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 <title>Sombreval</title>
 <subtitle><![CDATA[Sombreval.com est un webzine catholique. Ses domaines de prédilection sont l’exégèse biblique, la littérature et la théologie.]]></subtitle>
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 <updated>2026-03-10T10:06:03+01:00</updated>
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   <title>Sur la cohabitation des deux formes du rite romain</title>
   <updated>2024-11-26T15:14:00+01:00</updated>
   <id>https://www.sombreval.com/Sur-la-cohabitation-des-deux-formes-du-rite-romain_a787.html</id>
   <category term="Articles" />
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   <published>2024-09-09T15:06:00+02:00</published>
   <author><name>Sombreval</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/82683435-59272996.jpg?v=1725889651" alt="Sur la cohabitation des deux formes du rite romain" title="Sur la cohabitation des deux formes du rite romain" />
     </div>
     <div>
      Bien avant la publication en 2007 du <span style="font-style:italic">Summorum Pontificum</span> de Benoit XVI, prévoyant l’introduction d’une «forme extraordinaire» à côté de la «forme ordinaire» dans le même rite romain latin, des intellectuels catholiques de premier plan ont plaidé pour la coexistence des deux usages, du <span style="font-style:italic">vetus ordo</span> et du <span style="font-style:italic">novus ordo</span>. Jean Guitton, par exemple, a bien défini la spécificité de la messe catholique :        <br />
       «L’Eucharistie catholique, écrit-il dans un ouvrage publié en 1986, a deux caractères qui semblent s’opposer, mais qui se complètent en une véritable structure. L’Eucharistie est d’abord un sacrifice, qui réitère le sacrifice de Jésus-Christ. L’Eucharistie est aussi un sacrement, où sont proposés aux fidèles réunis en un repas mystique les fruits de ce sacrifice». Selon lui, la liturgie conciliaire a voulu illustrer davantage le sacrement. Or, comme il le note, «le sacrement est la conséquence du sacrifice» (1).        <br />
       Les considérations qui suivent mettent en relief les problèmes de structure de la nouvelle messe. Par <span style="font-style:italic">structure</span>, Guitton entend «l’ordre, la hiérarchie, la proportion des parties». Il constate que la liturgie de la Parole occupe maintenant la meilleure part du temps, restreignant la place dévolue à la liturgie du Sacrifice. La prière universelle vient à peine d’être prononcée que déjà, note-t-il, «la machine nerveuse» se lasse. L’attention se relâche, «prêtres et fidèles se hâtent». Et cela, alors que vient «l’instant sublime, l’Heure pleine de mystère à jamais, où l’Événement singulier, &quot;fait une fois pour toutes&quot;, se reproduit pour la foi mystérieusement». Il conclut par ces mots : «Je ne mets pas au même niveau et sur le même plan la liturgie de la Parole et la liturgie du Sacrifice. Entre ces deux essentiels, le second est à mes yeux plus essentiel. Le premier annonce le second. Le lumineux introduit au numineux. Et dans le numineux seul se cache et se manifeste l’essence, qui est le mystère de la foi, le <span style="font-style:italic">mysterium fidei</span>».        <br />
       Pour maintenir la foi dans le sacrifice, il jugeait nécessaire que les deux rites puissent cohabiter : «Si l’ancienne liturgie insistait sur le sacrifice consommé sur un autel par un prêtre dont on ne voyait pas le visage ; si la nouvelle liturgie insiste sur le sacrement et sur le partage (étant ainsi plus proche de la Cène) ; si les fidèles peuvent voir le visage du prêtre, tourné vers eux ; s’il n’y a pas d’incompatibilité entre ces deux usages, ni progrès de l’un sur l’autre mais, au contraire, complément et harmonie, pourquoi n’est-il pas possible de permettre les deux rites ? Cela pour une raison profonde, qui touche à la foi du peuple».       <br />
              <br />
       (1) Jean Guitton, <span style="font-style:italic">Silence sur l’essentiel</span>, Desclée de Brouwer, 1986, p. 35-38. J’espère publier prochainement un ouvrage inédit d’Albert Frank-Duquesne, non publié de son vivant et dont ne reste qu’un tapuscrit, miraculeusement retrouvé par un jeune Mexicain, Luis Cruz, dans les archives d’un des correspondants de l’écrivain. Intitulé <span style="font-style:italic">La Messe éternelle</span> (sous titre : <span style="font-style:italic">La Croix, l'Eucharistie et le Sacrifice du Verbe «avant la création du monde</span>»), il est divisé en deux sections qui correspondent aux deux parties de la messe décrites par Guitton. La première (d’un intérêt exceptionnel) porte sur «l’eucharistie sacrifice» et le sacrifice éternel du Verbe, fondement de la Liturgie céleste, la seconde sur «l’eucharistie communion». La partie sur l’eucharistie-sacrifice s’achève par ces lignes qui prouvent, s’il en était besoin, que la crise de la liturgie ne date pas du Concile :         <br />
       «Messe du Verbe, Messe éternelle, continuée par le Christ au Calvaire, par l’Église – qui est &quot;Jésus-Christ répandu et communiqué&quot; (Bossuet) – chaque fois que le Pain et le Vin consacrés sont offerts à Dieu. Mais il n’y a qu’un seul et même Sacrifice, qu’une éternelle Agape. Et peut-être est-ce là ce qu’entendait Jean-Baptiste Vianney, curé d’Ars, lorsqu’il murmurait : &quot;Si l’on savait ce que c’est que la Messe, on mourrait&quot;. Aussi, dans trop d’églises, des ouailles scandalisées, au sens évangélique du terme, se demandent-elles à quoi riment ces Messes confidentielles, hâtivement marmottées, télescopées, supersoniques, et dans une atmosphère de désinvolture faite pour enlever à tout incroyant entré par hasard dans un sanctuaire le désir d’y remettre les pieds… C’est pourquoi, sur le plan de la vie divine, surnaturelle, &quot;il y a parmi nous beaucoup de gens débiles et malades, voire un grand nombre de morts&quot; (1 Cor, 11:30)».          <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>La Primauté du Pape (Maistre, Frank-Duquesne, Boulgakov)</title>
   <updated>2011-11-03T12:03:00+01:00</updated>
   <id>https://www.sombreval.com/La-Primaute-du-Pape-Maistre-Frank-Duquesne-Boulgakov_a729.html</id>
   <category term="Articles" />
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   <published>2011-10-23T15:18:00+02:00</published>
   <author><name>Sombreval</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div><b>Le Pape et l'unité de l’Église </b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/3375818-4849953.jpg?v=1319377420" alt="La Primauté du Pape (Maistre, Frank-Duquesne, Boulgakov)" title="La Primauté du Pape (Maistre, Frank-Duquesne, Boulgakov)" />
     </div>
     <div>
      Cet article est accompagné d’un texte disponible en intégralité dans le <a class="link" href="http://www.sombreval.com/afd-project/La-Primaute-du-Pape-texte-et-analyses_a11.html">Fonds Frank-Duquesne</a> et en lien ci-dessous.         <br />
              <br />
       La question de l’unité de l’Église est au cœur du pontificat de Benoît XVI. Depuis 2005, avec une persévérance et une patience qui forcent l’admiration, il n’a cessé d’aplanir les voies pour favoriser la pleine réconciliation de la Fraternité Saint Pie X avec le Saint-Siège. Le Pape, en effet, comme le rappelle Frank-Duquesne dans un texte important que je diffuse en intégralité, est le «coryphée», l’«organe» de l’unité du Corps Mystique qu’est l’Église. L’Église, écrit-il, «doit tendre à manifester aux hommes cette unité. Qu’elle l'abandonne, qu'en elle prévalent les tentations de l'individualisme et du sens propre, les puissantes et troubles séductions de l'intelligence, ou de la &quot;chair&quot; et du &quot;sang&quot; : du coup, elle trahit sa mission et son être même. Et le monde, sceptique et narquois, se demandera : si l'Église n'est pas en mesure de réaliser en son propre sein l'unité, quel message de réconciliation peut-elle m'apporter, comment ose-t-elle prétendre &quot;rassembler tous les peuples pour n'en faire qu'un seul&quot;? Elle fait mentir les Prophètes !».        <br />
              <br />
       Le texte de Frank-Duquesne comporte des morceaux d’exégèse du plus haut intérêt, qui portent sur la nature de la primauté du Pape (qui, dans l'optique catholique, implique la primauté de contrôle et de juridiction). Une comparaison avec la propre exégèse du théologien Serge Boulgakov peut s’avérer éclairante, car elle montre que le principal point de divergence avec les orthodoxes dérive de l’ecclésiologie. Je renvoie au petit essai du théologien russe, paru récemment : <span style="font-style:italic">Les Deux saints premiers apôtres Pierre et Jean</span> (F.X. de Guibert, 2010). Boulgakov conteste la position catholique relative à la primauté pétrinienne. Il exprime ainsi sa thèse principale : «La primauté de Pierre n’est pas une primauté de pouvoir, mais d’autorité, d’ancienneté, de préséance, qui d’ailleurs ne lui appartenait que dans l’union avec tous les autres apôtres». Pour les orthodoxes, ce sont les membres de l’épiscopat, en tant que successeurs des apôtres, qui exercent de façon collégiale le ministère de l’autorité. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>L’Église est-elle une monarchie ? </b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/3375818-4849954.jpg?v=1319377444" alt="La Primauté du Pape (Maistre, Frank-Duquesne, Boulgakov)" title="La Primauté du Pape (Maistre, Frank-Duquesne, Boulgakov)" />
     </div>
     <div>
      Joseph de Maistre, pour qui la notion d’unité occupe une place tout aussi fondamentale que chez Frank-Duquesne, réfutait déjà dans son grand livre <span style="font-style:italic">Du pape</span> (1819) cette conception ecclésiologique qui tend à diluer le pouvoir du Pape dans un magma de structures autocéphales, négatrices de toute autorité. On ne rappellera jamais assez que l’Église n’est pas une «démocratie», appelée à s’adapter aux mentalités modernes. C’est d’ailleurs cette «suprématie monarchique» du Pape qui scandalise les thuriféraires de la Modernité. Lisons donc le comte de Maistre :        <br />
       « Essayez de diviser le monde chrétien en patriarcats, comme le veulent les Églises schismatiques d'Orient, chaque patriarche, dans cette supposition, aura les privilèges que nous attribuons ici au Pape, et l'on ne pourra de même appeler de leurs décisions ; car il faut toujours qu'il y ait un point où l'on s'arrête. La souveraineté sera divisée, mais toujours on la retrouvera ; il faudra seulement changer le symbole et dire : &quot;Je crois aux Églises divisées et indépendantes&quot;. C'est à cette idée monstrueuse qu'on se verra amené par force ; mais bientôt elle se trouvera perfectionnée encore par les princes temporels, qui, s'inquiétant fort peu de cette vaine division patriarcale, établiront l'indépendance de leur Église particulière, et se débarrasseront même du patriarche, comme il est arrivé en Russie, de manière qu'au lieu d'une seule infaillibilité, qu'on rejette comme un privilège trop sublime, nous en aurons autant qu'il plaira à la politique d'en former par la division des États. La souveraineté religieuse, tombée du Pape aux patriarches, tombera ensuite de ceux-ci aux synodes, et tout finira par la suprématie anglaise et le protestantisme pur, état inévitable, et qui ne peut être que plus ou moins retardé ou avoué partout où le Pape ne règne pas. Admettez une fois l'appel de ses décrets, il n'y a plus de gouvernement, plus d'unité, plus d'Église visible».       <br />
              <br />
       Un passage de l’ouvrage de Maistre m’a frappé. Si l'on adopte les thèses ultramontaines du comte, on peut légitimement s’interroger sur l’opportunité des Conciles généraux, surtout dans des époques de confusion. Cette confusion qui n'a cessé de s'amplifier depuis la Révolution française, jusqu'à devenir le trait dominant des sociétés dites «post-modernes». Le Concile Vatican II, par exemple, qui fait encore l’objet de lourdes controverses, a engendré un trouble intense, des dissensions allant jusqu'à la haine, et des divisions qui n'ont jamais pu être résorbées. Etait-il nécessaire ? Convoqué il y a plus de cinquante ans, il n’a pas apporté ce souffle de renouveau tant escompté. Il semble au contraire avoir affaibli le catholicisme et l’autorité papale. Ces quelques lignes de Maistre, en tout cas, méritent réflexion :        <br />
       « Plus le monde sera éclairé, écrivait-il au début du 19e siècle, moins on pensera à un concile général. Il y en a eu vingt et un dans toute la durée du christianisme, ce qui assignerait à peu près un concile œcuménique à chaque époque de quatre-vingt-six ans; mais l'on voit que, depuis deux siècles et demi, la religion s'en est fort bien passée, et je ne crois pas que personne y pense, malgré les besoins extraordinaires de l'Église auxquels le Pape pourvoira beaucoup mieux qu'un concile général, pourvu que l'on sache se servir de sa puissance».       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La question de la Primauté</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/3375818-4849955.jpg?v=1319377588" alt="La Primauté du Pape (Maistre, Frank-Duquesne, Boulgakov)" title="La Primauté du Pape (Maistre, Frank-Duquesne, Boulgakov)" />
     </div>
     <div>
      Revenons maintenant à l’exégèse de Frank-Duquesne. Pendant quinze ans, Frank-Duquesne a cherché, parmi l’ensemble des confessions chrétiennes, celle qui incarne et manifeste ici-bas l’unité du Dieu vivant : «L'Église de Rome est la seule, non qui dise : &quot;C'est moi l’Église&quot; – les <span style="font-style:italic">disjecta membra</span> de l'Orthodoxie en font autant – mais qui traduise cette affirmation dans les faits. Précisément parce qu'elle ne cède rien du principe, elle peut se permettre, l'essentiel étant irrévocablement sauvegardé, d'être coulante quant aux modalités d'application : d'où, par exemple, ses 2 Droits Canons et ses 16 rites. La catholicité n'est possible qu'en fonction de l'unité ; elles sont complémentaires : ce sont les deux foyers d’une même ellipse, comme la systole et la diastole du cœur». Aujourd’hui encore, au sein du catholicisme, la messe tridentine coexiste, en tant que «rite extraordinaire», avec la messe nouvelle, réformée par Paul VI et considérée comme le «rite ordinaire».        <br />
       Plus loin, dans son texte, il ajoute : «Cette unité visible de l’Église comme telle, comme <span style="font-style:italic">Tout</span>, où donc, et comment, par quoi, se manifeste-t-elle ? Quel organe, visible lui aussi, en assure la fonction ? Il y a, il doit y avoir, dans l’Église universelle, un noyau d'unité, un lieu central, régulateur et modérateur de tout l'organisme : le cœur de ce grand Corps. C'est, si j'en crois l’Évangile, Pierre, jusqu'à la fin du monde». Cette fonction essentielle de Pierre découle de sa primauté qui a été instituée par le Christ : primauté d’honneur, bien sûr, mais aussi de juridiction, déniée par les représentants des autres branches du christianisme. Il convient donc d’examiner avec précision les chapitres 16 et 18 de saint Matthieu. Pour le père Boulgakov, le récit du chapitre 18 constitue le développement interne et la suite logique du chapitre 16, qui établit l’autorité directe et immédiate de Pierre (et ses successeurs) sur tous les apôtres (et leurs successeurs). Ce dernier chapitre est considéré comme fondamental par la théologie romaine. Le chapitre 18, au contraire, est allégué pour contester ce qu’on appelle l’organisation «monarchique» de l’église catholique romaine. Dans ce texte, la promesse de «lier et délier» est répétée et accordée à tous les apôtres. Frank-Duquesne répond à cette objection d’une manière magistrale en montrant le caractère exclusif de la promesse faite à Pierre :         <br />
              <br />
       « Les théologiens orthodoxes et anglicans objectent que la promesse du Christ à Pierre, dans Matthieu 16, est, plus tard, étendue par Lui à tous les Douze (deux chapitres plus loin). Ce qui justifierait, en ecclésiologie, la substitution d'une aristocratie, d'un épiscopalisme, à la monarchie, au papisme. Rappelons-nous d'abord, que le Sauveur n'étend PAS aux Douze la remise des fameuses &quot;clefs&quot; du sérail messianique. Mais, s'il s'agit dans les deux cas d'une seule et même promesse, pourquoi Jésus l'a-t-Il deux fois formulée – une première à Pierre seul, une seconde au collège des Douze – alors que, précisément, la ressemblance des deux énoncés en accuse d'autant plus l'essentielle différence ? Au chapitre 18, ce n'est d'ailleurs pas à l'indivisible collège des Douze qu'est faite la promesse &quot;Tout ce que vous lierez&quot;. Le contexte suggère qu'elle a été faite au corps entier de l'Eglise, à l'Eglise <span style="font-style:italic">comme Tout</span> : &quot;S'il ne les écoute pas, dis-le à l'Eglise ; et s'il refuse d'obtempérer à l'Eglise, qu'il soit pour vous comme un païen et un publicain !&quot; Puis aussitôt, pour préciser et justifier cette gravissime injonction, le Seigneur continue, avec l’équivalent de l'expression française Que dis-je ? et qui sert à confirmer ce qui précède, en l'expliquant et en le renforçant : &quot;que dis-je ? (Ou bien: j'irai même jusqu'à dire :) Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel ; et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel&quot;. Vous, c'est-à-dire &quot;l’Église&quot;, la communauté fraternelle en son ensemble, et non tout juste les Douze.       <br />
       Et le Sauveur achève par un parallélisme éclairant (que je m'étonne de ne pas voir mis dans cette lumière par les exégètes et les conférenciers qui commentent l’Évangile). Il avait dit : &quot;Je vous le dis, en vérité&quot;. Il reprend : &quot;De nouveau, je vous le dis&quot;. C'est intentionnel. Et que  dit-il cette fois ? Ceci, qui s'adresse aux mêmes auditeurs : &quot;Si deux d'entre vous (donc d'entre tous les disciples, non pas d'entre les Douze seulement) s'accordent sur la terre (c'est la fameuse conception orthodoxe du sobornost), quelque chose qu'ils demandent, ils l'obtiendront de mon Père qui est dans les cieux. Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, Je suis au milieu d'eux&quot;. Ce passage s'applique donc tout entier à l’Église en général, comme &quot;trône&quot; et Corps du Christ, et non pas au seul collège apostolique. Il ne peut servir à étayer l'épiscopalisme orthodoxe ou protestant. Aucun exégète, à ma connaissance, n'en a jamais entrevu la portée.       <br />
       Or, la promesse faite à Pierre est autrement forte, précise, complète et détaillée. La critique voit dans ce passage un texte interpolé pour pouvoir introduire dans l’Évangile selon Matthieu la notion d’Église et amorcer ainsi la promesse à Pierre. Car l’Église n'est mentionnée, dans les quatre Évangiles, que dans ces deux passages conjoints. De plus, jamais, sauf ici, le Sauveur ne parle avec mépris des publicains. Voici ma réponse : outre que toutes les paroles du Christ ne figurent pas dans l’Évangile, le parallèle est, à mon sens, évident : que le rebelle envers l’Église soit pour toi, mon disciple, comme le païen et le publicain, rebelles à la loi de Moïse, sont pour le Qahal juif. La promesse &quot;Ce que vous lierez et délierez&quot; transfère aux Douze le magistère moral des rabbins, en le surnaturalisant avec une autorité messianique. Tout ce passage est fondé sur ce parallèle, le collège des Douze s'y trouve tacitement assimilé au Sanhédrin. C'est encore un point de vue que les exégètes, dans leurs livres et leurs conférences, ne mettent guère en lumière.       <br />
       Or donc, la promesse collective du chapitre 18 se rapporte aux mœurs, à l'entente entre Chrétiens ; elle est, comme la formule d'investissement rabbinique, ordonnée à la morale, voire au bon ordre dans la communauté. Celle du chapitre 16 se réfère à la foi, à l'illumination fondamentale dont dépend toute la vie chrétienne. Au chapitre 18, il est question de mœurs ; au chapitre 16, de dogme, de foi. Cette seconde promesse (chronologiquement, la première) constitue Pierre unique fondement &quot;empirique&quot; de l’Église et porte-clefs, c'est-à-dire grand-vizir du Royaume. Le caractère unique de cette promesse, le Seigneur la souligne par son exorde : &quot;Et moi, je te dis&quot;, après avoir interrogé &quot;vous autres&quot;. Mais Je te le demande à toi, à toi seul, à nul autre. Alors que la prétendue promesse aux Douze – dont nos apologistes n'arrivent pas à se dépêtrer – s'encadre dans un contexte visant la généralité des Chrétiens, sans aucune clause restreignant cette promesse au collège apostolique, ici, par contre, l'application au seul Pierre est si flagrante, qu'on ne peut, pour la contester, que nier l'authenticité du texte. Mais, à ce compte-là, on en arriverait finalement, comme certains exégètes allemands, à ne retenir, de tout l’Évangile, que neuf &quot;paroles du Seigneur&quot; ! »       <br />
              <br />
       <a class="link" href="http://www.sombreval.com/docs/primaute_du_pape.pdf">La primauté du Pape</a> (texte pdf)       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Les Jmjistes ou les Indignés ?</title>
   <updated>2013-06-03T08:00:00+02:00</updated>
   <id>https://www.sombreval.com/Les-Jmjistes-ou-les-Indignes_a727.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2011-08-18T10:36:00+02:00</published>
   <author><name>Sombreval</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/3204830-4585479.jpg?v=1313657476" alt="Les Jmjistes ou les Indignés ?" title="Les Jmjistes ou les Indignés ?" />
     </div>
     <div>
      Je m’amuse beaucoup de la confrontation entre les Jmjistes et les Indignés, ce mouvement de provocateurs se revendiquant du livre de quatre pages de Stephan Hessel, ce « poète » français de 93 ans qui, dans le sillage d’Eric Cantona, est parti en guerre contre la finance internationale. Hessel, vous savez, cet ami des opprimés, du peuple palestinien martyrisé et qui justifie le terrorisme. J’en ai déjà parlé dans <a class="link" href="http://www.sombreval.com/Le-massacre-des-Chretiens_a718.html">cet article</a>. On aurait aimé le voir sortir de l’ombre il y a dix ans lorsque toutes les populations européennes jouissaient allègrement des ressources de la finance et des profits engendrés par les banques. Si la culture citoyenne, droits-de-l’hommiste, bobo-ecolo a pu s’implanter aussi facilement dans nos pays, c’est grâce à ces profits, à l’argent fictif généré par le système. Les 35 heures, les vacances de 9 semaines, les millions de fonctionnaires, l’hédonisme version Michel Onfray, la culture subventionnée, la Fnac (où le bouquin de Hessel est en tête de gondole depuis des mois), les Indignatos, tout cela c’est le produit du libéralisme. Il y a quelque chose de cocasse à voir ces Indignés se retourner contre leurs bienfaiteurs. Certains jeunes chrétiens se sont émus de voir des groupuscules, pro-capotes, pro-gays multiplier des provocations. Une nénette a déambulé dans les rues à poil en distribuant des préservatifs à des groupes de pèlerins. La police n’a bien sûr pas réagi. Qui finance ce genre de spectacle, à votre avis ? L’ouvrier de base ? Le père de famille qui doit lutter dans une société en faillite pour assurer l’avenir de ses enfants ? Non, comme la Gay-pride, les concerts SOS Racisme sur le Champs de Mars, cela provient du financement en argent fictif. Les ravages de la laïcisation n’ont jamais été aussi importants en Espagne depuis l’instauration de ce libéralisme qui, sous couvert d’idéaux humanistes, étend son œuvre mortifère dans toutes les couches de la société. Pour assurer son empire, il vise à détruire toutes les valeurs relevant de l’ordre naturel (dont seul le catholicisme assure aujourd’hui la préservation alors qu’il ne s’agit pas de sa mission première) : mariage, famille, etc… Libéralisme et nihilisme vont de pair… D’où la prolifération de ces Indignatos. D’où la haine savamment entretenue contre le pape. D’où cette abominable théorie du <span style="font-style:italic">gender</span> qui nie l’altérité sexuelle et que l’on cherche à diffuser dans les établissements scolaires. Il en faudra encore beaucoup d’argent fictif pour entretenir tous ces parasites. Déjà on commence à parler de l’instauration d’eurobonds. Les banquiers y sont favorables. Les Indignatos et les gauchistes aussi.         <br />
               <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.sombreval.com/Les-Jmjistes-ou-les-Indignes_a727.html" />
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   <title>La substitution mystique</title>
   <updated>2018-04-04T10:27:00+02:00</updated>
   <id>https://www.sombreval.com/La-substitution-mystique_a159.html</id>
   <category term="Articles" />
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   <published>2011-05-14T23:14:00+02:00</published>
   <author><name>Sombreval</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/96067-137641.jpg?v=1289407242" alt="La substitution mystique" title="La substitution mystique" />
     </div>
     <div>
      L'idée de la substitution est au centre de la grande oeuvre du théologien catholique Urs Von Balthasar, <span style="font-style:italic">La Dramatique divine</span>. Elle est l'axe de sa sotériologie et renvoie au thème du «merveilleux échange», l'<span style="font-style:italic">admirabile commercium</span> par lequel le Christ a assumé nos fautes et nos déficiences en se substituant à nous. Elle est réfutée par la plupart des exégètes et des théologiens modernes qui, par souci d'adaptation aux mentalités contemporaines, préfèrent se focaliser sur des concepts moins controversés, comme celui de solidarité, dont l'emploi en sotériologie entraîne une atténuation évidente du caractère dramatique de la Passion. En outre tout ce qui ressortit au sacrifice est devenu étranger à la pensée moderne, comme le souligne le Cardinal Ratzinger, devenu Benoît XVI en 2005 : «Réparation («expiation») peut évoquer quelque chose dans le cadre des conflits humains et de la liquidation de la culpabilité régnant entre les humains, mais sa transposition au rapport entre Dieu et l'homme ne réussit pas. On ne peut plus se figurer que la faute humaine puisse blesser Dieu, et encore moins qu'elle aurait besoin d'une expiation pareille à celle que constitue la croix du Christ. Il en va de même de la substitution vicaire : nous ne pouvons guère nous représenter encore quelque chose là dessous, notre image de l'homme est devenue trop individualiste» (<span style="font-style:italic">Conférence aux journées liturgiques de Fontgombault</span>, <span style="font-style:italic">La Nef</span>, octobre 2001).        <br />
              <br />
       Bien qu'elle ne trouve pas sa place dans la réflexion théologique contemporaine, la substitution est confirmée par une tradition mystique, celle de la suppléance, que le grand orientaliste, Louis Massignon (1883-1962), fait remonter au treizième siècle, ce siècle qui a vu naître l'ordre des Mercédaires, dont les membres s'offraient aux pirates barbaresques pour la délivrance de leurs frères chrétiens captifs.        <br />
       L'échange de place est le fondement de la vocation victimale des «compatientes» célébrées par le spécialiste de la mystique musulmane dans son <span style="font-style:italic">Opera Minora</span> : «Le 13eme siècle écrit-il - où la chrétienté du Moyen-Age fleurit en des œuvres architecturales d'une beauté suréminente, les cathédrales qui crouleront un jour - doit nous attirer encore bien davantage par ses oeuvres de sainteté qui ne périront jamais : les âmes sanctifiées, véritables &quot;cathédrales invisibles&quot;, immortelles celles-là, où la compassion adorante et réparatrice de l'Eglise offre à Dieu toutes les misères de l'humanité souffrante, unies, dans des calices divinisés, à la Passion de Notre Seigneur Jésus» (1).        <br />
              <br />
       Sainte Christine l'Admirable, dont toute la vie fut marquée du signe de la Croix, inspira l'élan sublime de la suppléance. Depuis ce temps la fécondité de la vie réparatrice n'a cessé de se manifester chez les saints :        <br />
              <br />
       « Au dessus de sainte Catherine de Sienne s'avançant vers le condamné à mort pour l'étreindre et le consoler avant qu'il s'abandonne au bourreau de la justice, - voici Christine qui monte sur le gibet pour prier et souffrir aux côtés du criminel déjà étranglé, avide de ravir son âme à la damnation en s'associant à ses tortures physiques...Cette vocation de victime dont Christine l'Admirable est peut-être le premier cas intégral et exclusif en Chrétienté occidentale, s'est rencontrée depuis le XIIIeme siècle, de plus en plus fréquemment, en nos pays afin de contrebalancer, sans doute le poids croissant des iniquités commises. Dans le diocèse de Liège et son voisinage immédiat Meuse et Rhin, nous trouvons depuis : Christine de Stumbele (morte en 1312), Ida de Louvain (1300), Lidwine de Schiedam (1433), Marguerite van Valkenissen (1658 ), Marie Ock (1684), Anne Catherine Emmerich (1824), Louise Lateau (1883) toutes compatientes et réparatrices...        <br />
       «Pour achever de cimenter l'union de tous en son Eglise, Dieu incite des âmes de plus en plus fréquemment, à mener une vie de silencieuse offrande et d'expiation. Pour les y attirer, Il les visite dans la nuit et le secret  ; comme un voleur, Il perce à travers la paroi opaque qui les abritait. On croyait bien close la maison d'incrédulité, cimentée avec la richesse, l'homme mondain, le vain savoir,  mais voici, toutes portes fermées, quelqu'un qui paraît au centre, avec les instruments de sa Passion, les «Arma Christi» comme on disait au temps de sainte Christine l'Admirable, et ses cinq plaies ouvertes à cause de nos péchés...» (<span style="font-style:italic">Opera Minora</span>, p.637-639)        <br />
              <br />
       Il importe au chrétien de perpétuer cette voie de la substitution mystique ou de la compassion réparatrice. Il lui faut accepter toutes les souffrances physiques, morales, spirituelles qu'il plait à Dieu de lui envoyer pour participer au rachat et à la libération des âmes encore captives. «Mettre en jeu son âme pour ses frères, comme l'a fait le Seigneur lui-même écrivait Urs von Balthasar, ce n'est point pratiquer une forme héroïque d'amour qui trancherait sur la vie quotidienne de chaque jour, c'est l'alpha et l'oméga de cette vie».         <br />
              <br />
       Le personnage de Violaine dans <span style="font-style:italic">L'Annonce faite à Marie</span> est une élue de la douleur, une de ces «cathédrales invisibles» magnifiées par l'écriture si vibrante de Massignon. Elle incarne d'une manière parfaite la loi de substitution mystique. Pour obtenir le salut des égarés elle se fait victime expiatrice. Sa vie est alors traversée de souffrances atroces. A Mara qui lui demande à quoi peut servir une lépreuse aveugle, Violaine répond :       <br />
              <br />
       «Le mâle est prêtre, mais il n'est pas défendu à la femme d'être victime.        <br />
       Dieu est avare et ne permet qu'aucune créature soit allumée        <br />
       Sans qu'un peu d'impureté s'y consume,        <br />
       La sienne ou celle qui l'entoure, comme la braise de l'encensoir qu'on attise !       <br />
       Et certes le malheur de ce temps est grand.        <br />
       Ils n'ont point de père. Ils regardent et ne savent plus où est le Roi et le Pape.        <br />
       C'est pourquoi voici mon corps en travail à la place de la chrétienté qui se dissout.       <br />
       Puissante est la souffrance quand elle est aussi volontaire que le péché» (Paul Claudel, <span style="font-style:italic">L'annonce faite à Marie</span>)       <br />
              <br />
       De même, la loi de substitution, «cette merveille de la charité absolue, cette victoire surhumaine de la mystique» (Huysmans) sous-tend le thème principal de la pièce en vers de Mère Marie Skobtsov, <span style="font-style:italic">Anna</span>, qui s'apparente comme l'oeuvre de Claudel à un mystère médiéval. Dans son essai d'autobiographie spirituelle, Berdiaev esquisse en quelques traits le portrait de Mère Marie, moniale orthodoxe qui a combattu les injustices du siècle avec une énergie peu commune, morte en 1945 dans les chambres à gaz de Ravensbrück pour avoir sauvé des juifs, canonisée en février 2004 par l'église orthodoxe : «Parmi les nouvelles relations écrivait-il en 1947, il y avait la Mère Marie, déportée et morte en Allemagne. Je considère Mère Marie comme l'une des femmes les plus marquantes dans l'émigration russe. Son destin semble refléter le destin d'une époque. Il y avait en elle quelques-uns des traits qui nous séduisent chez les saintes femmes en Russie : tournée vers le monde, elle était avide de soulager la souffrance humaine. Elle avait l'esprit de sacrifice et d'intrépidité» (Buchet-Chastel p.353)        <br />
       Dans cette pièce Anna et Paula incarnent deux types de vocations. Selon Paula, «le moine doit oublier le monde et ses laideurs, rechercher la paix intérieure et prier en respectant scrupuleusement la sainte règle». Anna affirme le contraire : «Le monastère c'est le monde. Le moine est une pelle dans les mains du Divin Jardinier. Le moine est appelé à donner sa vie pour sauver son prochain». Exhortée par son évêque à assumer sa vocation, «Anna accepte de se charger des péchés d'un damné, sorte de Faust ayant passé un pacte avec le diable. Mourir pour les péchés qu'elle n'a pas commis est pour elle la forme la plus élevée de la charité. Très forte cette pièce attend toujours son metteur en scène» ( Hélène Arjakovsky-Klépinine, La joie du don, in <span style="font-style:italic">Le Sacrement du frère</span>, Cerf)       <br />
              <br />
       Article extrait de ma thèse sur la <a class="link" href="https://www.sombreval.com/Bibliotheque-numerique-Sombreval_a710.html">Réversibilité</a>       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.sombreval.com/La-substitution-mystique_a159.html" />
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   <title>Le traquenard</title>
   <updated>2017-12-19T16:18:00+01:00</updated>
   <id>https://www.sombreval.com/Le-traquenard_a696.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2009-10-07T23:15:00+02:00</published>
   <author><name>Sombreval</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/1629517-2191910.jpg?v=1289407159" alt="Le traquenard" title="Le traquenard" />
     </div>
     <div>
      Je croyais avoir tout vu, tout connu, tout entendu dans les milieux moisis de l’enseignement public. Avec l’enseignement catholique, on descend beaucoup plus bas, dans des abysses de médiocrité qui peuvent vous aspirer sans espoir de retour si vous n’y prenez garde. Tous mes prochains articles seront consacrés à la dénonciation de cette énorme imposture que constitue l’enseignement dit «catholique», annexé aux castes les plus privilégiées et protégées de la société. Catholique, ai-je écrit… La perdition du sens des mots est telle qu’on peut déshonorer les vocables les plus nobles, les plus chargés d’histoire, de sens surnaturel, et cela sans trembler, sans craindre qu’un type encore investi d’un minimum d’honneur vienne vous coller une tarte dans la gueule. Bien entendu, tous les jeunes formés dans ces établissements, leurs enseignants, leurs directeurs sont les premiers à conchier le catholicisme et le pape lorsque ceux-ci-ci se trouvent en porte-à-faux avec leurs valeurs bourgeoises, leur vilénie médiocre. Comment ne pas trouver une confirmation de ce fait dans les réactions aux  polémiques qui ont éclaté il y a peu à propos du pape et qui n’ont en fait servi que de prétexte à exhaler une haine trop longtemps contenue ? Les plus haineux se recrutaient parmi les cathos ; les plus modérés se trouvaient chez ceux qu’on considère parfois comme des parangons du gauchisme. Le pire ennemi du catholicisme à l’heure actuelle, c’est le catho. Une purge est nécessaire, sans quoi  le catholicisme est voué à une disparition certaine. A la fin des années 60, le père Louis Bouyer, s’appuyant sur un certain nombre de faits alarmants, et qui ne tiennent pas seulement à la baisse des effectifs du clergé (ce qui peut être une bonne chose, vu son niveau depuis des lustres), Louis Bouyer donc prédisait la fin proche du catholicisme. Il ne se dérobait pas devant cette réalité effrayante : la mort d’une religion si étroitement liée à notre destin national. A l’époque, comme aujourd’hui, on glosait sur un possible sursaut de ces fantômes qui n’osent même plus, tant est grande leur décrépitude, se présenter comme des disciples du Christ. L’Archevêque de Paris, cet expert en « bioéthique » que je n’ai jamais entendu délivrer une parole puissante, sur quelque sujet que ce soit, parle d’une phase de transition pour l’Eglise. L’auto-aveuglement peut parfois aller très loin. Que ne ferait-on pas pour préserver son statut d’«éminence» ?        <br />
              <br />
       La situation présente confirme le diagnostic de Louis Bouyer. Le catholicisme français représente une branche de plus en plus pourrie de l’Olivier Franc. Il faut faire un effort d’imagination quasi désespéré pour croire qu’il s’y rattache encore. Tout est foireux : la liturgie, la théologie, le «personnel» que Maritain nous invitait tout de même à distinguer de l’Eglise, en tant qu’institution divine et objet de foi. Quant aux laïcs, je les tiens pour des abrutis finis. Je rigole à gorge déployée lorsque je découvre dans les devantures des librairies religieuses, tel essai d’un jeune coq arborant ce titre : «Dieu est de retour»….Bouaaaa…         <br />
              <br />
       Mais revenons à l’enseignement dit «catholique» qui offre une illustration assez flagrante de cette «décomposition» jadis analysée par Louis Bouyer et que rien ne semble plus pouvoir enrayer. Avec la complicité des responsables institutionnels, évêques en tête, un système s’édifie qui assurera aux plus aisés l’accès aux «grandes écoles», principales pourvoyeuses de privilèges. Spécialité bien française : on va verrouiller le système pour refouler dans les marges de la société tous ceux qui n’ont pas bénéficié de ce mode de formation formatée. Il faut voir les procédures de sélection des profs qui sont mises en place pour s’assurer de leur docilité, de leur parfaite insignifiance. Répondant à une annonce, j’ai eu la naïveté de suivre les différentes procédures devant conduire à la préparation d’un concours d’enseignement, voire à ces fameuses «suppléances» qui voient un non-titulaire remplacer un titulaire, souvent pour quelques jours et pour une bouchée de pain. Avec des petits travaux, je gagne mieux ma vie, tout en étant payé pendant les vacances. J’ai voulu m’intégrer à la communauté catholique, en faisant les efforts d’adaptation nécessaires. Mal m’en a pris. Pendant des semaines  vous devez passer une série d’entretiens, avec des responsables des ressources humaines, des responsables d’établissements. On vous appelle un jour, plusieurs mois après vos premières démarches, pour réaliser une suppléance de quelques jours dans un collège. Mais non en fait, il ne s’agissait que d’un entretien de sélection. Pour réaliser vingt heures de remplacement, plusieurs personnes sont mises en concurrence… Je reste jusqu’au bout pour voir jusqu’où ils vont pousser la connerie. Le remplacement doit commencer demain. Il faudra rappeler, me dit-on, la personne titulaire qui vous fournira les précisions nécessaires pour réussir au mieux votre «suppléance»  (on verse aisément dans la préciosité hypocrite dans ces milieux : on dit «suppléance» pour éviter de parler de «vacation», davantage synonyme de précarité et donc d’humiliation). A la fin de la matinée, on me rappelle sans honte. On ne s’excuse même pas de m’avoir fait déplacer pour une telle ineptie. Mon profil est excellent, mais on a préféré choisir un autre professeur, plus expérimenté ou je ne sais quoi. Combien de talents ont été gâchés, anéantis, à cause de ce système absurde, malsain, où l’on cherche à tenir les gens sous dépendance en jouant sur leurs points les plus faibles ? Entre le titulaire et le non-titulaire, il y a dans la société française l’abîme qui séparait dans l’ancien régime l’aristocrate que tous doivent envier du roturier méprisé. C’est pourquoi le premier prof d’histoire-géo venu est tellement imbu de ses privilèges de médiocre qu’il est prêt à descendre dans la rue, bloquer son école, endoctriner ses élèves lorsque l’EN entreprend la moindre réformette, même la plus insignifiante. Le plus petit conseiller d’éducation d’un collège des beaux quartiers se pavane dans son bureau refait à neuf, admirant son Mac, se prenant pour le roi du monde…..  Pauvres nazes !       <br />
              <br />
       Je me rends  plus tard à Neuilly. Je dois passer devant la «Commission  Académique de l’Accord Collégial de Versailles» qui doit se prononcer sur le «pré-accord», condition indispensable à toute inscription au concours du CAFEP (CAPES version privée). Après s’être efforcés d’éluder le sujet catholique que je remettais régulièrement sur le tapis, les membres du jury m’interrogent sur mon aptitude à enseigner. Leur perplexité est grande en effet. Jamais, au cours d’un entretien, ils ne se sont sentis environnés d’un tel mépris. C’est la première fois en effet qu’on leur répond à la fois avec éloquence et agressivité, sans gestes malvenus mais à coups d’ondes psychiques. …        <br />
       A suivre...       <br />
              <br />
       Je profite de la publication de ce texte pour rediffuser ici quelques articles anciens relatifs à l’enseignement catholique :        <br />
              <br />
       <a class="link" href="http://www.sombreval.com/Haro-sur-l-Institut-Catholique_a653.html">Haro sur l’Institut Catholique</a>       <br />
              <br />
       <a class="link" href="http://www.sombreval.com/L-arnaque-du-jour_a658.html">L’arnaque du jour (le Diocèse de Paris)</a>       <br />
              <br />
       <a class="link" href="http://www.sombreval.com/Ma-reponse-a-l-Universite-Catholique-de-Louvain_a688.html">Ma réponse à l’Université Catholique de Louvain</a>       <br />
               <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.sombreval.com/Le-traquenard_a696.html" />
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   <title>Benoit XVI et la crise de l'idéalisme </title>
   <updated>2024-01-17T12:11:00+01:00</updated>
   <id>https://www.sombreval.com/Benoit-XVI-et-la-crise-de-l-idealisme_a687.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.sombreval.com/photo/art/imagette/1285373-1686552.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2009-03-23T11:45:00+01:00</published>
   <author><name> Sombreval</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/1285373-1686552.jpg?v=1289407156" alt="Benoit XVI et la crise de l'idéalisme " title="Benoit XVI et la crise de l'idéalisme " />
     </div>
     <div>
      On comprend mieux les événements récents et les violentes polémiques qui ont accompagné le voyage de Benoît XVI  en Afrique si l’on se souvient que le pape se présente comme un tenant de l’augustinisme platonicien. Le platonisme a tellement disparu de l’horizon de la modernité qu’une simple référence à la doctrine des idées, à un ordre éternel, préexistant, à des vérités immuables, peut être perçue comme un délire hallucinatoire. Alain Juppé a pu ainsi affirmer que le pape «vit dans une situation d’autisme totale». Rien n’est plus éloigné en effet de l’esprit bourgeois que l’idéalisme, même (et surtout) dans sa forme chrétienne. N’oublions pas que la plupart des philosophes portés aux nues par l’homme moderne se définissent par opposition au platonisme. La norme c’est le moi… Mon sexe, Mon préservatif… L’homme se débat dans un quotidien grisâtre ou misérable, qu’aucune lumière ne pénètre, et on prétend régir sa conduite selon des décrets éternels, accessibles aux seuls métaphysiciens et aux théologiens ? Même un chrétien se doit d’être un existentialiste ou un personnaliste, attentif aux blessures d’autrui (du moins en apparence), ayant le souci du concret, du moi, du «réel». Mais pour un saint Augustin qui a réintroduit le platonisme dans le christianisme, via Plotin, et pour un saint Bonaventure les choses ne sont vraies et réelles que si elles reflètent leur «modèle exemplaire» précontenu dans le Verbe. Le vrai signifie relation à une cause exemplaire, à la raison éternelle, à Dieu, source, fin, et modèle de toutes choses. Pour ces deux Docteurs <span style="font-style:italic">vérité</span> et <span style="font-style:italic">immuable</span> sont termes corrélatifs. Dans un long <a class="link" href="http://www.lavie.fr/l-hebdo/le-grand-temoin/article/0772-benoit-xvi-intime/retour/11/hash/d0d6386026.html">article</a> paru dans <span style="font-style:italic">La Vie </span>en septembre 2008, on trouve des remarques intéressantes qui éclairent les positions actuelles du pape. On peut d’ailleurs se demander si les responsables de cette revue lisent (et surtout comprennent) les textes qu’ils publient. <span style="font-style:italic">La Vie </span>en effet s’est en effet acharnée contre le pape, et cela dès la première polémique relative à la levée de l’excommunication des évêques de la Fraternité saint Pie X. Fait exceptionnel, ils ont lancé une pétition qui a contribué à affaiblir le pape, donnant ainsi davantage de portée aux attaques postérieures, provenant cette fois des cercles anti-chrétiens. Le seul reproche qu'ils auraient pu lui adresser à la limite, c'est d'être conséquent avec lui-même. Lisons donc ces lignes instructives :        <br />
              <br />
       « &quot;On ne peut pas comprendre la passion de Ratzinger pour la vérité si on oublie ce qui l’a formé dans sa jeunesse&quot;, explique, l’oeil plissé, Wolfgang Beinert, le vieux compagnon de route. Il a toujours dit que son maître était saint Augustin…D’une part, celui-ci met l’accent sur le péché, la conversion, et a une vision beaucoup moins optimiste que celle de saint Thomas d’Aquin, ce qui explique un certain pessimisme chez Ratzinger. Mais surtout, Augustin tient de Platon, le grand philosophe grec&quot;.Effectivement, Joseph Ratzinger s’est toujours dit platonicien. Le philosophe Platon pense l’articulation entre l’un et le multiple en postulant que chaque réalité est la traduction d’une idée première. Exemple : il existe des milliers de chaises différentes, mais toutes sont les émanations d’une idée immuable de la chaise. Transposé dans la sphère chrétienne, ceci postule que la foi est une réalité objective et absolue, qui ne dépend pas de la culture ambiante ou des circonstances historiques... &quot;Joseph Ratzinger a vu la crise qui a saisi l’Église après le Concile comme une mise en cause radicale de cette “idée” éternelle de la vérité&quot;, poursuit Wolfgang Beinert. Sa théologie, tributaire de l’idéalisme platonicien, explique la propension de Ratzinger à minimiser les ruptures historiques : par exemple, pour Benoît XVI, le Concile ne fut pas la révolution copernicienne que certains célèbrent, mais une fidélité renouvelée aux origines. Et le vieil ami du pape ajoute : &quot;Être platonicien devient très compliqué dans un univers mondialisé, où les religions et les systèmes de valeurs cohabitent&quot;...»       <br />
              <br />
       Le journaliste, en l’occurrence, se focalise sur Platon et ne tient pas compte de la doctrine des idées, telle qu’elle a été transposée dans le christianisme à partir de saint Augustin. La lecture d’Etienne Gilson est à ce titre indispensable. Mais peu importe. L’important c’est de comprendre cette influence de l’idéalisme théologique sur la pensée du pape. On en trouve un écho dans son discours prononcé au collège des Bernardins en septembre 2008. Il n’est guère étonnant d’ailleurs que celui-ci ait été accueilli par un silence gêné. Il est clair que la plupart des auditeurs, même chrétiens, n’ont rien compris. Lisons un passage, d’une grande hauteur de vue, et tout empreint du «platonisme» des Pères et des théologiens médiévaux. Ce passage nous aide d’ailleurs à comprendre sa conception de la messe, reflet de la «liturgie céleste» :       <br />
              <br />
       Pour saint Benoît, la règle déterminante de la prière et du chant des moines est la parole du Psaume : <span style="font-style:italic">Coram angelis psallam Tibi, Domine</span> – en présence des anges, je veux te chanter, Seigneur (cf. 138, 1). Se trouve ici exprimée la conscience de chanter, dans la prière communautaire, en présence de toute la cour céleste, et donc d’être soumis à la mesure suprême : prier et chanter pour s’unir à la musique des esprits sublimes qui étaient considérés comme les auteurs de l’harmonie du cosmos, de la musique des sphères. À partir de là, on peut comprendre la sévérité d’une méditation de saint Bernard de Clairvaux qui utilise une expression de la tradition platonicienne, transmise par saint Augustin, pour juger le mauvais chant des moines qui, à ses yeux, n’était en rien un incident secondaire. Il qualifie la cacophonie d’un chant mal exécuté comme une chute dans la <span style="font-style:italic">regio dissimilitudinis</span>, dans la &quot;région de la dissimilitude&quot;. Saint Augustin avait tiré cette expression de la philosophie platonicienne pour caractériser l’état de son âme avant sa conversion (cf. Confessions, VII, 10.16) : l’homme qui est créé à l’image de Dieu tombe, en conséquence de son abandon de Dieu, dans la &quot;région de la dissimilitude&quot;, dans un éloignement de Dieu où il ne Le reflète plus et où il devient ainsi non seulement dissemblable à Dieu, mais aussi à sa véritable nature d’homme».       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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   <title>La Liturgie céleste (Benoît XVI, Jean Hani, Frank-Duquesne) </title>
   <updated>2017-12-19T16:18:00+01:00</updated>
   <id>https://www.sombreval.com/La-Liturgie-celeste-Benoit-XVI-Jean-Hani-Frank-Duquesne_a652.html</id>
   <category term="Articles" />
   <photo:imgsrc>https://www.sombreval.com/photo/art/imagette/835666-1023909.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2008-01-27T22:50:00+01:00</published>
   <author><name>  Sombreval</name></author>
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    <![CDATA[
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/835666-1023909.jpg?v=1289407191" alt="La Liturgie céleste (Benoît XVI, Jean Hani, Frank-Duquesne) " title="La Liturgie céleste (Benoît XVI, Jean Hani, Frank-Duquesne) " />
     </div>
     <div>
      Un des grands mérites du théologien Joseph Ratzinger est d’avoir redécouvert la notion éminemment biblique de «liturgie céleste», ancrée dans l’Ecriture sacrée mais perdue de vue par de nombreux catholiques qui, pour la plupart, ont cessé de voir dans la liturgie un «mystère, une réalité cachée en Dieu» pour reprendre les mots mêmes du pape. Il est à prévoir que, dans les années à venir, elle prenne une place plus importante dans l’enseignement magistériel de l’Eglise. Pour Benoît XVI, la liturgie doit être comprise comme liturgie céleste. Nous lisons dans le rapport établi par le cardinal Scola avant la réunion générale du Synode des Evêques sur l’Eucharistie (octobre 2005) ceci : «Dans l’action eucharistique, la liturgie terrestre est intimement unie à la liturgie céleste». Cette conception peut être inférée de nombreux textes bibliques (nous y reviendrons), de prières eucharistiques de l’ancien et du nouveau missel mais aussi d’Encycliques (<span style="font-style:italic">Mediator Dei</span>) et de documents conciliaires (<span style="font-style:italic">Sacrosanctum Concilium 8</span> : «dans la liturgie terrestre, nous participons par un avant-goût à cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte cité de Jérusalem...»).        <br />
       Dans <span style="font-style:italic">L’Esprit de la Liturgie</span>, le pape note que «la théologie chrétienne du culte, à la suite de Jean-Baptiste, a reconnu dans le Christ l’“Agneau” donné par Dieu, que l’Apocalypse présente, à la fois vivant et sacrifié , comme le centre de la liturgie céleste». Benoît XVI conclut que par le sacrifice du Christ, préfiguré par les sacrifices lévitiques, «cette liturgie est maintenant présente au milieu du monde», historiquement, effectivement, par le sacrifice du calvaire, accompli une fois pour toutes au Golgotha, et <span style="font-style:italic">hic et nunc</span> par le canal de la messe. Plus loin, précisant sa pensée, il écrit : «La liturgie chrétienne nous donne accès à la liturgie céleste, par la médiation de signes terrestres que le Rédempteur nous a donnés comme gages du monde à venir».       <br />
              <br />
       Le Sacrifice du Christ est un fait qui relève de l’histoire mais qui appartient aussi au monde éternel et transcendant. C’est une réalité intemporelle manifestée dans le cadre du temps… La Nouvelle Alliance, signifiée par le déchirement du voile du temple, a été fondée par le sacrifice du Golgotha mais celui-ci tire son sens, sa portée, son efficace du sacrifice offert par le Christ-Verbe, hors de l’espace du temps, donc «avant même la création du monde », dans les cieux, « par son éternel (et immuable) esprit» (Hebr, 9:14 ; 13:9). Autrement dit : «dès avant la création du monde» et du temps, donc éternellement, le Christ «a été désigné», indiqué au sein de la Trinité, vu par le Père et montré à l’Esprit, «comme l’Agneau sans tache et sans défaut», «autant dire immolé» (1 Pierre, 1:19-20 ; Apoc, 5:7). De telles affirmations  sont récurrentes dans le magnifique <span style="font-style:italic">Via Crucis</span> d’Albert Frank-Duquesne, aujourd’hui presque introuvable. De même le Père Boulgakov, dans son <span style="font-style:italic">Verbe incarné</span> résume cette doctrine par une formule riche d’intuitions mystiques : «La Croix de la voie terrestre réalise la Croix de la kénose céleste». Le sacrifice de la Croix, en effet, «n’est pas seulement un événement terrestre se situant dans le cadre de la vie humaine, mais aussi un événement céleste accompli dans les profondeurs de la Divinité même : la kénose du Dieu-Verbe» (sur la kénose crucigène du Verbe je vous renvoie à <a class="link" href="http://www.sombreval.com/eclaircissements-sur-Apocalypse-5-12_a642.html">mon article</a> sur l’Apocalypse).        <br />
       Toute réflexion sur les sacrifices doit prendre en compte cet aspect métaphysique du problème. On ne comprend rien à la messe si l’on s’en tient à une représentation strictement temporelle du drame salvifique. Comme l’écrit Jean Hani, «le fondement métaphysique du sacrifice, c’est le sacrifice éternel de Dieu». Dans sa <span style="font-style:italic">Divine Liturgie</span>, publié en 1981, ce même Jean Hani a exposé des vues très profondes sur la liturgie céleste à laquelle, comme j’ai écrit dans un article récent, nos offices  offrent un «débouché» sur le plan de la «chair». Il insiste sur la nécessité d’adopter un point de vue métaphysique, dégagé de la temporalité, pour comprendre comment à chaque messe peut se reproduire le sacrifice du Golgotha et surtout comment celui-ci réfracte le sacrifice céleste du Verbe. Il cite ce passage de M. Olier, fondateur du premier séminaire français, qui, au XVIIe siècle, rapprochait déjà la messe de la liturgie céleste : «Pour faire entendre le mystère du très saint sacrifice de la messe, il faut savoir que ce sacrifice est le sacrifice du ciel… il y a un sacrifice dans le Paradis, lequel, en même temps, est offert en la terre, et il est différent en cela seulement qu’il se présente ici-bas sous les voiles». M. Olier se référait pour corroborer son propos à cette grande scène entrevue par saint Jean dans son Apocalypse : l’Agneau égorgé, mais vivant, sur un trône, les vingt-quatre Vieillards l’adorant en jouant de la Cithare et en brûlant de l’encens, et les multitudes d’anges ainsi que toutes les créatures chantant les louanges de l’Agneau (Apo, 5:6-14).        <br />
       Suivent des développements très intéressants, incontournables, où Jean Hani s’emploie à réfuter l’objection selon laquelle cette conception «métaphysique» tendrait à «déréaliser» la liturgie terrestre : «Cette façon de comprendre le sacrifice de la messe, écrit-il, n’est pas une théorie personnelle qui n’engagerait que les théologiens dont nous parlons. Elle est attestée par les plus anciennes liturgies où nous trouvons des prières telles que celle-ci : “Elevez vos regards vers les réalités célestes et contemplez les mystères actuellement  célébrés : les séraphins, dans une crainte respectueuse, se tiennent devant le Trône de gloire du Christ, chantant les louanges du Corps offert, du Calice mélangé. Et ici-bas le peuple implore, le prêtre supplie et demande miséricorde pour le monde entier” (Prière après la consécration à la messe assyro-chaldéenne)».        <br />
              <br />
       En dehors des textes bibliques mentionnés ci-dessus, l’idée du sacrifice céleste se retrouve dans l’épitre aux Hébreux où saint Paul affirme que le Christ, lors de son Ascension, est monté au ciel  pour y être le suprême Pontife (Hébr, 6:1 ; 20:20).        <br />
       La consécration de la messe, dans cette perspective, doit être regardée comme «la manifestation visible d’un acte éternel». La suite de son analyse rappelle certaines lignes superbes de Frank-Duquesne sur la messe, considérée sous son double aspect : temporel et intemporel, visible et invisible.        <br />
              <br />
       Citons d’abord Jean Hani pour qui l’intelligence du symbolisme conditionne celle de la liturgie :        <br />
       « La messe a son prototype dans le sacrifice céleste de l’Agneau décrit par l’Apocalypse. Il est vain d’objecter comme le font certains d’un point de vue profane, que cette façon de concevoir les choses, n’est qu’une projection de la liturgie terrestre, qu’on s’imagine se dérouler ainsi dans le ciel. Pour le spirituel, en effet, c’est l’inverse qui est vrai, car il <span style="font-style:italic">sait</span> que la liturgie visible n’est que la réfraction symbolique, dans le plan de la corporéité sur lequel l’homme se meut pendant l’existence terrestre, de la réalité invisible d’En-haut, de même que la musique n’est que l’expression approximative, comme l’a écrit Marcel de Corte, d’un silence essentiel. Les textes de l’écriture que nous avons cités nous décrivent sous une forme sensible une réalité spirituelle et nous présentent dans un déroulement temporel quelque chose qui, en réalité, n’a jamais cessé d’exister et appartient à l’éternité. Ce qui ressort d’un autre passage, essentiel, de l’Apocalypse, où nous lisons que “l’agneau est immolé dès le commencement” (Apo.13:8) et également d’un passage de saint Pierre disant que le Christ est “l’Agneau sans défaut et sans tache ; celui qui, prédestiné dès avant la création du monde, a été manifesté pour nous en ces derniers temps” (1 Pi, 1:19), termes qui rejoignent l’enseignement de saint Paul sur “le mystère caché depuis l’origine”».                      <br />
              <br />
       Citons maintenant ces quelque lignes du grand écrivain catholique Albert Frank-Duquesne, tirées de <span style="font-style:italic">Via Crucis</span> (publié quelques mois avant sa mort en 1955) :        <br />
       « Le sacrifice offert ici-bas au Calvaire, l'unique oblation, suffisante à réparer la faute universelle et les fautes de chacun, cette offrande terrestre qui réverbéra sur le Golgotha, par voie d'identifiante analogie, le parfait holocauste offert “par l'éternel esprit” de l'“Agneau autant dire immolé dès avant la création du monde”, le Christ le présente, dans l'immobile Maintenant de la Divinité, en guise de Liturgie céleste à la gloire du Père. Nous-mêmes, “attirés en-haut par Celui qui S'est élevé de terre” dans les cieux, tout en “évoquant”, en “ re-présentant”, en rendant mystiquement présente cette Vie sacrifiée du Médiateur, tout en nous associant ici-bas comme des ombres à l'Eucharistie-modèle célébrée là-haut, nous signifions, notifions efficacement, exprimons en concepts, paroles et gestes symboliques – c'est-à-dire tout chargés de réalité mystérieuse – ce que le Christ accomplit sur la Croix, parce que la Crucifixion est elle-même, avec la Cène dont elle est inséparable, la première Messe, la manifestation terrestre du Sacrifice <span style="font-style:italic">in aeternum</span>. Si le Christ eucharistique “descend parmi nous”, c'est parce que nous-mêmes, “attirés par l'Elevé de terre”, d'ores et déjà siégeons avec Lui, en Lui, dans les cieux, la Messe réalisant inchoativement et mystiquement notre parution avec le Christ, notre vie, dans la gloire. “Aller à la Messe”, c'est donc se tenir, avec Marie et Jean, aux pieds de la Croix, après avoir pris part au banquet d'adieux. “Aller à la Messe”, cette pieuse corvée, c'est figurer à la table des Douze, c'est se nourrir du Pain céleste, je ne dis pas : recevoir en soi Jésus-Christ, L'héberger, L'avoir en soi comme un contenu dans un contenant, mais Le recevoir comme nourriture, en tant qu'aliment pour la vie divine, éternelle, et plutôt être présent au Christ que de Le “posséder”, bref : devenir, sinon le Christ Lui-même, du moins “une seule plante, un seul esprit avec Lui”, être “rendu conforme au Christ”, l'Esprit-Saint réalisant en nous l'image du Fils, et l'Eucharistie servant, sur ce plan d'incarnation, à nous L’inoculer.       <br />
       Mais il y a plus : comme Saül “avait approuvé le meurtre d'Étienne” en acceptant le dépôt, par les assassins du Protomartyr, de leurs vêtements à ses pieds, ainsi, la manducation du Christ eucharistique est celle d'une Victime sacrifiée ; “nos actions de grâces” après la Communion, au lieu de s'absorber dans la gratitude et la joie d'avoir “en soi” le Christ, feraient peut-être mieux de L'offrir en nous au Père, Lui, comme crucifié satisfactoire et ressuscité, comme victime propitiatoire, et de nous offrir nous-mêmes, <span style="font-style:italic">filii in Filio</span>, comme suffisamment identifiés à l'Agneau par l'adhésion vitale qu'exprime la manducation de sa chair.       <br />
              <br />
       <span class="u">Sources </span>:        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">L’Esprit de la liturgie</span> de Joseph Ratzinger       <br />
       <span style="font-style:italic">Le Verbe incarné</span> de Serge Boulgakov       <br />
       <span style="font-style:italic">Via Crucis</span> d’Albert Frank-Duquesne       <br />
       <span style="font-style:italic">La Divine liturgie</span> de Jean Hani. A propos de ce livre, Jean Borella écrit : « Avec <span style="font-style:italic">La divine liturgie</span> Jean Hani aborde ce qui est le sommet de l’Activité divine, de la “ théurgie ” au sens étymologique de ce terme, c’est-à-dire la réalisation sacramentelle de la dramaturgie salvatrice du Christ. C’est pourquoi cet ouvrage (Trédaniel, 1981) revêt une importance exceptionnelle et devrait figurer dans la bibliothèque de tout chrétien. Car nous ne saurions nous dispenser de comprendre ce qui se passe à la messe dominicale, centre et sommet de la vie du chrétien. En écrivant ce livre, Jean Hani, qui connaît directement la liturgie catholique orientale, renoue avec la tradition grecque et russe des laïcs liturgistes, tels Nicolas Cabasilas et Gogol. Toutefois il ne se contente pas de nous informer sur certains rites propres aux églises syriennes, copte, maronite, etc. Il prend en compte également les rites de la liturgie romaine. Sur la symbolique de tous les gestes de cette dramaturgie sacrée, de toutes ses paroles, de toutes les pièces du mobilier liturgique (autel, chandeliers, linges, encens, chants, cloches, vêtements sacerdotaux, etc.), il n’existe rien de plus juste et de plus profond. Disons le clairement, nous sommes convaincu que la vie tout entière de la chrétienté est suspendue à l’accomplissement exact du rite de la messe. Plaise au ciel que ce livre béni serve à la restauration du culte catholique !»       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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   <title>Retour sur le discours de Ratisbonne et la question du 'volontarisme'</title>
   <updated>2017-12-19T16:18:00+01:00</updated>
   <id>https://www.sombreval.com/Retour-sur-le-discours-de-Ratisbonne-et-la-question-du-volontarisme_a582.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2006-10-02T14:32:00+02:00</published>
   <author><name>Sombreval</name></author>
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      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/459849-563594.jpg?v=1289407182" alt="Retour sur le discours de Ratisbonne et la question du 'volontarisme'" title="Retour sur le discours de Ratisbonne et la question du 'volontarisme'" />
     </div>
     <div>
      Lors de son <a class="link" href="http://www.sombreval.com/Commentaires-sur-le-discours-de-Ratisbonne_a579.html">discours</a> de Ratisbonne, le pape a abordé une question très importante, celle du volontarisme de Scot et Occam, qui a rompu avec l’aristotélisme d’Aristote et des Docteurs médiévaux. Pour prendre la mesure de la subversion opérée par leur école de pensée, il convient de se référer aux travaux du professeur André de Muralt, dont l’autorité en cette matière ne saurait être discutée. Il est l’auteur de la  préface d’un ouvrage d’Alain Tornay, <span style="font-style:italic">L’oubli du bien. La réponse  de Lévinas</span>, dont le chapitre sur la métaphysique d’Occam, premier post-scotiste majeur, constitue une synthèse de ses recherches. Alain de Tornay s’intéresse à la révolution épistémologique et éthique introduite par Scot et Occam. Leur conception de la toute-puissance divine laisse entendre que l’agir de Dieu n’est point ordonnée à la sagesse du bien. Le seul bien, selon eux, réside dans la volonté qui est pure efficience. Le bien n’est pas voulu parce qu’il est bon, il est bon parce que voulu. C’est ainsi que Dieu aurait pu instituer le mal comme seule voie du salut. La volonté occamienne est créatrice du bien. Le bien est ce qui est voulu. Comme le constate l’auteur, «il n’existe pas (dans cette conception) un ordre du bien que la sagesse ne peut que reconnaître, et vers lequel la volonté est inclinée de par sa nature et de par sa coordination avec la sagesse ou l’intellection. De soi la volonté divine est indifférente, et elle va radicalement poser le bien, qui ne sera tel qu’en vertu de cet acte volontaire. Ainsi en va-t-il du bien que Dieu a voulu pour l’homme…Est-il préférable d’aimer ou de haïr, Dieu ou son prochain ? Il se trouve que ce que Dieu a posé, c’est qu’il est bon et méritoire d’aimer Dieu et son prochain. Mais Dieu, <span style="font-style:italic">de potentia absoluta</span>, aurait fort bien pu établir que ce qui est bon et condition de salut c’est de haïr plutôt que d’aimer, Dieu et son prochain…On comprend ainsi comment la haine pourrait tout aussi bien être commandée, et posée comme méritant le salut, que l’amour». L’auteur cite un passage de saint Thomas qui permet de rendre compte du caractère insidieux de la position occamienne : «Dire que ce qui est juste dépend de la simple volonté de Dieu (non de son intelligence), c’est dire que la volonté divine ne procède pas selon l’ordre de la sagesse ; ce qui est un blasphème» (<span style="font-style:italic">De Veritate</span>, 23,6)       <br />
       Alain de Tornay  montre que leur structure de pensée a eu des répercussions en droit naturel et en philosophie politique. Si ce sujet vous intéresse, je vous conseille la lecture d'un essai récent d’André de Muralt, paru chez Vrin, <span style="font-style:italic">L'unité de la philosophie politique : De Scot, Occam et Suarez, au libéralisme contemporain</span>. Elle a également affecté la conception de la liberté humaine, que ces philosophes de la fin du Moyen Âge posent comme extérieure à tout ordre naturel, «à toute ordination de nature vers un bien qui, cause finale, serait la voie et la garantie de la vérité morale et du bonheur ». Pour André de Muralt, cette notion de la volonté et de la liberté préfigure la liberté existentialiste, en deçà, elle aussi, de toute détermination intelligente : «Occam, écrit-il, pense la liberté divine comme Sartre la liberté humaine».         <br />
       <span style="font-style:italic">L'oubli du bien La réponse de Lévinas</span>, Slatkine, 1999         <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Commentaires sur le discours de Ratisbonne</title>
   <updated>2017-12-19T16:19:00+01:00</updated>
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   <category term="Actualités" />
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   <published>2006-09-19T12:02:00+02:00</published>
   <author><name>Sombreval</name></author>
   <content type="html">
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     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sombreval.com/photo/art/default/449664-551150.jpg?v=1289407182" alt="Commentaires sur le discours de Ratisbonne" title="Commentaires sur le discours de Ratisbonne" />
     </div>
     <div>
      Le thème central de la conférence prononcée par le pape à l’université de Ratisbonne le mardi 12 septembre est celui de l’anti-intellectualisme et du volontarisme, au sens occamien du terme. En citant le dialogue entre l’empereur byzantin lettré Manuel II Paléologue et un savant persan, Benoît XVI a voulu mettre en lumière une «pathologie de la religion», à laquelle l’Islam est particulièrement vulnérable, de par sa conception de l’unicité et de la toute puissance de Dieu. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre sa référence au commentaire du professeur Théodore Khoury, éditeur de la controverse, selon lequel, dans la doctrine musulmane, «Dieu est absolument transcendant», sa volonté n’étant «liée par aucune de nos catégories, fût-elle celle du raisonnable». Cette conception peut bien entendu servir de justification au djihâd’ (guerre sainte), bien qu’elle soit infirmée par la sourate 2, 256, citée par le pape et disant : «Pas de contrainte en matière de foi». Il est évident que c’est cette assertion du professeur Khoury qui exprime la pensée personnelle du pape, et non point celle de l’empereur, sur laquelle se sont focalisés les médias («Montre-moi donc ce que Mohammed a apporté de neuf, et alors tu ne trouveras sans doute rien que de mauvais et d’inhumain, par exemple le fait qu’il a prescrit que la foi qu’il prêchait, il fallait la répandre par le glaive»). Les médias perfides, avides de sensationnel, se sont empressés de diffuser cet extrait dans l’espoir qu’il suscite un embrasement analogue à celui qui avait succédé à la publication des caricatures danoises de Mahomet.        <br />
              <br />
       A cette «pathologie de la religion», les occidentaux ne possèdent pas d’antidote car ils sont eux-mêmes affectés par une «maladie de la raison» dont le pape décèle les premiers symptômes dans le volontarisme professé par Duns Scot et par son disciple, Guillaume d'Occam (1285-1349). En effet, la théologie scotiste et occamiste de la <span style="font-style:italic">potentia absolute Dei</span> a introduit dans l’être divin une distanciation entre la substance et l’intelligence. Comme l’a remarqué le médiéviste André de Muralt, cette théologie «admet en tant que définition de la <span style="font-style:italic">deitas</span> non plus l’<span style="font-style:italic">esse</span> comme saint Thomas, mais une gratuité absolue qui, du fait qu’elle n’est plus celle de l’amour ni celle de la grâce chrétienne, ne peut que dégénérer en arbitraire nécessairement». Cette revendication de la souveraine liberté de Dieu conduit à postuler un irrationalisme incompatible avec les exigences de la raison inhérentes à la foi chrétienne authentique, fidèle à son héritage hellénique. Le mouvement initié par Scott a fait éclater la synthèse entre le grec et le chrétien. Comme l’a finement observé le pape, «contre le soi-disant intellectualisme augustinien et thomiste commence, avec Duns Scot, une position du volontarisme qui conduisit finalement à dire que nous ne connaissons de Dieu que sa <span style="font-style:italic">‘voluntas ordinata’</span>. Au-delà, il y a la liberté de Dieu, en vertu de laquelle il aurait également pu faire le contraire de tout ce qu’il a fait. Ici se dessinent des positions qui peuvent être rapprochées totalement de celles d’Ibn Hazm et qui peuvent tendre vers l’image d’un Dieu arbitraire, <span style="font-style:italic">qui n’est pas tenu par la vérité et le bien</span>. La transcendance et l’altérité de Dieu sont placées si haut que notre raison, notre sens du vrai et du bien ne sont plus de réels miroirs de Dieu, dont les possibilités mystérieuses, derrière ses décisions effectives, nous restent éternellement inaccessibles et cachées». Cela revient à contredire le postulat énoncé par le pape au début de son texte : «Ne pas agir selon la raison (selon le Logos) s’oppose à la nature de Dieu». En effet, dit-il encore, «Dieu ne devient pas plus divin si nous l’éloignons dans un volontarisme pur et incompréhensible, mais le véritable Dieu est le Dieu qui s’est manifesté dans le Logos, et qui a agi et qui agit par amour envers nous». Les croyants ne peuvent nier sans graves incidences pour leur foi l’analogie qui existe entre la Raison incréée et la raison créée, la raison divine et la raison humaine. C’est là une des thèses centrales de la conférence papale : «Le culte de Dieu chrétien, affirme Benoît XVI, est <span style="font-style:italic">‘logiké latreia’</span> – culte de Dieu en accord avec la Parole éternelle et avec notre raison (cf Rm 12, 1)».        <br />
              <br />
       Le programme de « déshellénisation » de la foi biblique s’est réalisée en trois étapes décrites précisément par le pape. Le pape met en cause la Réforme et la théologie libérale qui s’est développée au XIXe et XXe siècle. Luther, qui a reçu en philosophie une formation occamiste et nominaliste, a maintes fois exprimé dans ses écrits son aversion à l’égard de la raison. Citons quelques passages : «Aristote, écrit-il, est le rempart impie des papistes. Il est à la théologie ce que les ténèbres sont à la lumière. Son éthique est la pire ennemie de la grâce». La Sorbonne, selon lui, est «la synagogue damnée du diable, la plus abominable gourgandine qui ait paru sous le soleil, la vraie porte de l’enfer».         <br />
       Ce programme a fini par générer cette «maladie de la raison» dénoncée par le pape et qui enténèbre tant d’esprits contemporains. La foi est rejetée dans les ténèbres de l’irrationnel alors que la raison, par défaut de nourriture céleste, s’atrophie lamentablement. Ce divorce de la foi et de la raison rend impossible ce dialogue des cultures que la situation mondiale rend si impérieux. C’est par une union nouvelle de la foi et de la raison que pourra s’instaurer ce dialogue que le pape ne cesse d’appeler de ses vœux : «Dans le monde occidental, affirme-t-il, domine largement l’opinion que seule la raison positiviste et les formes de la philosophie qui en dépendent sont universelles. Mais précisément, cette exclusion du divin hors de l’universalité de la raison est perçue, par les cultures profondément religieuses du monde, comme un mépris de leurs convictions les plus intimes. <span class="u">Une raison qui est sourde au divin et repousse les religions dans le domaine des sous-cultures est inapte au dialogue des cultures</span> ».        <br />
              <br />
       A lire : <a class="link" href="http://www.zenit.org/french/visualizza.phtml?sid=94933">l'intégralité</a> du discours du pape       <br />
                    <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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