-style:italic">De la grâce et de l’humanité du Christ</span>, difficilement classable également (Etienne Gilson lui reprochait de s’éloigner de la conception «classique» thomiste) et à laquelle je m’étais référé dans la <a class="link" href="http://www.sombreval.com/Innocence-et-culpabilite-Metacortex-III_a708.html">troisième partie</a> de ma recension de <span style="font-style:italic">Métacortex</span> de Maurice Dantec.       <br />
              <br />
       Tous les documents que j’ai pu acquérir ont été soigneusement classés par la personne qui les détenait jusqu’alors. Cela facilitera grandement mon travail, surtout en ce qui concerne la biographie de l’auteur. J’ai déjà diffusé un texte, assorti de commentaires dans le <a class="link" href="http://www.sombreval.com/afd-project/">Fonds Frank-Duquesne</a>. Je vous y renvoie…        <br />
              <br />
       Enfin sachez que depuis plusieurs années, une <a class="link" href="http://www.sombreval.com/Notre-Dame-du-Perpetuel-Secours_a575.html">page</a> du site est dédiée à Notre Dame du Perpétuel Secours. Des lecteurs fidèles ou simplement de passage y déposent des prières ou adressent leurs suppliques. J’ai soutenu ma thèse sur la Réversibilité un 27 juin, jour où elle est célébrée dans de nombreux pays du monde. Un catholique m’en avait alors signalé la signification et depuis lors, j’entretiens pour elle une vénération toute particulière.          <br />
              <br />
       Voici donc quelques photos d’une sélection de ces documents inédits :         <br />
       
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     <br style="clear:both;"/>
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     <br style="clear:both;"/>
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   <title>D'un Maistre à l'autre : un géant et un médiocre</title>
   <pubDate>Fri, 23 Jul 2010 11:08:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator> Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   «Qu'il y a peu d'hommes dont le passage sur cette sotte planète ait été marqué par des actes véritablement bons et utiles ! Je me prosterne devant celui qui a pu instruire, consoler, soulager ses semblables, celui qui a fait de grands sacrifices à la bienfaisance ; ces héros de la charité silencieuse qui se cachent et n'attendent rien dans le monde». (Extrait d'une lettre de Joseph de Maistre au chevalier de Saint-Réal, Janvier 1817)     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/2248306-3140045.jpg?v=1289407169" alt="D'un Maistre à l'autre : un géant et un médiocre" title="D'un Maistre à l'autre : un géant et un médiocre" />
     </div>
     <div>
      Un article de l’Humanité, lu ce matin sur internet, nous apporte quelques informations croustillantes sur le gestionnaire de la fortune de Liliane Betancourt, Patrice de Maistre, descendant par son père du grand Joseph de Maistre, «théoricien de la contre révolution», comme on aime à le présenter, et qui a fini en garde à vue il y a quelques jours. Le journal cite ce passage bien connu des «Considérations sur la France» qui recèle une grande part de vérité : «Il y a dans la Révolution française un caractère satanique qui la distingue de tout ce qu’on a vu et peut-être de tout ce qu’on verra». Satanique, elle l'était d'abord à ses yeux par son caractère anti-religieux et donc anti-catholique. Il suffit de relire tout le chapitre V de ses «Considérations». Un Berdiaev et un Soljenitsyne voyaient en elle la matrice idéologique d’où surgira la barbarie totalitaire du communisme. En Russie, elle a produit par exemple plus de martyrs que toutes les persécutions antérieures de l'histoire. Ce qu’ils ont subi relève de l’indicible. Toute l’horreur du vingtième siècle est incompréhensible si on néglige l’étude des erreurs mortelles enfantées par les Lumières et qui se sont comme cristallisées dans ce moment charnière de notre histoire nationale.  
     </div>
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     <div>
      Comment  expliquer qu’un descendant d’un si illustre penseur soit à ce point mouillé dans des magouilles impliquant des puissances politiciennes et financières ? Comment expliquer que ce membre du très sélect Jockey Club et de l’Automobile Club de France, «pilier du gratin du gotha», passionné de golf, «gentleman-farmer, propriétaire d’une chasse en Sologne et d’un voilier», comment expliquer que ce médiocre puisse salir ainsi sa lignée ? Pourrait-on déceler dans l’histoire familiale une de ces « fautes-mères » pour reprendre la formule de Joseph de Maistre, susceptible de gâter toute une race ? Il faudrait alors reprendre une théorie du comte chambérien pour expliquer une telle déchéance. La réponse se trouve en fait sans doute dans ce propos d’Eric Woerth qui lui a remis la légion d’honneur en 2008 (quelle ironie…) : dans son discours, cet homme de l’ombre, dont les turpitudes ont été révélées au grand jour, ce gestionnaire de grandes fortunes, cet amateur de la chasse aux cerfs, est présenté comme incarnant la «synthèse si souhaitable pour notre pays entre l’Ancien Régime et la Révolution». Ou comment faire l’éloge de la compromission….        <br />
       Il importe surtout de rappeler que la vraie lignée de Joseph de Maistre est d’ordre spirituel, cette lignée qui se confond avec cette «France secrète» dont parlait Berdiaev, cette lignée qui va du comte chambérien jusqu’à Maurice Dantec aujourd’hui, en passant par Hello, Barbey, Baudelaire, Bloy, Huysmans ou encore Georges Bernanos.        <br />
       De mon côté il fallait sans doute que je subisse toutes les avanies possibles pour mener à terme mon travail sur Maistre et préserver son héritage. Car sa pensée aussi est l’objet de récupérations. Dans l’Université par exemple, on s’évertue à en faire un auteur «recommandable». Mon âme a gardé les traces de ces souffrances que j’ai endurées pendant la rédaction de ma thèse sur la Réversibilité. Pendant que ce gugusse s’amusait au golf, je rangeais des boites de cassoulet et de petits pois, le nez dans la crasse, en me demandant comment je pourrais achever mon travail universitaire qui épuisait toutes mes forces intellectuelles et donc physiques. Il y a eu deux trois périodes je crois où j’ai pensé avoir atteint le fin fond du gouffre. Mais pour garder intact l'héritage de Maistre et le perpétuer, il fallait sans doute subir ces épreuves...
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Innocence et culpabilité (Métacortex III)</title>
   <pubDate>Sun, 28 Mar 2010 12:19:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator> Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Livres]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/1971140-2715975.jpg?v=1289407160" alt="Innocence et culpabilité (Métacortex III)" title="Innocence et culpabilité (Métacortex III)" />
     </div>
     <div>
      Le thème de l’innocence expiant pour les abominations du coupable hante, depuis Joseph de Maistre, la pensée catholique. Peu de temps avant d'entamer la lecture du grand roman de Maurice Dantec, <a class="link" href="http://www.sombreval.com/La-Reversibilite-selon-Maurice-Dantec-Metacortex-I_a706.html">Métacortex</a>, je m’étais replongé dans les œuvres en prose de Claudel. Feuilletant la Pléiade, j'ai découvert un texte court et dense portant sur une représentation théâtrale du <span style="font-style:italic">Procès</span> de Kafka. Pour Claudel, ce que met en scène ce texte unique de notre littérature, c’est le drame de l’innocent qui, dans ce monde de la Chute, pour reprendre l’expression de Dantec, est condamné, non seulement à partager le sort du coupable, mais surtout à se substituer à lui. Dans ce monde déchu, le scandale, ce n’est pas le mal, c’est l’innocence. Et plus qu’un scandale, elle constitue, selon les mots de Claudel, «un danger, un crime». Dans le roman de Kafka, le «danger» que représente Joseph K, son innocence, est perçu comme intolérable, ainsi que le constate Claudel avec une pointe d’ironie : «Que nous veut ce candidat à l’innocence, qui ne sert qu’à attirer l’attention sur notre propre cas ? L’innocence, c’est précisément son crime et le nôtre, que nous cherchons en vain à déguiser. Assez ! Enlevez-le ! Nous n’avons pas besoin d’un innocent, affiché au milieu de nous […] Il n’y a plus qu’à s’en débarrasser. N’importe comment. Avec un couteau de cuisine». À la fin du <span style="font-style:italic">Procès</span>, rappelons-le, Joseph K suit sans résistance deux inconnus qui le conduisent dans une clairière, à l’écart de la ville, et le tuent à coups de couteau. Il ne faut pas oublier que dans la Rome antique, les morts étaient enterrés en dehors des limites de la cité. La mort, c’est une réalité qu’on cherchait à écarter de la conscience. L’innocent, dans une société pervertie, est celui dont la simple présence excite les sentiments les plus malveillants, celui qu'on ne veut pas voir, comme le mort dans l'Antiquité. Il faut l’éliminer, il faut le tenir loin de notre existence, faite d’insouciance et d’aveuglement. Il faut l’exclure du monde, et c’est d’ailleurs avec un effroi horrifié que nous découvrons, dans <span style="font-style:italic">Métacortex</span>, le centre du diagramme, le territoire souterrain, l’infra-monde, où les innocents sont tenus enfermés, livrés en pâture à des êtres avides d’épuiser toutes les gammes de la perversion.       <br />
               <br />
       Une autre thème du <span style="font-style:italic">Procès</span> commenté par Claudel, c’est celui de la culpabilité inhérente à la condition humaine, de la <span style="font-style:italic">communio peccatorum</span>. Il est présent dans l’œuvre de tous les écrivains ayant subi l’influence de Joseph de Maistre. Maurice Dantec appartient incontestablement à cette lignée. Depuis Bernanos, jamais un écrivain se réclamant de la foi catholique n’était parvenu à le traiter avec une telle force. Le sacrifice, dans le roman de Dantec, c’est la condition du rachat : le rachat de sa faute et de celle des autres : «Au fond du cœur humain, écrit Claudel, réside le sentiment obscur, confirmé par le dogme du péché originel, d’une culpabilité innée. Tous les hommes naissent coupables et sous le coup d’une condamnation, une condamnation à mort. La vie n’est qu’un sursis sans cesse révocable. Par-dessus le péché originel, la faute actuelle. Et à côté de la faute propre, celle des autres. Nous sommes punis, mais non pas toujours pour la faute évoquée, ni à notre propre titre, mais à celui des autres dont nous portons obscurément la responsabilité». Dans <span style="font-style:italic">Métacortex</span>, les enfants non-nés n’échappent pas même à cette loi de la substitution expiatrice, comme les jumeaux hétérozygotes qui guident Verlande au cœur du diagramme et qui dévoilent à la fin du récit le lien qui les rattache à lui, dévoilant du même coup le sens de leur sacrifice.        <br />
       Sacrifice encore du père, Voerlandt, mort dans le «futur», errant dans les limbes, mais que le Métacortex, relié à l’infini intemporel, permet d’«incarner» à nouveau dans le réel, dans le présent, l’espace de quelques «nanosecondes», dix minutes du temps humain, le temps nécessaire pour accomplir son devoir et se racheter : «Il était damné, il était coupable, des innocents avaient payé pour lui, en quantité, il devait faire de tout ce qu’il avait été, en qualité d’“être humain”, l’instrument de la Justice divine, c’est-à-dire celui du sacrifice» (p.752)         <br />
              <br />
       Le lecteur nous permettra peut-être une petite digression. La réussite du roman doit beaucoup à l’apparition, dans la deuxième partie du roman, de la Métaforme, cette structure mystérieuse qui s'incorpore au protagoniste, Verlande, et qui le maintient dans un état hypercognitif. Elle permet de produire des interactions entre le passé, le présent et le futur. D’où l’intervention salvatrice finale de Voerlandt et de son escouade SS, ainsi que la ressuscitation de Voronine. S’agit-il de science fiction ? Maurice Dantec abolit les frontières entre les genres. Son roman réalise une manière de fusion entre polar, roman historique, où il excelle, et récit d’anticipation. Le lecteur est à peine dérouté, il est emporté par le courant de l’intrigue, jusqu’au final stupéfiant, à couper le souffle. L’invention de la Métaforme (ou Métacortex) offrait de nombreuses possibilités romanesques à l’écrivain. Il a su en tirer le meilleur, comme en témoignent les scènes si réussies du dénouement. La Métaforme nous place en outre devant une série d’énigmes touchant aussi bien à la métaphysique qu’à la théologie.        <br />
       Pour caractériser la science du Christ, pendant sa vie terrestre, certains thomistes comme Maritain ont eu recours à la distinction entre la science à «l’état de voie», soumise à un développement progressif, et celle à l’«état de consommation finale», enclose dans sa supraconscience divinisée et qui reste inaccessible à son entendement humain. Après la mort du Christ, écrit Maritain, «la science infuse, finie (et croissante) propre à l’état de voie a cédé la place à la science infuse à l’état de consommation finale qui allait s’exercer pleinement pour l’éternité». Cette distinction pourrait être appliquée aux facultés cognitives de Verlande qui n’accède que par «phases» au stade de la «cognition absolue» susceptible d’embrasser les différentes temporalités dont est faite la Création et de les faire converger en un point unique du présent. Sa «cognition immédiate est infinie mais elle ne peut encore fonctionner que par étapes successives […] À chaque fois la vision est complète mais elle ne peut être éclairée avec l’intensité maximale…» (p.671). Sa connaissance dès lors peut subir des retards, ce qui sera fatal à Voronine. La théologie nous enseigne l’impossibilité d’une science infinie dans un cerveau humain, soumis aux lois de la biologie. Dantec transpose cet enseignement de manière très convaincante dans son roman. Verlande, qui reçoit ses éclairs cognitifs du Métacortex, reste limité par sa «chair» qui l’oblige à avancer graduellement, avant d’atteindre à l’illumination totale, seule susceptible de décrypter le secret du diagramme. En approchant le cœur du souterrain, Verlande, écrit Dantec, «comprenait que l’illumination générale du diagramme était proche, elle était même en train probablement de se produire. Le retard était dû au fonctionnement biologique de ses cellules, la matière/énergie sombre contenait la lumière qui s’en libérait pour produire la chair, mais la chair ralentissait le flux phonotique, les décalages variaient, nanosecondes ou pleines journées, et son cerveau devait apprendre constamment à survivre avec le Métacortex, cette structure qu’il avait ingérée et dans laquelle pourtant il se mouvait à chaque instant» (p.669)          <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>La Chute de la Création (Métacortex II)</title>
   <pubDate>Thu, 04 Mar 2010 14:31:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
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      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/1922357-2639455.jpg?v=1289407160" alt="La Chute de la Création (Métacortex II)" title="La Chute de la Création (Métacortex II)" />
     </div>
     <div>
      Etant plus que métaphoriquement le microcosme, lorsque l’homme dégénère, tout l’univers inférieur dégénère avec lui. Cette dialectique anthropocosmique devient de plus en plus précise dans le roman de Maurice Dantec à mesure que s’y dessine le paysage monstrueux de la Chute. L’écrivain décrit jusqu’en ses ultimes conséquences les effets de la <a class="link" href="http://www.sombreval.com/La-Reversibilite-selon-Maurice-Dantec-Metacortex-I_a706.html">Réversibilité</a>. Le salut ou la perdition du monde dépend de celui que la Genèse nous présente comme le seigneur et maître de l’univers créé : l’homme, le <span style="font-style:italic">Pontifex</span> des Pères de l’Église, le <span style="font-style:italic">Microcosme</span> des penseurs antiques et médiévaux, le <span style="font-style:italic">kleine Gott der Welt</span> de Goethe, le petit dieu de ce monde. L’homme résume et, comme l’affirme Bossuet, «ramasse en lui-même l’univers» qui trouve en lui son épanouissement qualitatif : «L'homme a l'être avec les pierres, la vie avec les plantes, la sensation avec les animaux, l'intelligence avec les anges», dit saint Grégoire le Grand. Il n’est pas jusqu’à sa forme corporelle qui ne soit dotée d’une signification cosmique, révélatrice de sa noblesse.        <br />
       Au début de son roman, Dantec expose un postulat qui deviendra par la suite le leitmotiv de toutes ses descriptions de la nature, cette nature aliénée, soumise, <span style="font-style:italic">par la faute de l’homme</span>, au <span style="font-style:italic">vide</span>, comme dit saint Paul, au vertige du néant, à cette contre-attraction qui fuit le Bien, la Sagesse et qui l’assimile à la «Folie» des Saints Livres : «la Chute de l’Homme, écrit-il, est concomitante à celle de la Création», du fait de la symbiose qui les unit (p.25). Et puisque la Chute s’accélère, et que les temps nouveaux décrits par le romancier sont ceux de la grande tribulation apocalyptique, toute la nature se met à l’unisson de cette nouvelle phase de l’évolution humaine qui correspond en fait à une dévolution, annonciatrice des pires catastrophes.        <br />
       Verlande, le protagoniste de <span style="font-style:italic">Métacortex</span>, fait sienne l’antique conception de l’homme-microcosme et la relie aux catastrophes climatiques qui s’abattent sur le monde :        <br />
       « Si la Chute de l’Homme avait pu entraîner la dégradation de toute la Création, c’était pour une raison toute simple : le monde est foncièrement dépendant de l’Homme, ce <span style="font-style:italic">microcosme hypercentre</span>, parce qu’il le contient et que dans le même temps il est saisi par lui, c’est ainsi que l’univers, dans sa structure la plus intime, dépendait de son salut ou de sa perdition. Pour les hommes du Moyen-Âge, la seule période qui comptait vraiment dans le cœur de Verlande, &quot;microcosme&quot; ne signifiait nullement le monde de l’infiniment petit, tel que la modernité l’a finalement conçu. Le microcosme de la conception antique et médiévale, le &quot;petit cosmos&quot;, le &quot;petit Monde créé&quot;, c’est l’homme lui-même, non seulement <span style="font-style:italic">reflet</span> de la création, mais son <span style="font-style:italic">entéléchie</span>, ce par quoi l’univers venait à prendre forme et sens, de son principe premier à sa cause finale» (p.418).        <br />
              <br />
       La guerre comme forme de dévastation intégrale, inaugurée en 1939, et qui n’a jamais cessé depuis lors, malgré la fiction d’une paix devenue irréalisable, s’amplifie de tous les désastres naturels générés par le chaos humain : typhons dévastateurs, torrents en furie, éléments déchaînés, pareils à des fléaux vengeurs qui se retournent contre l’homme pour l’abattre. Alors que des cyclones en formation s’apprêtent à envahir les côtes américaines, Verlande se fait cette réflexion : «Sur ce territoire qui n’était au bout du compte qu’une variante fractale de la planète, la météorologie jouait son rôle. Si la Création avait chuté avec l’Homme, alors les cyclones en formation dans l’Atlantique Nord ne représentait qu’une forme amoindrie de leurs lointains générateurs […] ce qui se préparait ici, dans le Monde de la Chute, c’était un million de kilomètres carrés soumis à la loi des éléments de ce cosmos inverti, ce qui se préparait sur terre, c’était la violence si pure de la nature, la nature dénaturée par sa Chute, et par le propagateur de celle-ci, ce qui se préparait dans l’Océan, c’était la version météorologique de la catastrophe humaine générale» (p.420). L’écologie terrestre est aussi une manifestation de cette guerre généralisée qui ne s’est jamais interrompue et qui semble vouer le monde à ce que saint Paul assimile à une «perdition loin de la Face de Dieu» (2 Thess, 1:9). C'est là une des conclusions qu'impose le roman de Dantec.       <br />
       Albert Frank-Duquesne suggérait déjà dans son puissant <a class="link" href="http://www.sombreval.com/Cosmos-et-Gloire-Frank-Duquesne,-pref-Paul-Claudel_a681.html">Cosmos et Gloire</a> que les énergies pulsionnelles de l’homme, si elles ne sont pas canalisées par l’esprit dans les époques de grand désordre, loin de se concentrer en lui-même, rejaillissent au dehors et perturbent l’équilibre de la nature : «Nous sommes, écrit-il, persuadés que la nature physique, dont l’actuelle incohérence provoque plus que jamais des catastrophes dont souffre l’humanité tout entière, <span style="font-style:italic">suit</span> tout bonnement les fluctuations de l’antithéisme humain. Un vieux mythe rosicrucien veut que des correspondances secrètes existent entre le “feu” psychique et l’autre, matériel, de sorte qu’à toutes les époques du <span style="font-style:italic">Sturm und Drang</span> “dyonisiaque” le “feu central” tellurique réagisse en conséquence».        <br />
              <br />
       Maurice Dantec excelle dans la description de la Chute de la Création, corrélative à celle de l’homme.  Il s’inscrit dans cette lignée d’écrivains et de penseurs qui ont intégré à leurs réflexions la dimension cosmique du christianisme et dont la vision englobe tout à la fois l’homme et l’univers créé, unis dans un même destin.             <br />
              <br />
       La suite : <a class="link" href="http://www.sombreval.com/Innocence-et-culpabilite-Metacortex-III_a708.html">Innocence et culpabilité</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>La Réversibilité selon Maurice Dantec (Métacortex I)</title>
   <pubDate>Sun, 21 Feb 2010 19:02:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Livres]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
   « C'est dans la nuit que nous avons appris à combattre la nuit, à tuer durant la nuit, et, pour finir, à la tuer elle aussi. Nous sommes devenus prédateurs grâce à elle, nous sommes devenus les agents de la Réversibilité en son sein le plus ténébreux, elle nous a tout appris, maintenant nous allons lui montrer que nous avons bien retenu ses leçons. Si quelqu’un m’entend, où qu’il se trouve, qu’il sache que je me tiens aux avant-postes de la destruction de ce monde, retournement nécessaire à sa Restauration, c’est pourquoi je ne ferai rien pour l’empêcher. Mais je tuerai tous les fils de putes qui voudront éviter le glaive de la Justice, alors qu’ils auront commis tous ces crimes. Ce qu’ils ignorent, c’est qu’en les sacrifiant en ce monde, je les sauve peut-être de la damnation dans l’autre. Et c’est précisément mon rôle. Mon rôle de dernier flic » (p.807).     <div><b>Miséricorde</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/1897628-2600724.jpg?v=1289407160" alt="La Réversibilité selon Maurice Dantec (Métacortex I)" title="La Réversibilité selon Maurice Dantec (Métacortex I)" />
     </div>
     <div>
      Le lecteur attentif aura sans doute constaté que le dernier opus de Maurice Dantec, <span style="font-style:italic">Métacortex</span>, sorti ce mois-ci, abonde en références à la <a class="link" href="http://www.sombreval.com/Recension-sur-La-reversibilite_a692.html">Réversibilité</a>. Ce thème est en effet indissociable de la représentation de la Chute qui, dans la pensée de Joseph de Maistre, ne cesse de se perpétuer. La notion de «péché originel continué» fonde en quelque sorte la perpétuité de la Réversibilité en vertu de laquelle les innocents expient pour les coupables. Dantec, dans son roman, nous décrit un monde confronté à une seconde Chute : celui de la catastrophe généralisée et qui semble voué à la perdition. Toute la société est livrée au chaos, la perversion se propage et fait exploser toutes les barrières de la légalité. La nature est défigurée par tous les instruments qu’offrent la science et la technique à l’humanité nouvelle, cette humanité soumise à «l’esclavage de la vanité» selon les mots de saint Paul, affranchie de Dieu et de sa Loi. Les manipulations, les expérimentations génétiques donnent naissance à une nature artificielle, qui s'amalgame à la naturelle, réduite à l’état sauvage. Ce qui se préfigure alors, c'est une «Création de troisième espèce» (p.331), une anti-Création portant les séquelles de la dégradation humaine.       <br />
              <br />
       La Cité reste protégée de l’empire du mal grâce au Cube, le QG de la Sûreté qui figure la Justice. Dantec ne remet pas en question les mécanismes de la réversibilité, qui, de prime abord, peuvent choquer la raison. Il ne reprend pas même à son compte la critique récurrente qui consiste à dénier le caractère réversible des souffrances non voulues et subies. Il accepte telle quelle la doctrine maistrienne, comme en témoigne ce passage où l’écrivain explicite la nature de cette réversibilité (p.108) : «Selon Joseph de Maistre, un des auteurs maîtres de sa bibliothèque personnelle, “les innocents paient pour les coupables”, et c’est précisément cette réversibilité qui vient donner un sens à l’iniquité de ce monde. En effet, en payant pour les coupables, <span style="font-style:italic">chaque</span> innocent est une réfraction temporelle du Christ, chaque innocent, <span style="font-style:italic">même s’il n’est pas un saint</span>, est oint par la terrible et magnifique justice divine, celle où la Miséricorde est aussi infinie que le Châtiment et, par son sacrifice, il permet au coupable d’accéder à la Rédemption, geste de don total qui n’est pas particulièrement voulu. Chaque innocent <span style="font-style:italic">satisfait</span> pour le coupable».        <br />
       Cette conception de la Réversibilité, le personnage principal, le lieutenant Paul Verlande l’a reçue de son père, ancien Waffen SS qui a combattu les forces alliées pendant la Seconde Guerre mondiale. Autant dire que cette Réversibilité, cet ancien soldat d’élite qui a assisté aux pires atrocités et qui a dû les infliger, l’a éprouvée dans son âme et dans chair : «La théologie du Père Verlande lui avait été inspirée par ses lectures, certes, mais il en avait expérimenté la chimie terrestre, au plus près, dans le laboratoire même où elle se fabriquait, à la chaîne, telle une industrie terminatrice».        <br />
       Plus loin encore, l’écrivain relate des épisodes de la campagne de Russie où les hommes, bien qu’obéissant à des forces aveugles de destruction, accomplissent à leur insu une loi salvifique supérieure attestant la Miséricorde infinie de Dieu : «Sur le front de l’Est les SS tuaient systématiquement et immédiatement tous les soldats russes ; les soldats russes tuaient systématiquement et immédiatement les SS. Le diable lui-même ne pouvait échapper à la force mystérieuse de la réversibilité, lui-même finissait par tomber dans le piège qu’il avait conçu, c’était par sa folie meurtrière même que l’homme défaisait celui qui l’avait jeté dans la fosse sanglante». Dantec est ici proche de Maistre pour qui le déchaînement de la violence, transmuée en force sacrificielle lorsque culmine l'horreur de la guerre, se tourne contre le principe même du mal, du fait de la Réversibilité. Le Père Verlande, presque centenaire, fait d’ailleurs cette confession à son fils : «Mon châtiment aura été non seulement de ne pas mourir sur le champ de bataille, mais de vivre presque un siècle. Comprends la terrible réversion de la Justice divine : parce que je suis coupable, je reçois la vie, parce que j’ai donné la mort, j’ai droit à l’existence terrestre et à toutes ses richesses».        <br />
              <br />
       Le monde que dépeint Dantec, c’est celui de la Chute où, écrit-il, «paradoxalement la Réversibilité ne cesse d’agir dans le visible et l’invisible» (p.284). C’est pourquoi l’idée de sacrifice occupe une telle place dans son roman, et, partant, celle de réversibilité. Dans ce monde déchu, la joie même obéit à la loi de la compensation. Elle se paie d’une façon ou d’une autre (p.141), et d’abord par les souffrances de l’innocent. La réversion du sacrifice est continue car la culpabilité des hommes prend justement racine dans leur insouciance, leur inconscience, et disons-le, leur médiocrité. C’est ainsi, écrit-il avec justesse, que «certains criminels sont moins coupables que les hommes qui se destinent à cette occupation diabolique de vivre dans l’ignorance, la vanité, l’iniquité, la trahison, l’arrogance, la corruption, toutes ces micro-abominations commises au quotidien par l’homme moyen d’aujourd’hui, celui pour lequel, précisément, les innocents doivent être sacrifiés».        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Châtiment</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/1897628-2600725.jpg?v=1289407160" alt="La Réversibilité selon Maurice Dantec (Métacortex I)" title="La Réversibilité selon Maurice Dantec (Métacortex I)" />
     </div>
     <div>
      À plusieurs reprises, le personnage se présente comme un «agent du sacrifice», de la «sainte Réversibilité». C’est un «flic» au service de la justice, de cette justice divine qui dispense la Miséricorde et le Châtiment. Il doit donc mettre hors d’état de nuire les êtres pervers et malfaisants qui tirent jouissance de la destruction de l’innocence et qui, par leurs abominations, «perpétuent, à l’échelle purement terrestre, la Crucifixion du Christ» (p.168). C’est ainsi qu’«envoyer un coupable derrière les barreaux pour la vie est un acte de foi envers cette justice, car ici-bas, c’est à son innocence dévoyée que le criminel sera, pour le restant de ses jours, confronté chaque seconde. L’innocent paie pour que le criminel reçoive. Sur cette planète, ce sont les flics, soit un type d’hommes plus impitoyables encore que les criminels, qui sont les porteurs de cette promesse, ce sont les flics qui offrent le don sublime de la Cage perpétuelle».        <br />
       Nous pourrions prendre un exemple dans l’actualité pour illustrer cette conception. Nous avons appris que Jean-Pierre Kleiber s’est suicidé dans sa cellule de Fleury-Mérogis. Qu’est ce qui l’a poussé à mettre fin à ses jours ? Certainement le refus de porter le poids de son crime. «J'en ai marre d'être pris pour un assassin et privé de ceux qui me sont chers» a-t-il noté dans son mot d’adieu. La police a joué son rôle, mais, on le voit, l’organisation pénitentiaire a failli. La fréquence des suicides dans les prisons françaises témoigne d’une défaillance de la justice des hommes, au sens fort que lui donne Dantec, elle qui devrait être le miroir de la justice de Dieu.        <br />
              <br />
       Verlande encore, quelques pages plus loin, explique à Voronine que c’est justement parce que Dieu souffre avec les victimes que l’application du châtiment doit être implacable : «Comprends juste que la Justice est émue avant même que le crime soit perpétré, elle saigne avant même que le couteau s’enfonce dans les chairs, elle pleure alors que le père ouvre la porte de sa  chambre pour violer sa propre fille, elle hurle bien longtemps avant que le fer à souder s’approche des organes génitaux de l’homme attaché sur une chaise. C’est pour cela qu’elle ne laisse pas la moindre chance à ceux qui lui ont fait vivre le sort de chacune de leurs victimes. Sa divinité la rendra bien plus glaciale encore que celle dont les enfants de putain auront fait preuve, c’est cela la réversibilité infinie de Dieu».       <br />
              <br />
              <br />
       À suivre : <a class="link" href="http://www.sombreval.com/La-Chute-de-la-Creation-Metacortex-II_a707.html">La Chute de la Création</a>       <br />
               <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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