Sombreval

Automne 2002 (Holy-wins, sexualité... )



L’église de Paris face à Halloween

Automne 2002 (Holy-wins, sexualité... )
Aujourd’hui, vigile de la Toussaint. Curieusement, le battage commercial autour d’Halloween a diminué cette année, ce qui ne m’a pas empêché de déjeuner d’un bon potiron farci tout à l’heure.
C’est aussi l’année de la contre-attaque catho. Je tombe sur le cul en lisant ce matin que le diocèse de Paris a lancé une campagne officielle pour contrer Halloween, jugée fête païenne du désespoir etc. Le nom de la contre-attaque ? « Holy wins » !

Lisons plutôt le bulletin de l’AFP : « l'opération "verra des centaines de jeunes investir les rues de la capitale le 31 octobre et les cimetières le 1er novembre" pour distribuer 150.000 exemplaires d'un hors-série du bulletin diocésain sur le thème de la mort. »

On dira ce qu’on veut, je trouve que cette perspective fait… peur… plus que les sorcières et les fantômes. Tu es jeune ? Tu es rebelle ? Lis le bulletin diocésain !

« Le parvis de l'église Saint-Sulpice (6e arrondissement) doit accueillir le 31 octobre au soir des "animations festives" avec groupes de rock, de reggae et de rythms and blues tandis que confessions, échanges et prières seront organisés à l'intérieur de l'édifice, annonce l'archevêché de Paris. »
On souhaite bon courage aux pénitents qui devront couvrir de leur voix le son du concert de rock dehors pour confesser leurs fautes. « Mon Père, j’ai couché avec ma secrétaire. – HEIN ? COMMENT ? » Prévoir des confessionaux capitonnés !
Mais ce n’est pas tout ! « A Paris, Dijon, Angers, Laval etc, des paroisses ont aussi convaincu des boulangers de commercialiser des "gâteaux de la Toussaint", une recette de génoise remontant au 18e siècle avec des pistaches, des noisettes et des framboises. Un site internet ("gateaudelatoussaint.com") popularise l'initiative qui se veut "oeuvre d'évangélisation". »
L’évangélisation par le ventre, cela me va bien ; et c’est en parfaite synchronicité avec l’épître lue cette semaine dans l’ancien style : « quorum deus venter est » etc. Je dois bien avouer que j’avais entendu parler de cela sur radio Courtoisie. Le speaker avait assorti la nouvelle d’un commentaire personnel : « les boulangers-pâtissiers mènent le bon combat. Soutenons-les ! »
Ceci dit, quand on sait l’accueil que les boulangers font à Moneo, on se doute que ce n’est pas par piété qu’ils font des gâteaux de la Toussaint.
Jean-Pierre Otelli dirait : « maintenant qu’on a bien discuté, on va peut-être se concentrer sur l’instauration de la vie divine dans l’âme humaine ? »
Il est également intéressant de noter la recension, sur salon.com , de deux livres traitant des « rites » d’Halloween (l’ambiance horrifique, le trick or treat…) et mettant en lumière leur origine récente (pas plus d’un siècle) autant qu’ils jettent le doute sur la véracité de la filiation « fête païenne celtique des morts » à Halloween moderne.

Cinéma : Mes chers voisins, de Alexis de la Iglesia

Un agent immobilier en tailleur rose découvre le trésor d’un des locataires de l’immeuble, décédé récemment. Mais tout l’immeuble est au courant de l’existence de ce trésor, et n’est pas disposé à la laisser partir comme cela.
C’est une sorte de « petits meurtres entre amis » meets « delicatessen », avec des maladresses de construction, mais assez drôle. Le générique est un vrai plaisir ; sur fond de musique James Bond, on dirait un croisement entre « l’espion aux pattes de velours » et les films de de Funès des années 70. Au-delà de l’amusement, beau jeu d’acteur de la nana principale, qui s’en prend plein la figure et aime ça. Et un peu de critique sociale, qui montre comment toute une communauté de vieux locataires, dont certains sont nés dans l’immeuble, a pu être détruite par le fiel, l’avarice, l’envie, etc. A ranger dans le genre « humour noir ».

Nelly au travail : négociation british

Nous allons chez un grossiste pour le supplier de nous donner ses données, ou plutôt de nous les vendre. La somme que nous lui offrons est ridiculement petite, mais nous n’avons guère les moyens. En face, c’est le sarcasme. « c’est une somme par mois ? » nous demande-t-on, avant de qualifier cela de « mise de départ ». B., notre commerciale, allonge les « grand » sur la table (c’est l’argot British : 1000 livres = one grand). L. sourcille, et me dira plus tard qu’elle ne permettrait pas ce langage relâché à son fils, pas plus que de dire « quid » à la place de « pound ».
Nous tombons sur le fondateur de la maison au sortir de chez eux. Il a désormais plus de 70 ans, et nous raconte interminablement son enfance en Cornouailles, sans eau courante, sa première pharmacie, comment il a été le seul de sa famille à faire des études, etc. « Et regardez, finalement, l’empire que vous avez bâti », intervient la dame de l’accueil. Ma réaction de français serait de ressentir un peu d’impatience face à ce bavardage, au demeurant intéressant, mais qui tombe au mauvais moment. Mes Anglais, au contraire, sont sous le charme et chantent ses louanges : « un vrai Anglais d’antan, comme on devrait encore en faire », etc. Je constate que, pour un Anglais, ce qui est vieux est bon. Je ne suis pas sûr que cette proposition serait acceptée en France avec autant d’enthousiasme.

DVD : Black Hawk Down, par Ridley Scott

C’est un excellent film de guerre. Toutefois, ce n’est pas une bonne idée de manger en le regardant. Spécialement pour la scène de l’artère fémorale.
Il y a dans le film une ambiance fort peu politiquement correct ; a regarder le bilan de l’engagement, 19 américains sont morts, et mille somaliens. Le propos du film (chroniquer un ratage militaire américain) se double donc d’une sous-entendu qui dit exactement le contraire. Il ne fait pas l’ombre d’un doute que, pour le réalisateur, un américain, même quand il fait des conneries, même quand il sous-estime les forces en présence, même lorsqu’il est acculé par des hordes de somalis, est infiniment supérieur au meilleur somali ou pakistanais (les deux autres ethnies vues dans le film). Bref, il y a une telle conviction de supériorité qui transpire de ce film, malgré les tribulations, que c’est merveille que Télérama et l’intelligentia n’aient pas réagi, et n’y aient vu que la chronique d’une débâcle.
Gladiator, déjà, jouait d’un symbolisme semblable lors de la bataille d’ouverture entre Romains et Germains, qui était passé relativement inapperçu. Ici, c’est « OK, on s’est pris une raclée, mais à un contre cent. On reste quand même les maîtres du monde. »

Nelly change de job et le fait sentir autour de soi

Une date à marquer d’une pierre blanche. Je me rends à la *** pour prendre un café avec **** et récupérer la précieuse enveloppe blanche contenant mon contrat signé, un exemplaire de la convention collective, etc. Autrement dit, mon décret de libération ! Le *** , il y a presque quatre ans, je décrochais similairement mon premier job chez ***.
Sitôt arrivé au bureau, petite entrevue avec S , qui prenait mes escapades de midi chez le coiffeur ou à la gym pour des escapades pour entretiens ! Il semble croire que c’est de sa faute si je pars, qu’il fait fuir ses collaborateurs. Je l’assure que non – c’est en effet un des managers les plus compétents que j’ai rencontré ici. La raison est financière. Une fois les chiffres dits, il comprend mieux ! Il souhaiterait que je cause un peu avec mon N+2 pour lui faire comprendre qu’avec une telle politique salariale, ils ne retiendront pas grand monde. Mais mon N+2 y peut-il quelque chose ?

Au rez-de-chaussée, lorsque la nouvelle est sue, ce sont félicitations et poignées de mains. On dirait que je suis le champion d’un parti qui met la démission au pinacle de ses valeurs, mais ne la pratique jamais.Pourtant je ne suis le champion de personne. Ce que j’ai obtenu, je ne l’ai obtenu que grâce à mes efforts. Mes collègues feraient bien d’en prendre de la graine.

Ailleurs dans le groupe, c’est aussi une vague de départs. TH (UK) s’est fait virer, PK (rép. Tchèque) s’en va, H (support technique au siège) s’en va demain et d’autres ne rêvent que de partir. C’est du moins ce qu’ils disent.

Le forum Catholique face au cul

Un allumé a posté sur le forum de XA un extrait d’un manuel de théologie morale traitant de la chaaaiiirrrrrr et des péchés qui vont avec. C’est un vrai plaisir : tout est mortel. Un regard un peu trop appuyé sur sa fiancée, et paf, le feu et le soufre. Une complaisance dans des chansons lascives ? Un bon gros rab de purgatoire. A se demander, au contraire des tendances contemporaines, si le Paradis n’est pas vide !
Pour avoir taquiné moi-même le poisson sur ce forum, je sais que la plupart des tradis, même les rigoristes, prennent leurs aises avec la morale sexuelle. Il vaut mieux, car s’ils associaient à leurs liturgies pré-conciliaires la morale qui régnait alors, et dont le seul énoncé, dans le plus libéral des manuels de confesseurs, nous ferait frémir et évoquer les taliban, le monde tradi ne serait plus drôle du tout.
C’est donc une levée de boucliers devant cet extrait de manuel de théologie d’un jésuite un peu constipé, mais très dans la moyenne du début du XXème siècle. Un génocide est moins coupable d’une main posée sur un genou, voilà ce qu’on en déduit. Cependant, deux ou trois exaltent cette morale. Ben oui, on a toujours plus tradi que soi. Ils semblent y croire réellement, et faire l’ange à loisir. Nous connaissons bien cet état d’esprit. Un jour, il y aura un déclic, et le pauvre être lié par les chaînes d’une continence tenue pendant des années s’acharnera à ratrapper le temps perdu. A ***, un des gars de l’AF, qui se voulait un tombeur, disait d’un air d’avoir vécu que les tradinettes, c’était quand même les meilleures. Elles n’avaient jamais vu le loup ; mais dès lors qu’elles le rencontraient, il leur plaisait beaucoup et elles n’avaient de cesse que de le retrouver dès lors. Je le crois sans peine. Ce gars, mettant en conformité son discours et ses pratiques, draguait à la chapelle lefévriste.
Dans l’état actuel des débats sur le forum, « nous », tradis et mécréants accolés, sommes rejetés par les purs dans les ténèbres extérieures, réservées à ceux qui n’auront pas accordé leurs paroles et leurs actes. On dirait que ces tébèbres-là sont bondées comme un métro à six heures du soir. Inutile de dire que, selon toute vraisemblance, nos juges et contempteurs sont mâles, jeunes, de moins de vingt ans, peu expérimentés, et n’ont jamais quitté leur province natale. Cela leur a peut-être épargné quelques occasions de conneries.

Minority Report

Comme Artificial Intelligence, c’est un film qui ne sait pas quand il faut dire stop. La première partie présente un flic (Tom Cruise), chef d’une séction « pré-crime », c’est à dire d’une unité qui arrête les criminels avant qu’ils n’aient eu le temps de commettre un meurtre. Ceci est rendu possible grâce à trois voyants extra-lucides qui ressemblent à des nageuses est-allemandes baignant dans une espèce de liquide amniotique. Le voyant a une vision, et paf, on n’a plus qu’à rembobiner la vision, à lire le nom de la victime, celui du meurtrier, et à foncer sur les lieux pour arrêter tout ce beau monde et à le mettre en hibernation perpétuelle (Spielberg pense sans doute que la peine de mort, c’est trop cruel.)
Bien entendu, Tom Cruise va se voir dans une vision tuer un homme qu’il ne connaît pas. Suivent des évocations de son fils (qui a été kidnappé), de sa femme (qui a divorcé), de la ville futuriste dans laquelle il vit – qui ressemble à celle de Blade Runner avec quelques gadgets amusants. L’une des armes des policiers est la « vomitoire », qui fait puissamment … euh… vomir sa victime en une fraction de seconde. Il suffit juste de bien se placer pour la maîtriser. Malheureusement, on ne la voit pas en action autant qui si elle était apparue dans American Pie, par exemple. Il y a aussi des petites araignées-robots rigolotes qui savent fouiller tout un immeuble de fond en comble pour rechercher des suspects.
Il se passe beaucoup de choses, et puis Tom Cruise se fait arrêter et hiberner. End of story ? Pas du tout. De cette situation finale (il a commis le meurtre, qui avait été infailliblement prévu ; il est pris, il est foutu) Spielberg va nous reconstruire tout un happy ending, tellement niais et incohérent qu’on se demande s’il n’est pas la construction mentale du Tom Cruise hiberné. Si en effet un des protagonistes déploie tout un subterfuge pour commettre un meurtre en le faisant passer pour l’écho d’un autre, le même protagoniste tue ensuite une personne avec préméditation sans que personne n’intervienne. Il y a quelques autres incohérences, et surtout un final avec un travelling arrière sur des îles au soleil couchant qui est si peu dans le climat de tout le reste du film qu’on peut aussi penser que c’est un indice nous montrant que tout cela se passe dans la tête de Tom Cruise.
Enfin bref, deux heures et demie, c’est un peu long ; il aurait fallu arrêter avant, de même que dans A.I. il aurait fallu arrêter lorsque Haley Joel Osment reste transi devant sa fée bleue ; et ne pas partir sur un délire de reconstitution de sa môman à partir d’un cheveu.
Il y a de bonnes choses dans ce film : la photo, la description de la vie futuriste (avec des pubs personnalisées insupportables), et une course-poursuite dans une usine de voitures qui est excellente autant que drôle. Une grande imagination, donc, encore que Blade Runner ne soit pas très loin dans les décors : certaines idées ont déjà vingt ans ! Les hologrammes, ce n’est pas nouveau ; et l’exploration des visions des pre-cogs évoque infailliblement le zoom infini sur une photo que fait Harrisson Ford dans B.R. Autre moment rigolo : lorsque les policiers – du genre gros dur – arrivent sur la scène du meurtre commis par Tom Cruise. Tous sont choqués ; c’est pourtant un meurtre propre : une balle dans le corps, et c’est tout. Mais, à cause de pré-crime, il n’y a pas eu un seul meurtre à Washington depuis six ans, et pour beaucoup c’est donc le premier qu’ils voient…
Malheureusement, il y en a aussi de mauvaises. Certains gimmicks sont franchement usés. La scène d’ouverture (le meurtre en vision) semble sortie droit du Fugitif (1993 !), et l’on se demande comment une civilisation de l’image aussi évoluée n’arrive pas encore à faire la mise au moint sur une vision cérébrale, que David Lynch aurait de toutes façons bien mieux filmée : cf Twin Peaks. A un autre moment, Tom Cruise capture un des voyants, une voyante en fait, qui a froid, qui délire, qui crie. Lorsqu’il descend le type qu’il était supposé descendre, nous sommes gratifiés de gros plans sur la voyante qui hurle. L’espace d’un instant, on croit voir Milla Jovovich dans un film de Luc Besson. C’est de loin le moment le plus dérangeant du film.
En somme, allez voir Signes en priorité

Signes, de M. Night Shyamalan

Automne 2002 (Holy-wins, sexualité... )
Signes est un des meilleurs films de l’année. Il s’agit d’extraterrestres qui arrivent sur terre. On m’objectera que c’était le thème d’une sinistre daube comme Independance Day ; certes mais le cinéaste ici est d’une toute autre trempe, et n’utilise presque aucune des ficelles du film de suspense, malgré qu’on le compare de plus en plus, à juste titre, à Alfred Hitchcock.
Il y a donc un pasteur qui a perdu la foi (Mel Gibson) qui vit avec ses deux fils et son frère au fin fond de la Pennsylvanie. Et donc, les extraterrestres arrivent, et laissent des signes dans les champs, en tant grand nombre qu’il ne peut pas s’agir d’un canular. Puis des soucoupes apparaissent au-dessus des grandes villes, etc. Le pasteur voit cela depuis sa maison coloniale pimpante, et reçoit les échos de tout cela. Ses enfants les reçoivent encore plus, se mettent à gamberger, etc. Signes pourrait être un film sur la perte de l’être cher (la femme de Mel Gibson, perdue dans un accident de la route) ; sur la dispersion des rumeurs (il n’y a rien de vérifié, ou très peu, et pourtant la panique semble gagner la planète entière) ; sur le bonheur d’une famille unie (c’est le côté perçu sur le forum de XA) ; sur la Providence et l’existence de Dieu ; et sur la métaphysique du vide (comment doit-on se comporter s’il n’y a rien, ou même Rien ?). C’est tout cela, et le mélange harmonieux de ces ingrédients, qui en fait un film tout à fait remarquable, après les coups d’essai réussis du Sixième sens et d’Incassable qui avaient déjà prouvé que M.N.S. savait filmer intelligemment.
Et surtout, Signes est un film qui fait peur. Sans recourir à aucun des trucs habituels, sans presque soumettre le spectateur à des chocs, Signes est un des rares films qui m’a tendu, qui a réussi à me faire sursauter ; bref qui m’a fait réagir. Dans la scène de la cave à charbon, lorsque l’on trouve le soupirail, Morgan devant qui dit « ben quoi ? »… ce qui s’ensuit est proprement horrifique. Il y a pourtant la scène similaire dans Alien, lorsque Ripley s’enfuit dans sa capsule, vers la fin, qu’elle se prépare à se mettre en hibernation, et qu’elle découvre soudain que la tuyauterie dans le coin n’est pas de la tuyauterie. Cette scène du soupirail est probablement aussi effrayante. De même la vidéo amateur filmée au Brésil : on ne voit rien, si ce n’est l’espace d’une faction de seconde ; ce que l’on voit n’est pas à proprement parler effrayant, mais la façon dont c’est filmé transforme la perception qu’on en a. De même, une fois sortie de la cave à charbon, lorsque Mel Gibson ramène la télé dans le salon, et ce qu’il voit dedans. En termes de stress, le Projet Blair Witch est laissé loin derrière. C’est au point qu’en sortant sur le parking, je faisais attention aux bruits bizarres.
La filiation avec Hitchcock, maître du suspense, est largement assumée. La qualité des prises de vue n’est plus à vanter. Il y a la maison, rassurante et chaude, qui est d’ailleurs à un moment barricadée comme celle des Oiseaux ; il y a le champ de maïs qui la nuit prend une dimension impressionante ; le champ de maïs est le repaire du mal, mais celui-ci n’y apparaît jamais visiblement : le choc est bien plus fort lorsqu’on aperçoit un alien au milieu de sa salle à manger ! La caméra filme souvent à ras de terre, ou au niveau de la vue des enfants ; ou parfois comme si un étranger invisible se trouvait là. Il y a aussi des plans à la Spielberg ; celui de la famille juchée sur la voiture, avec le baby-phone en main par exemple. Et puis il y a LE plan de baston, là où l’oncle en casse sa batte de base-ball ; très peu graphique au demeurant. Mais bon, un film sans gnon, ce n’est pas un vrai film, hein…
Un des meilleurs films de l’année, donc. A voir.

Le public manipulé et heureux : Bowling for Columbine, de Michael Moore

Au cinéma : Bowling for Columbine de Michael Moore, un documentaire qui part dans toutes les directions au sujet des fusillades dans les lycées aux States. Le documentaire en soi soutient l’intérêt, mais mélange des bons passages avec d’autres fort mauvais ; et a énormément de mal à garder un seul propos en vue.
Pourquoi autant de morts par armes à feu ? se demande Moore (stat citée : plus de 11 000 morts aux US ? contre au plus quelques centaines par pays européens, et 70 au Japon.) Serait-ce à cause d’un passé plus violent ? Non (l’Europe a fait aussi bien !) Serait-ce à cause de la violence à la télé ou dans les jeux vidéos ? (Non : le Japon est le champion en la matière.)
Moore semble dire alors que c’est à cause de la vente libre des armes et des munitions. Mais au Canada, il y a une proportion d’armes à feu encore plus importante dans la population, et presque aucun meurtre.
Autre piste : la culture de la paranoïa ; s’ensuit une charge bien menée contre les médias américains, la télé en particulier, qui distilleraient un sentiment d’insécurité poussant les gens à réagir violemment. Ce ne serait donc pas la faute aux films violents, mais au journal de 20 heures, ce qui peut être plausible, encore que l’exemple cité (des abeilles tueuses) soit trop peu pour constituer une preuve.
Toutefois, Moore, dans sa comparaison avec la Canada, ne prend pas en compte que la plupart des armes qui s’y trouvent sont des armes de chasse ; alors qu’aux States ce sont des armes de poing, voire pire. Peut-être bien que c’est les armes de poing en vente libre qu’il faut contrer, après tout.
Au milieu de tout cela, il y a des passages manipulateurs d’une telle mauvaise foi que même Nahon et Benyamin ne les auraient pas signés. Un défilé d’images de guerre financées par les US sur fond de Louis Amstrong qui chante « Wonderful world », c’est du chantage aux sentiments. Mettre le meurtre d’une gamine de 6 ans par un gamin (noir) de 6 ans sur le compte de la pauvreté des noirs et des programmes sociaux irréalistes, c’est une absurdité. Mettre certains meurtres sur le compte du racisme (toujours blanc anti-noir), peut-être, mais ne jamais mentionner la passion que les deux tueurs de Columbine partageaient pour Hitler, c’est proprement scandaleux.

Il y a à la fin un interview de Charlton Heston avec une photo de la gamine tuée qui est odieux, et qui se résume en fait à montrer (longuement) devant la caméra que Moore est quelqu’un de très mal élevé. Mais bon, Moore, qui critique les medias canalisateurs de la paranoia défensive, est sans doute millionnaire grâce à ces mêmes médias ; il ne peut donc pas en dire trop, et est forcé de frapper un peu bas.
En somme, le film, quoiqu’intéressant et amusant par moments, part dans tous les sens, ne donne pas de réponse satisfaisante, et souvent demande des comptes aux mauvaises personnes. Mais il aura le mérite de faire réfléchir sur les questions qu’il pose : si les réponses sont mauvaises, quelles sont les bonnes ?
Le meilleur moment est un extrait de Chris Rock qui dit qu’il ne faudrait pas contrôler les armes, mais les balles ; et que lorsqu’une balle coûtera 5000 $, on réfléchira avant de tirer !

La leçon la plus intéressante viendra à la fin, au moment du générique. La conclusion anti-américaine du film n’aurait pas fait honte aux Guignols ; le générique défile et, pour la première fois dans un cinéma parisien, j’entends les spectateurs applaudir. Applaudir quoi, au juste ? Cela ne peut pas être la qualité du film (il est manipulateur), ni celle du propos (biaisé par endroits). Je crois tout simplement que le public parisien manifestait bruyamment sa joie de voir un américain partager sa vision monolithique de l’amérique. Un américain qui pense comme nous, les français ! Ca mérite bien qu’on l’applaudisse ! Méprisables spectateurs qui se mettraient en rang par deux derrière quiconque leur dirait ce qu’ils veulent entendre.

DVD : Panic Room, de David Fincher

C’est bon, très bon même, sans atteindre les sommets de Fight Club. En gros, une mère et sa fille se sont enfermées dans un coffre-fort pour échapper à des cambrioleurs. Mais ce que cherchent les cambrioleurs est dans le coffre… C’est un exercice de style sur huis clos. Lorsque Fincher fait un exercice de style, c’est autrement plus intéressant que les absurdités prétentieuses de Soderbergh style Full frontal. Panic Romm se regarde d’un bout à l’autre sans arrêter.

Citations extraites de Panic Room.

(Meg et Sarah sont dans la pièce forte ; meg s’adresse aux cambrioleurs par la sono de la maison)
Meg (dans l’interphone) : get out of my house !
Sarah : say “fuck”
Meg (dans l’interphone) : Fuck!
Sararh : mom ! « get the fuck out of my house »
Meg (dans l’interphone) : get the fuck out of my house!

(un peu plus loin, Sarah fait avec sa lampe un SOS en morse).
Meg : c’est du morse ?
Sarah : non, c’est « SOS »
Meg : où as-tu appris ça ?
Sarah : en regardant « titanic ».



Biographie de Hergé, par Benoît Peeters

Automne 2002 (Holy-wins, sexualité... )
Dans l’avion pour Strasbourg. Je lis le récent ouvrage de Benoit Peeters sur Hergé, qui se veut une biographie définitive. Il y a de l’inédit là-dedans. Je ne peux m’empêcher de m’étonner en voyant comment Hergé est devenu lui-même un personnage de roman après sa mort. Rien de tel pour d’autres auteurs célèbres de bande dessinée, même Jacobs, même Uderzo, même Franquin.
Il est vrai qu’Hergé a eu une carrière autrement plus mouvementée ; son implication mineure dans la collaboration en a fait un proscrit en 1945 (on distribuait en Belgique des « certificats de civisme » à l’époque : l’épuration n’a pas été plus douce que chez nous). Le reste est vraiment du roman : Hergé devient le faire-valoir paria du journal Tintin, alors qu’il n’a plus aucune envie de faire du Tintin, est sujet à des dépressions qui l’empêchent de travailler, vit une crise conjugale et rompt avec le milieu catholique conservateur de ses origines. Malgré son aversion pour la bande dessinée et le journal Tintin en particulier, malgré la parcimonie de sa production de l’après-guerre (le Temple du soleil sort en 1947, et en 1960 ce sont les Bijoux de la Castafiore : c’est dire qu’il y a 40 ans, la messe est déjà dite) c’est Tintin qui fera d’Hergé un millionnaire et le premier auteur classique de la bande dessinée.
Peeters a des théories intéressantes sur la dimension autobiographique de Tintin, en particulier le fait que la Castafiore, dans les bijoux particulièrement, serait une image de sa première femme, et figurerait son côté envahissant.

DVD : Le Seigneur des Anneaux, première partie, par Peter Jackson

Hier soir, vu en DVD le premier Seigneur des Anneaux, étendu à 3 heures 30 (+ 20 minutes de générique !) pour les besoins du support. L’attention reste soutenue d’un bout à l’autre, comme lors du visionnage en salles. Un entracte a été ajouté, après la formation de la communauté de l’Anneau, à Rivendell, le film est donc sur deux DVD avec un son puissant et une image qui donne envie de s’offrir un vidéoprojecteur derechef. Deux autres DVD sont consacrés aux suppléments ; et le second film de la série sort en salles à la mi-Décembre. Ce mois va être un mois à la Tolkien. J’avoue que j’ai un petit faible pour Gollum dans le premier film. My prrrrrrecious !

Je suis frappé par l’allure de jeu vidéo que peut revêtir ce film de temps à autre. C’est comme si nos héros passaient d’un « tableau » à un autre ; Frodo peut même atteindre le niveau secret lorsqu’il passe l’anneau. Il y a ainsi des lieux bien délimités. On commence dans la Comté, puis à l’auberge du « prancing pony », puis il y a une couse-poursuite dans la campagne et la fin magnifique des nazgul dans la rivière. On est ensuite chez les elfes, puis on les quitte, on traverse la Moria (qui est quand même le grand moment du film), on retourne chez les elfes, puis il y a le combat final au-delà de l’Argonath où la communauté est détruite. Chacun de ces lieux a une identité graphique propre. Si l’on projetait les images en faisant fi de l’ordre chronologique, le spectateur serait tout de même capable de savoir où il se trouve.

24/11/2003
Nelly




Retrouvez dans cette rubrique :
< >
Recherche



BIBLIOTHÈQUE NUMÉRIQUE