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  <title>Sombreval</title>
  <description><![CDATA[Sombreval.com est un webzine catholique. Ses domaines de prédilection sont l’exégèse biblique, la littérature et la théologie.]]></description>
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   <title>Déréliction du Christ en croix (Frank-Duquesne)</title>
   <pubDate>Sat, 09 Mar 2019 21:11:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Textes]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/31466633-29666897.jpg?v=1552225371" alt="Déréliction du Christ en croix (Frank-Duquesne)" title="Déréliction du Christ en croix (Frank-Duquesne)" />
     </div>
     <div>
      A l'approche de la Semaine Sainte, je publie ce texte d'Albert Frank-Duquesne, extrait d'un ouvrage inédit, resté à l'état de manuscrit : <span style="font-style:italic">Jésus, cet Homme. Phénoménologie de l'Incarnation</span>. L'auteur offre une méditation théologique profonde sur la quatrième Parole du Christ en croix, <span style="font-style:italic">Eli, Eli, lama sabachtani</span>, qui nous confronte au redoutable mystère de la déréliction.        <br />
              <br />
       J'ai effectué quelques coupes et retouches dans le texte pour en faciliter la lecture. Le manuscrit n'était pas prêt pour l'édition.         <br />
              <br />
       Ce texte est disponible en intégralité en version PDF : <a class="link" href="https://www.sombreval.com/docs/Dereliction_du_Christ.pdf">cliquez ici</a>       <br />
              <br />
       <span class="u">Extraits</span>       <br />
              <br />
       Quel chrétien n’a pas été bouleversé par ce cri tragique du Sauveur crucifié : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M’as-Tu abandonné ?» Il semble bien que nul ne se soit jamais demandé pourquoi Jésus-Christ parle au passé, non pas au présent… «Pourquoi M’as-Tu abandonné ?» – Non pas : pourquoi M’abandonnes-tu (maintenant) ? La déréliction est sans doute arrivée à son point culminant : n’aurait-elle point commencé à Gethsémani ? Les prodromes n’en sont-ils pas tels propos attristés, presque découragés, tenus durant la Cène, voire le jour même des Rameaux ou le lendemain, le «trouble» dont Jésus avoue être saisi et bouleversé, dans Jean, 12:27 ? Au Jardin des Oliviers, près du pressoir annoncé par Isaïe, s’Il se dit accablé <span style="font-style:italic">jusqu’à la mort</span>, ne peut-on comprendre que son inexprimable tristesse va se prolonger, <span style="font-style:italic">crescendo</span>, littéralement «jusqu’à la mort, et la mort de la Croix» ?       <br />
              <br />
       Ce qui nous frappe d’abord, c’est le parallélisme, visiblement intentionnel, chez Marc et Matthieu (comme les «signes» chez Jean), entre l’abandon de la terre par le soleil, de la nature sensible par la lumière, et celui du Christ par <span style="font-style:italic">son</span> soleil et <span style="font-style:italic">sa</span> lumière. Déjà, dans le commentaire que le Livre de la Sagesse consacre aux trois jours de ténèbres infligés par Yahweh aux Égyptiens, la nuit physique apparaît comme une réalité symbolique, comme le «signe» du chaos spirituel, des ténèbres régnant dans les âmes pécheresses (Exode, 10:21-23 ; Sagesse, 17:2 jusqu’à 18:4)....       <br />
       Comme les trois jours de ténèbres en Égypte, du temps de Moïse, annonçaient à la fois l’obscurcissement des âmes, livrées à un esprit d’aveuglement (Rom, 11:7-10), d’obnubilation (1 Tim, 3:6), de séduction, Jérusalem et la Judée furent plongées de la sixième à la neuvième heure dans la plus épaisse des nuits. La nature manifesta son horreur et son deuil, sa sympathie à l’égard de son Maître, sa réprobation à l’égard des hommes, auxquels elle doit d’être asservie à l’illusion, au vain évertuement, au «vide», sans qu’il y ait de sa faute (Rom, 8:20). Comme elle avait pris part à la Nativité par un phénomène céleste, à toute la prédication messianique par la multiplication des «signes», à la Transfiguration par la Nuée, voici qu’elle participe au mystère de la Déréliction : elle « figure » les redoutables et mystérieuses ténèbres qui, depuis Gethsémani, remplissent l’âme du Christ, et dont le cri : <span style="font-style:italic">Eli, Eli</span>, avec tout ce qu’il comporte d’allusions au Psaume 21, semble annoncer que leur aube a pointé ; mais elle notifie aussi la mort proche de l’Homme-Dieu, le deuil du cosmos entier, toute la cécité spirituelle, à travers siècles et races.       <br />
              <br />
       (...)       <br />
              <br />
       Le Christ, «Fils bien-aimé, en qui (le Père) trouve sa parfaite complaisance», c’est-à-dire son Esprit, est «pendu au bois» à titre de Maudit, c’est-à-dire d’Homme, d’Adam, de vous et de moi. Le péché nous sépare de Dieu, nous arrache à son orbite, nous fait «enfants de l’aversion» divine. Prendre connaissance, gustativement, savoureusement, réellement – par une <span style="font-style:italic">réalization</span> totale, allant jusqu’au plus profond de l’âme, saturant jusqu’à la moelle de l’esprit, comme dirait l’épître aux Hébreux – de cette aliénation, de cet éloignement, de cet exil ontologique – tout comme le Christ devait, de même façon, <span style="font-style:italic">goûter</span> la mort, dit la même épître : en éprouver en Soi la plus secrète amertume et substance – voilà ce que signifie le fameux texte de 2 Cor, 5:21, qui nous montre le Juste, à toutes fins pratiques, <span style="font-style:italic">vu</span> pécheur par son Père, afin de pouvoir être traité en pécheur. En Pro-pécheur unique, par excellence. En Bouc émissaire du genre humain.       <br />
       «Yahweh a fait retomber sur Lui l’iniquité de nous tous» (Isaïe 53:6). Et Jésus accepte, pendant les trois heures indicibles, que toute l’horreur du péché L’écrase, s’empare de son âme humaine pour la saturer, prenne mystérieusement possession de toutes ses facultés humaines : «Il a Lui-même porté nos péchés en son Corps sur le bois ; afin que, morts (en Lui) au péché, nous vivions pour la justice» (1 Pierre, 2:24). S’identifiant à nous, prenant à sa charge toutes les iniquités commises depuis la création de l’homme jusqu’au Jugement Dernier, Il consent, pour nous en décharger, à devenir le «récapitulateur» par excellence d’une race pécheresse.        <br />
              <br />
       (...)       <br />
              <br />
       «La quatrième parole du Christ en Croix, dit le Père Faber, c’est l’écrin qui recèle le mystère du sacrifice propitiatoire». Jésus se retrouve seul, sans Père ni Mère, comme le note Louis Chardon, comme l’observent les meilleurs exégètes anglicans, comme nous l’avons démontré plus haut, croyons-nous, par le simple examen des textes évangéliques. Nous avons tous, depuis Adam : «Ce n’est pas moi, c’est la femme», abusé du commerce humain : Jésus meurt seul. Nous avons, tous, nés pharisiens, trafiqué, malicieusement abusé du commerce divin : Jésus meurt seul. Il a cherché qui L’aiderait, dit Isaïe. Mais personne ! Il a donc foulé seul au pressoir.        <br />
       En Lui, le péché s’est concentré, ramassé : puisqu’Il assumait, en sa toute sainte Personne, une nature pécheresse, Il a condescendu à cette infection. Toutes les iniquités du monde : passées, présentes, futures, non seulement elles s’offrent à son regard, elles pèsent sur Lui, mais encore elles L’envahissent, Le saturent jusqu’à la nausée, Lui le très pur, Lui le très saint ; et, cependant, Il en accepte l’affreux attouchement <span style="font-style:italic">intérieur</span>. Si, d’après saint Paul, qui s’unit à une prostituée devient avec elle une seule vie, que dirons-nous du Sauveur, qui a épousé l’iniquité, comme jadis les Prophètes, ses préfigures, prenaient dans leur lit, sur l’ordre de Yahweh, une fille perdue ? Quel dégoût, quelle horreur et répugnance, quel désespoir – n’étaient l’amour des pécheurs et la volonté de rendre gloire au Père – dans ce contact abominable, dans ces Noces sacrificielles de l’Agneau ! Il nous a sanctifiés en Lui, en acceptant, Lui en qui «le prince de ce monde ne possédait rien», et que «nul n’aurait pu convaincre de péché», d’être enlisé dans cette vase spirituelle, d’en avoir plein la bouche, plein les yeux, les oreilles, tout le corps, toute l’humaine sensibilité, l’imagination, le cœur, la pensée… et de tenir bon, de rester ferme au poste. Adam accepta de connaître le mal savoureusement par désir et jouissance ; Jésus, pour nous devenir un Pontife miséricordieux et fidèle, capable de sympathiser, de comprendre afin de guérir, accepta de connaître le mal, Lui aussi, savoureusement, mais par miséricorde et souffrance.       <br />
              <br />
       (...)       <br />
              <br />
       Aux hommes désorientés par l’isolement spirituel, la Déréliction apporte une révélation consolante, une force nouvelle, comme l’Ange de Gethsémani : ni la dépression d’esprit n’atteste irrécusablement, chez le fidèle, la présence du péché mortel ; ni Dieu n’est absent, parce que nos questions angoissées n’ont pour réponse que son «silence». Pourvu qu’en nous la volonté soit ferme, l’intention fidèle, l’aspiration permanente tournée vers Lui. Et, par ailleurs, Dieu répond normalement par des faits, non par des paroles, même intérieures. Toutes les afflictions – surtout spirituelles – toutes les angoisses et perplexités des âmes sous qui se dérobe le sol, Dieu les partage : «A travers toutes leurs angoisses, Yahweh S’est trouvé dans l’angoisse» (Isaïe, 63:9). Le prophète nous l’a <span style="font-style:italic">dit</span>, mais sur la Croix, le Fils de l’Homme nous l’a <span style="font-style:italic">montré</span> : toutes les désolations du genre humain, son âme humaine les a thésaurisées.  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>Mémoires de Louis Bouyer</title>
   <pubDate>Tue, 02 Jun 2015 14:52:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Livres]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/7860912-12201426.jpg?v=1433249759" alt="Mémoires de Louis Bouyer" title="Mémoires de Louis Bouyer" />
     </div>
     <div>
      J’ai lu il y a quelques semaines les <span style="font-style:italic">Mémoires </span> de Louis Bouyer (1913-2004), parues aux Éditions du Cerf. La plupart des chapitres ont été rédigées dans les années 80. Louis Bouyer appartient à cette lignée de théologiens qui a marqué profondément la théologie catholique du 20ème siècle. Certains de ses ouvrages font partie de mes lectures de référence, <span style="font-style:italic">Le Trône de la Sagesse </span>, <span style="font-style:italic">La Bible et L’Évangile</span>, ou <span style="font-style:italic">Sophia ou le monde en Dieu</span>, par exemple. Louis Bouyer est aussi un polémiste hors pair et je regrette que ne soit pas réédité <span style="font-style:italic">Décomposition du catholicisme</span> qui apporte beaucoup d’éléments permettant de comprendre la situation actuelle du catholicisme. Ses ouvrages sont parfois émaillés de jugements hâtifs, excessifs, sur tel point de doctrine (la doctrine de la <span style="font-style:italic">satisfaction</span>, par exemple, dont l’abandon a justifié toutes les subversions, aussi bien dans la théologie que dans la liturgie), ou sur tel écrivain (Bloy, à cause de son exaltation doloriste, ou Claudel dont il critique les qualités littéraires !!), tel prélat (Daniélou avec qui il a entretenu une relation houleuse à l’Institut Catholique) etc… Dans ses mémoires cette tendance est d’autant plus déplaisante que Louis Bouyer n’y apparait pas toujours sous son meilleur jour. Il ne nous épargne pas le récit de ses nombreuses amitiés, de ses voyages, de ses rencontres multiples, donnant de lui une image très mondaine. Le théologien n’est pas très à l’aise dans cet exercice autobiographique et il m’est arrivé de survoler plusieurs pages, d’un intérêt mineur.        <br />
              <br />
       Louis Bouyer  a été expert au Concile Vatican II, ce qui lui a permis d’être le témoin direct du sabotage de la liturgie. A la plus grande satisfaction des traditionalistes, il y confirme le rôle désastreux du fameux Annibale Bugnini, qui aurait toute sa place dans une légende noire du Concile (même le nom est évocateur). L’intérêt de ces <span style="font-style:italic">Mémoires</span> réside surtout dans les pages où Louis Bouyer relate, avec une ironie grinçante, les travaux de commissions où quelques experts auto-proclamés, profitant de l’esprit d’ouverture du pape Paul VI, sans savoir eux-mêmes ce qu’ils faisaient, ont contribué à détruire un héritage de plusieurs siècles. C’est la même technique que nous retrouvons aujourd’hui à l’œuvre dans certains milieux progressistes qui cherchent à influer sur le prochain Synode de la Famille, en constituant des groupes de pression, des commissions, parfois même au sein des paroisses. Ces commissions ne représentent qu’une minorité agissante, qui surestime son importance mais habile dans les manœuvres et la manipulation. Louis Bouyer a été un des plus farouches opposants, non pas de la réforme liturgique en tant que telle, dont il reconnaissait la nécessité, mais de ses dérives, devenues incontrôlables à la suite du Concile. Il faut souligner tout de même que Louis Bouyer a été un des artisans, un des promoteurs de cette réforme et que sa conception du «repas sacré», indissociable du sacrifice dans le Judaïsme, a pu favoriser cette confusion qui subsiste encore aujourd’hui dans la perception de la messe : s’agit-il d’un repas commémoratif ou de la réactualisation non sanglante du sacrifice unique du Christ ? S’appuyant sur l’histoire comparée des religions, il a montré dans <span style="font-style:italic">Eucharistie</span> que le lien entre banquet sacré et sacrifice est commun à de nombreux rites et maintes conceptions religieuses. Pour lui, la nature profonde du sacrifice religieux ne s’exprime pas dans l’oblation. Il est essentiellement un repas sacré. D’où ses nombreuses critiques de la théologie de la satisfaction, souvent radicales et qui remettent en cause certaines données fondamentales de la théologie eucharistique traditionnelle. A partir de la Contre-Réforme, afin de lutter contre l’influence des protestants, les théologiens catholiques auraient choisi selon lui de dissimuler dans la piété et la liturgie l’aspect de repas et de rehausser celui de sacrifice. Pour Bouyer, <span style="font-style:italic">le repas eucharistique est sacrificiel parce qu’il est mémorial</span> et il importe selon lui de revenir à la valeur fondamentale du sacrifice, telle qu’elle est mise en valeur dans l’Ancien Testament, qui est d’abord et avant tout un repas sacré. Les réformateurs ont opté pour le plus simple : la messe est maintenant réduite à un simple repas commémoratif, vidé de sa substance, à savoir le sacrifice. Dans quelle mesure Louis Bouyer a-t-il pu favoriser cette évolution ? C'est aux historiens du futur qu'il appartiendra de se prononcer.        <br />
              <br />
       Louis Bouyer, <span style="font-style:italic">Mémoires</span>, Éditions du Cerf, 336 pages, 2015.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.sombreval.com/Memoires-de-Louis-Bouyer_a750.html</link>
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   <title>La substitution mystique</title>
   <pubDate>Sat, 14 May 2011 23:14:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Articles]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/96067-137641.jpg?v=1289407242" alt="La substitution mystique" title="La substitution mystique" />
     </div>
     <div>
      L'idée de la substitution est au centre de la grande oeuvre du théologien catholique Urs Von Balthasar, <span style="font-style:italic">La Dramatique divine</span>. Elle est l'axe de sa sotériologie et renvoie au thème du «merveilleux échange», l'<span style="font-style:italic">admirabile commercium</span> par lequel le Christ a assumé nos fautes et nos déficiences en se substituant à nous. Elle est réfutée par la plupart des exégètes et des théologiens modernes qui, par souci d'adaptation aux mentalités contemporaines, préfèrent se focaliser sur des concepts moins controversés, comme celui de solidarité, dont l'emploi en sotériologie entraîne une atténuation évidente du caractère dramatique de la Passion. En outre tout ce qui ressortit au sacrifice est devenu étranger à la pensée moderne, comme le souligne le Cardinal Ratzinger, devenu Benoît XVI en 2005 : «Réparation («expiation») peut évoquer quelque chose dans le cadre des conflits humains et de la liquidation de la culpabilité régnant entre les humains, mais sa transposition au rapport entre Dieu et l'homme ne réussit pas. On ne peut plus se figurer que la faute humaine puisse blesser Dieu, et encore moins qu'elle aurait besoin d'une expiation pareille à celle que constitue la croix du Christ. Il en va de même de la substitution vicaire : nous ne pouvons guère nous représenter encore quelque chose là dessous, notre image de l'homme est devenue trop individualiste» (<span style="font-style:italic">Conférence aux journées liturgiques de Fontgombault</span>, <span style="font-style:italic">La Nef</span>, octobre 2001).        <br />
              <br />
       Bien qu'elle ne trouve pas sa place dans la réflexion théologique contemporaine, la substitution est confirmée par une tradition mystique, celle de la suppléance, que le grand orientaliste, Louis Massignon (1883-1962), fait remonter au treizième siècle, ce siècle qui a vu naître l'ordre des Mercédaires, dont les membres s'offraient aux pirates barbaresques pour la délivrance de leurs frères chrétiens captifs.        <br />
       L'échange de place est le fondement de la vocation victimale des «compatientes» célébrées par le spécialiste de la mystique musulmane dans son <span style="font-style:italic">Opera Minora</span> : «Le 13eme siècle écrit-il - où la chrétienté du Moyen-Age fleurit en des œuvres architecturales d'une beauté suréminente, les cathédrales qui crouleront un jour - doit nous attirer encore bien davantage par ses oeuvres de sainteté qui ne périront jamais : les âmes sanctifiées, véritables &quot;cathédrales invisibles&quot;, immortelles celles-là, où la compassion adorante et réparatrice de l'Eglise offre à Dieu toutes les misères de l'humanité souffrante, unies, dans des calices divinisés, à la Passion de Notre Seigneur Jésus» (1).        <br />
              <br />
       Sainte Christine l'Admirable, dont toute la vie fut marquée du signe de la Croix, inspira l'élan sublime de la suppléance. Depuis ce temps la fécondité de la vie réparatrice n'a cessé de se manifester chez les saints :        <br />
              <br />
       « Au dessus de sainte Catherine de Sienne s'avançant vers le condamné à mort pour l'étreindre et le consoler avant qu'il s'abandonne au bourreau de la justice, - voici Christine qui monte sur le gibet pour prier et souffrir aux côtés du criminel déjà étranglé, avide de ravir son âme à la damnation en s'associant à ses tortures physiques...Cette vocation de victime dont Christine l'Admirable est peut-être le premier cas intégral et exclusif en Chrétienté occidentale, s'est rencontrée depuis le XIIIeme siècle, de plus en plus fréquemment, en nos pays afin de contrebalancer, sans doute le poids croissant des iniquités commises. Dans le diocèse de Liège et son voisinage immédiat Meuse et Rhin, nous trouvons depuis : Christine de Stumbele (morte en 1312), Ida de Louvain (1300), Lidwine de Schiedam (1433), Marguerite van Valkenissen (1658 ), Marie Ock (1684), Anne Catherine Emmerich (1824), Louise Lateau (1883) toutes compatientes et réparatrices...        <br />
       «Pour achever de cimenter l'union de tous en son Eglise, Dieu incite des âmes de plus en plus fréquemment, à mener une vie de silencieuse offrande et d'expiation. Pour les y attirer, Il les visite dans la nuit et le secret  ; comme un voleur, Il perce à travers la paroi opaque qui les abritait. On croyait bien close la maison d'incrédulité, cimentée avec la richesse, l'homme mondain, le vain savoir,  mais voici, toutes portes fermées, quelqu'un qui paraît au centre, avec les instruments de sa Passion, les «Arma Christi» comme on disait au temps de sainte Christine l'Admirable, et ses cinq plaies ouvertes à cause de nos péchés...» (<span style="font-style:italic">Opera Minora</span>, p.637-639)        <br />
              <br />
       Il importe au chrétien de perpétuer cette voie de la substitution mystique ou de la compassion réparatrice. Il lui faut accepter toutes les souffrances physiques, morales, spirituelles qu'il plait à Dieu de lui envoyer pour participer au rachat et à la libération des âmes encore captives. «Mettre en jeu son âme pour ses frères, comme l'a fait le Seigneur lui-même écrivait Urs von Balthasar, ce n'est point pratiquer une forme héroïque d'amour qui trancherait sur la vie quotidienne de chaque jour, c'est l'alpha et l'oméga de cette vie».         <br />
              <br />
       Le personnage de Violaine dans <span style="font-style:italic">L'Annonce faite à Marie</span> est une élue de la douleur, une de ces «cathédrales invisibles» magnifiées par l'écriture si vibrante de Massignon. Elle incarne d'une manière parfaite la loi de substitution mystique. Pour obtenir le salut des égarés elle se fait victime expiatrice. Sa vie est alors traversée de souffrances atroces. A Mara qui lui demande à quoi peut servir une lépreuse aveugle, Violaine répond :       <br />
              <br />
       «Le mâle est prêtre, mais il n'est pas défendu à la femme d'être victime.        <br />
       Dieu est avare et ne permet qu'aucune créature soit allumée        <br />
       Sans qu'un peu d'impureté s'y consume,        <br />
       La sienne ou celle qui l'entoure, comme la braise de l'encensoir qu'on attise !       <br />
       Et certes le malheur de ce temps est grand.        <br />
       Ils n'ont point de père. Ils regardent et ne savent plus où est le Roi et le Pape.        <br />
       C'est pourquoi voici mon corps en travail à la place de la chrétienté qui se dissout.       <br />
       Puissante est la souffrance quand elle est aussi volontaire que le péché» (Paul Claudel, <span style="font-style:italic">L'annonce faite à Marie</span>)       <br />
              <br />
       De même, la loi de substitution, «cette merveille de la charité absolue, cette victoire surhumaine de la mystique» (Huysmans) sous-tend le thème principal de la pièce en vers de Mère Marie Skobtsov, <span style="font-style:italic">Anna</span>, qui s'apparente comme l'oeuvre de Claudel à un mystère médiéval. Dans son essai d'autobiographie spirituelle, Berdiaev esquisse en quelques traits le portrait de Mère Marie, moniale orthodoxe qui a combattu les injustices du siècle avec une énergie peu commune, morte en 1945 dans les chambres à gaz de Ravensbrück pour avoir sauvé des juifs, canonisée en février 2004 par l'église orthodoxe : «Parmi les nouvelles relations écrivait-il en 1947, il y avait la Mère Marie, déportée et morte en Allemagne. Je considère Mère Marie comme l'une des femmes les plus marquantes dans l'émigration russe. Son destin semble refléter le destin d'une époque. Il y avait en elle quelques-uns des traits qui nous séduisent chez les saintes femmes en Russie : tournée vers le monde, elle était avide de soulager la souffrance humaine. Elle avait l'esprit de sacrifice et d'intrépidité» (Buchet-Chastel p.353)        <br />
       Dans cette pièce Anna et Paula incarnent deux types de vocations. Selon Paula, «le moine doit oublier le monde et ses laideurs, rechercher la paix intérieure et prier en respectant scrupuleusement la sainte règle». Anna affirme le contraire : «Le monastère c'est le monde. Le moine est une pelle dans les mains du Divin Jardinier. Le moine est appelé à donner sa vie pour sauver son prochain». Exhortée par son évêque à assumer sa vocation, «Anna accepte de se charger des péchés d'un damné, sorte de Faust ayant passé un pacte avec le diable. Mourir pour les péchés qu'elle n'a pas commis est pour elle la forme la plus élevée de la charité. Très forte cette pièce attend toujours son metteur en scène» ( Hélène Arjakovsky-Klépinine, La joie du don, in <span style="font-style:italic">Le Sacrement du frère</span>, Cerf)       <br />
              <br />
       Article extrait de ma thèse sur la <a class="link" href="https://www.sombreval.com/Bibliotheque-numerique-Sombreval_a710.html">Réversibilité</a>       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>https://www.sombreval.com/La-substitution-mystique_a159.html</link>
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   <title>Des hommes et des dieux : magnifique</title>
   <pubDate>Mon, 11 Oct 2010 22:58:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/2405768-3371355.jpg?v=1289407173" alt="Des hommes et des dieux : magnifique" title="Des hommes et des dieux : magnifique" />
     </div>
     <div>
      Le réalisateur français, Xavier Beauvois, signe avec <span style="font-style:italic">Des hommes et des dieux</span>, un film à la fois puissant et profond. Eu égard à la production actuelle, rien ne laissait présager qu’un film aussi humble dans ses moyens d’expression mais d’une telle richesse de contenu pût voir le jour et atteindre un si vaste public.        <br />
       Au départ les moines nous apparaissent comme les témoins d’une vie mise au service d’autrui et de la vie communautaire. Ils rendent gloire à Dieu par leur présence priante, et accomplissent leur humble besogne en appliquant ce principe monastique : <span style="font-style:italic">Laborare est orare </span> (travailler est prier). On songe alors à cette pensée de Pascal : «Faire les petites choses comme grandes, à cause de la majesté de Jésus-Christ qui les fait en nous, et qui vit notre vie ». Loin des mirages produits par la raison désincarnée, les moines s’appliquent à suivre ce que sainte Thérèse de Lisieux appelle la «petite voie» dont le philosophe Marcel De Corte a rappelé la nécessité impérieuse pour notre époque et qui consiste à accepter <span style="font-style:italic">ce qui est</span>, notre nature concrète, ainsi que la vie dans ses obligations élémentaires. C‘est cette humilité existentielle que cherchait à atteindre sainte Thérèse à travers sa «petite voie» et qu’illustre avec beauté <span style="font-style:italic">Des hommes et des dieux</span>. Il n’est pas étonnant que le dogme de l’Incarnation soit en quelque sorte l’axe autour duquel  tourne le propos du film de Beauvois. Les moines, tout simplement, s’adonnent à ce que De Corte appelle la «glorification du banal réel, de notre pauvre activité journalière, terrestre», porteuse de germes d’éternité : «La tâche essentielle de l’homme, affirme encore Marcel De Corte, est de poursuivre l’élan natif de sa nature incarnée, à chaque instant de son existence terrestre… Sainte Thérèse a traduit jusqu’aux plus petites racines de sa vie – parce que l’homme doit justement commencer par là – le drame de l’Incarnation… Elle nous signale que le moindre geste de la vie ordinaire peut condenser en lui, en son existence éphémère, toute la lumière dévalant du ciel. Elle nous détourne aussi de l’orgueil de l’esprit qui, à l’en croire, – le pauvre ! – serait seul digne d’accueillir la Divinité. Elle relie la nécessité humaine, pur reflet de Dieu qui l’a créée, à la nécessité divine». 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      L’humble soumission des moines au réel, aux préceptes évangéliques de l’amour, du service, les rend d’autant moins aptes à affronter l’irruption de la barbarie, personnifiée dans le film par les groupuscules islamiques, voire par l’armée. Une sorte de lutte d’influence se joue entre les terroristes et les factions de l’armée gouvernementale, ce qui amplifie le chaos dans la région de l’Atlas. Les circonstances de la mort des moines et l’identité de leurs assassins restent donc encore mystérieuses. La mort de croates travaillant à quelques kilomètres du monastère inaugure une période de tension redoutable, rendue palpable dans le film, et qui va contraindre les moines à un choix déterminant pour leur vie : soit fuir, au risque de laisser le village où le monastère est implanté à l’abandon, soit rester, ce qui implique d’accepter le martyr. Certains, surtout les deux plus jeunes, reculent, se prononcent, lors de débats communautaires, pour le départ. Le scénariste s’est inspiré à l’évidence de certaines scènes des <span style="font-style:italic">Dialogues de Carmélites</span>, qui dépeignent la peur de sœur Blanche, encore novice et qui ne peut se résoudre à suivre les autres moniales sur le chemin du martyre. J’ai consacré plusieurs pages à cette pièce de Bernanos dans ma thèse sur la Réversibilité, à laquelle je vous renvoie (p.219-222). Pourquoi ces hésitations ? C’est qu’entre l’Incarnation et la Rédemption, il y a cette béance monstrueuse ouverte par le Mal. Certes, comme nous l’entendons proclamer lors de l’exsultet du Samedi Saint, la Chute nous a procuré le bonheur en nous valant d’obtenir un si grand Rédempteur : <span style="font-style:italic">Felix culpa </span> [Vraiment , comme le péché d’Adam était nécessaire, puisque c’est la mort du Christ qui l’a détruit ! Heureuse faute qui nous a valu un tel Rédempteur]. Mais peut-on inférer pour autant que si Adam, l’homme primitif, n’avait pas cédé à la tentation diabolique, le Rédempteur ne se serait pas incarné ? L’Incarnation devait-elle comporter éternellement la mort réparatrice et la Rédemption ? Cette problématique, Guillaume Pouget l’a exposée longuement dans ses dialogues avec Jean Guitton. Elle doit être reliée à la spiritualité franciscaine. Les moines, qui témoignent par leur vie de l’Incarnation, doivent donc affronter une réalité terrible, à laquelle ne les prédispose pas forcément la vie monastique, celle de la Passion du Christ, qui, comme l’écrit Zundel, est la révélation pathétique de l’amour de Dieu. C’est dans l’<span style="font-style:italic">imitatio Cristi</span> qu’ils trouvent la seule justification de leur vocation et de leur sacrifice qui la parachève. Contrairement à ce que maints critiques ont prétendu, <span style="font-style:italic">Des hommes et des dieux </span> n’est pas un film humaniste, dans lequel la dimension religieuse serait en quelque sorte voilée, laissant ouvertes toutes les interprétations, mythologiques, profanes ou autres. Si ce film est humaniste, c’est dans le sens où l’entendait un Maritain, celui de l’humanisme intégral, théocentrique, centré sur le Christ. <span style="font-style:italic">Des hommes et des dieux</span>, il faut insister sur ce fait, est un film profondément chrétien. Il n’y a pas d’apologie grossière de la foi. Mais la substance du message chrétien s’y trouve affirmée, avec toujours cette grâce légère qui est le propre de l’Esprit-Saint.            <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   </description>
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   <link>https://www.sombreval.com/Des-hommes-et-des-dieux-magnifique_a717.html</link>
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   <title>Le Pendentif croix Johnny Hallyday</title>
   <pubDate>Fri, 21 May 2010 10:41:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/2112464-2934181.jpg?v=1289407168" alt="Le Pendentif croix Johnny Hallyday" title="Le Pendentif croix Johnny Hallyday" />
     </div>
     <div>
      Pour à peine 40 euros, vous pouvez vous procurer sur le site dédié à Johnny Hallyday, ce superbe pendentif croix. Il s’agirait selon la réclame du «bijou fétiche de notre idole», l’idole des jeunes en personne.        <br />
       Le directeur artistique du disque <span style="font-style:italic">Les Prêtres</span> dont la haute spiritualité n'est pas sans évoquer Dufay, l’évêque du show-bizz, Mgr Di Falco, a été conquis par l’objet que le monstre sacré lui a présenté après un de ses concerts au Stade de France. Il y a vu sans doute l’expression d’un christianisme beaucoup plus fun et fidèle à l’esprit du Concile Vatican II, loin des pompes et de cette sacralité ennuyeuse dans laquelle certains catholiques nostalgiques, maurassiens et vichystes (nazis ?) cherchent à enfermer leur religion. Jésus est un hippie chantait Johnny dans les années 70. Aujourd’hui il est rock'n roll. Dans un lointain passé il était le grand prêtre de son sacrifice, immolant sur la croix son propre corps mortel comme victime propitiatoire. Théologie scripturaire qui n’est pas de nature à «allumer le feu» dans un stade de foot mais qui a nourri la spiritualité des chrétiens pendant des siècles.        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/2112464-2934182.jpg?v=1289407169" alt="Le Pendentif croix Johnny Hallyday" title="Le Pendentif croix Johnny Hallyday" />
     </div>
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     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Innocence et culpabilité (Métacortex III)</title>
   <pubDate>Sun, 28 Mar 2010 12:19:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator> Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Livres]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/1971140-2715975.jpg?v=1289407160" alt="Innocence et culpabilité (Métacortex III)" title="Innocence et culpabilité (Métacortex III)" />
     </div>
     <div>
      Le thème de l’innocence expiant pour les abominations du coupable hante, depuis Joseph de Maistre, la pensée catholique. Peu de temps avant d'entamer la lecture du grand roman de Maurice Dantec, <a class="link" href="http://www.sombreval.com/La-Reversibilite-selon-Maurice-Dantec-Metacortex-I_a706.html">Métacortex</a>, je m’étais replongé dans les œuvres en prose de Claudel. Feuilletant la Pléiade, j'ai découvert un texte court et dense portant sur une représentation théâtrale du <span style="font-style:italic">Procès</span> de Kafka. Pour Claudel, ce que met en scène ce texte unique de notre littérature, c’est le drame de l’innocent qui, dans ce monde de la Chute, pour reprendre l’expression de Dantec, est condamné, non seulement à partager le sort du coupable, mais surtout à se substituer à lui. Dans ce monde déchu, le scandale, ce n’est pas le mal, c’est l’innocence. Et plus qu’un scandale, elle constitue, selon les mots de Claudel, «un danger, un crime». Dans le roman de Kafka, le «danger» que représente Joseph K, son innocence, est perçu comme intolérable, ainsi que le constate Claudel avec une pointe d’ironie : «Que nous veut ce candidat à l’innocence, qui ne sert qu’à attirer l’attention sur notre propre cas ? L’innocence, c’est précisément son crime et le nôtre, que nous cherchons en vain à déguiser. Assez ! Enlevez-le ! Nous n’avons pas besoin d’un innocent, affiché au milieu de nous […] Il n’y a plus qu’à s’en débarrasser. N’importe comment. Avec un couteau de cuisine». À la fin du <span style="font-style:italic">Procès</span>, rappelons-le, Joseph K suit sans résistance deux inconnus qui le conduisent dans une clairière, à l’écart de la ville, et le tuent à coups de couteau. Il ne faut pas oublier que dans la Rome antique, les morts étaient enterrés en dehors des limites de la cité. La mort, c’est une réalité qu’on cherchait à écarter de la conscience. L’innocent, dans une société pervertie, est celui dont la simple présence excite les sentiments les plus malveillants, celui qu'on ne veut pas voir, comme le mort dans l'Antiquité. Il faut l’éliminer, il faut le tenir loin de notre existence, faite d’insouciance et d’aveuglement. Il faut l’exclure du monde, et c’est d’ailleurs avec un effroi horrifié que nous découvrons, dans <span style="font-style:italic">Métacortex</span>, le centre du diagramme, le territoire souterrain, l’infra-monde, où les innocents sont tenus enfermés, livrés en pâture à des êtres avides d’épuiser toutes les gammes de la perversion.       <br />
               <br />
       Une autre thème du <span style="font-style:italic">Procès</span> commenté par Claudel, c’est celui de la culpabilité inhérente à la condition humaine, de la <span style="font-style:italic">communio peccatorum</span>. Il est présent dans l’œuvre de tous les écrivains ayant subi l’influence de Joseph de Maistre. Maurice Dantec appartient incontestablement à cette lignée. Depuis Bernanos, jamais un écrivain se réclamant de la foi catholique n’était parvenu à le traiter avec une telle force. Le sacrifice, dans le roman de Dantec, c’est la condition du rachat : le rachat de sa faute et de celle des autres : «Au fond du cœur humain, écrit Claudel, réside le sentiment obscur, confirmé par le dogme du péché originel, d’une culpabilité innée. Tous les hommes naissent coupables et sous le coup d’une condamnation, une condamnation à mort. La vie n’est qu’un sursis sans cesse révocable. Par-dessus le péché originel, la faute actuelle. Et à côté de la faute propre, celle des autres. Nous sommes punis, mais non pas toujours pour la faute évoquée, ni à notre propre titre, mais à celui des autres dont nous portons obscurément la responsabilité». Dans <span style="font-style:italic">Métacortex</span>, les enfants non-nés n’échappent pas même à cette loi de la substitution expiatrice, comme les jumeaux hétérozygotes qui guident Verlande au cœur du diagramme et qui dévoilent à la fin du récit le lien qui les rattache à lui, dévoilant du même coup le sens de leur sacrifice.        <br />
       Sacrifice encore du père, Voerlandt, mort dans le «futur», errant dans les limbes, mais que le Métacortex, relié à l’infini intemporel, permet d’«incarner» à nouveau dans le réel, dans le présent, l’espace de quelques «nanosecondes», dix minutes du temps humain, le temps nécessaire pour accomplir son devoir et se racheter : «Il était damné, il était coupable, des innocents avaient payé pour lui, en quantité, il devait faire de tout ce qu’il avait été, en qualité d’“être humain”, l’instrument de la Justice divine, c’est-à-dire celui du sacrifice» (p.752)         <br />
              <br />
       Le lecteur nous permettra peut-être une petite digression. La réussite du roman doit beaucoup à l’apparition, dans la deuxième partie du roman, de la Métaforme, cette structure mystérieuse qui s'incorpore au protagoniste, Verlande, et qui le maintient dans un état hypercognitif. Elle permet de produire des interactions entre le passé, le présent et le futur. D’où l’intervention salvatrice finale de Voerlandt et de son escouade SS, ainsi que la ressuscitation de Voronine. S’agit-il de science fiction ? Maurice Dantec abolit les frontières entre les genres. Son roman réalise une manière de fusion entre polar, roman historique, où il excelle, et récit d’anticipation. Le lecteur est à peine dérouté, il est emporté par le courant de l’intrigue, jusqu’au final stupéfiant, à couper le souffle. L’invention de la Métaforme (ou Métacortex) offrait de nombreuses possibilités romanesques à l’écrivain. Il a su en tirer le meilleur, comme en témoignent les scènes si réussies du dénouement. La Métaforme nous place en outre devant une série d’énigmes touchant aussi bien à la métaphysique qu’à la théologie.        <br />
       Pour caractériser la science du Christ, pendant sa vie terrestre, certains thomistes comme Maritain ont eu recours à la distinction entre la science à «l’état de voie», soumise à un développement progressif, et celle à l’«état de consommation finale», enclose dans sa supraconscience divinisée et qui reste inaccessible à son entendement humain. Après la mort du Christ, écrit Maritain, «la science infuse, finie (et croissante) propre à l’état de voie a cédé la place à la science infuse à l’état de consommation finale qui allait s’exercer pleinement pour l’éternité». Cette distinction pourrait être appliquée aux facultés cognitives de Verlande qui n’accède que par «phases» au stade de la «cognition absolue» susceptible d’embrasser les différentes temporalités dont est faite la Création et de les faire converger en un point unique du présent. Sa «cognition immédiate est infinie mais elle ne peut encore fonctionner que par étapes successives […] À chaque fois la vision est complète mais elle ne peut être éclairée avec l’intensité maximale…» (p.671). Sa connaissance dès lors peut subir des retards, ce qui sera fatal à Voronine. La théologie nous enseigne l’impossibilité d’une science infinie dans un cerveau humain, soumis aux lois de la biologie. Dantec transpose cet enseignement de manière très convaincante dans son roman. Verlande, qui reçoit ses éclairs cognitifs du Métacortex, reste limité par sa «chair» qui l’oblige à avancer graduellement, avant d’atteindre à l’illumination totale, seule susceptible de décrypter le secret du diagramme. En approchant le cœur du souterrain, Verlande, écrit Dantec, «comprenait que l’illumination générale du diagramme était proche, elle était même en train probablement de se produire. Le retard était dû au fonctionnement biologique de ses cellules, la matière/énergie sombre contenait la lumière qui s’en libérait pour produire la chair, mais la chair ralentissait le flux phonotique, les décalages variaient, nanosecondes ou pleines journées, et son cerveau devait apprendre constamment à survivre avec le Métacortex, cette structure qu’il avait ingérée et dans laquelle pourtant il se mouvait à chaque instant» (p.669)          <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>La Réversibilité selon Maurice Dantec (Métacortex I)</title>
   <pubDate>Sun, 21 Feb 2010 19:02:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Livres]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   « C'est dans la nuit que nous avons appris à combattre la nuit, à tuer durant la nuit, et, pour finir, à la tuer elle aussi. Nous sommes devenus prédateurs grâce à elle, nous sommes devenus les agents de la Réversibilité en son sein le plus ténébreux, elle nous a tout appris, maintenant nous allons lui montrer que nous avons bien retenu ses leçons. Si quelqu’un m’entend, où qu’il se trouve, qu’il sache que je me tiens aux avant-postes de la destruction de ce monde, retournement nécessaire à sa Restauration, c’est pourquoi je ne ferai rien pour l’empêcher. Mais je tuerai tous les fils de putes qui voudront éviter le glaive de la Justice, alors qu’ils auront commis tous ces crimes. Ce qu’ils ignorent, c’est qu’en les sacrifiant en ce monde, je les sauve peut-être de la damnation dans l’autre. Et c’est précisément mon rôle. Mon rôle de dernier flic » (p.807).     <div><b>Miséricorde</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/1897628-2600724.jpg?v=1289407160" alt="La Réversibilité selon Maurice Dantec (Métacortex I)" title="La Réversibilité selon Maurice Dantec (Métacortex I)" />
     </div>
     <div>
      Le lecteur attentif aura sans doute constaté que le dernier opus de Maurice Dantec, <span style="font-style:italic">Métacortex</span>, sorti ce mois-ci, abonde en références à la <a class="link" href="http://www.sombreval.com/Recension-sur-La-reversibilite_a692.html">Réversibilité</a>. Ce thème est en effet indissociable de la représentation de la Chute qui, dans la pensée de Joseph de Maistre, ne cesse de se perpétuer. La notion de «péché originel continué» fonde en quelque sorte la perpétuité de la Réversibilité en vertu de laquelle les innocents expient pour les coupables. Dantec, dans son roman, nous décrit un monde confronté à une seconde Chute : celui de la catastrophe généralisée et qui semble voué à la perdition. Toute la société est livrée au chaos, la perversion se propage et fait exploser toutes les barrières de la légalité. La nature est défigurée par tous les instruments qu’offrent la science et la technique à l’humanité nouvelle, cette humanité soumise à «l’esclavage de la vanité» selon les mots de saint Paul, affranchie de Dieu et de sa Loi. Les manipulations, les expérimentations génétiques donnent naissance à une nature artificielle, qui s'amalgame à la naturelle, réduite à l’état sauvage. Ce qui se préfigure alors, c'est une «Création de troisième espèce» (p.331), une anti-Création portant les séquelles de la dégradation humaine.       <br />
              <br />
       La Cité reste protégée de l’empire du mal grâce au Cube, le QG de la Sûreté qui figure la Justice. Dantec ne remet pas en question les mécanismes de la réversibilité, qui, de prime abord, peuvent choquer la raison. Il ne reprend pas même à son compte la critique récurrente qui consiste à dénier le caractère réversible des souffrances non voulues et subies. Il accepte telle quelle la doctrine maistrienne, comme en témoigne ce passage où l’écrivain explicite la nature de cette réversibilité (p.108) : «Selon Joseph de Maistre, un des auteurs maîtres de sa bibliothèque personnelle, “les innocents paient pour les coupables”, et c’est précisément cette réversibilité qui vient donner un sens à l’iniquité de ce monde. En effet, en payant pour les coupables, <span style="font-style:italic">chaque</span> innocent est une réfraction temporelle du Christ, chaque innocent, <span style="font-style:italic">même s’il n’est pas un saint</span>, est oint par la terrible et magnifique justice divine, celle où la Miséricorde est aussi infinie que le Châtiment et, par son sacrifice, il permet au coupable d’accéder à la Rédemption, geste de don total qui n’est pas particulièrement voulu. Chaque innocent <span style="font-style:italic">satisfait</span> pour le coupable».        <br />
       Cette conception de la Réversibilité, le personnage principal, le lieutenant Paul Verlande l’a reçue de son père, ancien Waffen SS qui a combattu les forces alliées pendant la Seconde Guerre mondiale. Autant dire que cette Réversibilité, cet ancien soldat d’élite qui a assisté aux pires atrocités et qui a dû les infliger, l’a éprouvée dans son âme et dans chair : «La théologie du Père Verlande lui avait été inspirée par ses lectures, certes, mais il en avait expérimenté la chimie terrestre, au plus près, dans le laboratoire même où elle se fabriquait, à la chaîne, telle une industrie terminatrice».        <br />
       Plus loin encore, l’écrivain relate des épisodes de la campagne de Russie où les hommes, bien qu’obéissant à des forces aveugles de destruction, accomplissent à leur insu une loi salvifique supérieure attestant la Miséricorde infinie de Dieu : «Sur le front de l’Est les SS tuaient systématiquement et immédiatement tous les soldats russes ; les soldats russes tuaient systématiquement et immédiatement les SS. Le diable lui-même ne pouvait échapper à la force mystérieuse de la réversibilité, lui-même finissait par tomber dans le piège qu’il avait conçu, c’était par sa folie meurtrière même que l’homme défaisait celui qui l’avait jeté dans la fosse sanglante». Dantec est ici proche de Maistre pour qui le déchaînement de la violence, transmuée en force sacrificielle lorsque culmine l'horreur de la guerre, se tourne contre le principe même du mal, du fait de la Réversibilité. Le Père Verlande, presque centenaire, fait d’ailleurs cette confession à son fils : «Mon châtiment aura été non seulement de ne pas mourir sur le champ de bataille, mais de vivre presque un siècle. Comprends la terrible réversion de la Justice divine : parce que je suis coupable, je reçois la vie, parce que j’ai donné la mort, j’ai droit à l’existence terrestre et à toutes ses richesses».        <br />
              <br />
       Le monde que dépeint Dantec, c’est celui de la Chute où, écrit-il, «paradoxalement la Réversibilité ne cesse d’agir dans le visible et l’invisible» (p.284). C’est pourquoi l’idée de sacrifice occupe une telle place dans son roman, et, partant, celle de réversibilité. Dans ce monde déchu, la joie même obéit à la loi de la compensation. Elle se paie d’une façon ou d’une autre (p.141), et d’abord par les souffrances de l’innocent. La réversion du sacrifice est continue car la culpabilité des hommes prend justement racine dans leur insouciance, leur inconscience, et disons-le, leur médiocrité. C’est ainsi, écrit-il avec justesse, que «certains criminels sont moins coupables que les hommes qui se destinent à cette occupation diabolique de vivre dans l’ignorance, la vanité, l’iniquité, la trahison, l’arrogance, la corruption, toutes ces micro-abominations commises au quotidien par l’homme moyen d’aujourd’hui, celui pour lequel, précisément, les innocents doivent être sacrifiés».        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Châtiment</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/1897628-2600725.jpg?v=1289407160" alt="La Réversibilité selon Maurice Dantec (Métacortex I)" title="La Réversibilité selon Maurice Dantec (Métacortex I)" />
     </div>
     <div>
      À plusieurs reprises, le personnage se présente comme un «agent du sacrifice», de la «sainte Réversibilité». C’est un «flic» au service de la justice, de cette justice divine qui dispense la Miséricorde et le Châtiment. Il doit donc mettre hors d’état de nuire les êtres pervers et malfaisants qui tirent jouissance de la destruction de l’innocence et qui, par leurs abominations, «perpétuent, à l’échelle purement terrestre, la Crucifixion du Christ» (p.168). C’est ainsi qu’«envoyer un coupable derrière les barreaux pour la vie est un acte de foi envers cette justice, car ici-bas, c’est à son innocence dévoyée que le criminel sera, pour le restant de ses jours, confronté chaque seconde. L’innocent paie pour que le criminel reçoive. Sur cette planète, ce sont les flics, soit un type d’hommes plus impitoyables encore que les criminels, qui sont les porteurs de cette promesse, ce sont les flics qui offrent le don sublime de la Cage perpétuelle».        <br />
       Nous pourrions prendre un exemple dans l’actualité pour illustrer cette conception. Nous avons appris que Jean-Pierre Kleiber s’est suicidé dans sa cellule de Fleury-Mérogis. Qu’est ce qui l’a poussé à mettre fin à ses jours ? Certainement le refus de porter le poids de son crime. «J'en ai marre d'être pris pour un assassin et privé de ceux qui me sont chers» a-t-il noté dans son mot d’adieu. La police a joué son rôle, mais, on le voit, l’organisation pénitentiaire a failli. La fréquence des suicides dans les prisons françaises témoigne d’une défaillance de la justice des hommes, au sens fort que lui donne Dantec, elle qui devrait être le miroir de la justice de Dieu.        <br />
              <br />
       Verlande encore, quelques pages plus loin, explique à Voronine que c’est justement parce que Dieu souffre avec les victimes que l’application du châtiment doit être implacable : «Comprends juste que la Justice est émue avant même que le crime soit perpétré, elle saigne avant même que le couteau s’enfonce dans les chairs, elle pleure alors que le père ouvre la porte de sa  chambre pour violer sa propre fille, elle hurle bien longtemps avant que le fer à souder s’approche des organes génitaux de l’homme attaché sur une chaise. C’est pour cela qu’elle ne laisse pas la moindre chance à ceux qui lui ont fait vivre le sort de chacune de leurs victimes. Sa divinité la rendra bien plus glaciale encore que celle dont les enfants de putain auront fait preuve, c’est cela la réversibilité infinie de Dieu».       <br />
              <br />
              <br />
       À suivre : <a class="link" href="http://www.sombreval.com/La-Chute-de-la-Creation-Metacortex-II_a707.html">La Chute de la Création</a>       <br />
               <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   </description>
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   <link>https://www.sombreval.com/La-Reversibilite-selon-Maurice-Dantec-Metacortex-I_a706.html</link>
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   <title>Éclaircissements sur Apocalypse 5-12</title>
   <pubDate>Thu, 29 Nov 2007 16:43:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator> Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Articles]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/787041-963529.jpg?v=1289407190" alt="Éclaircissements sur Apocalypse 5-12" title="Éclaircissements sur Apocalypse 5-12" />
     </div>
     <div>
      Les théologiens professionnels et les liturgistes, lorsqu’ils examinent la relation de l’Eucharistie et de la théologie sacrificielle, omettent bien souvent de signaler la doctrine du sacrifice éternel du Verbe, telle qu’elle ressort de certaines épîtres de saint Pierre et saint Paul, ainsi que de l’Apocalypse. L’intelligence semble en effet désarmée devant la réalité mystérieuse de la kénose crucigène qui se réalise au sein même des rapports intratrinitaires. La Croix en effet ne peut être considérée comme un fait «brut», un simple événement terrestre, sans référence capitale à l’éternel et sacrificiel amour de ce Verbe, «Agneau, quasiment immolé dès avant la création du monde». C’est de toute éternité que le Christ offre à Dieu son sang très pur (Hebr, 9-14). C’est l’éternelle présentation d’une vie qui, éternellement, est une vie sacrifiée, immolée. La messe nous associe à cette Liturgie céleste en lui fournissant un «débouché» sur le plan de la «chair». Cette doctrine, Frank-Duquesne la reprend à son compte pour interpréter plusieurs versets de l’Apocalypse, entre autres Apocalypse 5 : <span style="font-style:italic">Christ digne d’ouvrir le livre scellé</span>…        <br />
       Voici son commentaire qui figure dans Satan (Ed de sombreval, p.148)       <br />
               <br />
       « Il semble qu'aucun exégète n'ait jamais songé à faire dater les débuts des faits révélés dans l'Apocalypse, à partir des premiers rapports entre Dieu et la création libre et responsable. L'Église commence pourtant, quant à l'Histoire, avec la vocation d'Abraham ; mais elle est toute donnée, «dans les cieux», dès que la Sagesse divine, qui est la nature de Dieu en tant qu'elle est participable, fut effectivement destinée à communication ontologique. Le Christ «est le même : hier, aujourd'hui, dans le monde à venir» (Hébr, 13:8). Il Se proclame Lui-même «Celui qui est, qui était, et qui vient», car Il S'identifie expressément, par l'apparence et par la parole, à l'Ancien des Jours (Apoc, 1:4.8.12-17 ; Daniel, 7:9) […] Or, les sept sceaux, qui commandent toute la cohésion interne des onze premiers chapitres, sont sous la dépendance du Christ, de l'Agneau. Que dit de ce dernier l'Apocalypse ? – Que, dès avant la création du monde, Il est «autant dire immolé» (5:6). La Vulgate traduit 13:8 par l'Agneau immolé depuis la fondation du monde ; ce qui correspond à 1 Pierre, 1:19-20, où «l'Agneau sans tache et sans défaut est vu, connu», par son Père, «dès avant la création du monde», comme tel, comme «versant son Sang» […] C'est éternellement qu'en son esprit le Fils offre à son Père, déjà, son sacrifice, «manifesté» physiquement «dans la plénitude des temps» (Hébr, 9:14 ; 1 Pierre, 1:20 ; Gal, 4:4-5). C'est là «le mystère gardé secret depuis le commencement du monde», «caché en Dieu avant que soient les cycles des éons» créaturels (Rom, 16:25 ; Éph, 3:9). Nous possédons ainsi «la vie éternelle dès avant tous les cycles des éons» (Tite, 1:2). C'est dès le principe – singulière rencontre de 2 Thess, 2:13 avec le début du Prologue johannique – que «Dieu nous a choisis pour nous introduire graduellement dans le salut». Paul, comme Simon-Pierre, nous voit sauvés par un sacrifice dont la substance est éternelle, «préalable» au monde, mais dont la manifestation s'effectue ici-bas «quand les temps sont mûrs» (1 Pierre, 1:20 ; 2 Tim, 1:10). On comprend, dès lors, qu'au seuil même de l'Histoire l'Agneau – car Il ne l'a pu devenir ici-bas que pour l'avoir essentiellement été là-haut – soit en état d'«ouvrir les sceaux», parce que, d'ores et déjà, devant son Père, «Il a vaincu» (Apoc, 5:5). J'ai lu peu d'exégètes «professionnels» sur l'Apocalypse, mais ceux que je connais considèrent cette rupture des sceaux comme équivalant à la divination de ce qu'il y a dans le mystérieux Livre du Destin. Mais non ! «Briser les sceaux», c'est-à-dire «ouvrir le Livre», n'est pas synonyme de connaître et de  révéler ! Ces exégètes n'ont-ils donc jamais été soldats en temps de guerre ? L'Agneau est le général commandant, pour son Père, les troupes du Royaume. Il reçoit de Lui des ordres scellés. À tels moments prévus, Il ouvrira ses plis et en assurera immédiatement l'exécution. C'est dès la création d'êtres intelligents qu'Il procède à cette manœuvre «militaire». Mais le récit que nous en fait saint Jean n'a rien de chronologique : il ne s'agit pas d'un rapport d'état-major, mais d'une prophétie ! »…       <br />
              <br />
       Ce n’est pas tout…Les quelques précisions que nous avons apportées au début de cet article nous permettent d’appréhender toutes les implications de cet axiome du symbolisme selon lequel ce qui se passe ici-bas reflète «phénoménalement» les réalités du monde invisible. Le monde, comme l’écrivait Maistre, s’apparente à un «système de choses invisibles manifestées visiblement».  C’est ainsi que, comme le note Frank-Duquesne, le martyr (sanglant ou non) des Saints, des «coopérants souffrants» (Massignon), tire sa valeur salvifique de la vie très précieuse sacrifiée par le Christ (cf. la <a class="link" href="http://www.sombreval.com/La-Reversibilite,-le-grand-mystere-de-l-univers-Nicolas-Mulot-_a594.html">Réversibilité</a>). De même la passion à laquelle est soumise l’Epouse, l’Eglise militante ici-bas, la «guerre» qu’elle mène contre les puissances de perversité, reflète le combat qui, dans les sphères supérieures, oppose saint Michel et les anges fidèles aux hordes sataniques. Elle est, écrit Frank-Duquesne, «l’ombre, dans le monde physique, de la bataille livrée par saint Michel et ses anges dans le Ciel ».         <br />
       Cette guerre céleste, comme le rappelle Frank-Duquesne, n’est pas la chute des anges déchus décrite au ch. 8 de l’Apocalypse. Elle a lieu après l’Ascension du Christ… « Chassé du ciel avant la Chute d'Adam (Apoc, 8:10-11; 2 Pierre, 2:4 ; Jude, 6), Satan peut encore se présenter devant Yahweh, lorsqu'il est convoqué (Job, 1:6-7 ; 1 Rois, 22:21 ; Zach, 3:1). Cette tolérance, qu'il prend dans son orgueil pour un pouvoir, il vient maintenant de l'exercer pour la dernière fois, pour avoir entraîné dans cette titanique escalade les siens, dans le vain espoir de supplanter le Christ par la force, de s'installer à sa place sur le trône du Verbe, après avoir vainement tenté, naguère, ici-bas, de L'éliminer par la ruse ».        <br />
       Cette guerre, comme nous avons tenté de l’expliquer plus haut, «redouble» la lutte du Bien et du Mal qui se manifeste ici-bas. Il s’agit, comme l’écrit Frank-Duquesne, «d’une victoire remportée par le Messie mais <span style="font-style:italic">appropriée par son peuple</span>». On peut constater d’ailleurs que le chapitre 12 de l’Apocalypse juxtapose les versets sur la guerre opposant saint Michel à Satan (verset 7) et celui qui concerne l’apostolat victorieux des martyrs (verset 10-11) :        <br />
       «...car il a été précipité l’accusateur de nos frères, celui qui les accusait devant notre Dieu jour et nuit. Ils l’ont vaincu à cause du sang de l’Agneau et à cause de la parole de leur témoignage, <span style="font-style:italic">et ils n’ont pas aimé leur vie jusqu’à craindre la mort</span> ». La juxtaposition de ces deux ordres de réalité nous permet de comprendre ce verset de Luc, 10:18, où jésus, devant les premiers succès de l’apostolat des siens, voit <span style="font-style:italic">prophétiquement</span> Satan tomber du ciel comme l’éclair.        <br />
       Dans la septième partie de son chapitre sur l’Apocalypse, Frank-Duquesne résume cette conception symbolique qui fait interférer deux ordres de réalité, séparés mais inséparables, l’un visible, l’autre invisible, l’un conditionnant l’autre…Après avoir rappelé que cette conception, présente dans l’épître aux Hébreux et dans l’Apocalypse, présuppose qu’« il existe un ultramonde où les êtres et les événements sublunaires, ces ombres, ont leur authentique substance », l’écrivain ajoute :        <br />
       « Le conflit terrestre du Bien et du Mal était, pour les Juifs, conformément à l'attitude de l'esprit qu'on vient de résumer, l'ombre projetée sur le plan des créatures sensibles par un conflit céleste, à l'échelle cosmique et même hypercosmique. Entre les deux, correspondance. Exemple : la victoire d'Israël sur Moab, <span style="font-style:italic">c'est</span> le triomphe de Yahweh sur Chemosch (Saturne) et donc la substitution du véritable au faux Sabbat [… ] Puisque l'univers forme un gigantesque Tout organique, au point que saint Paul peut le qualifier, non seulement de «création», mais de «créature» unique en quelque sorte, l'Incarnation et la Rédemption impliquent des rapports et des répercussions cosmiques (Rom, 8:19-22 pour les créatures inférieures à l'homme ; Col, 1:16-20 pour celles qui lui sont momentanément supérieures). Dès lors, lorsque, dans notre conflit avec le Mal, nous remportons une victoire qui n'est, en réalité, que celle du Christ, explicitée, faisant tache d'huile (Jean, 16:33), la Croix qu'avec Lui nous portons, sur laquelle avec Lui nous sommes, comme dit l'Apôtre, «cocrucifiés», et par laquelle nous triomphons, nous constitue les vainqueurs du Mal sous une forme plus universelle, plus foncière que nous n'en rencontrons ici-bas : c'est aux hiérarchies invisibles, aux puissances spirituelles de perversité que nous résistons (Éph, 6:12 ; Col, 2:15). Croire en l'existence et en l'action de Satan, c'est croire qu'avant d'être humain, individuel, fortuit, épisodique, le Mal est planétaire, cosmique, comme une atmosphère universelle où, non les corps, physiquement, mais l'être même de toutes les créatures, ontologiquement, subit une déviation, une désorientation, analogue à celle que subiraient nos organismes dans un habitat planétaire non fait pour eux (1 Jean, 5:19). Croire en Satan, c'est être convaincu que tout le Mal se ramène en dernière instance à une Volonté pervertie. Aussi, quiconque nie l'existence et l'action du Démon perd spirituellement et moralement beaucoup, sans rien gagner intellectuellement – sinon de se gaver de formules savantes et, actuellement, de galimatias freudianisant. »       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>La Réversibilité, «le grand mystère de l'univers» (Nicolas Mulot)</title>
   <pubDate>Fri, 12 Jan 2007 23:04:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Livres]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/536757-655690.jpg?v=1289407182" alt="La Réversibilité, «le grand mystère de l'univers» (Nicolas Mulot)" title="La Réversibilité, «le grand mystère de l'univers» (Nicolas Mulot)" />
     </div>
     <div>
      Mon essai intitulé <span style="font-style:italic">La Réversibilité, «le grand mystère de l’univers»</span> est enfin disponible à la vente. Vous pouvez dès maintenant le commander sur la plateforme de vente de Lulu.com <a class="link" href="http://www.lulu.com/content/563354">en cliquant ici</a>. J’ai choisi ce système de publication car il illustre pour moi les bienfaits de la mondialisation (sujet que j’ai développé dans mon ouvrage). L’ouvrage est écrit par un docteur de la Sorbonne. L’impression est réalisée en Espagne. Les transactions enfin sont effectuées aux Etats-Unis. L’échange satisfait toute les parties en présence : moi, eux et vous j’espère…Un autre livre devrait paraître le mois prochain. Il viendra enrichir la collection « théologique » des <span style="font-style:italic">Éditions de Sombreval</span>.        <br />
       Petite information utile : après la commande, il faut compter une vingtaine de jours pour recevoir l’ouvrage.        <br />
       Mon essai sur la réversibilité a fait l’objet de critiques très positives dont vous trouverez ci-dessous quelques extraits :        <br />
              <br />
       <b>Pierre Jourde</b>, écrivain, critique, auteur de la <a class="link" href="http://www.amazon.fr/Litt%C3%A9rature-sans-estomac-Pierre-Jourde/dp/2266126202/sr=8-1/qid=1168628164/ref=sr_1_1/403-7015626-0546029?ie=UTF8&amp;s=books">Littérature sans estomac</a> : « Ce travail examine la postérité, au XIXe  siècle et au XXe  siècle, de l’idée développée par Joseph de Maistre dans <span style="font-style:italic">Les Soirées de Saint-Pétersbourg</span>, selon laquelle les innocents paient pour les coupables. Il suit également la trace de la notion de réversibilité, depuis les Pères de l’Eglise, Saint Paul, Origène, jusqu’aux illuministes et aux théosophes, Maistre constituant le point de passage entre la tradition et les modernes [… ] Presque tous les chapitres séduisent par leur concision et leur clarté. C’est dans l’ensemble l’une des grandes qualités de ce volume que de développer des analyses très approfondies dans un style toujours limpide et ferme […] La cohérence de cette doctrine est pesée avec discernement chez les différents auteurs examinés. Aucune des nombreuses questions, des difficultés soulevées par la doctrine de la réversibilité n’est esquivée, celle-ci trouvant son sens profond dans l'idée de la responsabilité cosmique de l'homme...»       <br />
              <br />
       <b>André Guyaux</b>, professeur à Paris IV-La Sorbonne, spécialiste de Rimbaud, Baudelaire, Huysmans : «…Deux objections peuvent être faites : Nicolas Mulot aurait pu s’intéresser davantage à la genèse du dogme maistrien : le choix qu’il fait d’œuvres et d’auteurs, et le fil même du développement gardent un aspect capricieux, sollicitant à l’occasion d’autres domaines que la littérature, comme le cinéma, et d’autres littérature que la littérature française. Sans doute pouvait-on intégrer à cette vaste question beaucoup d’autres œuvres, et y inclure des textes moins conformes à la thèse maistrienne. Mais Nicolas Mulot est animé par une foi. Il sait où il va et ne dévie de la forte conviction qu'il a d'une <span style="font-style:italic">raison</span> et d'un <span style="font-style:italic">mystère</span> concentrés dans l'idée de réversibilité. Cette foi fait aussi qu'un souffle passe dans cette étude, toujours bien écrite, dans un style oral, et même oratoire, qui convient sans doute au sujet, un style qui n'est pas exempt, par moments, d'une certaine théâtralité, mais qui n'est jamais outré […] Nous sommes persuadés que Nicolas Mulot a donné là, malgré un point de vue qui peut paraître parfois radical, un ouvrage important…»       <br />
              <br />
       <b>Antoine Compagnon</b>, professeur à Paris IV-La Sorbonne, à l’université Columbia et au Collège de France (lire sa <a class="link" href="http://www.college-de-france.fr/default/EN/all/act_eve/p1164290594575.htm)">Leçon inaugurale</a>, auteur des <span style="font-style:italic">Antimodernes, de Joseph de Maistre à Roland Barthes</span> parus chez Gallimard : « …M. Mulot livre à ses lecteurs un essai élégant, parcourant quelques œuvres des XIXe et XXe siècles marquées par la pensée de Maistre. Les lectures de M. Mulot sont copieuses, et certains de ses développements sont très séduisants, comme une vignette inattendue sur le film <span style="font-style:italic">It's Wonderful Life</span> de Frank Capra. Les trois parties de cet essai ont leur cohérence : sur le sacrifice, la communion des saints, et le symbolisme du monde. On passe par de nombreux rapprochements éclairants. Nietzsche, de belles lectures de Bernanos, notamment des <span style="font-style:italic">Dialogues des carmélites</span>, bien sûr Dostoïevski et la pensée russe, Chestov, Berdiaev, Baudelaire, Emerson, <span style="font-style:italic">Les Deux Étendards</span> de Lucien Rebatet, livre culte de George Steiner, ici, excellemment analysé, Tarkovski, Maritain , Blondel […] Les rapports de la notion de réversibilité et celle, moderne et mathématique, de chaos, sont assez nets, comme lorsque Pierre Emmanuel affirme à propos de Bloy, que &quot;sans le savoir, nos moindres gestes commandent selon d'imprévisibles rapports le cours entier de l'universelle Destinée&quot;, ou lorsque la réversibilité nous conduit avec Claudel, à la solidarité du &quot;village planétaire&quot; comme Corps mystique, et à internet avec Teilhard de Chardin. Chaque vie influe sur les autres vies : c'est bien la morale de Capra. La réversibilité mène à l’analogie et à toute la pensée symbolique, ce qui (…) ouvre aux deux parties suivantes, non seulement avec Bloy et Claudel, mais aussi Guénon, Maurice Zundel, Frank-Duquesne ou le père Boulgakov […] Au lieu d’internet on touche cette fois à l’écologie comme &quot;solidarité cosmique&quot; et enfin à la théosophie et à la &quot;portée cosmique de la messe&quot;, aboutissement de toute cette réflexion sur la réversibilité, suivant benoît XVI. La réversibilité devient ainsi le grand mystère de l’univers…»       <br />
              <br />
       <b>Pierre Glaudes</b>, professeur à Toulouse-Le Mirail, a publié le <a class="link" href="http://www.amazon.fr/Journal-II-1907-1917-L%C3%A9on-Bloy/dp/2221090977/sr=8-1/qid=1168640322/ref=sr_1_1/403-7015626-0546029?ie=UTF8&amp;s=books">Journal</a> de Léon Bloy dans la collections &quot;Bouquins&quot; (2 volumes) : « …cette étude a le mérite d’exhumer des textes peu connus, de les mettre en résonance avec d’autres, plus célèbres et de renouveler ainsi notre conception de la réversibilité par une lecture toujours intelligente, qui rencontre les questions de notre temps (la mondialisation, l’écologie). »        <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>Le Sacrifice d'Andrei Tarkovski</title>
   <pubDate>Sun, 12 Dec 2004 00:00:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Articles]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/101300-146521.jpg?v=1289407145" alt="Le Sacrifice d'Andrei Tarkovski" title="Le Sacrifice d'Andrei Tarkovski" />
     </div>
     <div>
      <span style="font-style:italic">Le Sacrifice</span> est le film testament du grand cinéaste russe Andrei Tarkovski. Inspiré d'une nouvelle écrite par le réalisateur en 1984, ce film récapitule les thèmes fondateurs de son oeuvre, ces thèmes qui, comme il le dit, «viennent du fond de l'âme». L'histoire est pour le moins singulière : Critique, professeur réputé, Alexandre habite dans l'île de Gotland, entouré des siens. Le soir de son anniversaire, quelque chose d'inouïe se produit : le premier ministre annonce une guerre nucléaire mondiale. Terrorisé, Alexandre prie pour la première fois de sa vie et fait le serment de tout quitter si le péril est écarté...Plus tard il se réveille dans un monde qui a effacé jusqu'au souvenir de la menace. C'est alors qu'il accomplit sa terrible promesse en mettant le feu à sa maison puis se laisse emmener par une ambulance sans rien dire...        <br />
              <br />
       Ce film tourné en 1986 reflète les angoisses du cinéaste face à l'envahissement du matérialisme dans la société contemporaine : « Nous ne voulons pas nous avouer, écrivait-il à cette époque, que nombre des malheurs qui frappent l’humanité proviennent de ce que nous sommes devenus impardonnablement et désespérément matérialistes ». C’est ce constat qui l’a poussé à réaliser son film <span style="font-style:italic">Le Sacrifice</span> qu’il présente comme une parabole sur «la disposition à se sacrifier soi-même». C’est parce que l’homme a perdu l’esprit de sacrifice qu’il est devenu la proie du matérialisme le plus féroce, impuissant à résister aux mécanismes destructeurs de la société contemporaine, aux forces de dissolution qui la traversent. L’emprise de la consommation, l’abrutissement, l’absence de profondeur dans les relations humaines sont autant de signes de la déshumanisation organisée par le monde moderne, du dépérissement du spirituel. Ecrasé sous le poids du matérialisme, vidé de sa substance, confronté au vide spirituel que lui impose la société, l’homme se trouve placé devant un choix redoutable : soit il s’obstine dans cette voie d’aliénation, soit il revient vers Dieu, reprenant ainsi possession de lui-même. Telle était la conviction profonde de Tarkovski au moment de réaliser son film qu’il considérait comme le plus important de toute sa carrière.       <br />
              <br />
       Son personnage principal, en quête de vie spirituelle, traverse une crise profonde qui l'amène à renier son passé de comédien et à rejeter tout ce qui l'enserre dans le cercle de la quotidienneté.        <br />
       Le film repose sur l'enchaînement sacrifice-régénération-renaissance spirituelle. Cette renaissance, il n'y atteint qu'au prix de cette forme absolue d'irrationalisme que représente le sacrifice. L'irrationalisme doit être entendu au sens positif que lui prête le philosophe russe Léon Chestov dont l'oeuvre a sans doute nourri la propre réflexion du cinéaste. Alexandre doit accomplir un geste irrationnel, insensé pour se libérer à tout ce qui le reliait à son ancienne vie.          <br />
              <br />
       Dans <span style="font-style:italic">le temps scellé</span>, sorte d'essai philosophique et esthétique paru en 1989, Tarkovski montre que l'acte de foi d'Alexandre correspond en quelque sorte à une suspension de l'éthique. L'influence de Chestov est ici indéniable : «le fait que Dieu écrit-il ait entendu la requête d'Alexandre a des conséquences à la fois terribles et exaltantes. On peut trouver terrible, en effet, qu'Alexandre, fidèle à son serment, rompe de façon pratique et définitive avec le monde et les lois auxquelles il s'était plié toute sa vie. Il perd ce faisant, non seulement sa famille, mais aussi toute sa capacité d'évaluation des normes morales, et c'est bien cela qui apparaît comme le plus terrible aux yeux de son entourage. Malgré cela, ou plus précisément à cause de cela, Alexandre incarne pour moi l'élu de Dieu». Pour Chestov le rapport à l'Absolu est le domaine de la grande solitude. Quiconque y pénètre, écrit-il dans sa préface de la <span style="font-style:italic">Philosophie de la tragédie</span>, «se met à penser, à sentir, à désirer différemment des autres. Tout ce qui est cher aux hommes, tout ce à quoi ils tiennent, lui devient inutile et complètement étranger...Les vaisseaux sont brûlés, la voie de retour est interdite, il faut aller de l'avant vers un avenir inconnu et toujours terrible...Sur son visage où se reflète douloureusement son inquiétude, dans ses yeux qui brillent d'une lumière étrange, les hommes veulent discerner les signes de la démence, afin d'obtenir le droit de renoncer à lui»        <br />
       Il est significatif que Tarkovski ait recours aux mêmes expressions que Chestov pour éclairer les agissements de son personnage : « Alexandre s'adresse à Dieu par la prière. <span style="font-style:italic">Il rompt avec le passé et brûle ses vaisseaux pour s'interdire toute possibilité de retour en arrière</span>. Il détruit son foyer, se sépare de son fils, qu'il aime pourtant au-delà de tout, et il s'enfonce dans le silence...»       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/101300-146522.jpg?v=1289407146" alt="Le Sacrifice d'Andrei Tarkovski" title="Le Sacrifice d'Andrei Tarkovski" />
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     <div>
      Tarkovski dans cet essai précise sa conception du sacrifice, inséparable de «l'idée chrétienne du don de soi». L'attitude d'Alexandre ne correspond en rien à la logique dite «normale». Son sacrifice écrit-il «<span style="font-style:italic">contredit la conception matérialiste du monde et les lois qui l'accompagnent</span>. Il apparaît comme absurde ou maladroit. Malgré cela (ou peut-être à cause de cela), la démarche d'un tel individu transforme profondément l'histoire et le destin des hommes». Il s'avère salutaire pour lui et pour l'humanité (il n'y a pas au final de guerre nucléaire). Sa portée n'est pas mesurable. Alexandre fait le sacrifice de sa propre vie pour préserver les siens et sauver le monde. Claudel disait que le bienfait suprême du sacrifice tient à ce qu'il «ne reste pas confiné à sa source mais se répand sur le monde entier en cercles sans cesse élargis». <span style="font-style:italic">Le Sacrifice</span> est un film qui illustre la loi redoutable de la Réversibilité..       <br />
              <br />
       <span class="u">La prière d'Alexandre</span>        <br />
              <br />
       La scène centrale du film est celle où Alexandre, au milieu de sa chambre adresse une prière à Dieu. Cette scène est si puissante qu'il me semble indispensable de la reproduire ici :       <br />
              <br />
       La pièce est plongée dans une lumière bleu nuit. Alexandre marche vers une reproduction de Léonard de Vinci devant laquelle il s'arrête :        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Alexandre</span> : Notre Père qui êtes aux...Notre Père qui êtes aux cieux, que Ton nom soit sanctifié, que Ton règne arrive, que Ta volonté soit faite...donne nous aujourd'hui notre pain quotidien et délivre nous du mal car c'est à Toi qu'appartiennent la puissance, le règne et la gloire, amen.       <br />
              <br />
       Il s'agenouille au centre de la pièce, se laisse glisser au sol, pose son ventre.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Alexandre</span> : Seigneur, aie pitié de nous en ce moment angoissant. Ne fais pas mourir mes enfants, mon épouse, Victor...       <br />
              <br />
       Il tourne ses regards vers le ciel, puis devant soi. Légère contre-plongée sur son visage.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Alexandre</span> :...Qui t'aiment et qui croient en Ta parole, également ceux qui ne croient pas en Toi parce qu'ils sont aveugles et qu'ils tardent à se reconnaître en Toi pour n'avoir pas connu la souffrance, le malheur ou la solitude. Ceux qui en ce moment sont en train de perdre jusqu'à leur espoir, leur avenir et leur vie et sont incapables de se soumettre à Ta Loi, ceux qui, submergés par une affreuse angoisse sentent la fin approcher et n'ont pas de crainte pour eux, mais pour leurs proches. Ceux, innombrables, qui n'ont que Toi pour assumer leur protection car cette guerre-ci est la dernière. Une guerre terrorisante, après laquelle personne ne sera vainqueur, personne ne sera vaincu ; il n'y aura plus ni cités, ni villages, plus d'oiseaux sous la voûte des cieux et plus d'eau au fond des puits. Je Te donnerai tout ce que j'ai. Je quitterai ma famille que pourtant j'adore. Je mettrai le feu à la maison, au petit je vais renoncer, muet je deviendrai, et ne parlerai de toute mon existence. Je suis prêt à renoncer à ce qui me rattache maintenant à la vie. Fais Seigneur que tout redevienne comme avant, comme ce matin, comme hier. Que je sois délivré de cette peur affreuse, bestiale, écoeurante, mortelle qui nous étreint. Seigneur, aide-moi, je tiendrai tout ce que j'ai promis, Seigneur.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>La colère de Dieu (Urs von Balthasar)</title>
   <pubDate>Fri, 11 Apr 2003 00:00:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Sombreval</dc:creator>
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      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/95968-137394.jpg?v=1289407223" alt="La colère de Dieu (Urs von Balthasar)" title="La colère de Dieu (Urs von Balthasar)" />
     </div>
     <div>
      Cette « colère » n’est pas un « comme si », mais la pleine réalité : elle est un non catégorique de Dieu au comportement adopté en face de lui par le monde. Dieu se doit à lui-même et à la justice d’amour de son alliance, de prononcer ce non et de le maintenir aussi longtemps que sa volonté ne sera pas accomplie sur la terre comme au ciel. Que pourrait ici réaliser « le sang des boucs et des agneaux » ? Des cérémonies d’expiation qui ne servent qu’à réveiller périodiquement le souvenir du péché (He 10,4.3) ? Déjà le Dieu de l’Ancienne Alliance avait déclaré qu’il ne désirait pas cela mais seulement « l’esprit brisé, le cœur brisé, broyé ». Mais qui peut cheminer sous cette colère, de telle sorte qu’elle soit apaisée ? Non pas le pécheur, car celui-ci excite la colère, tant qu’il est pécheur. Il ne reste pas d’autre réponse que celle qui est donnée par l’Ecriture de l’Ancienne Alliance et de la Nouvelle Alliance : celui qui est sans péché, qui « n’a jamais fait de tort ni de sa bouche proféré de mensonge. Yahweh s’est plu à l’écraser par la souffrance, s’il offre sa vie en expiation.. » (Is 53,9-10). Ce qui choque dans cette pensée, c’est l’idée de substitution.        <br />
       Le paradoxe n’est pas éludé dans l’accomplissement de la nouvelle Alliance : Jésus est cet homme sans péché qui offre son âme propre, c’est à dire toute son existence (« son sang ») comme victime intègre et sans tache.        <br />
       Mais pourquoi cela doit-il être efficace pour tous les autres ? Pour le comprendre, on ne sera guère aidé en définitive par une théorie juridique de l’imputation (les mérites de celui qui est pur sont comptés aux pécheurs), ni par une théorie physique de la solidarité (en vertu de l’Incarnation, Jésus représente toute la nature humaine devant Dieu), mais uniquement par l’idée néo-testamentaire de l’amour divin qui, <span style="font-style:italic">par amour</span>, prend sur lui les péchés du monde. Cet amour <span style="font-style:italic">doit</span> être double : l’amour de Dieu le Père, qui permet à Dieu le Fils d’aller, dans l’obéissance absolue de la pauvreté et de l’abandon, là où il ne peut plus être que pure réceptivité pour la « colère » divine ; et l’amour de Dieu le Fils qui, par amour, s’identifie à nous pécheurs (He 2,13)..       <br />
              <br />
       Hans Urs von Balthasar, <span style="font-style:italic">La gloire et la croix</span>, <span style="font-style:italic">Théologie</span>, p.179       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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