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  <title>Sombreval</title>
  <description><![CDATA[Sombreval.com est un webzine catholique. Ses domaines de prédilection sont l’exégèse biblique, la littérature et la théologie.]]></description>
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   <title>Etre Juif et Chrétien (lettre de Frank-Duquesne à Scholem)</title>
   <pubDate>Sat, 04 Apr 2026 16:06:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Articles]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/95833725-66912411.jpg?v=1775377311" alt="Etre Juif et Chrétien (lettre de Frank-Duquesne à Scholem)" title="Etre Juif et Chrétien (lettre de Frank-Duquesne à Scholem)" />
     </div>
     <div>
      Parmi les documents retrouvés par Luis Cruz, figure une partie de la correspondance de Frank-Duquesne. Luis a pu acquérir en particulier la correspondance de l'écrivain avec Gershom Scholem, conservée à la Bibliothèque nationale d'Israël, à Jérusalem. Dans sa première lettre, peu amène, Scholem réagit aux quelques mots de la dédicace du livre que lui a adressé Frank-Duquesne en novembre 1951. Il écrit : «N’étant pas touché par la grâce, il ne m’est pas donné de comprendre votre témoignage chrétien et catholique. Vous n’êtes pas le premier des juifs renégats qui m’a assuré qu’il “est de plus en plus juif à mesure qu’il devient plus chrétien”». S’ensuit un échange de lettres courtois où la question juive occupe une place prépondérante. Dans une lettre datant du 15 février 1952, écrite en anglais, et dont je propose ci-dessous la traduction, Frank-Duquesne se justifie devant Scholem car celui-ci lui demande à nouveau : «Pourquoi vous dites-vous Juif si vous utilisez la terminologie catholique ?».        <br />
       Vous pouvez consulter cette lettre manuscrite dans sa version originale anglaise en <a class="link" href="https://www.sombreval.com/docs/Lettre%20AFD-Scholem.pdf">cliquant ici</a>.       <br />
       J’ai corrigé dans ma traduction les quelques coquilles sur les noms et ajouté quelques notes d’éclairage. Bonne lecture.        <br />
              <br />
       Cher Professeur Scholem,        <br />
              <br />
       Votre aimable lettre du 7 janvier, que j'ai lue avec une grande attention, fut une lecture très agréable. Elle règle ce léger différend entre nous. Il ne reste qu'un seul point à éclaircir : pourquoi devrais-je me dire juif ? En effet, pendant les cinquante et un ans de ma vie, je me suis considéré comme non-juif, c'est-à-dire comme chrétien et comme Belge. Or, un Belge peut appartenir à un groupe ethnique ou à un autre : il peut être Flamand, Wallon, Picard ou Rhénan. Pourquoi pas Juif ? Après tout, c'est ce qu'écrivait déjà Gustave Hervé en 1915 : «La nation française se compose de Bretons, de Flamands, de Provençaux, de Basques, d'Alsaciens, etc., et de Juifs». Le sionisme semble considérer que l'appartenance ethnique doit nécessairement coïncider avec le statut national. Pour ma part, ma famille juive se composait, du côté paternel, de personnalités excentriques et erratiques, descendants directs de Jacob Frank, et, du côté maternel, de la famille d'Heinrich Heine, mais d'une branche éloignée, des spécimens les plus nauséabonds d'une certaine petite bourgeoisie juive : alliant lâcheté et absence totale de retenue (verecundia), comme le dit Schopenhauer (1). Vous comprendrez donc que, dès l'âge de dix ans, je ne me considérais pas comme juif.       <br />
       Bien plus tard, lorsque l'évolution de ma conception du monde m'a ramené – à travers le labyrinthe de la philosophie védantique, du gnosticisme alexandrin et des mystiques médiévaux (principalement ceux de Rhénanie) – à la foi chrétienne de mes débuts, j'ai exploré les Évangiles pour parvenir à une compréhension plus juste et plus complète du christianisme, éclairée par une vision authentique de l'Ancien Testament. L'un des meilleurs ouvrages que j'ai lus sur ce sujet est <span style="font-style:italic">Le Trône de David</span> d'Hebert (2). Hebert est un prêtre anglican, mais son nom a une consonance juive.       <br />
       Je n'ai eu aucun contact personnel avec des Juifs jusqu'en 1941, année où je me suis retrouvé dans un camp de concentration allemand, parmi eux, et comme l'un des leurs. Les cinq dernières années, j'avais lu Levertoff et Edersheim, que vous détestez sans doute, mais aussi Philon, Maïmonide, presque tous les traités kabbalistiques, et j'étais très intéressé par les analogies pour le moins étranges entre certains éléments de la théologie mystique franciscaine du Moyen Âge (par exemple, les attributs «auto-subsistants» de Dieu), certains principes de la spiritualité byzantine (par exemple, la doctrine des énergies divines, les voies ascétiques propres aux moines athonites), et les spéculations juives sur la Merkaba et les Sephiroth.        <br />
       À l’instar de plusieurs de mes amis, qui étaient des prêtres catholiques romains, très souvent adeptes de la doctrine de Scheeben sur les mystères, ou des conceptions prophétiques d’Odon Casel sur le sacramentalisme, j’ai trouvé dans le Nouveau Testament et dans la vie de l’Église – telle qu’elle est exprimée de la manière la plus adéquate par les Pères – un épanouissement d<span style="font-style:italic">’idées</span> (le mot étant compris au sens où l’entendait Newman) dont on peut trouver le germe dans la Loi lévitique. C'est déjà le point de vue adopté dans l'Épître aux Hébreux, si souvent très proche de la théologie de Philon. Ma propre pensée est fortement imprégnée de cette Épître.         <br />
              <br />
       Lorsque je me suis joint à une foule de Juifs dans le camp de Breendonk, j'ai été immédiatement et violemment attaqué, non pas par la simple base de ces pauvres diables, mais par quelques rabbins et plusieurs laïcs très pieux, observateurs du Talmud.  L’un de ces derniers refusait la nourriture du camp parce qu’elle n’était pas casher, à tel point que même les autorités nazies ont exprimé leur admiration pour cet homme. Mais, ayant pour tâche de balayer certaines parties du camp, il pouvait voler des pommes de terre dans la cuisine pendant que nous cassions des pierres. La nuit, il les cuisait sur le poêle ; comme, pendant la journée, les SS inspectaient les chambres à la recherche d’objets tels que des pommes de terre volées, notre ami talmudiste cachait jusqu’à la nuit ses pommes de terre sous le matelas de son compagnon ; ainsi, si les SS les découvraient, ce n’était pas lui qui serait puni, mais l’autre type ! Un dimanche après-midi, ces gens très pieux discutaient de l’«homme du péché» de Daniel, et m’ont soudain demandé si, d’après mes calculs, son heure était venue. Je répondis que, comme le dit l’Évangile selon Marc, personne ne pouvait connaître l’heure : ni homme, ni ange, ni même le Fils… Je pensais que les rabbins connaîtraient le Fils selon la conception de Philon, la Parole de Dieu. Mais une explosion de fureur inattendue se produisit : «<span style="font-style:italic">Votre</span> dieu a-t-il couché avec une prostituée pour avoir un fils ?» Deux d'entre eux écumaient de rage. J’ai essayé avec beaucoup de patience de commenter Philon et la Kabbale. Mais cela ne faisait, à leurs yeux, qu’aggraver ma situation ! J’étais abasourdi : comment des gens qui souffraient avec moi depuis des mois pouvaient-ils se laisser aller à une telle frénésie ? Ce que dit l’Évangile de Jean au sujet de la discussion entre le Christ et les pharisiens qui «grinçaient des dents», m’est soudain apparu, non plus comme un passé obsolète, mais comme un fait toujours vivant et présent. Le pieux abstinent de nourriture non casher était le plus excité ; il ne cessait de crier à propos de «mon dieu»; ce à quoi je lui ai finalement rétorqué : «Et <span style="font-style:italic">ton</span> Dieu alors, puisque, selon toi, nous avons chacun notre propre dieu ? <span style="font-style:italic">Mon</span> dieu me permet de manger la nourriture du camp, mais m’interdit de cacher des pommes de terre volées dans le lit d’autrui ; <span style="font-style:italic">ton</span> dieu t’interdit d’avaler la soupe commune, mais te permet de cacher des pommes de terre volées sous le matelas d’un autre, afin qu’il reçoive les coups de baguette à ta place !» Après cette rencontre, un pauvre vieux boucher casher vint me voir et me dit : «Je ne suis pas érudit comme ces rabbins, et, bien que j’aime Dieu, je n’ai pas le courage de refuser la nourriture commune. Mais je sais reconnaître un homme qui aime Dieu quand j’en vois un, et je vous serais très reconnaissant si vous vouliez bien me serrer la main». Ce que je fis, en répondant : «Vous n’êtes pas loin du Royaume de Dieu» (3).  L’homme ne savait pas que je citais à nouveau l’Évangile, et s’il l’avait su, cela ne l’aurait pas dérangé. Il fut plus tard gazé, réduit en cendres et très probablement transformé scientifiquement en savon ou en engrais.        <br />
       Cette même nuit, l'un des rabbins, Gottesmann, d’origine viennoise, qui dormait près de moi, s'excusa de son comportement : «C'était dû, dit-il, à mon incapacité à résister à la douleur». Je lui suggérai qu’il existe une alchimie de la douleur : «Acceptez-la et faites-en un encens odorant devant Dieu, vous permettant de plaider la cause de votre peuple et, plus encore, la cause du monde entier devant le Trône. Souffrir pour Dieu peut devenir une joie divinisante». Alors le pauvre jeune Gottesmann rétorqua : «Je vois ce que vous voulez dire, et mon esprit suit le fil de votre pensée. Mais mon <span style="font-style:italic">être</span>, en tant que tel, ne peut pas ressentir, ne peut pas sympathiser avec vous, car je suis juif. La souffrance subie pour autrui  (vicarious pain) n’appartient pas à notre monde de pensée. C’est ce qui sépare principalement Israël du christianisme».        <br />
       Ce fut mon seul contact personnel avec des Juifs en cinquante-six ans. Cela ne m’a pas fait de mal ni rendu amer. Mais cela m'a révélé l'abîme indéniable qui sépare le judaïsme traditionnel de la pensée chrétienne.       <br />
       Il existe, bien sûr, des exceptions, comme Soloveitchik, Montefiore et, dans l'Antiquité, les Caraïtes.       <br />
       J'en ai déduit que le judaïsme «traditionnel» est le judaïsme proprement dit, desséché, rationalisé, réduit au rang de «religion naturelle». Cette conception a été confirmée par la lecture de brochures publiées par les plus hautes autorités juives de France. La profonde perspicacité spirituelle et l'expérience mystique que je trouvais exprimées dans le Midrash et le Targoum ont disparu du judaïsme contemporain. Je les retrouve dans la liturgie de l'Église d'Orient, ainsi que dans les écrits de Pères tels que Clément d'Alexandrie, Origène, Grégoire de Nysse, Éphrem le Syrien, etc. J'ai découvert ces dix dernières années les trésors surnaturels de la religion biblique. Ils m'ont fait me sentir proche du Psalmiste David, contemporain d'Isaïe. À l'instar du pape Pie IX, je suis tenté de m'exclamer : «<span style="font-style:italic">Et ego filius Abrahae!</span>». Avec le pape Pie XI, je voudrais affirmer : «Spirituellement, je suis un Sémite». J'irai même plus loin : je ressens de plus en plus que, si j'avais vécu au temps du Christ, j'aurais été l'un de ces «Juifs sans astuce» (guileless), selon l'expression même de Jésus, qui ont rejoint le petit groupe apostolique (4).       <br />
       J’enviais ces deux pauvres hommes, descendants ultimes de la lignée davidique et parents du Christ, que Domitien avait fait venir à Rome, mais qui furent renvoyés en Palestine à cause de leurs mains rugueuses de paysans (5). J’ai découvert que je ne suis pas seulement un compagnon de pensée de Jésus, ni un simple «membre du Corps mystique du Christ», mais un parent du Christ historique, selon la chair et le sang. En d’autres termes, j’ai découvert mon ascendance juive, mais cela m’a rendu doublement chrétien. Pour moi, être juif signifie avoir dans les veines le même sang que le Christ. Et, si je ne me trompe pas, l’<span style="font-style:italic">Encyclopédie juive</span>, que j’ai lue avant 1914, ainsi que son successeur actuel, ne considèrent pas Jésus comme une cause de honte pour la nation juive pour l’avoir mis au monde.        <br />
       Un de mes livres, <span style="font-style:italic">Via Crucis</span>, qui paraîtra cette année, aura pour sous-titre «Un Juif devant la Croix». Cela signifie ceci : ce rabbin, reconnaissant son incapacité à comprendre et à accepter la Croix, ne faisait que suivre les traces de ces Juifs contre lesquels des prophètes comme Jérémie et le second Isaïe durent lutter, et de ceux qui, vingt siècles plus tôt, furent profondément choqués par l’idée d’un Messie «pendu au bois», comme le dit le Deutéronome. Comment un homme – c’est-à-dire, pour moi, un homme vivant ou essayant de vivre dans l’atmosphère de la Bible juive – non seulement par choix intellectuel et donc conventionnel, mais parce que l’esprit de cette Bible est ethniquement en harmonie avec tout son être – comment un tel homme peut-il trouver le chemin de la compréhension et de l’acceptation de la Croix ? Un tel parcours est-il possible, et, s’il l’est, en quoi consiste-t-il ?        <br />
              <br />
       Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai intitulé ce nouveau livre : «Un Juif devant la Croix». On me dit que la nouvelle patrie juive invite toute personne ayant du sang juif à rejoindre le peuple en Palestine, quelles que soient sa nationalité antérieure, ses convictions politiques, sa situation sociale, sa profession <span style="font-style:italic">ou sa religion</span>. Votre propre gouvernement adhère à l’idée que des citoyens juifs puissent appartenir à la religion chrétienne ; pourtant, votre lettre laisse transparaître un étonnement surprenant face à mon idée saugrenue qu’un homme puisse être à la fois juif et chrétien. En réalité, votre point de vue est plus fidèle à l’attitude traditionnelle de la communauté juive envers le christianisme que celui de votre gouvernement. La position de ce dernier correspond à des principes démocratiques abstraits et à la logique particulière de ces principes ; tandis que la vôtre exprime toute une série de réactions instinctives aussi anciennes que les «bénédictions» antichrétiennes du <span style="font-style:italic">Shemoneh esrei</span> (j’aime à appeler cette malédiction une «bénédiction»).        <br />
       Mais pour moi, la principale occupation de l’esprit n’est pas de juger – «Ne jugez pas», dit Jésus –, mais de comprendre. Et j’espère, et je crois, que je vous comprends, même lorsque vous ne me comprenez pas. Il est très facile de comprendre la compréhension ; mais comprendre l’incompréhension exige une capacité et une volonté de sortir de soi-même (c’est là aussi un aspect de l’Exode). Je serais heureux si cette lettre vous apparaissait sous un jour irénique (6). Je l’ai écrite en anglais car j’ai des raisons de croire que votre langue principale, après l’hébreu, est l’anglais du roi, ou plutôt celui du président. Je vous prie d’agréer, cher professeur, l’expression de mes sentiments les plus sincères.       <br />
              <br />
       1) Dans une lettre postérieure, écrite en allemand, et toujours adressée à Scholem, Frank-Duquesne apporte ces précisions : «Ma grand-mère, Caroline Heine, était la fille d'un des oncles du poète Heinrich Heine. À présent, en ce qui concerne Jakob Frank, la Gestapo a volé tous mes papiers familiaux en 1941. Les descendants de mon oncle furent assassinés en Hollande pendant la guerre. Je suis le dernier survivant. Autant que je me souvienne, le plus jeune fils de Yankel Leibowitz est allé s'installer en Westphalie. Son fils aîné, revenu au judaïsme, devait quitter le pays et revint au nord-est de la Hollande. Ce petit-fils de Jacob Frank était mon propre grand-père et, autant que je sache - selon la description de mon père (j'avais alors entre six et huit ans) - Salomon Frank appartenait au hassidisme. C'est mon père qui se fit baptiser en 1864».       <br />
       A propos du terme <span style="font-style:italic">verecundia</span> qui a aussi le sens de pudeur, de modestie, Schopenhauer note dans <span style="font-style:italic">Ethique, droit et politique</span> : «Les défauts connus des Juifs, inhérents à leur caractère national, sont peut-être surtout imputables à la longue et injuste oppression qu'ils ont subie. (De ces défauts, le plus apparent est l'absence étonnante de tout ce qu'on entend par le mot verecundia, et cette lacune sert plus dans le monde que peut-être une qualité positive)».       <br />
       2) Gabriel Hebert, <span style="font-style:italic">The throne of David, a study of the fulfilment of the Old Testament in Jesus Christ and His church</span>, 1941.       <br />
       3) Cf. Marc, 12:34.       <br />
       4) Cf. Jean, 1:47.       <br />
       5) Les chrétiens un moment tranquilles sous les règnes de Vespasien et de Titus, furent de nouveau persécutés par l’empereur Domitien (empereur de 81 à 96). Hégésippe raconte qu’en l'an 93 on dénonça à Domitien deux descendants de David, petit-fils d'un Judas qui était cousin germain de Jésus-Christ. Ils furent conduits à Rome et jugés en la présence impériale. Or, ces Juifs étaient chrétiens; ils confessèrent qu'ils descendaient du roi David ; qu’à eux deux ils n’avaient qu’un bien de neuf mille deniers ; c’était la valeur d’une terre de trente-neuf plèthres, dont les revenus les nourrissaient, à condition qu’ils la cultivent eux-mêmes. Ces fils de rois montrèrent au fils de Vespasien leurs mains calleuses. Interrogés sur le Christ et sur sa royauté, ils répondirent qu’elle n’était pas terrestre, mais céleste et divine. Là-dessus, Domitien ne les condamna pas, mais, les méprisant comme de petites gens, les laissa partir libres.        <br />
       6) C'est-à-dire sans esprit partisan ni polémique.        <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>Sur la cohabitation des deux formes du rite romain</title>
   <pubDate>Mon, 09 Sep 2024 15:06:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
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      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/82683435-59272996.jpg?v=1725889651" alt="Sur la cohabitation des deux formes du rite romain" title="Sur la cohabitation des deux formes du rite romain" />
     </div>
     <div>
      Bien avant la publication en 2007 du <span style="font-style:italic">Summorum Pontificum</span> de Benoit XVI, prévoyant l’introduction d’une «forme extraordinaire» à côté de la «forme ordinaire» dans le même rite romain latin, des intellectuels catholiques de premier plan ont plaidé pour la coexistence des deux usages, du <span style="font-style:italic">vetus ordo</span> et du <span style="font-style:italic">novus ordo</span>. Jean Guitton, par exemple, a bien défini la spécificité de la messe catholique :        <br />
       «L’Eucharistie catholique, écrit-il dans un ouvrage publié en 1986, a deux caractères qui semblent s’opposer, mais qui se complètent en une véritable structure. L’Eucharistie est d’abord un sacrifice, qui réitère le sacrifice de Jésus-Christ. L’Eucharistie est aussi un sacrement, où sont proposés aux fidèles réunis en un repas mystique les fruits de ce sacrifice». Selon lui, la liturgie conciliaire a voulu illustrer davantage le sacrement. Or, comme il le note, «le sacrement est la conséquence du sacrifice» (1).        <br />
       Les considérations qui suivent mettent en relief les problèmes de structure de la nouvelle messe. Par <span style="font-style:italic">structure</span>, Guitton entend «l’ordre, la hiérarchie, la proportion des parties». Il constate que la liturgie de la Parole occupe maintenant la meilleure part du temps, restreignant la place dévolue à la liturgie du Sacrifice. La prière universelle vient à peine d’être prononcée que déjà, note-t-il, «la machine nerveuse» se lasse. L’attention se relâche, «prêtres et fidèles se hâtent». Et cela, alors que vient «l’instant sublime, l’Heure pleine de mystère à jamais, où l’Événement singulier, &quot;fait une fois pour toutes&quot;, se reproduit pour la foi mystérieusement». Il conclut par ces mots : «Je ne mets pas au même niveau et sur le même plan la liturgie de la Parole et la liturgie du Sacrifice. Entre ces deux essentiels, le second est à mes yeux plus essentiel. Le premier annonce le second. Le lumineux introduit au numineux. Et dans le numineux seul se cache et se manifeste l’essence, qui est le mystère de la foi, le <span style="font-style:italic">mysterium fidei</span>».        <br />
       Pour maintenir la foi dans le sacrifice, il jugeait nécessaire que les deux rites puissent cohabiter : «Si l’ancienne liturgie insistait sur le sacrifice consommé sur un autel par un prêtre dont on ne voyait pas le visage ; si la nouvelle liturgie insiste sur le sacrement et sur le partage (étant ainsi plus proche de la Cène) ; si les fidèles peuvent voir le visage du prêtre, tourné vers eux ; s’il n’y a pas d’incompatibilité entre ces deux usages, ni progrès de l’un sur l’autre mais, au contraire, complément et harmonie, pourquoi n’est-il pas possible de permettre les deux rites ? Cela pour une raison profonde, qui touche à la foi du peuple».       <br />
              <br />
       (1) Jean Guitton, <span style="font-style:italic">Silence sur l’essentiel</span>, Desclée de Brouwer, 1986, p. 35-38. J’espère publier prochainement un ouvrage inédit d’Albert Frank-Duquesne, non publié de son vivant et dont ne reste qu’un tapuscrit, miraculeusement retrouvé par un jeune Mexicain, Luis Cruz, dans les archives d’un des correspondants de l’écrivain. Intitulé <span style="font-style:italic">La Messe éternelle</span> (sous titre : <span style="font-style:italic">La Croix, l'Eucharistie et le Sacrifice du Verbe «avant la création du monde</span>»), il est divisé en deux sections qui correspondent aux deux parties de la messe décrites par Guitton. La première (d’un intérêt exceptionnel) porte sur «l’eucharistie sacrifice» et le sacrifice éternel du Verbe, fondement de la Liturgie céleste, la seconde sur «l’eucharistie communion». La partie sur l’eucharistie-sacrifice s’achève par ces lignes qui prouvent, s’il en était besoin, que la crise de la liturgie ne date pas du Concile :         <br />
       «Messe du Verbe, Messe éternelle, continuée sur terre par le Christ au Calvaire, par l’Église – qui est &quot;Jésus-Christ répandu et communiqué&quot; (Bossuet) – chaque fois que le Pain et le Vin consacrés sont offerts à Dieu. Mais il n’y a qu’un seul et même Sacrifice, qu’une éternelle Agape. Et peut-être est-ce là ce qu’entendait Jean-Baptiste Vianney, curé d’Ars, lorsqu’il murmurait : &quot;Si l’on savait ce que c’est que la Messe, on mourrait&quot;. Aussi, dans trop d’églises, des ouailles scandalisées, au sens évangélique du terme, se demandent-elles à quoi riment ces Messes confidentielles, hâtivement marmottées, télescopées, supersoniques, et dans une atmosphère de désinvolture faite pour enlever à tout incroyant entré par hasard dans un sanctuaire le désir d’y remettre les pieds… C’est pourquoi, sur le plan de la vie divine, surnaturelle, &quot;il y a parmi nous beaucoup de gens débiles et malades, voire un grand nombre de morts&quot; (1 Cor, 11:30)».          <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Jésus est-il le fils prodigue ? (Luc, 15:11-32)</title>
   <pubDate>Sun, 21 Apr 2024 16:24:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
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      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/79683609-57664930.jpg?v=1713712520" alt="Jésus est-il le fils prodigue ? (Luc, 15:11-32)" title="Jésus est-il le fils prodigue ? (Luc, 15:11-32)" />
     </div>
     <div>
      Je sais que vous vous posez la question depuis longtemps. Voici la réponse.        <br />
       Dans plusieurs livres de Frank-Duquesne, les références au fils prodigue sont souvent marquées par la majuscule. Le Fils prodigue, peut-on lire dans plusieurs passages. L’écrivain souligne ainsi l’identification de Jésus à la figure bien connue de la parabole. L’interprétation exclusivement christologique de Luc 15:11-32 a pourtant peu d’appui dans la tradition. Comme le souligne l’abbé Camille Rey, prêtre de la Communauté Saint-Martin, dans une <a class="link" href="https://www.communautesaintmartin.org/wp-content/uploads/2020/10/CH7-Il-e%CC%81tait-mort-et-il-est-revenu-a%CC%80-la-vie.pdf">étude</a> remarquable à laquelle je renvoie le lecteur, «on interprète habituellement cette parabole dans un sens moral individuel» (1). Il ajoute ces précisions : «L’identification éventuelle du fils prodigue avec le Christ semble plus difficile à établir et nous paraît choquante, puisqu’on ne voit pas comment une figure d’homme pécheur pourrait être associée au Fils de Dieu nécessairement sans péché (…) Les commentateurs ont quand même développé la portée symbolique de la parabole, mais en voyant plutôt le Christ derrière le fils aîné, le père, ou l’un des serviteurs, ou bien encore en reconnaissant, dans les deux fils, des figures d’entités collectives. Mais le chemin d’éloignement puis de conversion du fils cadet nous paraît spontanément incompatible avec la figure du Christ prise individuellement».        <br />
       Se référant à l’Ecriture sainte, il répond aux différentes objections qu’une telle exégèse ne peut manquer de soulever. Selon lui, il est légitime de reconnaître derrière le fils prodigue «le visage et l’itinéraire mystique de Jésus de Nazareth qui s’est comme dépeint lui-même à travers cet enfant». La Tradition ne voit-elle pas en Luc un «peintre» au sens propre comme au figuré ? Comme l’affirme l’abbé, «derrière cette parabole représentant, comme une fresque, l’itinéraire du retour de l’homme vers Dieu, n’est-ce pas le visage du Christ que Luc a aussi voulu dépeindre ? Ce &quot;fils perdu et retrouvé&quot; semble être l’humanité en général et aussi chacun de nous, mais n’est-ce pas également Jésus de Nazareth en particulier, le Christ mort et ressuscité pour les pécheurs ? Comme certains peintres se représentaient eux-mêmes, quelque part, dans leurs œuvres, Jésus s’est dépeint probablement lui-même aussi, de manière voilée, dans cette parabole… et peut-être également dans beaucoup d’autres».        <br />
       Reste à préciser l’identité du frère aîné. Parmi ses hypothèses, je retiens celle-ci qui va dans le sens de la lecture de Frank-Duquesne pour qui, «dans l'hypostatique unité du Christ, le Cadet et l'Aîné ne font qu'un seul et même Fils» (<span style="font-style:italic">Via Crucis</span>, p. 223). Pour Camille Rey, la déclaration du père : «tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi» (Luc, 15:31) justifie qu’on puisse «reconnaître dans le fils aîné le Fils de Dieu en tant qu’il est demeuré éternellement dans la gloire de son Père». Il apporte cette explication éclairante : «Puisque le Christ n’a pas perdu sa nature divine en s’incarnant, il y a, en lui, comme deux personnages coexistant, selon ses deux natures, divine et humaine. Cela revient, d’une certaine manière, à distinguer dans le Christ à la fois le juge et l’avocat des hommes dont il s’est fait le frère. Le fils cadet représenterait le Christ solidaire de l’humanité et le fils aîné son Juge eschatologique. Le retour du fils cadet dans la maison du père s’apparente à celui du Christ dans la gloire céleste qu’il n’a pas cessé de partager de toute éternité».       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Exegèse de Frank-Duquesne</b></div>
     <div>
      Dans un texte sur le signe de la croix (bientôt publié sur le site), Frank-Duquesne souligne cette double identification suggérée par la parabole. En quelques lignes denses et superbes se déploie la fresque tout entière centrée sur le Christ dont parle le père Rey dans son étude :        <br />
              <br />
       « (…) Infiniment riche, le Christ ne cesse à tout jamais de Se dépouiller pour nous, et cet infiniment riche Se fait tout au long de l'Histoire infiniment pauvre à notre profit. Ce fils prodigue de Son amour, de cette mystérieuse «substance» qui pourrait bien être la Sagesse divine ou l'Esprit-Saint (Luc, 15:13), c'est parmi Ses compagnons, Ses «amis», qu'Il dissipe tout Son Bien ; de sorte qu'Il finit par convoiter «les carouges que mangent les pourceaux, mais personne ne Lui en donnait». Ce misérable «amour» que nous vouons à nos semblables, cette porcine dilection que nous traînons dans toutes nos auges, Il en est affamé, mais nous Lui en refusons l'aumône. Il ne cesse donc de retourner à Son Père et, Lui représentant toute l'espèce assumée par Lui – St. Grégoire de Nysse a là-dessus des pages plus que sublimes – Il confesse ces péchés du monde qu'Il porte en NOTRE nom ; Il Lui demande d'être traité «comme un mercenaire», comme un esclave après sa désertion. Mais le Père ne voit en Lui que l'objet de Son éternelle complaisance, le sujet de Son éternelle louange et liturgie. Comme au chapitre II de l'Epître aux Philippiens, l'humiliation volontaire s'achève par un triomphe ; car le Fils obéissant jusqu'à la mort, Le voici revenu à la vie (Luc, 15:24). Et le Prodigue devant qui désormais toute la maisonnée ploie le genou parce qu'Il a reçu «un Nom au-dessus de tout nom» (Phil, 2:9), peut-on se demander si, «derrière le voile», à l'intérieur du sanctuaire céleste, au delà des illusoires divisions d'en-bas, Il ne Se reconnaît pas dans ce Frère aîné qui «n'a jamais cessé, ni d'être avec le Père», ni «de posséder tout ce qui appartient» au Père (Luc, 15:31) ? <span style="font-style:italic">Verbum supernum prodiens, nec linquens Patris dexteram</span> (2).       <br />
              <br />
       1) Camille Rey, «&quot;Il était mort, il est revenu à la vie&quot; (Lc 15, 24.32) – La Résurrection du Christ dans la parabole de &quot;l’enfant prodigue&quot;», <span style="font-style:italic">Revue Charitas</span>, n°7, 2017, p. 63-76.       <br />
       2) «Le Verbe descendu des cieux, sans quitter la droite du Père». Hymne <span style="font-style:italic">Verbum Supernum prodiens </span> de saint Thomas d’Aquin.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.sombreval.com/Jesus-est-il-le-fils-prodigue-Luc-15-11-32_a786.html</link>
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   <title>Déréliction du Christ en croix (Frank-Duquesne)</title>
   <pubDate>Sat, 09 Mar 2019 21:11:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Textes]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/31466633-29666897.jpg?v=1552225371" alt="Déréliction du Christ en croix (Frank-Duquesne)" title="Déréliction du Christ en croix (Frank-Duquesne)" />
     </div>
     <div>
      A l'approche de la Semaine Sainte, je publie ce texte d'Albert Frank-Duquesne, extrait d'un ouvrage inédit, resté à l'état de manuscrit : <span style="font-style:italic">Jésus, cet Homme. Phénoménologie de l'Incarnation</span>. L'auteur offre une méditation théologique profonde sur la quatrième Parole du Christ en croix, <span style="font-style:italic">Eli, Eli, lama sabachtani</span>, qui nous confronte au redoutable mystère de la déréliction.        <br />
              <br />
       J'ai effectué quelques coupes et retouches dans le texte pour en faciliter la lecture. Le manuscrit n'était pas prêt pour l'édition.         <br />
              <br />
       Ce texte est disponible en intégralité en version PDF : <a class="link" href="https://www.sombreval.com/docs/Dereliction_du_Christ.pdf">cliquez ici</a>       <br />
              <br />
       <span class="u">Extraits</span>       <br />
              <br />
       Quel chrétien n’a pas été bouleversé par ce cri tragique du Sauveur crucifié : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M’as-Tu abandonné ?» Il semble bien que nul ne se soit jamais demandé pourquoi Jésus-Christ parle au passé, non pas au présent… «Pourquoi M’as-Tu abandonné ?» – Non pas : pourquoi M’abandonnes-tu (maintenant) ? La déréliction est sans doute arrivée à son point culminant : n’aurait-elle point commencé à Gethsémani ? Les prodromes n’en sont-ils pas tels propos attristés, presque découragés, tenus durant la Cène, voire le jour même des Rameaux ou le lendemain, le «trouble» dont Jésus avoue être saisi et bouleversé, dans Jean, 12:27 ? Au Jardin des Oliviers, près du pressoir annoncé par Isaïe, s’Il se dit accablé <span style="font-style:italic">jusqu’à la mort</span>, ne peut-on comprendre que son inexprimable tristesse va se prolonger, <span style="font-style:italic">crescendo</span>, littéralement «jusqu’à la mort, et la mort de la Croix» ?       <br />
              <br />
       Ce qui nous frappe d’abord, c’est le parallélisme, visiblement intentionnel, chez Marc et Matthieu (comme les «signes» chez Jean), entre l’abandon de la terre par le soleil, de la nature sensible par la lumière, et celui du Christ par <span style="font-style:italic">son</span> soleil et <span style="font-style:italic">sa</span> lumière. Déjà, dans le commentaire que le Livre de la Sagesse consacre aux trois jours de ténèbres infligés par Yahweh aux Égyptiens, la nuit physique apparaît comme une réalité symbolique, comme le «signe» du chaos spirituel, des ténèbres régnant dans les âmes pécheresses (Exode, 10:21-23 ; Sagesse, 17:2 jusqu’à 18:4)....       <br />
       Comme les trois jours de ténèbres en Égypte, du temps de Moïse, annonçaient à la fois l’obscurcissement des âmes, livrées à un esprit d’aveuglement (Rom, 11:7-10), d’obnubilation (1 Tim, 3:6), de séduction, Jérusalem et la Judée furent plongées de la sixième à la neuvième heure dans la plus épaisse des nuits. La nature manifesta son horreur et son deuil, sa sympathie à l’égard de son Maître, sa réprobation à l’égard des hommes, auxquels elle doit d’être asservie à l’illusion, au vain évertuement, au «vide», sans qu’il y ait de sa faute (Rom, 8:20). Comme elle avait pris part à la Nativité par un phénomène céleste, à toute la prédication messianique par la multiplication des «signes», à la Transfiguration par la Nuée, voici qu’elle participe au mystère de la Déréliction : elle « figure » les redoutables et mystérieuses ténèbres qui, depuis Gethsémani, remplissent l’âme du Christ, et dont le cri : <span style="font-style:italic">Eli, Eli</span>, avec tout ce qu’il comporte d’allusions au Psaume 21, semble annoncer que leur aube a pointé ; mais elle notifie aussi la mort proche de l’Homme-Dieu, le deuil du cosmos entier, toute la cécité spirituelle, à travers siècles et races.       <br />
              <br />
       (...)       <br />
              <br />
       Le Christ, «Fils bien-aimé, en qui (le Père) trouve sa parfaite complaisance», c’est-à-dire son Esprit, est «pendu au bois» à titre de Maudit, c’est-à-dire d’Homme, d’Adam, de vous et de moi. Le péché nous sépare de Dieu, nous arrache à son orbite, nous fait «enfants de l’aversion» divine. Prendre connaissance, gustativement, savoureusement, réellement – par une <span style="font-style:italic">réalization</span> totale, allant jusqu’au plus profond de l’âme, saturant jusqu’à la moelle de l’esprit, comme dirait l’épître aux Hébreux – de cette aliénation, de cet éloignement, de cet exil ontologique – tout comme le Christ devait, de même façon, <span style="font-style:italic">goûter</span> la mort, dit la même épître : en éprouver en Soi la plus secrète amertume et substance – voilà ce que signifie le fameux texte de 2 Cor, 5:21, qui nous montre le Juste, à toutes fins pratiques, <span style="font-style:italic">vu</span> pécheur par son Père, afin de pouvoir être traité en pécheur. En Pro-pécheur unique, par excellence. En Bouc émissaire du genre humain.       <br />
       «Yahweh a fait retomber sur Lui l’iniquité de nous tous» (Isaïe 53:6). Et Jésus accepte, pendant les trois heures indicibles, que toute l’horreur du péché L’écrase, s’empare de son âme humaine pour la saturer, prenne mystérieusement possession de toutes ses facultés humaines : «Il a Lui-même porté nos péchés en son Corps sur le bois ; afin que, morts (en Lui) au péché, nous vivions pour la justice» (1 Pierre, 2:24). S’identifiant à nous, prenant à sa charge toutes les iniquités commises depuis la création de l’homme jusqu’au Jugement Dernier, Il consent, pour nous en décharger, à devenir le «récapitulateur» par excellence d’une race pécheresse.        <br />
              <br />
       (...)       <br />
              <br />
       «La quatrième parole du Christ en Croix, dit le Père Faber, c’est l’écrin qui recèle le mystère du sacrifice propitiatoire». Jésus se retrouve seul, sans Père ni Mère, comme le note Louis Chardon, comme l’observent les meilleurs exégètes anglicans, comme nous l’avons démontré plus haut, croyons-nous, par le simple examen des textes évangéliques. Nous avons tous, depuis Adam : «Ce n’est pas moi, c’est la femme», abusé du commerce humain : Jésus meurt seul. Nous avons, tous, nés pharisiens, trafiqué, malicieusement abusé du commerce divin : Jésus meurt seul. Il a cherché qui L’aiderait, dit Isaïe. Mais personne ! Il a donc foulé seul au pressoir.        <br />
       En Lui, le péché s’est concentré, ramassé : puisqu’Il assumait, en sa toute sainte Personne, une nature pécheresse, Il a condescendu à cette infection. Toutes les iniquités du monde : passées, présentes, futures, non seulement elles s’offrent à son regard, elles pèsent sur Lui, mais encore elles L’envahissent, Le saturent jusqu’à la nausée, Lui le très pur, Lui le très saint ; et, cependant, Il en accepte l’affreux attouchement <span style="font-style:italic">intérieur</span>. Si, d’après saint Paul, qui s’unit à une prostituée devient avec elle une seule vie, que dirons-nous du Sauveur, qui a épousé l’iniquité, comme jadis les Prophètes, ses préfigures, prenaient dans leur lit, sur l’ordre de Yahweh, une fille perdue ? Quel dégoût, quelle horreur et répugnance, quel désespoir – n’étaient l’amour des pécheurs et la volonté de rendre gloire au Père – dans ce contact abominable, dans ces Noces sacrificielles de l’Agneau ! Il nous a sanctifiés en Lui, en acceptant, Lui en qui «le prince de ce monde ne possédait rien», et que «nul n’aurait pu convaincre de péché», d’être enlisé dans cette vase spirituelle, d’en avoir plein la bouche, plein les yeux, les oreilles, tout le corps, toute l’humaine sensibilité, l’imagination, le cœur, la pensée… et de tenir bon, de rester ferme au poste. Adam accepta de connaître le mal savoureusement par désir et jouissance ; Jésus, pour nous devenir un Pontife miséricordieux et fidèle, capable de sympathiser, de comprendre afin de guérir, accepta de connaître le mal, Lui aussi, savoureusement, mais par miséricorde et souffrance.       <br />
              <br />
       (...)       <br />
              <br />
       Aux hommes désorientés par l’isolement spirituel, la Déréliction apporte une révélation consolante, une force nouvelle, comme l’Ange de Gethsémani : ni la dépression d’esprit n’atteste irrécusablement, chez le fidèle, la présence du péché mortel ; ni Dieu n’est absent, parce que nos questions angoissées n’ont pour réponse que son «silence». Pourvu qu’en nous la volonté soit ferme, l’intention fidèle, l’aspiration permanente tournée vers Lui. Et, par ailleurs, Dieu répond normalement par des faits, non par des paroles, même intérieures. Toutes les afflictions – surtout spirituelles – toutes les angoisses et perplexités des âmes sous qui se dérobe le sol, Dieu les partage : «A travers toutes leurs angoisses, Yahweh S’est trouvé dans l’angoisse» (Isaïe, 63:9). Le prophète nous l’a <span style="font-style:italic">dit</span>, mais sur la Croix, le Fils de l’Homme nous l’a <span style="font-style:italic">montré</span> : toutes les désolations du genre humain, son âme humaine les a thésaurisées.  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>La nouvelle traduction du Notre Père</title>
   <pubDate>Sun, 26 Nov 2017 19:38:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Articles]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/18471792-22618166.jpg?v=1511721483" alt="La nouvelle traduction du Notre Père" title="La nouvelle traduction du Notre Père" />
     </div>
     <div>
      La nouvelle traduction de la sixième demande du Notre Père va entrer en vigueur le 3 décembre. Elle a été confirmée par la Congrégation pour le culte divin. Les fidèles catholiques ne diront plus désormais : «Ne nous soumets pas à la tentation» (traduction œcuménique) mais «Ne nous laisse pas entrer en tentation». Avant d’étudier en profondeur le récit des trois tentations du Christ au désert, je n’ai jamais prononcé la version dite œcuménique, datant de 1966, qui présente un certain nombre de difficultés. Elle revient à affirmer que Dieu est la cause de la tentation. Il m’est arrivé plus d’une fois de réfléchir après la récitation du Notre Père sur cette sixième demande. J’ai toujours dit : «Ne nous laisse pas succomber à la tentation»  (traduction un peu trop littéraire et moins conforme, comme nous allons le voir, à l'esprit et à la lettre du texte sacré). Tout ce qui est bon vient de Dieu, rien de mauvais ne s’origine à Lui (Jacques 1:18). La tentation ne peut donc pas provenir d’en Haut. Mais Dieu peut <span style="font-style:italic">permettre</span> que nous soyons tentés (Job, 1:12 ; Matt, 4:1). Dans Marc, c’est l’Esprit-Saint qui «pousse» le Christ dans le désert, L’y «chasse» pour y être tenté. Comme l’écrit Frank-Duquesne, «littéralement, l’Esprit L’y induit, Le mène en plein traquenard diabolique, pour qu’Il en dérègle la machine et en bouleverse l’astuce. L’Esprit Le conduit tambour battant (<span style="font-style:italic">ekballeï</span>), et la 6ème clause du Pater, si platement et fadement traduit (à la moliniste) en français, prend ici tout son sens : <span style="font-style:italic">ne nos inducas in tentationem</span>»(1).        <br />
              <br />
       Certains prêtres traditionalistes estiment que la nouvelle traduction est inexacte. Voici ce qu’écrit par exemple l’abbé de Tanoüarn : «Autant donc la formule &quot;Ne nous soumets pas à la tentation&quot; est fausse, parce qu’elle laisse penser que Dieu nous obligerait à subir la tentation. Nous devons lui opposer le mot de saint Jacques : Dieu ne tente personne. Autant il est métaphysiquement impossible de ne pas admettre que Dieu, ayant créé le monde esclave de la vanité (Rom, 8:21), n’ait métaphysiquement pas pris le risque que sa créature soit exposée à la tentation (…) Personnellement en tout cas, je déteste cette idée que l’on puisse demander à Dieu qu’il ne nous fasse même pas entrer… oui qu’il revoie tout son dispositif, pour ne pas nous faire &quot;entrer&quot; en tentation. Comme si nous étions parfaits, avant même d’avoir essayé de l’être ! » (<a class="link" href="http://ab2t.blogspot.fr/2017/11/nouvelle-traduction-du-notre-pere.html">Source</a>).       <br />
              <br />
       La nouvelle version est pourtant, selon moi, plus exacte que celle dont se réclame l'abbé de Tanoüarn. La métaphysique, même adossée à la théologie chrétienne, ne peut nous nous fournir aucun appui dans l'interprétation de cette prière. A travers cette humble demande, le fidèle confesse d’abord sa faiblesse. C’est une prière d’humilité. Dans son très beau commentaire du «Notre Père», Raïssa Maritain écrit : «La sixième demande est la prière de notre faiblesse, la prière d’un être qui se sait faible et qui prie pour ne l’être pas aujourd’hui (...) <span class="u">Elle nous met en garde contre la présomption</span> (…) Il y a une présomption qui n’est qu’apparente, parce qu’elle est seulement un naïf élan d’amour et de confiance. C’est ainsi que le Psalmiste demande à être éprouvé : &quot;Scrute-moi Yahvé, éprouve-moi, passe au feu mes reins et mon cœur&quot; (…) Mais la vraie présomption coûte cher. Pauvre Pierre ! &quot;Si tous se sont scandalisés à ton sujet, moi je ne le serai jamais… Dussé-je mourir pour toi, non je ne te renierai pas&quot; (Matthieu, 26:33-35).         <br />
       A l’heure du suprême combat, il faut prier pour ne pas entrer en tentation, la tentation risquerait de passer trop nos faibles forces. Arrivé au Jardin des Oliviers, Jésus dit à ses disciples : &quot;Priez pour ne pas entrer en tentation&quot;. Et encore, quand il les trouve endormis de tristesse : &quot;Simon, tu dors ? Tu n’as pas eu la force de veiller une heure ? Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation&quot; (Marc, 14:37-38).        <br />
       Un homme qui connaît vraiment sa faiblesse, il ne refuse pas l’épreuve, il sait qu’au sein des pires afflictions et des pires tentations Dieu l’aidera toujours. <span class="u">Mais c’est de lui-même qu’il se méfie</span>. Il sait qu’un rien suffit à l’égarer, qu’il est capable de toutes les lâchetés et de toutes les folies »(2).        <br />
              <br />
       Frank-Duquesne, dans son ouvrage encore inédit, <span style="font-style:italic">Jésus cet homme</span> (je vais m’atteler à sa publication cette année), apporte quelques précisions éclairantes sur cette sixième demande de l’Oraison Dominicale.         <br />
       « Ne nous fais pas entrer dans la tentation», dans ses engrenages : quel est le sens de cette requête, qui nous vient du Christ ? Nous venons de voir chez saint Jacques le mécanisme de la tentation. Saint Paul précise que, permise par Dieu, celle-ci est toujours à notre échelle : jamais anormale au point d’en être irrésistible (1 Cor, 10:13). Et toute tentation nous vient, escortée de son <span style="font-style:italic">ekbasis</span>, de son moyen d’y échapper. Nous recevons la capacité d’en sortir, de nous évader (<span style="font-style:italic">Hupenegkeïn</span>, dans 1Cor, 10:13 que l’Apôtre oppose évidemment à l’<span style="font-style:italic">eïsenegkês</span> du Pater qui signifie &quot;conduire dans, faire entrer&quot;). Tenant compte, désormais, du double facteur dénoncé par saint Jacques (1:13-15), nous supplions le Père de n’être pas éprouvés au-delà de notre capacité de résistance. Ne nous induis pas, ne nous fais pas glisser dans la tentation. Que l’occasion tentatrice ne se conjoigne pas avec notre disposition trop susceptible ; que les murmures démoniaques ne rencontrent pas en nous de propensions trop complices ! Père, lorsque survient la tentation, éteins notre concupiscence ; lorsque s’éveille celle-ci, fais-nous grâce de la tentation ! Ne mets pas en présence l’allumette et la poudre !       <br />
       Demandant à Dieu ce &quot;bien&quot;, comme dit Jésus, et, lorsque poindra la tentation, nous la sentirons, voire la ressentiront, mais sans y consentir. Peut-être y assentirons-nous quelque peu. Mais que serait tentation sans atomes crochus ? Tout ce qu’on voudra, mais pas une tentation ! Mais il n’y aura péché que si la suggestion diabolique emporte notre jouissance délibérée, notre consentement par abandon volontaire à l’Ennemi ; lorsque s’ouvre toute grande, parce qu’il nous plaît ainsi, la &quot;main de notre conseil&quot;, pour que l’Autre y plante sa griffe : &quot;Tope, camarade !&quot;… lorsque la tentation, donc le Tentateur, fait pencher la balance du cœur » (3).       <br />
              <br />
       <span class="u">Notes</span>        <br />
       1) Note de Frank-Duquesne : « &quot;Ne nous laisse pas succomber&quot; est, on l'admettra, plus semi-pélagien que barthien... On ne savoure pas assez l'introduction du mot &quot;pauvre&quot; (= médiocre, minuscule) dans les formules <span style="font-style:italic">ora pro nobis</span> pauvres <span style="font-style:italic">peccatoribus</span>...et  <span style="font-style:italic">ad te clamamus</span> pauvres <span style="font-style:italic">exiles filii Evae</span>. Noter aussi, dans le <span style="font-style:italic">Memorare</span>, la traduction &quot;je me prosterne à tes pieds&quot;, pour <span style="font-style:italic">coram te assisto</span> (= &quot;je me tiens debout devant toi&quot;, comme le Verbe devant le Père dans Jean 1:1). Il y a là comme un parti-pris de multiplier les rapetissements bêtifiants. Le redoutable <span style="font-style:italic">Ponêros</span> du <span style="font-style:italic">Pater</span>, puante hyène rôdant, les yeux pleins d'un feu rouge, autour de nous, devient le &quot;mal&quot;, quelconque, abstrait. Nous proposons un degré de plus dans l'aplatissement : &quot;Priez pour nous, pauvres <span style="font-style:italic">petits</span> pécheurs&quot; ».       <br />
       2) Jacques et Raïssa Maritain, <span style="font-style:italic">Œuvres Complètes</span>, Tome XV, Editions Saint-Paul, p. 121-122.       <br />
       3) Albert Frank-Duquesne, <span style="font-style:italic">Jésus cet homme. Phénoménologie de l'incarnation</span>, inédit.        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>https://www.sombreval.com/La-nouvelle-traduction-du-Notre-Pere_a771.html</link>
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   <title>Jésus et la femme</title>
   <pubDate>Tue, 16 Aug 2016 14:11:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Textes]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/10041028-16317968.jpg?v=1471350277" alt="Jésus et la femme" title="Jésus et la femme" />
     </div>
     <div>
      Ce texte est un court extrait d’un manuscrit d’Albert Frank-Duquesne, datant de la fin des années 40, <span style="font-style:italic">Regards de Jésus-Christ</span> (sur Dieu, sur l’homme, sur le péché). Le christianisme a tellement modifié la pensée des hommes, il a tellement rénové, refaçonné la notion même que nous avons de la femme, qu‘il nous est devenu impossible d’imaginer son ancien statut et la révolution que le Christ lui a fait subir. Bien entendu dans les sociétés «chrétiennes» il y a eu des périodes de régression, ainsi que le montre Léon Daudet, véritable féministe avant l’heure, dans un essai intéressant et parfois amusant, <span style="font-style:italic">La Femme et l’amour</span> (1930). Le code civil napoléonien par exemple a maintenu les femmes (mariées ou célibataires) pendant longtemps dans un statut juridique très défavorable. Les sociétés occidentales n'ont pas toujours été christianisées en profondeur. Elles sont sans cesse exposées au retour du paganisme (et aujourd'hui à des idéologies rétrogrades, comme en témoigne la polémique sur le burkini).       <br />
              <br />
       «... L’attitude du Christ envers la femme a totalement modifié sa situation dans le monde. Impossible de ne pas s’en apercevoir si l’on a quelque peu étudié la société païenne dans l’Antiquité classique ou tout bonnement non-chrétienne d’aujourd’hui. Dans l’ancienne Grèce, Platon seul a protesté contre l’étrange morale qui passe tout aux hommes et fait  des femmes leur bétail (Lois, 8:341). Sans parler de l’esclave, assimilée aux objets, rappelons le rôle des courtisanes. Elles seules ont de l’instruction, de la culture. L’épouse, confinée dans le gynécée, vit dans une ignorance presque totale. Par contre, les prostituées constituent un corps social : à Corinthe, elles figurent officiellement dans les cortèges publics. Au centre du sanctuaire national, dans l’enceinte sacrée de Delphes, Phryné a sa statue. L’époux a sur l’épouse droit de vie et de mort. Laboulaye en donne de nombreux exemples dans ses <span style="font-style:italic">Recherches sur la condition des femmes dans le Droit romain</span> ; car, sous ce rapport, Rome s’est mise à l’école de la Grèce. On comprend le païen Caecilius reprochant à son interlocuteur chrétien, dans l’<span style="font-style:italic">Octavius</span> de Minucius Felix : «Vous nous avez imposé un Dieu gênant, un Dieu curieux, qui voit tout, nous regarde toujours et traite nos femmes comme nos égales». Écoutez le très vertueux Démosthène aux prises avec Isocrate : «Nous avons des hétaïres pour charmer nos loisirs, des courtisanes pour satisfaire nos besoins physiques, des épouses pour nous donner de jeunes citoyens et s’occuper de notre ménage». Et de nos jours, il y a la servitude islamique des femmes, la prostitution courante des fillettes par leurs parents en Extrême-Orient, la véritable excommunication sociale des veuves aux Indes… Sait-on qu’en 1948 les Juifs pieux récitent encore, chaque jour, cette prière : «Sois béni, Ô seigneur, notre Dieu, Roi de l’univers, car Tu ne m’as pas créé à l’état de femme» ? Quant à son épouse, elle doit remercier Dieu «de ce que Tu m’as créée selon ton insondable volonté», formule qu’une romancière israélite et contemporaine, Amy Levy, a corrigé comme suit : «Maudit sois-Tu, Ô seigneur, notre Dieu, car Tu m’as créé femme». C’est parce qu’il connaît ces prières juives, que saint Paul proclame à plusieurs reprises, et avec tant de vigueur, que, dans le Christ Jésus, il n’y a plus mâle ni femelle (par exemple, Gal, 3:28). Un orateur grec de la même époque, Dion Chrysostome, rapporte les traditions misogynes des Tarsiotes, en particulier, l’obligation pour les femmes de ne sortir que voilées. Nous retrouvons chez l’Apôtre, natif de Tarse, ces préjugés antiféminins, jusques et y compris le port du voile à l’assemblée eucharistique. Mais, plus d’une fois, Paul puise dans la tradition du Christ un respect nouveau, absolument inconnu jusqu’alors, pour la fille d’Eve. Dans l’Évangile, en effet, la moindre allusion du Christ à la compagne de l’homme est pleine d’estime, de sympathie. Pas une seule fois, il ne met en garde contre elle, alors que l’Ancien Testament fourmille de réquisitoires. Les plus déchues rencontrent en Lui une stupéfiante tendresse. Car il possède le secret d’être à la fois pur et indulgent : sa pureté n’a pas besoin de protection ; elle est elle-même une force purifiant, une contagion de pureté. Certaines de ses plus délicieuses paraboles empruntent leur mise-en-scène au travail de la femme : leurs personnages balaient, font du pain, rapiècent de vieux vêtements, égarent l’argent du ménage, etc. Lorsque le Seigneur prédit la ruine de Jérusalem, Il s’attarde à plaindre les femmes enceintes et les mamans qui allaiteront en ces temps catastrophiques (Luc, 21:23 ; Matt, 24:19). Tout le monde sait la place que, dans le troisième Évangile, occupent les amies du Sauveur ; certains critiques se sont même demandé si, parmi les sources verbales dont se réclame saint Luc au seuil de son récit, il ne faut pas, en première ligne, situer ces femmes, et surtout Jeanne, l’épouse de khouza, intendant d’Hérode (Luc, 8:3).        <br />
              <br />
       L’attitude révolutionnaire de Jésus vis-à-vis de la femme éclate à toutes les pages du Saint Livre. Le respect de nos compagnes est, pour le Christ, une loi fondamentale de son royaume. Sous ce rapport, Israël avait connu deux traditions : la plus noble est représentée par des prophétesses comme Débora et Holda, bien supérieures à la Sibylle et à Velléda, par la «femme forte» au chapitre 31 des Proverbes, et par ces filles de Job à qui «leur père donna une part d’héritage parmi leurs frères» (Job, 42:15), chose unique, inouïe en Orient ! Joël prophétise, comme saint Pierre le rappelle à la Pentecôte, que l’Esprit de Yahweh descendra sur les filles comme sur les fils d’Israël, et que leurs charismes seront les mêmes. Au seuil de l’Évangile, cette tradition gynophile  trouve son expression la plus haute en la Très-Sainte Vierge. C’est à cette conception de la femme que se rattache le manifeste et profond respect que le Christ a témoigné à l’égard de toutes, même les plus déchues. C’est pourquoi Il accepte leur compagnie et leurs services au cours de sa carrière itinérante. Et voyez le mélange de juste sévérité, d’exquise courtoisie, de tendre bonhomie, et de familiarité sans l’ombre de vulgarité, qui préside à ses rencontres avec la Samaritaine et la femme adultère. Ce qui s’y trouve impliqué, c’est l'égale valeur spirituel des femmes et des hommes; mais quant à la nature de leurs fonctions respectives dans le cadre de la société, l’Évangile n'a pas dit un mot….»       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Regards de Jésus-Christ</span>, II, p.37-38 (Manuscrit)       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>https://www.sombreval.com/Jesus-et-la-femme_a763.html</link>
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   <title>Les Editions de Sombreval sur Amazon</title>
   <pubDate>Tue, 19 Jan 2016 15:01:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/8787395-13898467.jpg?v=1453233433" alt="Les Editions de Sombreval sur Amazon" title="Les Editions de Sombreval sur Amazon" />
     </div>
     <div>
      J’utilise maintenant une nouvelle plateforme d'édition américaine pour faciliter la diffusion des ouvrages publiés par les <span style="font-style:italic">Editions de Sombreval</span>. Ils sont maintenant disponibles sur Amazon (dans le monde entier), avec le port gratuit, et les grandes librairies anglo-saxones. J’utiliserai ce système pour toutes mes futures publications (essai, récit etc..). Je suis accaparé en ce moment par diverses tâches mais je compte bien avancer <span style="font-style:italic">Le Projet Fedorov</span>. Ce récit feuilleton requiert beaucoup de travail préparatoire mais j’ai déjà en tête toute la trame.        <br />
              <br />
       Sont d’ores et déjà disponibles aux <span style="font-style:italic">Editions de Sombreval</span> :        <br />
              <br />
       <a class="link" href="http://www.amazon.fr/R%C3%A9versibilit%C3%A9-Nicolas-Mulot/dp/1523242191/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;qid=1453211449&amp;sr=8-1&amp;keywords=la+r%C3%A9versibilit%C3%A9">La Réversibilité, « le grand mystère de l’univers »</a> de Nicolas Mulot (PhD)       <br />
              <br />
       La <a class="link" href="http://www.amazon.fr/s/ref=nb_sb_noss?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&amp;url=search-alias%3Daps&amp;field-keywords=Albert+Frank-Duquesne">Collection Frank-Duquesne</a>       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.sombreval.com/Les-Editions-de-Sombreval-sur-Amazon_a756.html</link>
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   <title>Réédition de "Satan" en espagnol</title>
   <pubDate>Tue, 20 Oct 2015 10:22:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/8409932-13196311.jpg?v=1445329749" alt="Réédition de "Satan" en espagnol" title="Réédition de "Satan" en espagnol" />
     </div>
     <div>
      L’étourdissant essai de Frank-Duquesne, <span style="font-style:italic">Réflexions sur Satan en marge de la tradition judéo-chrétienne</span> est l’objet d’une réédition très soignée et professionnelle en langue espagnole. La traduction a été complètement revue et corrigée par rapport à la précédente édition. L’ouvrage, intitulé <span style="font-style:italic">Satan</span>, est précédé d’une étude préliminaire très dense du P. Carlos A. Baliña. Il est disponible gratuitement dans tous les formats numériques : voir <a class="link" href="http://www.vorticelibros.com.ar/libro.php?id=129">la page dédiée</a>.       <br />
       <span style="font-style:italic">Vortice</span> est une maison d'édition argentine. Elle a déjà réédité plusieurs ouvrages d’auteurs catholiques de premier ordre, Lewis, Chesterton, Louis Bouyer etc…, dont certains sont mis gracieusement à disposition du plus grand nombre.       <br />
       Je reproduis ci-dessous ma présentation de l’essai de Frank-Duquesne, disponible dans ma bibliothèque numérique. Une telle réédition est nécessaire car il n’existe pas de thème plus actuel. Comme le rappelait Cioran dans son dernier entretien, «le diable est le grand agent de l’histoire. On n’a pas besoin de faire des représentations naïves du diable. Il suffit qu’on en saisisse l’idée et ensuite on comprend l’histoire universelle».        <br />
              <br />
       <b>Présentation </b>       <br />
              <br />
       Ce texte d’Albert Frank-Duquesne (1896-1955) est paru initialement en 1948 dans un numéro des <span style="font-style:italic">Études Carmélitaines</span>, dirigées depuis 1930 par le Père Bruno de Jésus-Marie. Ce volume consacré à Satan regroupe des contributions de haut niveau, émanant d’intellectuels chrétiens, de critiques éminents ainsi que des représentants les plus brillants de la psychologie française. Citons Louis Massignon, Albert Béguin, Joseph de Tonquédec, Jacques Madaule, Françoise Dolto. L’étude d’Albert Frank-Duquesne, la plus longue du recueil, se distingue par son originalité, sa densité théologique et par sa richesse d’information. L’écrivain catholique, qui a appris à lire la bible dès son plus jeune âge en hébreu (son père était un rabbin converti au catholicisme), a tout au long de sa vie pèlerine accumulé un savoir immense dont il s’est fait un instrument destiné à servir la cause de Dieu. Comme le notait Paul Claudel, «chaque émission de sa pensée – une pensée singulièrement lucide, puissante et originale – suscite en elle un monde entier de références». L’érudition accourt de partout et donne à la pensée la capacité de frayer des voies nouvelles, hors des chemins convenus, de revivifier des concepts, des thèmes théologiques, des dogmes qui semblaient voués à la pétrification. Les réflexions de Frank-Duquesne sur Satan sont nourries par sa connaissance approfondie de l’Écriture, de la littérature rabbinique, de la liturgie, de la patristique, du symbolisme et de l’ésotérisme. Il fallait sans doute toute cette matière pour appréhender cette réalité infiniment mystérieuse qu’est le monde des esprits, celui des anges protecteurs et bienfaiteurs, serviteurs de la Beauté et régents du monde physique, mais aussi des anges déchus, leurs rivaux et usurpateurs. L’auteur reprend et développe certaines conceptions traditionnelles relatives à la révolte satanique ; plusieurs textes néo-testamentaires nous instruisent des mobiles qui ont poussé les anges rebelles dans leur entreprise désastreuse : l’envie, l’égoïsme, la défaillance de la foi, le mépris de l’Incarnation. Frank-Duquesne brosse un portrait psychopathologique saisissant de leur prince, Satan, l’ennemi du genre humain, le serpent de la Genèse et l’instigateur de cet «éon mauvais» où nous sommes plongés depuis la Chute. Il s’interroge également, à la suite de nombreux pères de l’Église et théologiens médiévaux, sur l’hypothèse de la corporéité des anges, en conflit avec celle de leur spiritualité pure. Il consacre plusieurs pages étonnantes à cette «guerre dans le ciel» évoquée dans l’Apocalypse, celle qui opposa saint Michel et les anges fidèles au Très-Haut à Satan et ses séides. L’originalité de ses vues sur cette guerre céleste doit beaucoup à la science qu’il a acquise dans le domaine de la métapsychie. L’écrivain n’exclut rien de ce qui est susceptible d’éclairer le donné révélé. Sa théologie est vivante et concrète. Lorsqu’il aborde le problème du mal, Frank-Duquesne peut déployer toute sa verve, car pour lui le mal a d’abord un visage, celui de notre ennemi, le Réprouvé qui a introduit dans l’histoire ce qui aurait dû rester à l’état de «non-être», d’hypothèse odieuse, de «larve». Ce mal qui se déchaîne à mesure qu’il prend consistance en nous, l’écrivain nous en montre le caractère sordide, toujours fangeux. Se défaire de toute complicité à son égard, tel est le devoir le plus pressant du chrétien.        <br />
       Il se trouvera sans doute des lecteurs sourcilleux qui, déconcertés par ce texte, son originalité, son ton si personnel, auront tôt fait d’en suspecter l’orthodoxie. Quelques mauvais scrupules les empêcheront d’en savourer toute la substance, la puissance de vie. Comme le soulignait le frère Jean-Dominique dans un texte d’hommage, si la pensée de Frank-Duquesne nous apparaît si originale c'est parce que d'abord «elle n'a cherché qu'à être originelle, c'est-à-dire postée, établie, autant qu'il est permis à l'infirmité humaine, dans cette Origine qui est aussi le Terme» …Originalité, force, inspiration... Ces trois traits se manifestent aussi dans son style, d’une grande fermeté, à la fois ample et précis, style vivant et personnel, réfractant cette Parole de Dieu qui s’était comme amalgamée à sa propre substance. Par sa puissance verbale, Albert Frank-Duquesne a insufflé à ces «réflexions» une intensité rarement atteinte dans la littérature chrétienne.        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>https://www.sombreval.com/Reedition-de-Satan-en-espagnol_a754.html</link>
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   <title>Frank-Duquesne, Cioran et l'Amérique du Sud</title>
   <pubDate>Mon, 17 Aug 2015 16:05:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/8149225-12716775.jpg?v=1439820703" alt="Frank-Duquesne, Cioran et l'Amérique du Sud" title="Frank-Duquesne, Cioran et l'Amérique du Sud" />
     </div>
     <div>
      L’université de Cuyo en Argentine a organisé au mois de juin sa 7ème journée du <span style="font-style:italic">Christianisme et de la culture</span>. Des commissions et des conférences se sont succédé pendant deux jours sur le thème : «Intellectuels chrétiens au 20ème siècle». La conférence de clôture, prononcée par Carlos Alfredo Baliña, a été consacrée à Albert Frank-Duquesne, «personnage considérable» selon les propres mots de Claudel, tombé dans l’oubli le plus total après sa mort, pour des raisons assez mystérieuses, mais dont l’œuvre puissante, à la fois originale et traditionnelle, suscite un intérêt croissant depuis plusieurs années. La vidéo de cette conférence est diffusée sur youtube (voir ci-dessous). Les nombreux documents en ma possession, diffusés en partie sur le net, permettent d’envisager la publication de monographies ou d’études susceptibles de traiter d’une manière approfondie les grands axes de sa pensée (sophiologie, ecclésiologie etc), sans jamais séparer l’œuvre de sa vie, de sa biographie qui lui donne toute sa portée. Ces journées d’études universitaires légitiment en tout cas la place qui revient de plein droit à Frank-Duquesne dans l’histoire intellectuelle du Christianisme au 20ème siècle. Je me réjouis de le voir placé aux côtés, sur l’affiche de présentation, de ces grandes juives converties, sainte Edith Stein, Simone Weil mais aussi des intellectuels comme Chesterton ou des écrivains comme Lewis. Justice est rendue et il faut féliciter les universitaires argentins d’avoir su organiser ce type de journées d’études, inenvisageables en France à cause du carcan idéologique qui y pèse dans tous les domaines et de l’académisme de la recherche. Celle-ci reste depuis longtemps cantonnée aux mêmes auteurs, aux mêmes thèmes, déclinables à l'envi selon les critères de la pensée dominante. La <a class="link" href="http://academiahumanidades.jimdo.com/galería-de-fotos/jornadas-de-cultura-y-cristianismo/2015/">galerie de photos</a> permet de constater en tout cas que de nombreux jeunes, beaucoup de filles (tradinettes latino-américaines) y ont participé, ce qui témoigne d’une certaine vitalité des universités sud-américaines, de leur esprit d'ouverture. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/8149225-12716791.jpg?v=1439820510" alt="Frank-Duquesne, Cioran et l'Amérique du Sud" title="Frank-Duquesne, Cioran et l'Amérique du Sud" />
     </div>
     <div>
      Il y a quelques jours, je relisais quelques pages des <span style="font-style:italic">Cahiers de l’Herne</span>, consacrés à Cioran. Dans un de ses derniers entretiens, Cioran, grand admirateur de Simone Weil,  évoquait l’Amérique du Sud, dont il pensait qu’elle allait devenir l’héritière de l’Europe. Eu égard à la situation actuelle de l’Europe, il me semble que son propos n’a jamais été aussi pertinent. Voici quelques lignes de cet entretien, datant de 1987 :        <br />
       «Je vais vous dire pourquoi je m’intéresse à l’Amérique latine. Je crois que l’avenir de l’Europe est très incertain ; et même je pense qu’elle n’aura pas d’avenir du tout… et je pense que c’est l’Amérique du Sud qui sera l’héritière de l’Europe, de la culture européenne, et pas l’Amérique du Nord […] Et puis cette impression est tout de même fondée. Tous les sud-américains que j’ai rencontrés, les intellectuels, m’ont fait une très bonne impression, et il m’a semblé qu’ils étaient plus qualifiés que les nord-américains pour perpétuer la civilisation européenne. Vous allez me dire, mais l’Europe ne va pas disparaître comme ça ! C’est possible mais la décadence de la culture occidentale est pour moi une évidence. C’est une idée qui circule depuis une cinquantaine d’années et, pour vous dire la vérité, je ne crois pas à l’avenir de l’Europe en ce moment […] On a parlé de la décadence dès le début du XIXe siècle. Il y a des symptômes très clairs ; premièrement, quand on voit les sud-américains, ils ont une vitalité qui n’existe pas ici. Même dans leurs gestes, dans tout, ils ne sont pas usés. Ils se moquent d’eux-mêmes, mais en même temps ils croient en eux. Ils ont encore des illusions. <span style="font-style:italic">Si l’on voulait définir l’occidental maintenant, on pourrait dire que c’est le type qui a perdu toutes ses illusions</span>».          <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <iframe width="450" height="253" src="https://www.youtube.com/embed/waIPjkzbgpg" frameborder="0" allowfullscreen></iframe>     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.sombreval.com/Frank-Duquesne-Cioran-et-l-Amerique-du-Sud_a751.html</link>
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   <title>La puissance de la prière (exégèse de Marc, 11:24)</title>
   <pubDate>Mon, 06 Apr 2015 17:09:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Textes]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   « Tout ce que vous demanderez dans la prière, en mon Nom, croyez que vous l’avez déjà reçu, et cela vous arrivera » (Marc, 11:24).     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/7641457-11809453.jpg?v=1428065551" alt="La puissance de la prière (exégèse de Marc, 11:24)" title="La puissance de la prière (exégèse de Marc, 11:24)" />
     </div>
     <div>
      Je diffuse un court extrait d’une conférence de Frank-Duquesne consacrée à la prière. Elle a été prononcée en 1952 à l’Abbaye de la Cambre. Je compte la publier prochainement dans son intégralité. L’auteur propose une exégèse très intéressante de Marc 11,24, qui s’appuie sur les manuscrits grecs les plus anciens. Dans ce verset, qui associe le passé et le futur, est posé un des problèmes les plus complexes de la théologie : celui du rapport entre l'éternité et le temps. Il est à noter que la traduction de Frank-Duquesne, originale à l'époque, est conforme, à quelques nuances près, à celle que l'on trouve dans les éditions de la Bible les plus utilisées aujourd'hui (la Segond, la Bible de Jérusalem).         <br />
              <br />
       ………       <br />
              <br />
       Vous connaissez cette antienne de Communion que la liturgie catholique reprend, tous les dimanches de Novembre, à l’Évangile selon saint Marc : «Tout ce que vous demanderez dans la prière, en mon Nom, croyez que vous le recevrez, et cela vous sera donné». Tel est le texte de la Vulgate (<span style="font-style:italic">propterea dico vobis omnia quaecumque orantes petitis credite quia accipietis et veniet vobis</span>). Telle aussi la traduction de Crampon. Une fois de plus, comme c’est si souvent le cas, la compréhension d’un «Christianisme» <span style="font-style:italic">raisonnable</span> a mené au faux exégétique. La Bible de Lille rend le grec honnêtement. Je vous le traduis à mon tour : «Tout ce que vous demanderez dans la prière en mon Nom, <span style="font-style:italic">croyez que vous l’avez déjà reçu</span>, et cela vous arrivera». Il y a là deux conditions de réussite : 1) il faut prier «dans le Nom de Jésus» ; 2) il faut avoir l’assurance qu’on est déjà exaucé. Alors, on ne «reçoit» pas ce qu’on a demandé, pas plus que cela ne nous est «donné». Mais cela nous «arrive» : εσται, cela «sera» pour vous, tout bonnement.       <br />
              <br />
       Qu’est-ce que prier «dans le Nom de Jésus» ? Rappelons-nous, d’abord, ce que Pierre, «rempli de l’Esprit-Saint», atteste solennellement devant le Sanhédrin juif : «Il n’y a point d’autre nom sous le ciel, qui soit donné parmi les hommes, par lequel il nous faille être sauvés». <span style="font-style:italic">Aucun</span> nom d’homme, <span style="font-style:italic">aucun</span> nom de femme. Aucun. Rien que celui de Jésus. Celui-là seul. Le drame d’anéantissement et de résurrection, saint Paul le voit aboutir à la proclamation de ce Nom, qui est <span style="font-style:italic">Seigneur</span>, Souverain messianique, Maître du ciel et de la terre. Il s’agit ici de la seigneurie suprême du Ressuscité. Quant à la formule «<span style="font-style:italic">dans</span> le Nom», elle est du même ordre que d’autres expressions pauliniennes : <span style="font-style:italic">dans</span> le Christ Jésus, <span style="font-style:italic">dans</span> le Saint-Esprit, etc. Elle indique une immanence réciproque, une intimité comme celle de la mère et de l’enfant qu’elle porte dans ses flancs. C’était une idée courante chez les Juifs que l’abri trouvé par le fidèle au creux de Yahweh, ce Rocher. Pour prier, le Christ veut donc que nous soyons <span style="font-style:italic">en Lui</span>, revêtus et recouverts de Lui, que nous nous présentions à Dieu comme Jésus-Christ Lui-même, tout enveloppés dans cette chair sacrificielle, qu’Il a trempée de son précieux Sang.       <br />
       Si nous prions de la sorte, il faut – seconde condition – croire, c’est-à-dire non pas <span style="font-style:italic">putare</span>, mais <span style="font-style:italic">credere</span>, non pas estimer ou juger, mais savoir avec une inébranlable assurance que ce que nous demandons, nous le possédons déjà. Cela nous attend dans la coulisse, c’est tout prêt, et cela n’a plus qu’à nous apparaître, à se faire voir : cela <span style="font-style:italic">sera</span> pour vous. Une étrange pudeur rationaliste a paralysé les copistes du Nouveau Testament : si Dieu doit encore exaucer la prière, si ce que je demande <span style="font-style:italic">sera</span>, au futur, comment puis-je croire que je l’ai <span style="font-style:italic">déjà</span> reçu ? Tous les manuscrits anciens portent cependant  ἐλάβετε, à l’aoriste (vous l’avez reçu, au «parfait» : c’est chose faite). Quelques siècles plus tard, apparaît une version plus «raisonnable» : λαμβάνετε, au présent (vous le recevez à la minute, à l’instant même : aussitôt dit, aussitôt fait, alors que tout à l’heure, vous étiez exaucé avant même votre prière). Enfin, plus tardivement encore, la version qui triomphe est au futur (vous recevrez, ultérieurement, quand votre tour dans la file arrivera). Les nœuds du temps et de l’éternité, la perspective des exemplaires divins et célestes des réalités et des événements créaturels et terrestres – cette notion fondamentale de l’Épître aux Hébreux, qui fonde sur elle toutes ces allusions à l’Eucharistie : tout cela manque aux très curieux «traducteurs» du <span style="font-style:italic">quidquid orantes petitis</span>. Un esprit honnête comme Alexis Carel avait pourtant remarqué, alors même qu’il poursuivait sa pensée en dehors de la foi chrétienne : «Un organe est produit par des cellules qui semblent connaître l’édifice futur». Il n’y a de cause véritable que finale. Les sciences biologiques n’aboutissent-elles pas de plus en plus à des conclusions finalistes ? Combien mieux encore le croyant conclut-il, non pas du visible à l’invisible, mais de l’invisible au visible, de la divine Parole aux réalités ombraculaires de ce monde.         <br />
       
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     <br style="clear:both;"/>
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   <link>https://www.sombreval.com/La-puissance-de-la-priere-exegese-de-Marc-11-24_a744.html</link>
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   <title>La nudité dans "Adam recherche Eve"</title>
   <pubDate>Thu, 05 Mar 2015 12:06:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/7534593-11624188.jpg?v=1425556139" alt="La nudité dans "Adam recherche Eve"" title="La nudité dans "Adam recherche Eve"" />
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      Vous avez sans doute entendu parler du programme de télé-réalité, <span style="font-style:italic">Adam recherche Eve</span>, diffusé sur D8, adaptation de l’émission néerlandaise <span style="font-style:italic">Adam zoekt Eva</span> qui met en scène des célibataires sur une plage polynésienne. Leur concept, les hollandais ont l’habitude de le diffuser et le décliner dans beaucoup de pays occidentaux.       <br />
       Cette fois, le récit de la Genèse sert de prétexte à la rencontre de candidats nus. La nudité est assumée, même si elle reste la plupart du temps voilée et floutée, du moins en France, pour éviter la censure. Les studios de cinéma américains avaient reculé devant l’adaptation du <span style="font-style:italic">Paradis Perdu</span> de Milton, à cause de cette nudité d’Adam et Eve. J’avais évoqué cette censure dans un texte ancien qu’il faut lire bien entendu au second degré.        <br />
       Ce programme est assez révélateur de l’ignorance de nos contemporains en matière religieuse. Les concepteurs de l'émission occultent en outre un trait constitutif de la nature humaine : la pudeur. On peut rejouer à l'envi Adam et Eve au Paradis. Depuis la Chute, cette nudité intempestive et affichée n'en reste pas moins obscène. Le nudisme à ce titre est une pratique aussi grotesque qu'avilissante.Il faudrait aujourd'hui beaucoup de gendarmes de Saint-Tropez pour traquer tous ceux qui s'y adonnent en toute insouciance.       <br />
              <br />
               <br />
       
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     <br style="clear:both;"/>
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      <iframe width="500" height="281" src="https://www.youtube.com/embed/S_cnjlwVsTU?rel=0" frameborder="0" allowfullscreen></iframe>     </div>
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     <div><b>Nudité et Vêtement : un éclairage</b></div>
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      J’invite le lecteur à relire ce qu’écrivait Frank-Duquesne sur cette question du vêtement et de la nudité dans son admirable <span style="font-style:italic">Via Crucis</span> (Je signale au passage que le <a class="link" href="http://www.sombreval.com/afd-project/">Fonds Frank-Duquesne</a> vient d’être mis à jour). Voici ces quelques passages de haute exégèse :        <br />
              <br />
       …Adam, «nu sans honte» (Gen, 2:25), exerce son activité spécifique, qui est de connaître et d'adorer Dieu, sans «vêtements». La nudité de son être essentiel était glorieuse : c'est d'intuition qu'il Le «voyait», au delà de toutes les «formes» créées. Après la Chute, Yahweh cache sa misère, comme sa honte, sous ces «habits de peau» que les Targoumîm appellent des «ornements sacerdotaux» […] L'homme va donc de la nudité, synonyme d'«enfance», par le revêtement, synonyme de «pèlerinage», d'expérience et d'épreuve, à la nudité, synonyme de réintégration dans le Parfait […] La nudité n'est pécheresse, figure de l'Amour dévoyé, qu'entre la Chute et la rentrée en gloire. Ainsi de Laodicée, dans l'Apocalypse : elle se croit «riche» et s'imagine «n'avoir besoin de rien», comme si elle était l'Etre Nécessaire, tout comme Adam au Paradis ; mais elle doit «passer par le feu de l'épreuve» et «revêtir l'habit blanc», la justice du Réparateur, «ne pas laisser paraître la honte d'une nudité» intempestive depuis la Chute (Apoc, 3:17-18 ; Genèse, 2:25 ; 3:5.7.10.11.21.22). Car la dialectique de la nudité se déroule intégralement : sur les «plans» ontologique ou métaphysique, spirituel, psychique et charnel ; l'obscénité de la nudité intempestive – parce que retardataire ou prématurée – n'est elle-même qu'un signe de la rébellion spirituelle (la Bible qualifie de fornication la trahison envers Dieu). Cette présomption d'aséité, chez la créature pécheresse – «indigente, misérable, pauvresse», mais «nue» parce qu'elle se croit «riche et sans aucun besoin» – est évidemment grotesque et fait ricaner d'aise les démons. Aussi, pour symboliser et stigmatiser la «fornication» d'Israël adorant le Veau d'Or, Aaron commande aux Juifs d'enlever tous leurs vêtements (<span style="font-style:italic">propter ignominiam sordis</span>, précise la Vulgate). Il l'expose, significativement, « à la risée de ses ennemis» (Exode, 32:25)....       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>https://www.sombreval.com/La-nudite-dans-Adam-recherche-Eve_a740.html</link>
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   <title>Quelques photos de manuscrits d'AFD et travaux en cours</title>
   <pubDate>Sun, 02 Dec 2012 14:53:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/4982067-7439260.jpg?v=1354460264" alt="Quelques photos de manuscrits d'AFD et travaux en cours" title="Quelques photos de manuscrits d'AFD et travaux en cours" />
     </div>
     <div>
      J’ai effectué un court séjour à Bruxelles, comme annoncé, pour récupérer l’ensemble des textes et documents inédits de Frank-Duquesne, conservés depuis le début des années 80 par un historien belge. J’ai pris quelques photos de certains des manuscrits que lui avait confiés Julien Hermans, un médecin qui fut, dans les dernières années de sa vie, le plus proche ami de l’écrivain. Vous pouvez les découvrir ci-dessous. Vous remarquerez qu’une image de Notre Dame du Perpétuel Secours illustre la page d’ouverture du cahier figurant dans le manuscrit de la <span style="font-style:italic">Cité sur la Montagne</span> qui regroupe une correspondance avec des hommes d’Eglise, dont le Père Congar et Dom Clément Lialine, du monastère de Chevetogne, destinée à la publication mais restée inédite.        <br />
       Dans l’époque que nous vivons, il n’a jamais été aussi impérieux de réfléchir sur la substance de l’Eglise, de saisir la profondeur de son «mystère», l’unité qui la constitue et qui, comme le note l’auteur, doit incarner, rendre manifeste ici-bas l’ineffable Unité divine, l’Unité de la Sainte Trinité. L’échec, sans doute provisoire, des négociations entre Rome et la Fraternité Saint Pie X doit  nous encourager à poursuivre cet effort  d’approfondissement. A la lecture de cet ouvrage consacré à l’Eglise et qui va nécessiter un important travail d’édition, nous comprenons également ce qui fait obstacle à la pleine réconciliation entre les orthodoxes et les catholiques. Le différend est d’ordre ecclésiologique et ne se réduit pas à la simple question du filioque. Il reste beaucoup de chemin à parcourir. Tout le monde parle aujourd’hui d’unité (voyez l’affaire de l’UMP par exemple, les tentatives œcuméniques au sein de l’Eglise qui ne servent souvent qu’à manifester une union de façade - et l’union n’est pas l’unité - plus proclamée que vécue, le dialogue engagée et avortée à Rome entre la FSSPX et le Vatican). Procédant de louables intentions, ces exhortations à l’unité débouchent souvent sur des dissensions qui vont en s’envenimant, des «fractures», des désunions encore plus flagrantes. Car, comme l'écrit le Cardinal Manning, cité par l'écrivain, l’unité «ne saurait jaillir de la terre, elle descend du ciel».         <br />
              <br />
       L’ouvrage de Frank-Duquesne recèle des pages admirables qui, je suis sûr, feront date. C’est donc à sa publication que je vais m’atteler dans un premier temps. Puis je m’attaquerai à son autre ouvrage inédit : <span style="font-style:italic">Jésus, cet homme : phénoménologie de l’Incarnation</span> qui s’inscrit dans la tradition franciscaine, celle de Duns Scot en particulier, mais qui, par sa manière moderne d’aborder des questions très pointues de la théologie, comme celle de la science infuse du Christ, ne peut être rangé dans aucune catégorie spécifique. Un ouvrage unique en somme. Je m’appuierai dans le commentaire de cet essai sur l’étude de Maritain, <span style="font-style:italic">De la grâce et de l’humanité du Christ</span>, difficilement classable également (Etienne Gilson lui reprochait de s’éloigner de la conception «classique» thomiste) et à laquelle je m’étais référé dans la <a class="link" href="http://www.sombreval.com/Innocence-et-culpabilite-Metacortex-III_a708.html">troisième partie</a> de ma recension de <span style="font-style:italic">Métacortex</span> de Maurice Dantec.       <br />
              <br />
       Tous les documents que j’ai pu acquérir ont été soigneusement classés par la personne qui les détenait jusqu’alors. Cela facilitera grandement mon travail, surtout en ce qui concerne la biographie de l’auteur. J’ai déjà diffusé un texte, assorti de commentaires dans le <a class="link" href="http://www.sombreval.com/afd-project/">Fonds Frank-Duquesne</a>. Je vous y renvoie…        <br />
              <br />
       Enfin sachez que depuis plusieurs années, une <a class="link" href="http://www.sombreval.com/Notre-Dame-du-Perpetuel-Secours_a575.html">page</a> du site est dédiée à Notre Dame du Perpétuel Secours. Des lecteurs fidèles ou simplement de passage y déposent des prières ou adressent leurs suppliques. J’ai soutenu ma thèse sur la Réversibilité un 27 juin, jour où elle est célébrée dans de nombreux pays du monde. Un catholique m’en avait alors signalé la signification et depuis lors, j’entretiens pour elle une vénération toute particulière.          <br />
              <br />
       Voici donc quelques photos d’une sélection de ces documents inédits :         <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   </description>
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   <link>https://www.sombreval.com/Quelques-photos-de-manuscrits-d-AFD-et-travaux-en-cours_a736.html</link>
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   <title>Le Portrait de Dorian Gray (Oscar Wilde)</title>
   <pubDate>Wed, 31 Oct 2012 18:39:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Livres]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/4877234-7275241.jpg?v=1351706212" alt="Le Portrait de Dorian Gray (Oscar Wilde)" title="Le Portrait de Dorian Gray (Oscar Wilde)" />
     </div>
     <div>
      Je diffuse ici un extrait de la troisième partie de mon article &quot;Joseph de Maistre, prophète de la Réversibilité&quot;, publié dans le n°33 (automne 2011) de la revue canadienne <a class="link" href="http://www.sombreval.com/Dossier-Joseph-de-Maistre-Revue-Egards_a730.html">Egards</a>. Il s'agit d'une lecture maistrienne du célèbre roman d'Oscar Wilde.       <br />
              <br />
       [...] La Réversibilité, telle que la conçoivent Joseph de Maistre et ses héritiers, est liée à une thèse que nombre de spécialistes font dériver de l’augustinisme : celle d’une «inculpation» en masse de l’humanité, consécutive à la Chute. Pour saint Augustin, le péché originel se propage par la concupiscence, considérée comme une inclination au mal inhérente à la nature humaine. Si Maistre ne mentionne guère la concupiscence, il a recours à la notion de «péché originel de second ordre» ou «continué» pour éclairer le principe de la transmission héréditaire de la faute. Elle lui permet de rendre compte de cette croyance universelle sur laquelle il s’attarde dans le premier et le second <span style="font-style:italic">Entretien</span> de ses Soirées, à savoir que «tout être qui a la faculté de se propager ne saurait produire qu’un être semblable à lui» (IIe Entretien). Pour Maistre, il s’agit d’une «règle écrite sur toutes les parties de l'univers», en sorte que, «si un être est dégradé, sa postérité ne sera plus semblable à l'état primitif de cet être, mais bien à l'état où il a été ravalé par une cause quelconque». Pour Antoine Compagnon, cette conception qui renvoie à celle de la concupiscence, héritée de saint Augustin, est contestable en ce qu’elle ruine l’ «unicité du péché originel» (1). Il se réfère à un article du <span style="font-style:italic">Dictionnaire de Théologie catholique</span> : «Ainsi conçu, juge l’auteur, le péché originel se développe dans des proportions effrayantes, puisque c’est un héritage qui s’augmente de génération en génération». Pourtant, c’est moins dans la tradition chrétienne que dans le texte de la Genèse que nous pouvons trouver une confirmation des vues de Joseph de Maistre sur l’importance de l’hérédité dans la transmission du mal physique et moral. Il suffit de se reporter à la remarquable exégèse croisée de deux versets de la Genèse par Albert Frank-Duquesne, parue dans <span style="font-style:italic">La Pensée Catholique</span> en 1951 :        <br />
              <br />
       « On sait que la tare adamique, l'humaine incapacité par rapport au monde surnaturel, se transmet par la communication même de la vie. Chacun de nous, lorsqu'il est conçu par ses parents, ce n'est pas une nature improvisée, spécialement créée de toutes pièces à son usage, qu'il reçoit en partage, mais une humanité déjà “marquée”, déterminée, qui lui vient du fond des âges, charriant sur son parcours tous les apports successifs des ères post-lapsaires. Les faits moraux et psychophysiologiques – amour familial, hérédité, etc. – attestent que la vie des hommes est une, et dans tous les domaines, à commencer par ceux qui sont spécifiquement humains, et transmise de génération en génération […]. Cette conception, la Genèse la confirme de façon frappante : elle commence par nous révéler qu'Adam a été créé “comme le reflet de Dieu et pour Lui devenir de plus en plus semblable” (Gn 1, 26) ; mais elle nous dit ensuite qu'Adam déchu engendra Seth “comme son propre semblable et pour devenir de plus en plus son reflet” (Gn 5, 3). Il vaut la peine de comparer la structure de ces deux textes. Dans le premier, l'<span style="font-style:italic">ombre</span> ou <span style="font-style:italic">reflet</span> (comme dit l'hébreu), l'<span style="font-style:italic">image</span> (comme s'expriment le grec des Septante et le latin de la Vulgate), est donnée, une fois pour toutes imprimée : Dieu retrouve toujours en l'homme ce qu'Il y a mis de Lui-même – “son esprit”, dit la Genèse (2, 7 et 6, 3), c'est-à-dire sa spiritualité, sa nature d'esprit, en ce qu'elle a de communicable à la créature – mais la <span style="font-style:italic">ressemblance</span>, le “devenir ce qu’elle est”, comme dit saint Ambroise, l'“actuation” de tout ce qu'implique l'“image”, c'est affaire de réalisation graduelle, d'effort, de mouvement, non plus d'état, mais d'action : cela doit se conquérir (2). Or, nous ne sachions pas qu'on ait jamais observé l'inversion du binôme image-ressemblance dans Genèse 5, 3, où Adam, déchu, engendre un fils chez qui, dès la conception, se trouve comme un état, comme une seconde nature, la <span style="font-style:italic">ressemblance</span> de la condition tarée, alors que l'<span style="font-style:italic">image</span>, ou condition première, essentielle, doit être à son tour conquise, ou plutôt recouvrée, par l'effort et l'action. Mais le mouvement subversé, inverti, transmis à Seth par Adam, cette tendance active, cette propension dynamique, en acte, qui désorbite l'homme quant à Dieu, c'est ce que le vocabulaire appelle la <span style="font-style:italic">concupiscence</span>, qui est à la <span style="font-style:italic">tare originelle</span> ce que la <span style="font-style:italic">ressemblance</span> divine est à l'<span style="font-style:italic">image</span>. Elle passe du père au fils par le truchement de la conception.» (3)       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/4877234-7275243.jpg?v=1351706731" alt="Le Portrait de Dorian Gray (Oscar Wilde)" title="Le Portrait de Dorian Gray (Oscar Wilde)" />
     </div>
     <div>
      Cette solidarité dans le mal qui est l’envers ténébreux de la communion des saints a trouvé dans certaines œuvres littéraires une illustration particulièrement saisissante. Elles seules parviennent à nous faire pressentir toute la réalité angoissante de cette <span style="font-style:italic">communio peccatorum</span> occultée par la théologie moderne. Le narrateur d’<span style="font-style:italic">Aurélia</span>, le dernier texte de Nerval, exprime cette pensée où se décèle l’influence de Maistre. Comme beaucoup de grands auteurs du XIXe siècle, Nerval a lu et médité l’œuvre profonde du théoricien de la contre-révolution : «Notre passé et notre avenir sont solidaires, écrit-il. Nous vivons dans notre race et notre race vit en nous».         <br />
       Nous retrouvons cette problématique inaugurée par Maistre dans un grand classique de la littérature, <span style="font-style:italic">Le Portrait de Dorian Gray</span> d’Oscar Wilde. Certains passages du roman pourraient être lus à la lumière de la philosophie maistrienne. Aucun critique, semble-t-il, n’a perçu la communauté des vues. Sur le lien entre la dégradation spirituelle et morale et la déchéance physique, les parentés sont évidentes. Malgré ses errements, Wilde avait gardé un sens aigu du péché, une espèce d’horreur sacrée, héritée du catholicisme, devant sa puissance de dissolution. Alors que le portrait de Dorian peint par son ami Basile Hallward porte l’empreinte de sa conduite dissolue, les stigmates de ses vices, son visage, lui, selon le vœu qu’il a prononcé, reste mystérieusement intact. En effet, le portrait à peine achevé, il avait exprimé le vœu insensé de rester jeune tandis que le portrait vieillirait à sa place : «Sa beauté ne s’altérerait pas. La toile seule assumerait le fardeau de ses passions et de ses péchés».        <br />
              <br />
       Dans la doctrine traditionnelle de l’art pictural, le portrait a pour fonction de rendre l’essence du personnage, bien plus que la ressemblance extérieure, c’est-à-dire sa «forme pure», selon la formule scolastique, son «archétype» présent en Dieu. Cet archétype correspond à son image idéale, son <span style="font-style:italic">esse primum</span>, son être incréé et éternel. Dans le roman de Wilde, le tableau joue un rôle de révélateur. Mais ce qu’il lui révèle, c’est sa «forme» dégradée, son «image» souillée par le péché. Ce tableau maléfique qui le conduit vers les rivages de la folie inverse en quelque sorte la finalité assignée à l’art chrétien, dans son acception traditionnelle, dans l’art iconique par exemple. D’où la répulsion qu’il inspire à Dorian Gray. Il finit par percevoir en lui «le symbole éclatant de la dégradation par le péché, de la ruine de l’âme».        <br />
       Plus tard, arpentant une galerie de sa maison de campagne, il s’attarde devant les portraits de certains de ses ancêtres, dont, insiste-t-il, le sang coule dans ses veines : «La psychologie de ceux qui conçoivent le Moi comme une réalité simple, immuable, sûre, d’une essence unique, lui semblait primitive. L'homme était pour lui un être riche d’une myriade de vies et de sensations, une créature multiforme et complexe qui porte en elle d'étranges héritages de pensées et de désirs; les monstrueuses maladies des morts ont corrompu sa chair». Face au portait de son aïeul Philipe Herbert, il s’interroge : «Quel germe étrange et empoisonné s'était-il donc transmis jusqu'à lui de génération en génération ?» Il passe d’un portrait à l’autre, chacun d’eux formant une part de cet héritage de vice, de mensonge et de honte qui empoisonne son être. Wilde annonce ici Bernanos qui a créé, avec Mouchette, un personnage que l’hérédité du mal ronge comme une bête intérieure et malfaisante. Tout ce mal, personnifié par des parents proches ou lointains dont Bernanos souligne la hideur morale, finit par se cristalliser en elle, en son âme d’enfant, éprise d’absolu : «Partout le péché crevait son enveloppe, laissait voir le mystère de sa génération : des dizaines d’hommes et de femmes liés dans les fibres du même cancer et les affreux liens se rétractant, pareils aux bras coupés d’un poulpe, jusqu’au noyau du monstre même (…) dans le cœur d’un enfant» (4).       <br />
              <br />
       Wilde et Bernanos, écrivains opposés sur bien des plans, donnent raison à Maistre sur un point sujet à controverse de la doctrine du péché originel et de ses suites funestes. Pour le comte, l’hérédité qui choque la raison humaine ne fait que répéter le péché originel dont elle est une preuve implicite. Maistre, de surcroît, a insisté, avant les sophiologues russes et catholiques, sur l’amplitude cosmique de la Chute produite par la prévarication adamique : «La note tonique du système de notre création ayant baissé, toutes les autres ont baissé proportionnellement, suivant les règles de l’harmonie. Tous les êtres gémissent» (IXe Entretien).       <br />
       [...]       <br />
              <br />
       (1) Voir son étude sur les <span style="font-style:italic">Antimodernes</span> parue chez Gallimard.       <br />
              <br />
       (2) Genèse, 1:26. Cette traduction, affirme Frank-Duquesne, «tient compte des nuances de l’Hébreu, d’après les interprétations targoumiques (les Pères grecs se sont inspirés de ces vues pour leur anthropologie biblique)». Sur les diverses acceptions patristiques de l’ «image» et de la «ressemblance» ou «similitude», le lecteur se reportera avec profit aux études de la théologienne orthodoxe Myrra Lot-Borodine, plusieurs fois mentionnées par Frank-Duquesne dans ses ouvrages. Les Pères distinguent en effet entre l’ «image» et la «ressemblance». Ils ont conçu la première comme une réalité donnée, «inamissible». Quant à la «ressemblance» (<span style="font-style:italic">similitudo</span>), ils la considèrent comme un germe, une «virtualité à réaliser» (cf. Lot-Borodine, <span style="font-style:italic">La Déification de l’homme</span>, Cerf, 2011, p.201)        <br />
              <br />
       (3) Albert Frank-Duquesne, «L’Éternelle actualité du problème juif», <span style="font-style:italic">La Pensée Catholique</span>, n°18, octobre 1951, p.53-54 ; réédition aux Editions de Sombreval, 2009.       <br />
              <br />
       (4) Bernanos, <span style="font-style:italic">Sous le soleil de Satan</span>, coll. Pléiade, 1961, p. 204.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>https://www.sombreval.com/Le-Portrait-de-Dorian-Gray-Oscar-Wilde_a734.html</link>
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   <title>Nouvelles recherches et traductions</title>
   <pubDate>Sun, 14 Oct 2012 20:32:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/4812472-7194711.jpg?v=1350239908" alt="Nouvelles recherches et traductions" title="Nouvelles recherches et traductions" />
     </div>
     <div>
      Après une période de pause, je vais accélérer mes recherches sur Frank-Duquesne qui vont entrer dans une phase nouvelle. Parti de presque rien, de quelques références, des livres édités, j’ai réussi à rassembler l’essentiel de l’œuvre publiée et non publiée de l’auteur, qui deviendra dans quelques années une référence incontournable pour maints chrétiens, je n’en doute pas. Un historien belge va mettre gracieusement à ma disposition un certain nombre de textes, de conférences, de lettres et le dernier livre achevé de Frank-Duquesne, encore inédit : <span style="font-style:italic">Jésus, cet Homme. Phénoménologie de l’Incarnation</span>. Du fait de ses recherches historiques, portant sur l’Orthodoxie en Belgique, il avait pu rassembler, il y a une trentaine d’années, l’ensemble de ces documents, le reste ayant été capté par le neveu de Frank-Duquesne qui escomptait monnayer plus tard la production de l’auteur qui avait acquis une certaine notoriété de son vivant dans le milieu catholique et même au-delà (il avait publié <span style="font-style:italic">Création et Procréation</span> chez les Editions de Minuit, avec le soutien de Jérome Lindon). S’il avait pu pressentir la rupture épistémologique (1) qui commençait à s’opérer dès les années 50, il aurait sans doute perçu, d’une manière même très confuse, combien ses espoirs étaient vains. L’appât du gain  se conjugue bien souvent avec l’imbécilité la plus profonde. Du coup, le manuscrit de la <span style="font-style:italic">messe contemplée</span>, qui avait tant frappé Claudel, n’a pu échapper au naufrage. Mais encore une fois je ne désespère pas de mettre la main dessus.        <br />
       Une autre personne, M. Paul, avec qui j’avais pu entrer en contact, m’avait adressé il y a quelques mois plusieurs textes, dont le cycle de conférences retraçant l’ «odyssée spirituelle» de l’auteur. Celles-ci s’avèreront précieuses dans le cadre d’une biographie plus détaillée que j’aimerais bien pouvoir réaliser un jour.        <br />
              <br />
       Enfin, je signale que des traductions de Frank-Duquesne viennent de voir le jour. D’abord en russe, grâce au travail d’Alexei qui maîtrise parfaitement la langue française. J’échange régulièrement des mails avec  ce russe chrétien. Il m’informe ainsi de nouvelles traductions, dont l’essai <span style="font-style:italic">Ce qui t’attend après ta mort</span>, traduit dans son intégralité : <a class="link" href="http://eshatos-lib.ru/files/Frank-Duquesne-mort">Voir la page</a>        <br />
       Enfin en espagnol, Jack Tollers vient de publier son monumental <span style="font-style:italic">Catena Argentea</span>, qui, sur le modèle de la <span style="font-style:italic">Chaîne d’or</span> de saint Thomas d’Aquin, compile les citations de plusieurs penseurs du XXe  siècle, lesquelles composent un commentaire complet de chaque verset de l’Evangile de saint Jean. Y figurent de nombreux fragments de l’œuvre de Frank-Duquesne, issus de textes publiés sur Sombreval.com : <a class="link" href="http://www.smashwords.com/books/view/235715">Voir la page</a>        <br />
       L’ouvrage de 1058 pages est disponible en de nombreux formats, dont PDF, e-pub, Kindle etc…          <br />
              <br />
       (1) Sur cette rupture, on pourrait par exemple se référer à l’historien Etienne Fouilloux qui, dans un texte datant de 1992 et consacré au recueil <span style="font-style:italic">Satan</span>, publié par les Etudes Carmélitaines, et dans lequel Frank-Duquesne avait publié ses <span style="font-style:italic">Réflexions sur Satan en marge de la tradition judéo-chrétienne</span>, livre des réflexions quelque peu simplistes qui suffisent à attester les insuffisances de l’historicisme et de la critique rationaliste dans l’appréhension et l’intelligence des textes bibliques et tout bonnement de la foi chrétienne. Notant d’abord, à propos de Lucifer, que «ce personnage ambigu en ses diverses apparitions bibliques a stimulé jusqu’au délire les imaginations occidentales», il conclut : «Au temps de l’optimisme conciliaire, Satan s’est retourné aux ténèbres extérieures : dans une foi fondée sur la Personne du Christ, victorieux de la Mort elle-même, la crainte de l’Adversaire s’est évanouie avec bien d’autres aspects de la religion antérieure (?) S’achève alors sous nos yeux ou presque, le passage d’un christianisme de la peur à un christianisme de l’amour, qui est l’un des faits majeurs de l’histoire religieuse occidentale aux temps moderne et contemporain». Mais de cet optimisme conciliaire, pourrions-nous répondre, qu’en reste-t-il ? Beaucoup de désillusions, à coup sûr, et si le regain de faveur que connaît l’œuvre de Frank-Duquesne chez des jeunes chrétiens peut s’expliquer par la fraîcheur stimulante qui se dégage de ses écrits, peu fréquente dans des ouvrages à visée théologique, un autre facteur doit être pris en compte. Nombreux sont ceux en effet qui ressentent le besoin d’ancrer leur foi sur les fondements solides de l’Ecriture inspirée et de la Tradition qu’on ne saurait circonscrire, à la manière de certains traditionalistes, aux seules limites du catholicisme post-tridentin.        <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   </description>
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   <link>https://www.sombreval.com/Nouvelles-recherches-et-traductions_a733.html</link>
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   <title>Suis-je un vivant ou un mort ?</title>
   <pubDate>Sun, 01 Jan 2012 23:21:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Textes]]></dc:subject>
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        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/3599385-5210284.jpg?v=1325457347" alt="Suis-je un vivant ou un mort ?" title="Suis-je un vivant ou un mort ?" />
     </div>
     <div>
      Ce passage est extrait de l’essai intitulé <span style="font-style:italic">Le Dieu vivant de la Bible</span>, disponible en intégralité, en version pdf, dans le <a class="link" href="http://www.sombreval.com/afd-project/Le-Dieu-vivant-de-la-Bible-Texte-entier_a12.html">Fonds Frank-Duquesne</a>. J’en recommande vivement la lecture.       <br />
              <br />
       Il est difficile de définir la vie ; Bichat y voyait, il y a plus d'un siècle, «l'ensemble des forces résistant à la mort». Ce n'est pas une lapalissade. Il suffit, en effet, de jeter un coup d'œil sur la nature et sur nous-mêmes pour perdre toute illusion sur la prétendue facilité de la vie. La faim, la soif, la fatigue, le sommeil et la mort ne s'attaquent pas au corps seulement. <span style="font-style:italic">Facile descensus Averni</span> : la descente aux enfers est facile — disait Virgile il y a 2.000 ans. Cette constatation est le pain quotidien de notre expérience. Pour peu que nous nous laissions faire, nous aussi manifesterions cette «dégradation de l'énergie», dont la physique moderne nous affirme l'inéluctable fatalité. La loi des choses, ce qui leur est le plus «naturel» et le plus normal, c'est l'inertie, le repliement sur soi-même, la stagnation. Ce repos d'inaction dans la mort, nous n'y échappons physiquement, durant quelques années, que par de perpétuels artifices : nourriture, vêtements, soins de tout ordre. A la longue, la résistance elle-même nous fatigue et, malgré nous, notre organisme s'abandonne. Il nous échappe et nous trahit. Au désert, quand souffle le simoun, les chameaux se cachent la tête dans le sable et attendent la mort. Ainsi nous-mêmes, en cette région obscure et profonde où nos penchants et nos tendances s'élaborent à l'insu du Moi conscient, nous aussi nous détendons pour le sommeil final. D'un ami décédé, Goethe disait qu'il était mort «parce qu'il n'avait plus le courage de vivre». Le <span style="font-style:italic">courage</span>, parce que, pour vivre, <span style="font-style:italic">il faut lutter</span>.       <br />
       Il en est de même pour la vie intellectuelle et morale. Nos facultés s'estompent et nous n'y pouvons remédier. Nos forces passionnelles, après avoir réalisé le mal ou le bien, se dissipent et, trop souvent, nous baptisons <span style="font-style:italic">sagesse</span> et <span style="font-style:italic">patience</span> ce qui n'est qu'<span style="font-style:italic">impuissance</span> et résignation. Pendant quelques années, l'homme le plus fort s'agite et s'évertue. Certes, il extériorise son Moi par son œuvre. Mais, qu'il soit artiste, philosophe, homme d'État ou tout bonnement père de famille, il n'a pu que transmettre une vie qu'il a lui-même reçue, vie d'ailleurs partielle et précaire, sans aucune garantie d'indépendance et de pérennité. Au fond, nous ne cherchons à nous perpétuer extérieurement — par l'œuvre d'art, l'action politique ou la procréation — que parce que nous sommes intuitivement certains, avertis par un irrécusable instinct, que nous ne sommes pas capables de nous perpétuer <span style="font-style:italic">nous-mêmes</span>.       <br />
       Nos personnes, nos institutions, nos civilisations s'effritent et redeviennent poussière. Et, pendant les quelques années passées ici-bas dans l'antichambre de la mort — qui donc a dit que tous les hommes sont des condamnés à mort en sursis ? — nous ne cessons pas de mourir à chaque instant.       <br />
       L'Eternel est la seule réalité permanente. Tout ce qui va et vient, tout ce qui passe, tout ce qui se mesure et s'évalue, tout ce qui naît, croît et meurt, tout ce que nous empruntons au monde extérieur à titre précaire et variable, tout cela n'a pas de réalité profonde, et, si c'est uniquement pour cela que nous vivons, nous sommes pareils à ces tristes héros des légendes médiévales, qui vendent leur âme au Diable pour des pièces d'or, et qui découvrent tôt ou tard que cet or s'est transformé en feuilles desséchées. Nos vies — même les plus pauvres en biens matériels, et les plus désolées, les plus frappées par la malchance — seraient autrement sereines, paisibles, heureuses, si, tout en goûtant des biens temporels que notre Père céleste a créés pour que nous en jouissions, nous usions de ces biens tout en sachant que ce ne sont que des ombres, que des masques, des paravents éphémères derrière lesquels nous attend, immobile et patiente, l'éternité vivante de Dieu.       <br />
              <br />
       Nous autres, qui nous croyons vivants, qui nous imaginons avec une puérile vanité plus réels, plus actifs que les morts, que ceux que NOUS appelons les morts — et qui nous dit qu'eux, les défunts, ne nous appellent pas, nous autres, les MORTS ? — nous donc, qu'est-ce que nous cherchons à travers toute notre vie ? Quel en est le suprême idéal, le but stable et permanent, l'orientation profonde ? Le pôle commande les mouvements de l'aiguille aimantée : quel est notre pôle ? Est-ce la Source éternelle, inépuisable, de la Vie, d'une Vie dont les formes et les apparences, les expressions et les fruits peuvent varier, mais qui, de plus en plus, se rapproche de Celui qui est Lui-même la Vie vivante ? Est-ce, au contraire, ce que l'Ecriture Sainte appelle le Rien, la Bagatelle, l' «image de ce monde qui passe» ? De quel côté sommes-nous, nous autres ? Du côté de la Vie réelle, indestructible, victorieuse, ou du côté des fantômes, des apparences, des pauvres possessions qui se dissipent dans nos mains : argent, vanité, sensualité ? De quoi nos existences terrestres sont-elles faites ? Sont-elles des êtres de chair et d'os, rendant au toucher un son «plein» — ou des imitations empaillées, qui résonnent «creux» ? Nous qui mourrons bientôt — car le temps fuit de plus en plus vite — nous qui devrons tout abandonner, nous sentir un jour basculer au bord du noir abîme, sommes-nous inscrits au Livre des Vivants, irons-nous, comme dit un Psaume, dans la Terre des Vivants, ou bien sommes-nous destinés au grand égout des âmes, à la poubelle spirituelle ? Que valons-nous ? Que sommes-nous, maintenant, en cet instant même ? Des vivants ou des morts ?       <br />
       Et qu'est-ce donc que la Mort ? Est-ce uniquement cette dissociation périodique des formes matérielles servant, dans le monde physique, de point d'appui physique à nos âmes spirituelles ? Non. Car nous mourons à chaque instant. D'une mort physique et d'une mort morale. Chaque fois que les infirmités de la Chair, que les paralysantes lourdeurs et lenteurs de la Matière portent atteinte au jaillissement créateur de la Vie, chaque fois que la Vie est blessée au flanc, la Mort triomphe, frappe et sévit.       <br />
       La peur, le doute, l'angoisse, la méfiance, l'envie, l'avarice, l'égoïsme, toutes déficiences qui mutilent et parfois brisent l'élan de la Vie féconde en actes, en réalisations — tout ce qui paralyse notre rayonnement, notre expansion — tout ce qui nous contracte, nous dessèche et nous pétrifie : ce sont des offensives de la Mort.       <br />
       L'énigmatique épouse de Loth, dans l'Ancien Testament — cette femme hantée par son passé, pétrifiée par les visions de ce passé dont elle s'emplissait le regard avec l'épouvante de ceux qui n'attendent aucun Rédempteur — elle ne pouvait plus avancer, se délivrer, marcher de pair avec les vivants : elle semblait vivre et c'était une morte !       <br />
       Et précisément parce que la santé physique suit souvent pas à pas la santé morale, nos lassitudes et nos décrépitudes — qui surviennent à chaque instant dans nos existences terrestres — marquent comme un sillage matériel nos périodes d'abandon, de défaite, de lâcheté, de trahison : «Je m'approcherai de l'Autel de Dieu», dit un Psaume, «du Dieu qui sature de joie mon cœur rajeuni!»       <br />
       Vivre, c'est se créer sans cesse soi-même moralement, avec l'aide de ce Dieu qui nous redonne à chaque instant, proclame un autre Psaume, «la jeunesse de l'aigle». Vivre, c'est — comme un fleuve magnifique charriant à la fois, dans ses alluvions, la boue et les pépites d'or — avoir tellement en vue le But, le But seul — ce But sacré, divin, dont Jésus dit qu'il est l'Unique Chose Nécessaire — qu'on se soucie de moins en moins des choses mortes et vides, des coques desséchées du passé, des hochets et des vanités, des masques et des apparences, pour se donner corps et âme au devoir et à la joie de faire, d'agir, de créer, de mettre sur pied des œuvres profitables à nos frères, de laisser derrière nos existences terrestres un tel sillage de bonnes œuvres, que ceux qui les considèrent en rendent grâces à Dieu. Vivre, c'est RENDRE GLOIRE A YAHWEH.       <br />
       A cette vie vécue, empruntée, participée, vie reçue, comme dit saint Paul, vie toujours hypothéquée par l'inertie, le même Apôtre oppose la Vie qui se donne et se communique, la Vie-en-soi, éternelle et rayonnante, que, pour la distinguer essentiellement de la première, Ruysbroeck l'Admirable appelle <span style="font-style:italic">het levende Leven</span>, la <span style="font-style:italic">Vie vivante</span>. C'est la notion la plus positive qui soit. Insistons-y : cette vie énergétique, cette vie par elle-même douée de propulsion — le <span style="font-style:italic">perpetuum mobile</span> des Anciens, mais qui n'est perpétuellement en mouvement que parce qu'elle transcende le mouvement — ce n'est pas l'ombre de vie, l'existence — le mot lui-même veut dire : provenance, emprunt — ce n'est pas cette force, conditionnée et limitée, que nous recevons et ne sommes en état de garder que parce qu'On ne cesse de nous l'infuser, mais, dans son originelle et souveraine plénitude, l'océan sans rives de l'être. Cette vie diffusive de soi, c'est ce que nous dénommons l'<span style="font-style:italic">esprit</span>, le diffuseur de vie : <span style="font-style:italic">to pneuma esti to zôopoïoûn</span> (Jean, 6: 63), le <span style="font-style:italic">souffle</span>….       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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