Sombreval

Da Vinci Code : maxi recension : (en)fin



Blasphème ? Non ! Maladresse ? Oui !

Da Vinci Code : maxi recension : (en)fin
Somme toute, ce qu’on peut reprocher à Dan Brown, ce n’est pas de l’anti-christianisme ou quoi que ce soit, c’est d’avoir torché une intrigue aussi indigne et mal ficelée. Prendre Marie-Madeleine comme exemple de la misogynie de l’Eglise, c’est pour le moins maladroit. Grande pécheresse, elle a eu des faveurs toutes spéciales de Jésus, qui l’a notamment soutenue lorsqu’elle gaspillait du numéro 5 de Chanel sur ses pieds et que tous les Apôtres la rabrouaient. Elle était au pied de la croix alors que tout le monde était parti prendre un café ; elle était la première au tombeau. On peut même penser qu’elle a dormi à côté. On peut également penser que Jésus acceptait d’elle des marques d’affection : quel serait le sens du « noli me tangere » de la résurrection, sinon de lui indiquer qu’il faut maintenant s’élever et passer sur le plan d’un amour spirituel, car Jésus ne sera plus là longtemps ?
Après cela, la légende la représente en pénitente pour le restant de ses jours ; c’est un des exemples les plus complets de conversion intégrale, et cette conversion n’aurait pas eu lieu s’il n’y avait pas eu la proximité physique de Jésus tout le temps de sa vie terrestre.
Marie-Madeleine a été tenue de tous temps et en tous lieux pour une des plus grandes saintes, en raison de la perfection de sa conversion. Elle a été un modèle, on l’a représentée maintes fois, on lui a consacré une foule d’églises et on a nommé d’innombrables filles en son honneur. Est-ce cela, le visage de l’Eglise misogyne ?
L’autre point mal ficelé, c’est bien entendu les évangiles apocryphes. Tout exégète vous dira que les plus anciens évangiles connus sont les synoptiques, suivis par celui de Jean. Avec l’une ou l’autre technique, un exégète pourra préciser dans une certaine mesure ce qui est historique ou non dans ces textes. Tout exégète dira aussi que les apocryphes sont des faux du 2ème siècle qui n’ont peu, ou rien d’historique. Prendre les apocryphes pour « parole d’évangile » signale qu’on suit un but idéologique qui n’a que peu à faire des simples faits, ou de l’épreuve de l’expérience. On est à nouveau comme un Onfray à s’extasier devant «la prodigieuse diversité du christianisme primitif», ce qui n’est qu’une manière biaisée de décrier l’unicité du christianisme de Nicée et de la suite.
Cela donne des répliques hilarantes parfois. Ian McKellen, après avoir trouvé tout ce qu’il veut dans l’évangile de Philippe, mentionne l’évangile de Marie-Madeleine et s’attire cette réplique hilarante d’Audrey Tautou : «elle a écrit un évangile, elle aussi ?». On regrette le pâle Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud qui, malgré son grand inquisiteur et sa statue de la vierge du XIXème siècle, n’était pas si manichéen que cela, finalement.

La vraisemblance est requise, la véracité pas forcément

Lorsque Vercors, dans «les animaux dénaturés» basait toute son intrigue sur l’existence d’un chaînon manquant entre le singe et l’homme, il ne savait pas encore qu’un tel chaînon ne pouvait pas exister. Du moment qu’on acceptait l’hypothèse, le roman se tenait bien. Lorsque « Jésus » (le manga) postulait que Jésus n’était pas mort sur la croix, et que Jean était le bon larron, cela se tenait à peu près malgré le risque de longues pages explicatives : la question n’était pas tant la vérité que la vraisemblance. Ce n’est pas pour rien que cette dernière faisait partie des principes de bases de la tragédie classique.

Ici, l’intrigue ne repose pas sur un postulat erroné, que le lecteur bienveillant pourrait accepter, mais sur un fatras de faits depuis longtemps démentis par les spécialistes des domaines concernés, maintenus ensemble par des élastiques et auxquels ne croient plus que les idéologues dont cela sert la croisade. Non seulement l’intrigue du Da vinci code est mal foutue, mais elle sent l’idéologie. Elle ne paraîtra vraisemblable qu’à l’ignorant prêt à tout gober.

Le reste

La technique, maintenant. Les images sont belles. La musique est de la soupe hollywoodienne sans génie, sans talent, sans inspiration, sans rien. Il n’y a pratiquement aucune scène d’action, à part une course-poursuite de 30 secondes en 4x4. Il n’y a pas non plus, et cela pourra surprendre, d’enquête policière. Dans une telle enquête, un mystère est proposé, des événements sont observés, des indices collectés, des scénarios testés. Ici, on est plutôt en face d’un jeu de piste ou d’un jeu vidéo. C’est «myst» au Louvre. On a une énigme chiffrée devant un tableau, ou une devinette. Tom Hanks regarde le truc. Audrey Tautou murmure quelque chose de grand public comme «la suite de Fibonacci !», ou «ce n’est pas un pape, c’est Alexander Pope !», toutes références qui parleront au public français, nous n’en doutons pas. Le plan d’après, ils ont trouvé la clé, découvert un indice de plus. Dans l’indice, il y a des choses claires et pas claires. Ce qui est clair, c’est l’endroit où il faut courir ensuite pour trouver la prochaine énigme. Ce qui n’est pas clair, c’est ce qu’est réellement l’énigme. Faites tourner la manivelle cinq ou six fois en changeant le mode de locomotion et vous avez le film.

Comme dans les jeux vidéos ou c’est le dernier tableau qui est le plus court et le moins fignolé, les auteurs étaient fatigués à la fin. Alors hop, chapelle écossaise, souterrain même pas caché, archives bien classées et encore une réplique gag : «il y a là des parchemins qui remontent à Jésus Christ !» Et pas qu’un peu, ma bonne dame. D’ailleurs, l’arbre généalogique est tout prêt : Jésus en haut, Mérovée au milieu et Audrey Tautou en bas. Tom Hanks n’a qu’à lui annoncer la bonne nouvelle, ce que l’intéressée accepte sans trop maugréer, un peu comme si on lui annonçait que son père, après quinze ans de coma, est finalement mort. Tautou veut jouer la surprise de la façon classique, «non, ce n’est pas vrai» mais la révélation est tant écrasante qu’elle surjoue à un point qu’elle ne joue plus du tout et se contente de petits mouvements de tête en gros plan, qui font faiblement «non, non». Descendante de Jésus, c’est tellement énorme que tu t’y feras plus vite que tu ne crois. Le moment est impayable. Qu’allons-nous avoir ensuite au cinéma ? L’épisode 7 ? «Luke, Jesus is your father».

En passant, Platipus me signalait la ressemblance entre le moine tueur albinos et un sith. Je ne sais pas… je vois un franciscain dans ce moine, voilà pourquoi je n’y vois pas un sith. Mais pourquoi pas ? Benoît XVI ferait un bon Empereur, tout le monde sait cela.

Fiche technique…

Quelques répliques qui tuent dans le film : «il faut trouver une bibliothèque, vite !». «Ce n’est pas possible… la fleur de lys ?»

«Moine tueur albinos», je ne croyais pas que j’allais un jour écrire cette expression…

Un X-file branque de 2 heures et demi. Snoozefest. 2/5.

Lectures conseillées à la place :
le roi pêcheur, J. Gracq
Faust II, Goethe (pour l’éternel féminin de la scène finale)

Meilleur moment de la séance : la bande-annonce de X-men III

Sexe : à peine
Violence : très peu
Exécutions : aucune
Armes blanches qui font schlink : non
Musique mineure avec shakuachi ou pleureuse orientale : non.
Humour : pratiquement pas.
Slogan : «c’est une fictiooooon !»
Objet auquel le film ressemble : le cilice du moine tueur albinos (mpfffff).
Population cible : les surnuméraires dissipés de l’Opus
Cathos tradis avec des pancartes dehors : non
C’était où, d’ailleurs ? : UGC la Défense

31/05/2006
z_igou@yahoo.com





1.Posté par Eremos le 05/06/2006 11:26
"Cathos tradis avec des pancartes dehors : non"

Si si, voyez plutôt :

http://www.som-millau.com/index.php?option=com_magazine&func=show_article&id=135

2.Posté par Nelly le 06/06/2006 22:26
Eremos : et en plus, le Da Vinci Code n'est même pas un navet. En revanche, les slogans... "attention, ambiance mortelle"? Ca déchire autant que les ciseaux à bout rond de l'école primaire!


Retrouvez dans cette rubrique :
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Mardi 24 Octobre 2006 - 00:00 Les fils de l'homme (recension de Nelly)

Dimanche 21 Janvier 2007 - 00:00 Apocalypto (recension de Nelly)

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