Sombreval

Janvier 2003



Week end à Londres en amoureux : Nelly et son gros ego.

Janvier 2003
Samedi dernier, visite à Londres. Lever à potron-minet, départ par l'avion de 7 heures. Consigne à Heathrow, puis zou dans le métro. Pour faire la queue au guichet, il y a un labyrinthe en métal, vide. Je me glisse sous les rampes pour éviter le détour. Pas vu les deux nanas qui apparaissent trois lacets derrière moi. Elles ne semblent pas contentes de me voir couper la file, et l'une d'elles dit à l'autre que « la queue était vide lorsque nous y sommes rentrées ». manière ô combien anglaise de me faire comprendre à moi, bloody French tourist, qu'ici, on ne coupe pas les files, même lorsqu'elles sont vides. Voilà pour me remettre dans le bain.

Je fais mon petit shopping habituel chez HMV, Oxford st., puis chez les libraires de Charing Cross rd. Foyles est toujours aussi labyrinthique mais, signe des temps, ils ont installé un café ! Un café chez Foyles, c'est à peu près comme trouver une discothèque dans la crypte de St Victor à Marseille. La mode a fait ses ravages. Ceci dit, les cafés sont bien agréables pour pisser un coup, choses qui m'occupera une bonne partie de la journée. Première halte au Café Nero. Cappucino et vidange. Les londoniens sont vraiment devenus des buveurs de cappucino (à HMV, qui a désormais au café lui aussi, un panneau explique l'étymologie du mot. Dans une ville où une gare s'appelle Blackfriars !).
Je me mets ensuite à la recherche d'une librairie religieuse catholique (l'Angleterre étant un des rares pays où la proportion de catholiques croît, et où des personnes de premier plan le sont) vers Cecil Court. Je ne trouve rien, et le vade mecum que je m'étais constitué sur le net, je l'ai oublié dans mon sac à la consigne. Crap ! Ce n'est pas cette fois-ci que je trouverai un beau Pontificale Romanum. En revanche, on trouve des Dom Lefebvre chez Foyles, toujours à la hauteur de sa réputation.
Déjeuner chez Wagamama, l'un des rares moments où je regrette de n'être pas accompagné. Pipi.

Durant l'heure que le métro prend pour rejoindre Heathrow, un gros lard s'endort à côté de moi et s'affale sur moi. Rien à faire. Il ronfle, c'est horrible. Les passagers risquent un sourire (ce sont des étrangers qui vont vers leur avion, ils ne savent pas qu'il ne faut pas sourire dans le métro). Mon bras s'ankylose. Gotferdom, j'ai tant mal aux pieds que je ne veux pas me lever. Cela m'apprendra à avoir dédaigné le Heathrow Express

Nous revoilà dans l'aéroport que je fréquente le plus au monde après Roissy. Consigne. Puis recherche de la navette pour l'hôtel. Le taxi pour y aller fait au minimum 150 balles, et le chauffeur lui-même m'en dissuade. Une indienne s'est assise derrière moi dans un bus autrement vide. Elle aussi va au Sheraton Heathrow (autre perfidie albionienne : il y a deux Sheraton à Heathrow !) Plutôt stupide, la nana. Elle pose ses valises sur leurs roulettes. A chaque accélération, vlam !, la valise visite la moitié du bus. Puis elle me demande s'il va bien au Sheraton. Je lui réponds que c'est la première fois que je le prends, et je crois que oui. (Faut-il être perdu pour demander son chemin aux voyageurs !) Elle va quand même redemander au chauffeur et revient l'air satisfait. Un Anglais monté entre-temps me dit « elle ne vous a pas écouté ». Aaaaah ! Un Anglais qui parle !
Nous voilà enfin devant l'hôtel. L'Indienne se fait confirmer que cette grosse battisse beige sur laquelle se détache en lettes argentées les mots « Sheraton Heathrow hotel » est bien LE Sheraton Heathrow. Rassurée, elle se précipite devant moi pour arriver la première à la réception, puis s'avise qu'elle a oublié une de ses valises à roulettes dans le bus. So long, old lady.

La chambre est très très bien pour les *** euros que je paye ; salle de bains en marbre, gant, shampooing, gel douche, savon, gant à chaussures, télé, grand lit, serviettes à gogo, mini bar bien fourni (et un whisky coca, un !) mais sans glaçons, bouilloire, thé et café ; et un room service dont la carte varie en fonction de l'heure de la journée. Table ronde, deux fauteuils, bureau... pour le pays et le standing, une bonne affaire.
Après le whisky coca, une boite de chips et une bière en guise de dîner, et au plumard. Le matin, la facture du mini-bar a été glissée sous ma porte ; le bar est câblé, et l'on peut savoir depuis la réception ce qui manque et ce qui est là. Autant de crampe de l'écrivain évitée.
Somme toute, c'est bien meilleur et moins cher que le Holiday Inn de Bloomsbury l'an dernier, qui avait des chambres étriquées et un mobilier défraîchi. Et des capotes dans le frigo, ce que je trouve de mauvais goût.
Le matin, rien à signaler. Je prends un avion bien plein, où les hôtesses me parlent en anglais. Eh ! On est sur Air France ! Aurais-je pris le look ? Avec la chemise qui dépasse du pull et un pétard dans les cheveux, peut-être bien. Yo !
Arrivée à Paris à midi au milieu des conducteurs du dimanche. El siesta maxima.

Antisémitisme ordinaire sur les Champs

Un tour sur les Champs et un St Honoré chez Ladurée. Une tablée de juifs bruyants et vulgaires gâche mon plaisir. De ce que je comprends (ils ne parlent pas vraiment doucement !), ils viennent de province et font le tour des endroits qu'il faut avoir vus. C'est-à-dire Ladurée... Les deux mâles portent des jeans pattes d'eph. Je crois qu'ils tentent de passer pour des night-clubbers. Mais à midi sur les Champs, la nuit est finie depuis longtemps. L'un des deux s'écoute parler, se croît malin dans tout ce qu'il dit, prend une attitude différente avant chaque phrase. Les quatre se retournent, horrifiés, lorsque ma commande arrive : un cappucino, un macaron, un St Honoré : je passe pour un extra-terrestre. Bonjour la discrétion !
Ils demandent ensuite au garçon de les prendre en photo. Le garçon les envoie se faire foutre. Au moment où je pars, même question pour moi. Je refuse, me mordant les lèvres pour ne pas leur répondre que c'est leur tête lorsque le St Honoré est arrivé qu'il aurait fallu photographier. Une des nanas me crie alors que je m'en vais : « vous êtes très désagréable, monsieur » Si je ne suis que ça...

Charité en action

Hier dans le métro, un sdf, un de plus, commence comme ceci son laïus : « excusez-moi de vous opportuner. J'ai le sida, je n'en ai plus que pour trois mois à vivre. Mon garçon de huit ans est mort à cause de ça. Je reviens de loin ; je me suis drogué. Mais la drogue c'est de la MERDE ; et Dieu est grand. Je m'en suis sorti grâce à Dieu et à la méthadone. » Et de réclamer l'habituel « un euro ou deux ou un ticket restaurant » (« pour rester propre », aurait ajouté un de mes collègues). Aux Invalides, le même gars gémissant fumait sur le quai et empestait son monde sans s'excuser le moins de les « opportuner ». On peut se demander, d'ailleurs, si un type qui prétend avoir trois mois à vivre et les fume a vraiment besoin d'un ticket restaurant ; on peut se demander si une telle accumulation de stéréotypes et de clichés (j'ai le sida, la drogue c'est mal, Dieu est grand, la méthadone est un produit de substitution pour la drogue) ne révèle pas une plus grande pratique de la télé que de la seringue. Mais je dois dire qu'entendre « je m'en suis tiré grâce à Dieu et à la méthadone » est une phrase qui vaut son pesant d'or, et qu'elle vaut bien de côtoyer un sdf fort commercial pendant quelques instants ; peut-être même de respirer sa fumée sur un quai.

J'avoue un peu honteusement que j'ai du me mordre violemment les lèvres pour ne pas éclater de rire lorsqu'il parlait. Ce n'est pas très charitable ; mais au lieu de tenter d'être charitable durant des années, n'aurais-je pas mieux fait de consommer un peu plus de méthadone ?

Et dans le RER qui nous ramène, T et moi, à la Défense où je suis garé, une mendiante engueule un voyageur qui ne lui donnait pas assez à son gré. « je regrette, monsieur, gardez vos pièces pour vous, l'hôtel ne les accepte pas. Je préfère encore qu'on ne me donne rien. » Et, furieuse, elle plante le gars là et se rue vers la porte du wagon pour l'ouvrir. Mais on est dans le tunnel, et rien ne se passe. Le charitable rembarré ne sait plus ou se mettre ; la bonne femme harangue à moitié le wagon, qui, selon elle, se fout de savoir qu'il fait moins deux dehors, ne proportionne pas ses dons à la température qu'il fait. « je dis pas ça pour vous, monsieur », glisse-t-elle en coin au gars qui n'a toujours pas relevé la tête, « je dis ça pour....ça » et elle désigne de la tête le reste du wagon.

« ça » est bien soulagé de la voir partir. Alors, Dieu ou méthadone ?

Band of Brothers (série TV)

urieuse coïncidence, alors qu'une partie de la presse américaine se lamente sur les français qui oublient, pour une fois, leur « devoir de mémoire », je regarde en DVD l'une des séries les plus estimées de l'année 2001 : Band of brothers. C'est une mini série de dix épisodes sur la « Easy Company », des parachutistes américains, depuis leur entraînement et le jour J, leur parachutage sur la Normandie, jusqu'à Berchtesgaden. Une façon agréable de faire un peu d'histoire, et aussi de regarder une excellente oeuvre télévisuelle dont la qualité se rapproche de ce qu'on peut faire pour le cinéma.

Le premier épisode est assez calme ; un petit coup d'entraînement avec un instructeur sadique. Toutefois ce n'est pas Full Metal Jacket ; l'instructeur sadique (David Schwimmer, le Ross de Friends) a la fâcheuse tendance à se perdre en manoeuvre sur le terrain, et à ne pas savoir gérer la pression. Il se fait virer pour apprendre le parachutisme aux aumôniers et aux médecins (quelle mise au placard !), et le jour J peut commencer. Joli plan final d'avions qui s'envolent, un peu téléphoné, certes, mais quand même. Le premier épisode pourrait constituer un petit film à lui tout seul.
Dans le second épisode, ils sautent et le canardage commence. Ca tire dans tous les sens et les survivants, parachutés dans les environs de Ste Mère Eglise, mettent hors d'état de nuire quatre canons allemands. Fait marquant, la Normandie filmée ressemble trait pour trait à celle dans laquelle je crapahutais avec d'autres chefs scouts en 94 ; précisément dans les environs de Caen. La série a sans doute été filmée sur place.
Dans le troisième épisode, ça canarde encore plus sec (à Carentan cette fois) mais on sent la lassitude des troupes. La technique filmique est efficace : à chaque embuscade, on croirait que des balles vont sortir de l'écran et siffler à nos oreilles.
Tout cela reste de très bonne qualité et donne envie de faire un petit tour dans le Calvados pour voir en vrai les endroits où cela s'est passé.

Air Lib se crashe

Air Lib, après bien des tumultes médiatiques, a déposé le bilan, et le tribunal de commerce de je ne sais plus où a prononcé la liquidation. La conséquence la plus visible sera le licenciement de plus de trois mille salariés avant la fin du mois. Le gouvernement ouvre beaucoup moins sa gueule que, disons, pour Metaleurop. Il y a de quoi ; il est probablement responsable de bien des espoirs déçus ; c'est le moment de se faire oublier.
Le numéro de cette semaine de Valeurs Actuelles souligne en effet que le médiatique patron d'Air Lib, Jean Charles Corbet, était le cégétiste responsable de la grève des pilotes d'Air France à la veille de la coupe du monde de football en 98. Si c'est vrai, cela prouve qu'il est bien meilleur pour empêcher les avions de voler que pour les faire voler. Mais dans ce cas, comment diable a-t-il pu se propulser à la tête d'une compagnie aérienne ?

Air Lib laisse une ardoise de près d'un milliard de francs dus à l'état ; et ce qui sortira de la liquidation n'en couvrira probablement que très peu. J'ai emprunté une de leurs lignes il y a un ou deux ans ; Paris-Marseille n'était desservi exclusivement que par des DC9 ou 10 et des gros Fokker, qui ne sont pas aujourd'hui ce qui se fait de plus moderne. La dernière fois que j'avais pris un appareil de ce type, c'était sur un charter Montpellier Londres en 88 ou 89.

Si l'on écoute la rumeur, c'est la faute à plein de choses. L'état, qui ne soutient plus la compagnie. Le baron Seillière, qui surveille ses poches (encore qu'on n'entende plus parler de lui récemment ; s'est-il désengagé ?) Le vilain repreneur Imca qui n'a rien repris. Airbus, qui refusait un rabais de 50%. La DGAC, qui a retiré la licence de voler. Bref, c'est la faute à tout le monde, sauf au management de la compagnie, qui est théoriquement le seul responsable. Le PDG semble en effet un pro de l'agit-prop, pour détourner l'attention des salariés qu'il va virer de sa gestion lamentable, et focaliser leur colère sur le reste.

Nous avons une compagnie qui semble avoir vivoté entièrement sur les fonds publics ces derniers mois &... donc sur mes sous &... donc pas rentable, qui se plaint de devoir cesser l'activité ; alors que l'on pourrait reprocher à l'état de ne pas l'avoir débranchée plus tôt. Qui met sa faillite sur le compte d'Airbus qui ne leur accordait pas les mêmes tarifs qu'à Easy Jet. Qui avait sans cesse « un repreneur » lorsque ça allait mal. Qui a cherché à concurrencer Air France, puis a tenté ensuite de jouer la carte du « low cost » en dépit d'une flotte hétérogène (donc adieu les économies d'échelle) et sans licencier personne. Bref, avec un syndicaliste aux commandes, ce qui est normal est présenté comme la cause de la faillite ; cela devient la faute à pas de chance, alors que deux autres compagnies low cost au moins font leur beurre sur le territoire. Les salariés manifestent contre tout ce qu'ils peuvent, sauf contre une direction incompétente qui est la cause première de la ruine de la compagnie.
Si ce n'est pas du foutage de gueule et la preuve qu'on manipule les gens comme on le veut...

« Dangerous Kitchen, the subversive world of Frank Zappa » par Kevin Courier

Le reste de l'après-midi se passe en dormant, puis en finissant le bouquin enthousiaste de Kevin Courier sur Frank Zappa. Ce livre est le fruit d'un esprit cultivé, qui sait mettre des références pertinentes là où il faut ; sa chronique des dernières années de Zappa est très intéressante. En refermant le livre, Zappa apparaît comme un compositeur fabuleusement doué, dont l'intérêt est dans la musique classique, mais qui a été forcé presque toute sa vie de faire du rock pour vivre, et qui n'a pu voir que quelques mois avant sa mort sa musique correctement jouée (sur l'album the yellow shark, sachant que ses efforts avec le London Symphony Orchestra étaient plus qu'honorables.) Kevin Courier pense clairement que Zappa a sa place dans une encyclopédie de la musique classique plutôt que dans celle du rock, encore que ses fabuleuses qualités de guitariste ne soient plus à démontrer.
Un autre trait qui ressort de la vie de Zappa, c'est sa hargne envers le monde dans lequel il vit. Le milieu extrêmement pauvre dans lequel il vivait (son père, immigré sicilien, bien que chimiste, n'arrivait visiblement pas à joindre les deux bouts), puis un piège dont il a été victime et qui lui a fait faire de la prison pour pornographie ( !) semblent lui avoir oté toute forme d'optimisme sur la société dans laquelle il vivait. Zappa a souffert injustement de la société américaine et ne lui a jamais pardonnée. Peut-être faut-il même y voir la source de cette tendance qui consiste à vouloir mettre systématiquement son public mal à l'aise, sur ses disques comme dans ses spectacles. Par ailleurs, l'homme semblait être un libéral à la Madelin, qui se disait « conservateur pratique », ce qui ne l'empêchait pas de soutenir le parti démocrate considéré comme moins pire que l'autre, mais de vomir tout ce qui ressemblait à un syndicat. Il est à noter que les projets de censure des disques de rock jugés obscènes provenaient du parti démocrate, et de la femme d'Al Gore en particulier. En fait, Zappa a passé une bonne partie de sa vie à encaisser des coups provenant de toutes les directions. Son mérite a été de répondre « je vous emmerde » durant trente ans, sans se lasser.

Lors des dernières années de sa vie, Zappa a tenté de jouer un mixte de business angel et d'ambassadeur culturel dans les pays de l'est, spécialement dans l'ancienne Tchécoslovaquie où il était une des idoles de l'underground (y compris de Vaclav Havel) durant les années du rideau de fer. Cela n'a que peu marché, mais montre que le personnage avait encore bien des cordes à son arc. Si le livre de K. Courier détaille ce qui se passait en ce temps-là, il s'étend rarement sur les motivations de Zappa.

En parlant de Vaclav Havel, j'écris ceci le dernier jour de sa présidence de la République Tchèque. Durant ces dix ans, croit-on qu'un journaliste un peu plus lettré que les autres se serait soucié de la prononciation de son nom ? On a donné du Boris « Yeltsine » tant qu'on a pu ; toutefois, personne ne s'est avisé que Vaclav se prononçait « vasslav », puisque ce n'est autre que la forme tchèque de Venceslas. Dix ans après l'apparition du dramaturge président à la tête de la république tchèque, on ne prononce toujours pas correctement son prénom. Cela me rappelle les crétins qui voient un « Jose da Silva » manifestement portugais, et qui le prononcent « rrosé ».

28/03/2004
Nelly




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