Sombreval

Les indestructibles (Nelly)

Le dernier opus de John Lasseter et des studios Pixar combine avec bonheur le chic des années 50, le choc des films d'espionnage, et un petit message moral même pas guimauve



Des super-héros mis à pied

Les indestructibles (Nelly)
Le dernier film d'animation en 3D digne d'être vu s'appelle « les indestructibles » (« the incredibles » en VO). Il nous est proposé par Pixar, société célèbre à juste titre depuis les réussites que sont Toy story (1 et 2), Finding Nemo, Monsters inc., et j'en passe.
Dans « the incredibles », les super-héros ont le profil bas : victimes d'une campagne de presse à la suite de deux ou trois interventions qui ont mal tourné, ils n'ont plus le droit d'exercer leurs super-pouvoirs et bénéficient d'un programme de protection analogue à celui qui recouvre les mafieux repentis. Le film s'intéresse à une famille en particulier, tous des super-héros. Le père est un gros costaud, la mère s'appelle « élasti-girl ». La fille, une adolescente dans sa période gothique/veuve sicilienne, a le pouvoir de disparaître à l'envi. Le fils (en CM1) court très très, mais alors très très vite. Il n'y a que le bébe qui n'a pas de super-pouvoirs, et encore ce n'est pas sûr.
Naturellement, quelques méchants se chargeront de perturber cette vie tranquille de la banlieue, ce qui sera l'occasion pour les super-héros de briller à nouveau et de regagner dans la société une place méritée, plus méritée en tout cas que celle qu'occupe Monsieur Superhéros : gratte-papier dans une compagnie d'assurances, persécuté par son chef, un mètre cinquante, des rides, des lunettes en écaille et, on le suppose, une mauvaise haleine.

Un chic très fifties

Le graphisme n'offre pas de prouesses superlatives ; il était de coutume de s'extasier sur la fourrure bleu-violet d'un des héros de Monsters inc. ; Pixar n'est pas tombé ici dans la piège de la surenchère. Les personnages restent volontairement irréalistes : de cette façon le spectateur est rappelé qu'il est devant un dessin animé, qui est un monde propre, avec ses propres lois. Malgré cela, le style graphique combine agréablement des éléments modernes, et un certain chic rétro des années 50, décidément très bien porté depuis « l'incroyable M. Ripley », « catch me if you can » et que l'on reverra probablement lorsque le dernier Scorcese, « the aviator », atteindra l'hexagone.

Super-famille : une famille ordinaire

L'aspect de cartoon n'empêche pas le propos de devenir sérieux par moments ; la famille des héros est en danger de dissolution au début, car l'idéal n'est pas le même parmi les membres de la famille : Madame ne veut plus entendre parler de la vie passée. Monsieur fait comme si elle n'avait jamais existé, cette vie, mais va se réfugier de temps en temps dans une pièce à souvenir, et va le soir scanner les fréquences de la police en compagnie d'autres anciens supers. Les juniors tendent à se servir de leurs pouvoirs d'une manière plus égoïste, pour leur propre bénéfice : le garçon pour faire des farces en classe et courir plus vite en sport ; la fille pour observer invisiblement son amoureux. A la fin du film, les épreuves en auront fait une famille soudée. Les parents, précipités dans les événements, sont plus ou moins forcés de faire passer leur famille en premier ; le garçon le fait ce à sa manière un peu égoïste, car cela se combine provisoirement avec son envie de courir ; c'est la fille qui fait le choix le plus conscient. De l'adolescente révoltée, on la voit pratiquement passer à l'age adulte, d'une seconde à l'autre, dans un très beau plan où elle se trouve debout dans la jungle, au crépuscule, à l'entrée d'une caverne. Elle porte son costume de super-héros, son masque sur les yeux ; elle regarde la caméra les yeux grand ouverts, sans rien dire ; une mèche de cheveux cache un oeil et elle fixe le spectateur de l'autre ; c'est une belle réussite.

Pour les grands enfants : violence légère et second degré

Le sérieux du propos se retrouve dans certaines parties de la narration, propres à effrayer les plus petits. Le cadavre d'un autre super-héros est retrouvé dans une grotte : il ne reste de lui qu'un squelette dans un habit collant. L'un des héros se fait torturer. Quant au bébé, oui, il a bien des super-pouvoirs, et il en donne une démonstration à couper le souffle à la fin du film. Mais ceux qui ont son âge vont pleurer de terreur en voyant cela, c'est sûr.
Les adultes ou les grands enfants sont donc les premiers visés par ce film ; nombre de clins d'oeil leurs sont réservés. Il y a le pastiche omniprésent des James Bond. Le méchant habite une base secrète dans un volcan ; et ses meubles sont très design. Il dispose d'une milice privée, d'un petit train qui fait le tour de l'île, d'un arsenal souterrain. Il ne manque que les requins.
Des piques sont envoyées au milieu de la mode, avec un personnage de couturière extravagante, qui montre comment elle teste ses habits de super-héros en condition réelle. On assiste, dans ce qui est l'une des scènes les plus drôles du film, à un défilé de mannequins articulés, habillés avec les créations de la dame, et qui se font tirer dessus, brûler au napalm, et j'en passe. On y retrouve l'impression mi-sérieuse, mi-enjouée de la poursuite dans le chaîne de fabrication de voitures, dans Minority Report.

Pas une seconde d’ennui

Quant au rythme, il est parfait et ne laisse que très peu de souffle au spectateur. Les scènes de poursuite avec le petit junior, qui court à une vitesse supersonique, poursuivi par des espèces de frisbees à moteur, sont parmi les meilleurs du genre. Elasti-girl, elle, brille à chaque fois qu'on a besoin de quelque chose d'utile plutôt que de brillant ; c'est-à-dire à chaque fois qu'il faut qu'elle se transforme en zodiac ou en sandow géant.
Avec ce déploiement de virtuosité, qui ne masque pas un propos un peu plus grave que dans les films précédents, Pixar a réussi à produire deux bonnes heures d'animation qui suscitent avec bonheur l'attention aussi bien que les rires et l'admiration. C'est tout ce que l'on demande au cinéma.

Nelly Achlaw

20/12/2004





1.Posté par Lapinos le 18/01/2005 14:16
Et l'esthétique, ça ne compte pas pour vous l'esthétique ? Ces Indestructibles sont d'une laideur abominable !


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