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  <title>Sombreval</title>
  <description><![CDATA[Sombreval.com est un webzine catholique. Ses domaines de prédilection sont l’exégèse biblique, la littérature et la théologie.]]></description>
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   <title>Nissa la bella (Le Projet Fedorov, épisode 12)</title>
   <pubDate>Fri, 02 Sep 2016 17:55:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/10141485-16523235.jpg?v=1472832635" alt="Nissa la bella (Le Projet Fedorov, épisode 12)" title="Nissa la bella (Le Projet Fedorov, épisode 12)" />
     </div>
     <div>
      La Grande Mue s’est déjà produite. Le monde a été configuré à la mesure de la techno-science dominatrice. Voici maintenant arrivé le moment cyborg de l’humanité. Ce moment où l’on peut s’éprendre d’une jeune femme neuroprogrammée, s’assoir avec elle à une terrasse au bord de mer, les yeux fixés sur la traînée d’or laissée dans le ciel par les navettes filant vers Alpha du Centaure.       <br />
              <br />
       Nicolas S est resté plusieurs jours sans voir Laura. Il préparait son départ. Il préparait sa fuite. Inquiète de son silence, la Sœur de la Charité est venue lui rendre visite. Elle fait partie des rares personnes à connaître son adresse, avec l’instructeur des Chevaliers de Colomb et un Cardinal de la Curie romaine. C’est lui qui a mis à sa disposition le petit studio meublé qu’il occupe depuis plusieurs semaines. Nicolas S a déposé boissons et gâteaux sur la petite table au milieu de la pièce, une <span style="font-style:italic">Digitable</span> avec projecteur holographique intégré. Sœur Agnès s’est assise et a pianoté quelques mots sur le clavier virtuel. Soudainement une image est apparue au milieu de la pièce et des pages internet ont commencé à défiler sur le mur en face. Une grande image en 3D du fils Daudet surnommé le gros Léon à son époque, et des informations ayant trait à un phénomène courant de l’activité mentale : le rêve éveillé. Elle a downloadé une œuvre de Daudet, surligné quelques passages avant de les rétroprojeter sur différents pans du mur.        <br />
       - Qu’est-ce que le rêve, Nicolas ?  Vous allez peut-être me répondre qu’il s’agit d’un attribut du sommeil. Eh bien pas seulement car le rêve, comme l’explique notre auteur, est sans cesse mêlé à notre vie courante, même éveillée. Chez chacun de nous le rêve éveillé existe à l'état presque constant. Je le cite : il est «un passage continuel, à l'horizon mental, de lambeaux de souvenirs, d'images de toute sorte, elles-mêmes fragments de personnes héréditaires». Vous faites le rapprochement avec Laura ?        <br />
       - Je crois. Elle souffre d’une forme mutante du rêve éveillé, provoquée par la technique de la refabrication mémorielle. L’hérédité et la neuroprogramnation mettent en œuvre les mêmes mécanismes psychiques.        <br />
       - Oui mais ne séparez pas les deux processus. Que Laura ait été conçue naturellement ou artificiellement importe peu. Megan Garner reste sa mère.        <br />
       - Une mère dévoratrice, devriez-vous ajouter. Sa mère porteuse a loué son ventre, certes. Mais elle l’a portée dans sa chair pendant  tout le temps de la grossesse. Elle ne la connaitra jamais. L’autre…       <br />
       - Nous n’avons aucune information sur la conception de Laura. Il vaut mieux ne rien savoir. N’abordez jamais ce sujet avec elle. Megan Garner est sa mère. C’est la seule certitude à laquelle nous devons nous accrocher.        <br />
       Surpris par le ton sec et sévère de Sœur Agnès, Nicolas S est resté quelques instants silencieux. Puis il a lu à voix basse quelques passages des textes projetés sur le mur… <span style="font-style:italic">Notre mémoire est hantée par le spectre de nos ancêtres</span>… <span style="font-style:italic">Un ou plusieurs fantômes se superposent à notre personnalité et nous entraînent dans des directions que nous n’avons pas choisies, qui nous répugnent</span>… <span style="font-style:italic">La volonté peut modifier les phénomènes héréditaires, en agissant sur les images intérieures</span>. Sœur Agnès l’a alors interrompu :        <br />
       - Vous comprenez pourquoi il fallait intervenir très vite avec Laura et empêcher que le fantôme de l’actrice américaine ne prît le contrôle d’elle-même. Son atout maître, c’est sa force de volonté. Elle a toujours cherché à repousser les souvenirs et les images reliés à sa mémoire truquée. Car aucune contrainte, aucune technologie ne pourra jamais annihiler cette part libre et <span style="font-style:italic">intransmissible</span> de la personnalité, que Daudet appelle le <span style="font-style:italic">soi</span>, sorte de régulateur du rêve éveillé. Laura était prête au combat, depuis le commencement. Je l’ai seulement accompagnée. Et c’est à votre tour maintenant de l’aider.        <br />
       - Comment… comment ça ?        <br />
       - Vous l’aiderez et elle vous aidera.        <br />
       - Mais mon départ est proche, je vais partir…. Elle ne pourra pas…       <br />
       Sœur Agnès s’est tue quelques instants.       <br />
       - Mon cher Nicolas, je crois qu’une petite pause ne serait pas superflue. Et si nous sortions un peu ? Allons nous balader sur la Promenade des Anglais.           <br />
       - Malgré toutes les caméras de surveillance ? Vous savez bien que…        <br />
       - Le meilleur moyen de sa cacher c’est encore de se fondre dans la foule, de faire comme tout le monde. Quant aux caméras… si vous saviez…        <br />
       Nicolas S n’a pas compris le sens de ses paroles. A force d’insistance elle a fini par le convaincre de l’accompagner. Sa première sortie sur la Promenade...        <br />
       <span style="font-style:italic">Nissa la bella</span>, à jamais associée à Laura. Il partira et ne les reverra peut-être plus. La Ville, sa Baie des Anges et la jeune femme programmée. Ils ont marché. Sont-ce les caméras qui l’ont repéré ou lui qui les a repérées ? Il n’aurait su le dire. Elles sont partout. Cameras rotatives Gear 360, à peine visibles sur les palmiers ou bien en vue de tous sur des pylônes, tous les 50 mètres. Cameras bulles sur les façades des immeubles rescapés de la Belle Époque. Il a regardé avec fascination le ballet des drones survolant la Promenade, avec nanocaméras embarquées. <span style="font-style:italic">C’est dangereux mais c’est beau</span> s’est-il dit. Ils ont croisé des rocketskaters, des robocops, d’étranges anibots chargés du nettoyage de l’avenue et des plages, d’innombrables vacanciers qui n’ont pas changé de look depuis des décennies : style Quicksilver ou Bikini.        <br />
       ………....       <br />
       Sœur Agnès ralentit le pas depuis quelques minutes. Ils ont longé le Palais de la Méditerranée et se dirigent vers la Colline du Château. Au milieu du Quai des États-Unis elle s’arrête soudainement.        <br />
       - Voilà, nous allons nous quitter. Laura nous attend, près de la plage du Castel. Elle est assise sur une chaise, voyez là-bas, sur une de ces chaises bleues niçoises qui sont un peu le symbole de la Promenade. Vous allez l’inviter au restaurant, sur la plage ou dans la vielle ville. Nos chemins se séparent maintenant, vous comprenez ?       <br />
       Elle lui prend la main et la tient quelques instants. Puis elle s’éloigne, en direction de l’Église du Vœu. Que faire alors ? Nicolas S hésite à rebrousser chemin. Elle est là-bas, la jeune femme programmée. Sa silhouette se précise à mesure qu’il s’approche. Sa couleur de peau est celle de l’ambre ensoleillée. Elle porte un short bleu clair et un léger débardeur. Elle est brune et elle est belle…       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Jésus et la femme</title>
   <pubDate>Tue, 16 Aug 2016 14:11:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Textes]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/10041028-16317968.jpg?v=1471350277" alt="Jésus et la femme" title="Jésus et la femme" />
     </div>
     <div>
      Ce texte est un court extrait d’un manuscrit d’Albert Frank-Duquesne, datant de la fin des années 40, <span style="font-style:italic">Regards de Jésus-Christ</span> (sur Dieu, sur l’homme, sur le péché). Le christianisme a tellement modifié la pensée des hommes, il a tellement rénové, refaçonné la notion même que nous avons de la femme, qu‘il nous est devenu impossible d’imaginer son ancien statut et la révolution que le Christ lui a fait subir. Bien entendu dans les sociétés «chrétiennes» il y a eu des périodes de régression, ainsi que le montre Léon Daudet, véritable féministe avant l’heure, dans un essai intéressant et parfois amusant, <span style="font-style:italic">La Femme et l’amour</span> (1930). Le code civil napoléonien par exemple a maintenu les femmes (mariées ou célibataires) pendant longtemps dans un statut juridique très défavorable. Les sociétés occidentales n'ont pas toujours été christianisées en profondeur. Elles sont sans cesse exposées au retour du paganisme (et aujourd'hui à des idéologies rétrogrades, comme en témoigne la polémique sur le burkini).       <br />
              <br />
       «... L’attitude du Christ envers la femme a totalement modifié sa situation dans le monde. Impossible de ne pas s’en apercevoir si l’on a quelque peu étudié la société païenne dans l’Antiquité classique ou tout bonnement non-chrétienne d’aujourd’hui. Dans l’ancienne Grèce, Platon seul a protesté contre l’étrange morale qui passe tout aux hommes et fait  des femmes leur bétail (Lois, 8:341). Sans parler de l’esclave, assimilée aux objets, rappelons le rôle des courtisanes. Elles seules ont de l’instruction, de la culture. L’épouse, confinée dans le gynécée, vit dans une ignorance presque totale. Par contre, les prostituées constituent un corps social : à Corinthe, elles figurent officiellement dans les cortèges publics. Au centre du sanctuaire national, dans l’enceinte sacrée de Delphes, Phryné a sa statue. L’époux a sur l’épouse droit de vie et de mort. Laboulaye en donne de nombreux exemples dans ses <span style="font-style:italic">Recherches sur la condition des femmes dans le Droit romain</span> ; car, sous ce rapport, Rome s’est mise à l’école de la Grèce. On comprend le païen Caecilius reprochant à son interlocuteur chrétien, dans l’<span style="font-style:italic">Octavius</span> de Minucius Felix : «Vous nous avez imposé un Dieu gênant, un Dieu curieux, qui voit tout, nous regarde toujours et traite nos femmes comme nos égales». Écoutez le très vertueux Démosthène aux prises avec Isocrate : «Nous avons des hétaïres pour charmer nos loisirs, des courtisanes pour satisfaire nos besoins physiques, des épouses pour nous donner de jeunes citoyens et s’occuper de notre ménage». Et de nos jours, il y a la servitude islamique des femmes, la prostitution courante des fillettes par leurs parents en Extrême-Orient, la véritable excommunication sociale des veuves aux Indes… Sait-on qu’en 1948 les Juifs pieux récitent encore, chaque jour, cette prière : «Sois béni, Ô seigneur, notre Dieu, Roi de l’univers, car Tu ne m’as pas créé à l’état de femme» ? Quant à son épouse, elle doit remercier Dieu «de ce que Tu m’as créée selon ton insondable volonté», formule qu’une romancière israélite et contemporaine, Amy Levy, a corrigé comme suit : «Maudit sois-Tu, Ô seigneur, notre Dieu, car Tu m’as créé femme». C’est parce qu’il connaît ces prières juives, que saint Paul proclame à plusieurs reprises, et avec tant de vigueur, que, dans le Christ Jésus, il n’y a plus mâle ni femelle (par exemple, Gal, 3:28). Un orateur grec de la même époque, Dion Chrysostome, rapporte les traditions misogynes des Tarsiotes, en particulier, l’obligation pour les femmes de ne sortir que voilées. Nous retrouvons chez l’Apôtre, natif de Tarse, ces préjugés antiféminins, jusques et y compris le port du voile à l’assemblée eucharistique. Mais, plus d’une fois, Paul puise dans la tradition du Christ un respect nouveau, absolument inconnu jusqu’alors, pour la fille d’Eve. Dans l’Évangile, en effet, la moindre allusion du Christ à la compagne de l’homme est pleine d’estime, de sympathie. Pas une seule fois, il ne met en garde contre elle, alors que l’Ancien Testament fourmille de réquisitoires. Les plus déchues rencontrent en Lui une stupéfiante tendresse. Car il possède le secret d’être à la fois pur et indulgent : sa pureté n’a pas besoin de protection ; elle est elle-même une force purifiant, une contagion de pureté. Certaines de ses plus délicieuses paraboles empruntent leur mise-en-scène au travail de la femme : leurs personnages balaient, font du pain, rapiècent de vieux vêtements, égarent l’argent du ménage, etc. Lorsque le Seigneur prédit la ruine de Jérusalem, Il s’attarde à plaindre les femmes enceintes et les mamans qui allaiteront en ces temps catastrophiques (Luc, 21:23 ; Matt, 24:19). Tout le monde sait la place que, dans le troisième Évangile, occupent les amies du Sauveur ; certains critiques se sont même demandé si, parmi les sources verbales dont se réclame saint Luc au seuil de son récit, il ne faut pas, en première ligne, situer ces femmes, et surtout Jeanne, l’épouse de khouza, intendant d’Hérode (Luc, 8:3).        <br />
              <br />
       L’attitude révolutionnaire de Jésus vis-à-vis de la femme éclate à toutes les pages du Saint Livre. Le respect de nos compagnes est, pour le Christ, une loi fondamentale de son royaume. Sous ce rapport, Israël avait connu deux traditions : la plus noble est représentée par des prophétesses comme Débora et Holda, bien supérieures à la Sibylle et à Velléda, par la «femme forte» au chapitre 31 des Proverbes, et par ces filles de Job à qui «leur père donna une part d’héritage parmi leurs frères» (Job, 42:15), chose unique, inouïe en Orient ! Joël prophétise, comme saint Pierre le rappelle à la Pentecôte, que l’Esprit de Yahweh descendra sur les filles comme sur les fils d’Israël, et que leurs charismes seront les mêmes. Au seuil de l’Évangile, cette tradition gynophile  trouve son expression la plus haute en la Très-Sainte Vierge. C’est à cette conception de la femme que se rattache le manifeste et profond respect que le Christ a témoigné à l’égard de toutes, même les plus déchues. C’est pourquoi Il accepte leur compagnie et leurs services au cours de sa carrière itinérante. Et voyez le mélange de juste sévérité, d’exquise courtoisie, de tendre bonhomie, et de familiarité sans l’ombre de vulgarité, qui préside à ses rencontres avec la Samaritaine et la femme adultère. Ce qui s’y trouve impliqué, c’est l'égale valeur spirituel des femmes et des hommes; mais quant à la nature de leurs fonctions respectives dans le cadre de la société, l’Évangile n'a pas dit un mot….»       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Regards de Jésus-Christ</span>, II, p.37-38 (Manuscrit)       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Cosmic Girl (Le Projet Fedorov, épisode 11)</title>
   <pubDate>Mon, 22 Feb 2016 16:26:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
   Can't you be my cosmic woman ? I need you, I want you to be my cosmic girl For the rest of time (Jamiroquai)     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/8993555-14273991.jpg?v=1456170962" alt="Cosmic Girl (Le Projet Fedorov, épisode 11)" title="Cosmic Girl (Le Projet Fedorov, épisode 11)" />
     </div>
     <div>
      Il est heureux que la presse à sensation n’ait jamais été informée de la présence à Nice de la mystérieuse jeune femme qui a prêté sa structure corporelle à Megan Garner. Le secret en effet a été bien gardé. Laura a quitté le centre neuropsychiatrique de l’hôpital Sainte-Marie depuis quelques jours. Les sœurs missionnaires de la Charité ont accepté de l’accueillir dans l’une de leurs institutions. Elle occupe maintenant une petite chambre dans un immeuble du Vieux-Nice appartenant à la congrégation. Nicolas S vient souvent lui rendre visite à la tombée de la nuit. C’est pour elle qu’il est revenu. Il limite au minimum ses déplacements pour éviter d’être repéré. Nul doute que les meilleurs agents de la <span style="font-style:italic">Life extension Corporation</span> sont déjà à ses trousses. Il sait qu’il n’est pas en sécurité à Nice, ville ultra-surveillée. Des milliers de caméras 360, équipées de morpho-analyseurs, balayent chaque quartier, chaque rue, en ses moindres recoins. Il est évident que l’organisation dispose des ressources technologiques pour se connecter à n’importe quel réseau de surveillance. Jusqu’à quand pourra-t-il échapper à ses traqueurs ? Le temps lui est compté et rien ne permet d’assurer que Laura puisse un jour sortir de son enfermement intérieur. Il se sent responsable de ce qui va advenir à la jeune femme. Car il lui a donné un nom. Pas n’importe lequel. Un nom nouveau, personnel, abolissant le nom-simulacre, sorte de monstre onomastique qui absorbe toutes ses forces vives. L’implant mémoriel connecté à son système nerveux la rend toujours sujette à des troubles dissociatifs. Elle est assaillie de manière récurrente par des pensées, des suggestions et des souvenirs intrusifs. Porteuse d’un fantôme psychique, elle va devoir apprendre à lutter, à le maintenir sous le contrôle de son esprit. <span style="font-style:italic">Compos mentis</span> disait le latin. Ce fantôme, généré par la technologie dite du nano-remplacement, n’a de cesse de la tourmenter, de faire défiler sur son écran mental des fragments de souvenirs non-vécus, des séquences parfois ininterrompues d’images, qu’elle ne parvient pas à juguler et ordonner. Les programmeurs ont eu tôt fait de constater l’échec de l’opération d’uploading. Ils ont conclu à la bio-incompatibilité de la nanostructure injectée dans son cerveau. C’est ainsi que jeune femme est devenue un rebut, sans identité propre, sans famille, vampirisée par sa mère donneuse mais aussi abandonnée par elle. Car Megan Garner, devenue adepte de spiritisme au soir de sa vie, a sans doute été déjà uploadée vers d’autres supports, «non matériels» cette fois. Les plus grandes firmes de technologie axent depuis longtemps leurs recherches sur le transfert de personnalité vers des ordinateurs ou des robots. Il est d’ailleurs probable que Megan Garner possède quelque part son avatar en trois dimensions qui lui permet d’entretenir sa mémoire chez ses descendants.        <br />
              <br />
       Une sœur s’est très vite prise d’affection pour elle. Elle s’appelle Agnès. Elle s’est installée dans une chambre contigüe à celle de Laura. Elle se décrit comme une revenante, qui a su échapper à la perpétuité du «rêve éveillée». On l’a souvent interrogée sur cette étrange expression, qui désigne un état ordinaire de l’être humain, susceptible de dégénérer en pathologie. Elle l’a empruntée à Léon Daudet, pamphlétaire truculent et vitupérant de l’Action Française au siècle dernier. On ignore souvent qu’il a publié des études scientifiques du plus haut intérêt sur le rôle de l’hérédité et de l’esprit dans l’homme. Le rêveur éveillé, c’est celui qui à tout instant est envahi par une pléthore de perceptions, de sensations, de sentiments, d'idées, et mû sans le savoir par ces protagonistes psychiques héréditaires que Daudet appelle les «personimages», ces habitants du moi. Il ne pouvait pas soupçonner à son époque la possibilité d’existence de personimages artificiels. Laura est habitée par le sien, programmé pour l’envahir tout entière et se substituer à elle.        <br />
       .............       <br />
       Les jours passent et les semaines aussi. La jeune femme ne se souvient toujours pas de son passé. Tout se passe comme si sa mémoire artificielle avait interféré dans sa mémoire individuelle, au point de la court-circuiter. Sœur Agnès la soutient à tout instant dans sa lutte intime. Elle l’aide à porter son fardeau, comme elle le faisait pour d’autres lorsqu’elle appartenait à la branche des coopérants souffrants de l’ordre des Missionnaires de la Charité. Elle la guide aussi afin qu’elle puisse se tenir en main. Elle lui apprend à devenir maîtresse d’elle-même, mais aussi à exercer sa volonté et son jugement lorsque son esprit est traversé par des pensées programmées. La neuroprogrammation a eu pour conséquence de décupler ses capacités métacognitives. C’est ainsi que le poison est devenu un remède. Sa pensée peut se déployer sur plusieurs plans à la fois. Sans même avoir à s’abstraire de son environnement, elle est capable de fixer son attention sur une chose précise et, simultanément, d’effectuer une plongée mentale visant à désobstruer son espace intérieur, sans cesse menacé par l’afflux d’images parasites. Elle s’adonne régulièrement à des exercices de double et même de triple focalisation afin de garder en toutes circonstances le contrôle de son personimage. Sa conscience s’éclaircit et elle commence à s’ouvrir au monde extérieur...        <br />
              <br />
       …. Nicolas S a amené la jeune femme dans une salle d’arts martiaux, qu’il fréquente le soir avec les  Chevaliers de Colomb, membres d’une organisation de bienfaisance réservée aux hommes. Il sait que le danger approche et il ne veut pas perdre la main. L’entraînement bat son plein. Un instructeur propose d’initier Laura aux rudiments du sport de combat. Tous les garçons se regroupent  autour du tatami. «Je vais appliquer la version douce» lui dit-il, le sourire en coin. Ce qui signifie : aucune frappe, aucun geste brusque, respect de la personne considérée dans sa totalité. Mais l’inattendu se produit. Laura esquive la tentative de saisie et d’un  balayage soudain le projette au sol. Décontenancé, le jeune instructeur décide une attaque de niveau 2 qu’elle repousse avant de lui asséner un chassé frontal cinglant. Personne ne comprend. Comment a-t-elle pu acquérir si jeune une telle maîtrise ? Cela a certainement à voir avec le programme qu’on lui a imposé en vue de la conformer à Megan Garner et, à travers elle, à la belle amazone de DC Comics. Les niveaux se succèdent et, à chaque fois, le jeune homme se retrouve au tapis. Il se dirige alors vers Nicolas S et lui dit, d’un ton amusé :       <br />
       - Tu ne m’avais pas dit que ton amie est encore en convalescence ? Franchement, parfois je regrette que notre organisation soit réservée aux seuls garçons. En tout cas les leçons de Kali Arnis, ça sera pour une autre fois, avec d’autres. Je n’ai pas envie de me faire battre à coups de bâton par une fille, aussi charmante soit-elle.        <br />
       - Je te le déconseille en effet       <br />
       - En tout cas elle a piqué ma curiosité. Elle fait partie de votre groupe, de la Confrérie ?        <br />
       Nicolas S reste un moment silencieux puis répond d’un ton hésitant :       <br />
       - Je ne sais pas encore.        <br />
       Il se retourne vers la jeune femme, le cœur serré. Quel sens pourrait-il donner maintenant à sa présence auprès d’elle ? Il est voué à pérégriner ici et à travers des essaims d’étoiles dont lui-même ignore encore l’existence. Il ne pourra jamais s’établir. Laura a repris possession de son identité, de son être véritable. Une nouvelle vie commence pour elle à Nice. Elle peut repartir à zéro. Il la regarde. Ses longs cheveux noirs déployés en cascade, l’harmonie de ses courbes, la force qu’elle dégage, font rayonner sa beauté sauvage, païenne. Les garçons papillonnent autour d’elle. Il va partir….          <br />
              <br />
       A suivre : Une nouvelle menace       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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